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Profession autoproclamée: anthropologue

Il s’appelle Monty.

Mon quartier, c’est cette partie de la vieille ville de Zurich qu’on appelle «Niederdorf», et la rue où Monty et moi habitons s’appelle Untere Zäune, ou Palissades de dessous. En parallèle il y a, plus haut, Obere Zäune, Palissades de dessus. En des temps lointains, nous étions ici dans le vignoble. Les vignes ont disparu depuis plusieurs siècles, remplacées par des maisons d’habitation, certaines très anciennes, des deux côtés des palissades. Entre les deux, il y a des jardinets. Il faut être gymnaste pour passer du jardin d’une propriété à celui d’une autre, mais ce n’est pas impossible. La preuve: Monty fait cela en se jouant.

Monty, c’est le chat du quartier. 

Monty4

Sa place préférée: la devanture de la Librairie russe: il parle la langue couramment.

Il a sans aucun doute un maître, qui lui a même glissé un collier autour du cou. Mais Monty ne semble se reconnaître aucune appartenance spécifique; le quartier lui appartient, et il mange à toutes les auges.

Tout le monde le connaît, tout le monde lui parle.

Moi, qui habite un petit appartement  (pittoresque, malcommode et charmant) dans une des maisons anciennes de la rue,  je l'ai vu débarquer un jour – ou plutôt il a débarqué pendant mon absence et nous nous sommes fait mutuellement peur lorsque je suis rentrée –, il m'a fallu tout un temps pour comprendre qu'il passait d'un muret à un petit toit qui jouxte mes fenêtres, puis du toit au rebord (très large) d'une des fenêtres devant lesquelles, en été, je mets des plantes fleuries. Monty, respectueux de la nature, ne vient qu'en hiver, lorsque le rebord est nu, se glisse par la fenêtre que je laisse souvent entrouverte pour aérer, et aime particulièrement s'étaler devant mon écran d'ordinateur, sur le clavier de préférence. J'ai découvert entre temps qu'il ne fait pas cela que chez moi: le travail de notre tribu l'intéresse particulièrement, c'est indubitable. Il explore et analyse toutes les professions.

Ce quartier est le résultat d’un miracle: il avait été promis à la démolition en 1900 pour faire place à une route.

On avait déjà détruit toute une autre partie de la vieille ville de Zurich sur l'autre rive de la rivière Limmat, un quartier appelé Kratz, plein de vie, de traditions et de bâtiments séculaires (les plus anciens dataient du XIVe siècle), pour faire «moderne», et on avait déplacé vers l'extérieur dix mille personnes. A la place de ce grouillement de vie qui fait le charme d'une ville, on a construit d'immenses blocs administratifs, la Caisse d'épargne (disparue depuis), la Banque cantonale, la Banque nationale, la Poste centrale. Le quartier a été littéralement tué, et ne s'en est jamais remis. Il est mort, et il est resté mort; aujourd'hui encore, lorsque vous parcourez les quelques rues qui l'ont remplacé, il n'y a pas le grouillement que l'on trouve aussitôt que l'on sort du périmètre modernisé. La plupart du temps, c'est désert.

Kratzquartier

Le quartier du Kratz est à gauche de la rivière Limmat, il allait jusqu'à la hauteur du pont qui est en haut de l'image (maquette par Hans Langmark à partir de documents de 1794, photographiée par la Protection des monuments historiques)

Une fois cette très mauvaise action accomplie (et contestée dès cette époque-là – aujourd'hui les urbanistes se mordent carrément les doigts en pensant à ce qu'on aurait pu faire du Kratz en en gardant la substance), les édiles de l'époque ont traversé la fleuve pour débarrasser aussi l'autre rive de ses vieilleries. On a décidé de construire une route large, bordée de quelques bâtiments administratifs supplémentaires, on a déterminé le tracé de la route (à travers le Niederdorf), discuté des crédits. Heureusement, entre discussions, oppositions, recherches de fonds, décisions diverses, cela a pris du temps, et 1914 est arrivé. La guerre, les hommes mobilisés, le manque d'argent, lorsque le projet a été repris vers 1925, ce n'était à tel point plus l'enthousiasme qu'on a fini par renoncer, et c'est ainsi qu'a été préservée une vieille ville promise à la démolition, et qui est aujourd'hui une des plus grandes attractions, autant pour les Zurichois que pour les touristes. (Si vous venez un jour à Zurich, vous pouvez voir le début de la route qui aurait dû remplacer le Niederdorf et le détruire en passant. Il est resté là, témoin muet d'une aberration qui n'a pas été.)

