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Jouons un peu

On recule parfois à lire les philosophes, les croyant empêtrés dans un verbiage abstrus, poussant à la futilité du sens. Pourtant, on en rencontre parfois, dont l'humour dévoile une précision cruelle dans l'observation de l'environnement humain.

Celui dont nous allons parler a la réputation d'être un Sinistre. Un Désabusé. Un Pousse-au-suicide, en quelque sorte. Pourtant...

Pourtant, on peut se retrouver surpris, à la fermeture d'un de ses ouvrages, d'avoir autant ri de bon coeur. Bien sûr, ce n'est pas de la franche bouffonnerie de comptoir. Ca ne fait pas dans l'énormité. Ce serait plutôt de l'ordre de la dentelle intime, du contrepied sournois et d'une langue subtile au service d'un regard désabusé. L'élégance de la posture...

Jeu...

Afin de vous occuper l'esprit en ce mardi morose, voici quelques extraits d'un et un seul de ses livres. Il s'agit pour vous de trouver de qui il s'agit, et de quelle oeuvre, et de poster votre réponse dans les commentaires, en résistant avec courage aux sites de citations, aphorismes et autres proverbes afin de vous prouver l'acuité de votre culture personnelle, s'il en était besoin... Vous êtes prêts?

Feu!

"Méfiez vous de ceux qui tournent le dos à l'amour, à l'ambition, à la société. Ils se vengeront d'y avoir renoncé."

"- Il avait du talent : pourtant plus personne ne s'en occupe. Il est oublié.
-Ce n'est que justice : il n'a pas su prendre toutes ses précautions pour être mal compris."

"J'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répéter que j'étais plus dégénéré que lui."

"Il n'est pas élégant d'abuser de la malchance; certains individus, comme certains peuples, s'y complaisent tant, qu'ils déshonorent la tragédie."

"Nul ne peut veiller sur sa solitude s'il ne sait se rendre odieux."

Une petite pause pour souffler... Et on y retourne...

"Le scepticisme qui ne contribue pas à la ruine de notre santé n'est qu'un exercice intellectuel."

"On cesse d'être jeune au moment où l'on ne choisit plus ses ennemis, où l'on se contente de ceux qu'on a sous la main."

"J'ai perdu au contact des hommes toute la fraîcheur de mes névroses."

image
Lui...

Encore un effort!...

"Lorsqu'on n'a pas eu la chance d'avoir des parents alcooliques, il faut s'intoxiquer toute sa vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus."

"Espérer, c'est démentir l'avenir."

"Cette vie qu'on ne peut pas prendre au sérieux et qu'il faut parfois prendre au tragique."

Voilà... Vous y êtes...

Donc... Qui?... Mais il y a un addendum (j'allais dire un codicille?!...) : une de ces citations est apocryphe, dans ce Panthéon. Laquelle, et quel est l'auteur clandestin?...

Juste une dernière, pour préciser notre silhouette principale:

"J'ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. "

À tout à l'heure!...

29 commentaires
4)
François Cuneo
, le 09.10.2007 à 08:18
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Parfois, on dirait du Desproges.

Pour le reste:

1. pas trouvé l’apocryphe

2. je suis très content d’avoir Antidote sous la main pour comprendre certains mots de la conclusion!:-)

Le genre d’humeur qui me fait penser “François, tu es un puits sans fond d’inculture”.

Mais je ne dramatise pas hein! Je ne fais pas partie de la caste de ceux dont l’auteur parle plus haut.

Cela dit, j’adore ses citations, à ce Monsieur!

5)
Modane
, le 09.10.2007 à 08:36
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Le genre d’humeur qui me fait penser “François, tu es un puits sans fond d’inculture”.

François, tu te fais du mal!… ;D

6)
Roger Baudet
, le 09.10.2007 à 08:37
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Pas sympa, Modane, de nous mettre comme ça, en face de notre inculture :-)

Pour moi, ce matin, c’est la honte. Je ne connaissait pas, en effet, Michel Cioran et je suis vite allé faire un tour sur Wikipédia pour compenser un peu.

Merci tout de même pour cette découverte.

7)
zit
, le 09.10.2007 à 08:55
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Boaaah! trop balaise, les jeux sur cuk, déjà mai barré avec mon 1,5/20 en géographie, je sens venir le zéro pointé en philosophie!

Maître Modane, ne vous offusquez pas, mais ceci est une copie blanche (mais ne dit–on pas que si les élèves sont mauvais, c’est que le prof est incapable? ;o).

z (trop fort, le coup de la citation apochromatique, je répêêêête: ça serait pas d’Apolinaire?)

8)
Modane
, le 09.10.2007 à 09:09
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Maître Modane, ne vous offusquez pas, mais ceci est une copie blanche

Meuh non! Pas blanche, la copie! Cet apochromatique est de toute beauté!

9)
Franck_Pastor
, le 09.10.2007 à 10:30
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C’est joliment exprimé, tout ça, mais moi ça me donne plutôt envie de me mettre un revolver sur la tempe. Le Cioran est une substance à consommer (pour ma part) avec modération.

10)
fxprod
, le 09.10.2007 à 10:53
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mis à part Coluche je ne connais aucun philosophe digne de ce nom.

11)
Emilou
, le 09.10.2007 à 10:57
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Hélas, Michel Cioran est d’une incroyable lucidité et le bon peuple n’aime pas ça ! Personnellement cela ne me gêne absolument pas, je dirais même que l’optimisme démesuré me fait peur.