Ce qui fait que le quartier a aujourd'hui un cachet très particulier, c'est qu'il est habité par des gens comme vous et moi, pour une raison simple: la Commune avait racheté un très grand nombre de maisons en vue des travaux. Par manque d’argent, puis par prise de conscience, l'idée de la route a été abandonnée – et la Commune a décidé que les maisons qui lui appartiennent seraient habitées et non consacrées à des bureaux. Voilà pourquoi tous les âges s’y côtoient: étudiants, familles, retraités. Nous ne sommes pas très liants, et certains ont de la peine à communiquer – ou plutôt avaient de la peine à communiquer. Depuis quelques années que Monty est parmi nous, les communications sont devenues plus faciles. Ça commence toujours par Monty. De là on glisse aux potins, aux nouvelles du quartier ou à la situation internationale. Et on finit l’échange, pourquoi pas, au bistrot du coin.

Monty8

Rien ne lui échappe. Il ne pose jamais de question, mais note nos entrées et nos sorties.

Monty, je vous l'ai dit, passe du temps chez nous tous riverains des jardins entre les deux Palissades, mais il a nettement deux «chez soi»: la Librairie russe qui est juste à côté de mon appartement, et le petit parc qui se trouve en face de notre rangée de maisons et de la librairie, côté rue; on y trouve des jeux pour les enfants et une table de ping-pong pour tous les âges, on y va pour prendre le frais ou pour pique-niquer. On alors on frappe à la porte de la maisonnette en bois, très confortable, de Monty, avec nom sur la porte et tout.

Chez Monty

Vous avez sonné? (photo Jules Hunsperger)

En lisant sa page Facebook, on se rend compte que Monty a un passé, dont il ne parle pas volontiers – lorsqu'on le rencontre, il n'aborde que le présent, et émet des critiques acerbes sur certaines de nos habitudes, qu'il trouve absolument outrageuses. Lorsqu'il est là, il vaut mieux bien se tenir. Mais bon, sur sa page, j'ai découvert que Monty est né dans une ferme de l'Oberland zurichois le 1er août 2004. C'est à cette occasion que j'ai appris qu'il avait étudié l'anthropologie, ce qui ne m'a pas étonnée – la manière dont il nous observe est tout à fait particulière, on sent que ses descriptions seront très précises.

Monty5

Alors? Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui? Tu as bien travaillé? Dans ce sac, il y a quelque chose pour moi? Et n'oublie pas l'article que tu dois écrire pour ce soir minuit!

 

Qu’ils aient un chat ou non, les enfants du quartier (tous âges confondus) ont la sensation d’en posséder un, et vont faire la causette à Monty lorsqu’il est installé chez lui. Et ceux des adultes qui les accompagnent en profitent pour faire connaissance, discuter, s'inviter à une partie de ping-pong ou à boire une bière à une terrasse. Et ainsi ce chat roux qui se balade dans la rue sans se soucier des voitures, qui entre chez tout le monde et qui discute avec chacun remplit une fonction qu'il n'avait pas prévue: il nous aide à mieux nous connaître.

Monty2

Notre rue est piétonne, mais enfin, il passe régulièrement des voitures: la plupart du temps, Monty s'écarte, mais pas toujours, et il est arrivé à plus d'un automobiliste de se retrouver les yeux dans les yeux de Monty, à attendre qu'il digne s'écarter.

 

Si vous consultez sa page sur Facebook (Monty Altstadt), vous constaterez qu'il est connu très loin à la ronde. On rencontre souvent des touristes, et ils ont dû emporter au Japon, aux Etats-Unis, en Russie, en Inde et ailleurs, des centaines de photos de Monty. Je n'en dis pas plus – je vous renvoie à Facebook si vous voulez suivre sa vie depuis l’époque lointaine où il n’était qu’un simple étudiant en anthropologie. 

 

PS. Les photos non signées ont été faites avec mon iPhone et Camera+

 PPS. Je signale, comme à mon habitude, qu'une version beaucoup plus courte de cette humeur a paru samedi dernier dans le quotidien 24 Heures de Lausanne. J'étais tellement frustrée de ne pas avoir la place pour écrire tout ce qui me semblait devoir être dit, et de ne pas pouvoir ajouter de photo, que j'ai recommencé aujourd'hui.

PPPS. Je constate que ce texte est typique de l'effet Monty: on commence par parler de lui, et on se retrouve dans une discussion sur l'urbanisme de la ville.

42 commentaires
2)
Saluki
, le 08.04.2014 à 10:04
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N’y aurait-il pas inversion d’humeurs ?
Monty aujourd’hui, Python hier !

OK —-> je sors, comme on dit.

4)
dpesch
, le 08.04.2014 à 11:52
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Merci Anne pour ce joli article qui nous montre ton amour pour ta ville et pour les chats. Il montre aussi comment des imbéciles détruisent nos villes sous prétexte de progrès. Il paraît que cela s’appelle la « bruxellisation », tant la la capitale de la Belgique a souffert d’une urbanisation (il me semble qu’on pourrait plutôt parler de démolition) aussi débridée que débile.
J’habite un quartier de Sète appelé La Pointe Courte. « Village » de pêcheurs situé à l’extrémité nord du canal central de la ville et planté, tel un couteau, dans la lagune de Thau, c’est le refuge d’un très grand nombre de chats errants et/ou abandonnés. Un association, « Pattes de velours », s’occupe de les stériliser, de les nourrir et de les placer dans des familles d’accueil. Nombre des habitants du quartier ont adopté un ou plusieurs greffiers, ce qui fait que nous en sommes entourés (certains esprits chagrins disent « envahis ») à tous moments du jour et de la nuit.
Sans rien promettre, je pondrai peut-être un jour une contribution à propos de cet endroit que j’aime tant et qui servit de décor au premier film d’Agnès Varda et dont on dit qu’il fût précurseur de la Nouvelles Vague.

5)
Migui
, le 08.04.2014 à 12:21
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Anne, tu as touché ma corde sensible. Je crois que si je viens un jour à Zürich, pour le travail par exemple, je serais capable de faire un tour par ce vieux quartier dans le seul but de me retrouver quelques minutes avec Monty. Quel plaisir!

Je me dis parfois que les chats ne sont pas si intelligents qu’on le dit: en effet, les rares qui, comme Monty, acceptent de faire un bout de chemin avec les humains n’en ont que des avantages: un abri pour la nuit, de la bonne nourriture, une assiette de lait, et une caresse.

Mais pourquoi ne sont-ils pas tous comme ça?…

6)
Modane
, le 08.04.2014 à 13:08
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J’ai quelqu’un de sa famille qui fait le même job, de la même façon, dans mon quartier. Et il a la même couleur de cheveux!

7)
ToTheEnd
, le 08.04.2014 à 13:18
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Marrante cette histoire de matou qui vagabonde de voisin en voisin. Si j’étais son propriétaire, je lui mettrais une caméra autour du cou histoire de rigoler le soir… et de voir comment ça fait d’être dans les bras de Natalia;-)

J’espère qu’un jour on aura droit à une belle histoire liée à un urbanisme contemporain qui trouve grâce à tes yeux car pour le moment et sauf erreur de ma part, tous les projets urbanistiques sont au mieux mauvais ou au pire, une hérésie dès qu’ils doivent modifier l’existant.

Pourtant, ces jolis petits quartiers que tu aimes tant ne sont pas sortis de nulle part ou ne sont pas là depuis des millénaires. Eux aussi ont détruit ou modifié leur environnement quand ils ont été réalisés…

T

8)
Jean-Yves
, le 08.04.2014 à 13:45
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Belle humeur, apaisante, comme Monty et son petit air de “Maître Yoda”.

@ Saluki :
Référence au thème d’hier, rien, je dis bien rien dans son profil Facebook ne permet de savoir si Monty s’exprime sous pseudo ou en son nom propre. Pourtant, à en croire Anne, ce ne sont pas les langues qui lui manquent !
J’y vois donc plutôt une suite qu’une inversion :D

Bon ––> je vous suis, vous m’avez bien fait rire …

10)
Franck Pastor
, le 08.04.2014 à 18:04
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Et au juste, on sait pourquoi il s’appelle Monty ? (Je ne suis pas sur Facebook, si la réponse s’y trouve…)

11)
Saluki
, le 08.04.2014 à 18:15
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Madame Saluki, qui a un œil de lynx a avisé la pancarte apposée sur la fenêtre.

La voie doit être arpentée par des oligarques ou chenapans russophones, il est dit :

« Attention ! Le quartier est sous la protection du vigile qui veille. »
Est-ce Monty ? Sont-ce les Frères Karamazov ?

14)
Dom' Python
, le 08.04.2014 à 18:29
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@Anne:

Intéressante progression dans tes portraits de ces dernières semaines:

– Richarrd III
– Rimbaud
– Frankie le coiffeur
– Monthy

Le prochain, c’est qui? ;-)

Ceci dit j’adore ce billet. Et ça me donne envie de venir flâner dans ce quartier. Mais pour cela il faudrait déjà que je vienne à Zürich, et ça, c’est pas souvent.

15)
yore
, le 08.04.2014 à 20:35
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Et les habitants de Untere Zäune disaient:
J’ai d’autres chats à fouetter
Je donne ma langue au chat
Chat échaudé craint l’eau froide
Non, non, il n’y a pas un chat
J’ai un chat dans la gorge
Les chiens ne font pas des chats
Il faut appeler un chat un chat
Mais c’est de la bouillie pour les chats.
En fait ce chat est un héros et la narratrice une fée de l’écriture. Merci

16)
Tom25
, le 08.04.2014 à 22:41
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Jolie histoire, mais je vais faire tomber la magie. J’ai un chat qui approche les 15 ans, et il pisse. Va t’il mourir de mort naturelle ? Mais je crois que ce n’est pas rare les vieux matous qui marquent leur territoire là où il n’y a pas à le faire. J’espère que Monty ne fera pas de même.

Concernant l’urbanisation, elle est quand même censée plaire et convenir aux habitants actuels, pas aux passés ni aux futurs. Et quand celle existante convient … De plus, je pense qu’on marque suffisemment notre environnement comme ça, et que par conséquent on peut faire l’effort de conserver les architectures du passé. (le « on » désigne l’homme en général tous pays confondus).

@ yore : Il n’y a pas aussi une histoire de chat avec des bottes ?

17)
zit
, le 09.04.2014 à 21:28
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Merci Anne, très sympathique, ce matou.

Un des miens est aussi très curieux, et pas farouche : il débarque chez les voisins s’il y a une fête à laquelle on est invités, même s’il y a trente personnes, du son, puisqu’on y est, il se dit qu’il n’y a pas de raison ;o).

z (l’homme, la plus grande conquête du chat, je répêêêêêêêêêêêêête : et ya pas de chats policiers, non plus…)

18)
Anne Cuneo
, le 10.04.2014 à 10:44
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Merci à tous pour vos commentaires.

Concernant l’urbanisation, elle est quand même censée plaire et convenir aux habitants actuels, pas aux passés ni aux futurs. Et quand celle existante convient … De plus, je pense qu’on marque suffisemment notre environnement comme ça, et que par conséquent on peut faire l’effort de conserver les architectures du passé.

En tout cas, je constate que les gens s’arrachent le moindre trou dans la Vieille ville, dans toutes les vieilles villes des villes modernes. Lorsque l’urbanisme moderne est là pour le mieux-vivre, je suis tout pour. Malheureusement, c’est généralement plutôt par des questions de gros sous qu’il est régi.
Quant à détruire un quartier entier vieux de huit siècles, ce n’est pas de l’urbanisme. C’est de la destruction pure et simple. Une ville est un corps vivant, on ne peut pas l’amputer de telle sorte, même si elle ne peut pas rester immuable.

PS. Je viens de croiser Monty. Il n’a pas le temps de vous écrire aujourd’hui, mais il vous fait tous bien saluer, et vous remercie pour votre intérêt.

19)
ToTheEnd
, le 10.04.2014 à 11:25
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Que de raccourcis pathos. Je signale qu’à Paris, un certain Haussmann a rasé des quartiers entiers qui eux aussi avaient plusieurs siècles. Si on suit le raisonnement journalistique du jour, il faudrait tout raser et reconstruire comme avant alors?

Les centres villes sont prisés et donc oui, ils ont de la valeur mais elle n’est pas que financière. La valeur d’une ville se jauge aussi à la qualité de son urbanisme, de sa faculté à se transformer, à s’adapter à son temps et à préserver un passé significatif.

Tout garder par principe, c’est refuser le changement.

T

20)
Tom25
, le 10.04.2014 à 11:27
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Malheureusement, c’est généralement plutôt par des questions de gros sous qu’il est régi.

J’ai également l’impression qu’il s’agit parfois pour des architectes et/ou des politiques de laisser leur nom dans l’histoire coûte que coûte. Untel a refait tel quartier.
Politiquement j’ai la même sensation, certains sortent des lois qui porteront leur nom, mais qui ne sont pas d’un grand intérêt, voir l’inverse.
Mais là c’est plus mon dégoût des politicards français qui parle.

21)
Ritchie
, le 10.04.2014 à 11:32
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Bonjour,

Pour creuser un peu plus, je vous propose la vidéo (PodCast) d’Amanda Burden longtemps à la Mairie de New-York qui explique justement ce qui va et ne va pas etc etc dans l’aménagement des quartiers.

Elle a contribué fortement à la transformation de NY.

Ici (en anglais) –> Amanda Burden : How Public Spaces Make Cities Work

J’encourage fortement les CUKiens ayant accès aux oreilles de conseillers municipaux de leur faire voir cette vidéo.

++

Ritchie

22)
Tom25
, le 10.04.2014 à 11:34
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TTE, oui mais à l’époque n’était-ce pas du fait de la révolution industrielle ? Les voies devaient permettre le passage des véhicules etc.

Ensuite, l’évolution à l’époque donnait l’impression d’aller dans le bon sens. Ce n’est plus cas aujourd’hui. Et je ne rentre pas dans le débat de savoir si cela est justifié ou non, je parle juste de la sensation d’un grand nombre de personnes dans nos villes.

(si dans mon premier poste j’exprimais le « on » pour l’homme en général, là je parle plus des Français dont je suis).

23)
zit
, le 10.04.2014 à 12:15
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Non, Tom25, à l’époque, le but du baron Haussmann n’était que le progrès dans le matage des émeutes (on barricade plus facilement une ruelle qu’un grand boulevard).

z (on n’arrête pas le progrès, je répêêêêêêêêêêêêête : vive le progrès !)

24)
ToTheEnd
, le 10.04.2014 à 12:16
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Merci pour le lien sur Amanda, c’est une vidéo que je n’avais pas encore vu… et que je viens de mater. Je me permets une petite vanne pourrie: pour une responsable du planning, elle ne semble pas tellement accepter les changements liés à l’âge (70 ans).

Ceci dit, c’est pas mal mais je dirais que New York avait entamé sa mue avant qu’elle n’arrive à ce poste.

Tom: beaucoup de raisons ont motivé ces travaux mais la question n’est pas là. Des millers de baraques et quartiers ont été rasés pour laisser la place à cette architecture « Haussmann » et si Paris est aujourd’hui la ville la plus visitée au monde, cette transformation n’y est pas pour rien.

T

25)
Anne Cuneo
, le 10.04.2014 à 17:14
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J’espère qu’un jour on aura droit à une belle histoire liée à un urbanisme contemporain qui trouve grâce à tes yeux car pour le moment et sauf erreur de ma part, tous les projets urbanistiques sont au mieux mauvais ou au pire, une hérésie dès qu’ils doivent modifier l’existant.

Tu te trompes – ce n’est pas lorsqu’on modifie en général que je ne suis pas d’accord avec les projets urbanistiques. C’est lorsque l’urbanisme remplace la vie d’une ville par RIEN, c’est-à-dire des gens, de la vie, par un bâtiment administratif ou deux, ou par une autoroute, et que la configuration du lieu fait qu’il devient un de ces déserts de béton dont parle justement Amanda Burden. Pour ce qui est des deux quartiers dont j’ai parlé ici, je vous invite à faire un tour du côté du Kunsthaus de Zurich, où on a remplacé tout un quartier par un bloc de béton pour exposer des tableaux qui sont vus par une minorité quelques heures par jour et où le reste du temps, c’est mort. Ou, justement, du côté de la Börsenstrasse, qui a remplacé ce qui était le coeur du vieux quartier du Kratz, que les urbanistes responsables regrettent aujourd’hui à tel point qu’il a été question d’en reconstituer un coin!
Je n’ai absolument rien, par exemple, contre la Galerie Victor Emmanuel de Milan, qui a remplacé, elle aussi, un très vieux quartier. On peut discuter pour savoir si c’était bien de déporter (le mot n’est pas de moi, mais d’eux) les habitants, les artisans et les couvents qu’il a fallu supprimer. Mais en tout cas cela a été conçu pour que le grouillement de la vie reste entier, et il l’est resté. Au bout de la Bahnhofstrasse où était le quartier du Kratz il n’y a PERSONNE, sauf le samedi matin, où dans l’espace vert que l’on voit déjà sur la maquette et qui est toujours là (réduit à sa plus simple expression), il y a un marché au puces de mars à octobre.

26)
Anne Cuneo
, le 10.04.2014 à 17:23
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Non, Tom25, à l’époque, le but du baron Haussmann n’était que le progrès dans le matage des émeutes (on barricade plus facilement une ruelle qu’un grand boulevard).

Les boulevards ont été calculés et percés par rapport à la portée des canons. Si les émeutiers sortaient des quartiers sur les boulevards, on pouvait ainsi les massacrer plus commodément. Il existe un manuel du canonnier de l’époque qui explique comment viser les gens en tâchant de ne pas abîmer les façades.

Des millers de baraques et quartiers ont été rasés pour laisser la place à cette architecture « Haussmann » et si Paris est aujourd’hui la ville la plus visitée au monde, cette transformation n’y est pas pour rien.

Le truc marrant avec le projet Haussmann, c’est qu’il n’a PAS détruit les quartiers. Il en a charcuté tout un bout, mais (il suffit d’aller aujourd’hui encore dans les rues latérales pour le voir), la suppression des quartiers n’était pas son but.
Quant à savoir si le percement des boulevards attire plus de touristes que s’ils n’avaient pas été percés… Laissons cela, nous ne pouvons pas savoir. Je signale en passant, cependant, que Paris était considérée comme «un aimant» pour les voyageurs dès l’époque de Louis XIV.

28)
ToTheEnd
, le 11.04.2014 à 09:16
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Pour avoir fait archi, je me permets d’intervenir encore une fois car je sais que le label « journaliste » permet de dire n’importe quoi sous l’égide de la connaissance infinie mais à tout hasard, pour ceux que ça intéresse, Wiki propose un assez bon article sur les Transformations de Paris sous le Second Empire. Plusieurs éléments viennent contredire les affirmations de Anne mais je n’en citerai qu’une qui se retrouve sous le chapitre « Elargissement des rues comme arme d’un régime autoritaire »:

L’ampleur même des travaux montre que les visées de Napoléon ne pouvaient se limiter à l’aspect sécuritaire : au-delà du percement des boulevards qui en forme la partie la plus spectaculaire, la transformation porte sur l’établissement de réseaux modernes en sous-sol, l’installation d’un mobilier urbain efficace en surface et l’harmonisation de l’architecture le long des rues nouvelles. Il est toutefois vrai que Napoléon est soucieux d’établir un ordre strict. Haussmann n’hésite pas à expliquer que ses percements faciliteront le maintien de l’ordre pour promouvoir ses projets auprès du Conseil de Paris ou des propriétaires locaux. La dimension stratégique est donc présente, mais elle ne constitue qu’un élément parmi d’autres.

Affirmer donc que ces travaux n’avaient que pour dessein de répondre à la portée des canons n’est pas seulement absurde mais dénote d’un manque flagrant de compréhension de l’ampleur des travaux et des ses objectifs. C’est comme de dire que la roue a été inventée par l’armée pour construire des chars d’assaut…

Enfin, Paris a certainement attiré du monde avant les travaux de Haussmann mais ce dernier a accentué encore plus l’attractivité de la ville car ses travaux n’avaient pas pour seul objectif de « percer des boulevards » comme l’affirme naïvement Anne. Les boulevards ont surtout mis en valeur des monuments construits pour l’occasion en plus de donner un effet rue-mur. Opéra, gares, églises sont autant d’éléments qui voient le jour lors des travaux sans parler des réaménagements monumentaux pour mettre en valeur certains monuments (Etoile, République, Hotel de Ville, etc.).

Bref, si un architecte ou urbaniste nous lit, ça serait sympa qu’il apporte une contribution car d’expérience, Anne fait preuve d’une certaine cécité à l’encontre de mes arguments.

T

29)
Ritchie
, le 11.04.2014 à 09:18
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Bref, si un architecte ou urbaniste nous lit, ça serait sympa qu’il apporte une contribution car d’expérience, Anne fait preuve d’une certaine cécité à l’encontre de mes arguments.

MDR

30)
Anne Cuneo
, le 11.04.2014 à 10:49
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C’est simple, TTE: chaque fois que tu diras que les journalistes sont des crétins qui disent n’importe quoi, je répèterai que tu es un type borné pour qui seul sa parole fait loi. Je m’en excuse d’avance auprès de François et de vous tous, mais cela fait maintenant des années que je prends les agressions de TTE en pleine gueule sans rien dire, et j’en ai tout simplement marre.
Cela dit tu tombes mal, TTE: moi aussi j’ai étudié l’architecture, à côté des Lettres et des Sciences sociales, je me suis spécialisée en histoire de l’architecture que j’ai enseignée pendant des années. Si tu n’étais pas un malotru, je te dirais: bienvenu dans ma bibliothèque, on peut discuter, car il y a une histoire intéressante sur la manière dont les boulevards ont été conçus. Mais comme ça, moins j’ai à faire à toi, mieux je me porte.

31)
Tom25
, le 11.04.2014 à 11:00
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Quand je lis TTE, je me répète “ Mais si ! Il est sympa, puisqu’il y a des gens sympas qui te le disent ! ”.

Un truc me dérange aussi, si c’est évidemment bien de se documenter de fournir des sources, cela ne fait pas foi dans tous les cas. Sur certains sujets on peut aussi simplement se baser sur ses propres impressions, sans se cacher derrière des piles d’archives à la manière d’un avocat (dans les dossiers administratifs surtout, sauf que l’avocat y est contraint).

Et aujourd’hui qu’on ne matte plus les insurrections aux canons mais au Karcher, il faut refaire les rues ? Quoique non, ça c’était avant, là je ne sais pas comment on matte, mais mon petit doigt me dit que le dernier arrivé au gouvernement Français aura sensiblement les mêmes méthodes au l’autre.

32)
Ritchie
, le 11.04.2014 à 11:25
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Ils ont tout compris les gouvernements français depuis Sarko, ils ne mattent plus, ils font dans l’indifférence.

Comme de toute façon, ils savent que les gens ne seront jamais content, et qu’ils ont plus de chance de ne pas être ré-élus, ben tant qu’à faire ce que le peuple veut et ne pas être ré-élu, aussi bien faire ce qu’on veut (ce que le pays a vraiment besoin des fois) et ne pas écouter le peuple qui défile dans les rues.

C’est simple comme méthode et ça le gros avantage de ne pas avoir à toujours se poser la question « Que veut le peuple ? » et ça permet d’avancer dans les réformes qui feront de toute façon très mal.

++

Ritchie

33)
ToTheEnd
, le 11.04.2014 à 11:58
[modifier]

je répèterai que tu es un type borné pour qui seul sa parole fait loi.

C’est bien pour ça que dans ce cas, j’ai demandé à d’autres « experts » d’intervenir car je sais aussi depuis des années que mon opinion ou avis n’a pas de crédit… le post sur Obama est assez édifiant.

Perso, je continue de dire que les travaux entamés sous le second d’empire n’avaient pas comme première vocation de massacrer les foules et architecturer des avenues autour de la portée des canons…

Après, pour le reste, je pensais avoir été courtois en espérant voir un jour de ta part un article qui fasse l’éloge ou du moins reconnaisse les bienfaits d’une intervention architecturale ou urbanistique à l’échelle d’un quartier ou ville. Si tu ne veux pas, ce n’est pas grave hein.

T

34)
Tom25
, le 11.04.2014 à 16:17
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je pensais avoir été courtois

Anne, reconnais au moins qu’il n’a pas été grossier ! :-))

Tiens, ça mérite une humeur ça, la courtoisie. Qu’est ce pour nous ? A quel moment un individu ne l’est plus. Pas la définition du dictionnaire ou de Wikipedia ou de je ne sais qui, mais notre propre appréciation.

Bon, m’en vais à l’auto-école moi. Ma fille a fait ses heures de conduites et on passe à la conduite accompagnée. Je ne sais pas quel architecte a dessiné les rues de Besançon, mais j’ai peur qu’elle ne soient pas assez large pour ma fille !
Non je déconne, je l’ai déjà fait conduire dans des chemins et elle se débrouille très bien.
Après, je ne sais pas si j’essayerai de lui dégoter une bagnole. C’est cher quand même. Et pis le câble de connexion iPod à 75 € sera fourni, mais c’est la voiture qui sera en option !

35)
Dom' Python
, le 11.04.2014 à 16:43
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je pensais avoir été courtois

Anne, reconnais au moins qu’il n’a pas été grossier !

Puis-je? Pas grossier, non. Mais y a-t-il besoin d’être grossier pour manquer de courtoisie?

je me permets d’intervenir encore une fois car je sais que le label « journaliste » permet de dire n’importe quoi sous l’égide de la connaissance infinie

C’est peut-être pas de la grossièreté, mais je n’y vois aucune courtoisie.

J’ai l’impression d’avoir quelqu’un qui, au lieu d’enrichir le débat en apportant des éléments contradictoires, se pose en… ben justement, en détenteur de ladite connaissance infinie.

Anne n’est pas contre le débat. Moi non plus. Mais perso, en te lisant, TTE, j’ai souvent un sentiment ambigu: des arguments intéressants, documentés, qui font avancer le débat et qui me le rend passionnant même si je ne connais rien au sujet abordé, mais une manière de parler à (ou de) l’autre que je ressens comme irrespectueuse, voire méprisante.

Ça me rappelle une discussion avec quelqu’un qui me disait pis que pendre des gynécologues. Je lui disais qu’on ne pouvait pas mettre tous les gynécologues dans le même sac, pas plus que tous les garagistes ou tous les enseignants. Il m’a répondu: « Oui, tu as as raison. Sauf que en ce qui concerne les gynéco, c’est vrai. Ce sont tous des pourris ».

37)
Anne Cuneo
, le 12.04.2014 à 13:05
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Ça me rappelle une discussion avec quelqu’un qui me disait pis que pendre des gynécologues. Je lui disais qu’on ne pouvait pas mettre tous les gynécologues dans le même sac, pas plus que tous les garagistes ou tous les enseignants. Il m’a répondu: « Oui, tu as as raison. Sauf que en ce qui concerne les gynéco, c’est vrai. Ce sont tous des pourris ».

CQFD. On dirait TTE parlant des journalistes.

38)
ToTheEnd
, le 12.04.2014 à 14:24
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Je n’ai pas étudié « Paris » au sens large en archi. Je m’y suis réellement intéressé lors de quelques voyages mais surtout, quand j’y ai habité pendant 2 ans. En plus de cet intérêt pour l’histoire de la ville et je dois bien l’avouer, grâce à une charmante guide, j’ai surtout eu l’occasion d’aller à une expo intitulée quelque chose de ce genre: « Paris avant/après Haussmann » pour la commémoration des 200 ans de la naissance du bonhomme. Plein de photos réalisées par un certain Charles Marville.

Cette expo était organisée avec le concours de Patrice de Moncan, un historien de la ville et un auteur d’une demi douzaine de bouquins sur la ville (dont le dernier reprend une partie de ces photos). J’ose penser que vu la notoriété du gars, ses connaissances historiques et tous les travaux qu’il a effectué sur cette ville, il est un peu plus pointu sur le sujet qu’Anne. Bien entendu que ces grands boulevards ont permis une meilleure gestion des évènements liés à des émeutiers mais clairement, ça ne faisait pas partie du dessein initial.

Ces travaux avaient plusieurs objectifs cités plus haut et, in fine, ils permirent également de mieux « gérer » des axes en cas de soulèvement. Dire que les boulevards ont été percés en fonction de la portée des canons, c’est réaliser une interprétation facile d’un fait simple: les canons de l’époque avaient une portée utile de 500 à 2500 mètres. N’importe quelle avenue se situe dans ces chiffres…

Enfin, je n’ai pas dit que la ville a été rasée pour être redessinée mais des quartiers entiers l’ont été à grands coups d’expropriation ou expulsion (20k immeubles si je me souviens bien). Il y a suffisamment de plans avant et après Haussmann sur Internet pour s’en faire une opinion…

Le plus drôle dans tout ça, c’est que fondamentalement, je suis assez d’accord avec Anne sur le rôle intrinsèque d’une action architecturale/urbanistique: l’espace offert aux habitants ou dit plus bêtement, les usagers. Un bémol toutefois mais je pense que c’est plus une histoire de goût et couleur que de savoir qui à tord ou raison: il m’arrive d’apprécier les bâtiments qui sont isolés, qui ne s’intègre pas dans la « vie » au sens large des habitants. Par exemple, je connais un peu le Kunsthaus de Zurich cité par Anne et ce « désert » de ne me choc pas dans le sens où la fonction du bâtiment s’exprime clairement dans cet espace. Pas de MacDo à l’entrée ou un Starbucks avec 200 personnes qui se mettent sur la terrasse… Même si je ne suis pas fan de l’architecture de ce bâtiment, je pense qu’il a sa raison d’être ou d’exister au milieu de ce désert de dalettes en marbre.

Mais je ne suis pas pour que tout immeuble qui offre autre chose qu’une simple habitation se retrouve au milieu de nulle part. Tout simplement, dans certaines occasions, je trouve qu’un bâtiment et ce qui l’entoure peut être isolé du quartier ou même de la ville de par sa fonction. C’est un peu comme un beau tableau, vous ne l’insérez pas au milieu des livres de cuisine ou dans un coin de l’appartement derrière un canapé. Faudra peut être même sacrifier d’autres choses ou espace pour lui donner la place qu’il mérite et ainsi rayonner dans toute la splendeur.

Pour prendre un cas plus proche, j’adore le projet du pôle muséal planifier du côté de la gare de Lausanne. C’est réellement à mon sens un projet qui se dénote du quartier tout en lui apportant un dynamisme et une présence forte. J’espère juste que des associations de quelques membres ne viendront pas niquer cette volonté et projet.

T

39)
Tom25
, le 12.04.2014 à 19:26
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Le plus drôle dans tout ça, c’est que fondamentalement, je suis assez d’accord avec Anne …

Ca ne m’avait pas sauté aux yeux :-))) .

Bon week-end à tous.

Pour ma part, je vais tout bétonner chez moi. Et pas pour une histoire de matter mes filles au canon, mais marre de me faire des allergies à chaque fois que je taille un truc. (je rigole, je ne vais rien bétonner, mais c’est vrai pour les allergies).

40)
Dom' Python
, le 12.04.2014 à 19:40
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Bon week-end à tous.

Merci! À toi aussi!
Je suis dans la queue devant le chapiteau du Cully Jazz pour le mega concert Maalouf – Youssef, donc pour moi ça va!

41)
Anne Cuneo
, le 13.04.2014 à 11:19
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Ca ne m’avait pas sauté aux yeux :-))) .

A moi non plus. ;–)))))))
J’ai simplement renoncé à polémiquer à propos d’un sujet sur lequel il y a plusieurs points de vue. Malheureusement, je n’ai pas le temps.