12)
alec6
, le 09.10.2007 à 11:21
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Je ne suis pas sûr de la citation intruse, mais en connais une autre du bonhomme : “Les enfants que je n’ai pas ne peuvent connaître le plaisir de ne pas m’avoir pour père”

Je l’ai faite mienne pendant des lustres jusqu’au jour où… ils souffrent maintenant (pas trop j’espère) de m’avoir effectivement pour père…

La citation intruse pourrait bien être la dernière que j’attribuerais bien à Sacha Gitry

13)
Modane
, le 09.10.2007 à 11:37
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La citation intruse pourrait bien être la dernière que j’attribuerais bien à Sacha Gitry

Tu peux préciser? Tu parles de “J’ai connu toutes les formes de déchéances…”?

15)
Modane
, le 09.10.2007 à 12:14
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Eh bien si, Alec6!… Cioran, puisqu’il est reconnu, s’est bien interessé au succès. Ce n’est donc pas celle là. Étonnant, non? ;)

16)
Inconnu
, le 09.10.2007 à 12:26
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J’ai cru retrouver dans les premiers aphorismes le style de Nietzsche, avec cette dose d’humour tragique… Un vrai régal si ce n’était si… tragique. Merci à Modane.

17)
Modane
, le 09.10.2007 à 12:44
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Non non, GerFaut! Pas de Nietzche ici!… La prochaine fois?…. Non, là, je plaisante… Il ne faut pas abuser des bonnes choses, parait il…

18)
alec6
, le 09.10.2007 à 13:50
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Damned ! je joue donc ma dernière carte avec le même auteur (Sacha Guitry) et l’aphorisme précédent :“Cette vie qu’on ne peut pas prendre au sérieux et qu’il faut parfois prendre au tragique.”

Sinon je ne vois pas !

19)
alec6
, le 09.10.2007 à 13:54
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… Quoi que la première “Cette vie qu’on ne peut pas prendre au sérieux et qu’il faut parfois prendre au tragique.” soit aussi une bonne candidate… une chance sur 10 maintenant !

23)
Modane
, le 09.10.2007 à 16:30
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À ce sujet :

“Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.” Albert Einstein

24)
Modane
, le 09.10.2007 à 19:56
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Bravo bravo! Il s’agissait bien d’extraits des Syllogismes de l’Amertume de Emil Michel Cioran, maestro de l’aphorisme.

Quand à notre intrus, il est très recommandable puisqu’il s’agissait de Jean Rostand qui parlait de “Cette vie qu’on ne peut pas prendre au sérieux et qu’il faut parfois prendre au tragique”, probablement dans ses Carnets d’un Biologiste.

Et effectivement, je trouve que les intentions de Desproges n’était pas si loin de celles de Cioran.

D’où, d’ailleurs, mon étonnement redoublé : que certains philosophes nous offrent une vision plus forte de notre condition et de façon abordable, d’une part, et que certaines filiations culturelles improbables nous mènent gentiment vers la Civilisation, d’autre part.

Que les grands esprits continuent donc à se rencontrer! Et vive la langue!

25)
Kermorvan
, le 09.10.2007 à 20:09
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L’alphabet contient en tout deux douzaines de lettres, si l’on compte comme les écaillers dans leurs bons jours. Avec ces lettres, on peut faire un nombre impressionnant de syllabes. Avec ces syllabes, un nombre impressionnant de mots, et avec ces mots un nombre impressionnant de fautes d’orthographe. Au stade actuel de notre civilisation, rares sont les gens qui ne savent pas faire de fautes d’orthographe. (Boby Lapointe)

26)
Okazou
, le 10.10.2007 à 01:04
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Ah, Cioran !

Le premier et le meilleur souvenir qui me vient de lui remonte à quelques années déjà lorsque je l’ai fait découvrir à un ami à l’âme bien sombre, tout imprégnée de l’injuste et irréparable souffrance du Christ qu’il tentait pourtant d’adoucir et de racheter en se châtiant lui-même avec force pétards d’une excellente beu qu’il cultivait avec amour et des flots de rogomme, de bistouille qu’il ingurgitait concomitamment avec la fumée dont il s’emplissait les poumons et qu’il rejetait sans expiration hâtive pour mieux expier les péchés du monde et anihiler une conscience qui le retenait de se sentir lui-même blanc-bleu. L’alcool constituait souvent l’essentiel de son repas, comme ces tartines de houblon qu’il s’enfilait après un dégoupillage aussi précis que rapide et élégant des conteneurs encore pleins qu’il tenait, étant droitier, à main gauche par économie de geste tandis qu’au fil de la soirée s’accumulaient tant bien que mal, dans un son court et mat, squelettes d’aluminium et goupilles dans un carton-poubelle dédié à cet usage à main droite.

Ce peintre talentueux, ce musicien amateur doué et inspiré, cet artiste dans l’âme hanté par le monastère et le cilice, tout habité par le masochisme chrétien, cet homme jeune et pourtant cultivé ne connaissait pas Cioran. C’est pourquoi, jugeant que ses problèmes tournaient d’abord et avant tout autour de l’importance qu’il voulait bien attribuer à un nombril qu’il prenait pour le centre du monde, je décidais de lui faire rencontrer un compagnon de jeu en même temps qu’une œuvre qui, certainement, lui en boucherait un coin.

C’est ainsi que je lui offrais les Syllogismes de l’amertume que je préférais au Précis de décomposition, tout espoir n’étant pas mort.

Ceux qui, lisant ces lignes, ne verraient en moi qu’un vilain sadique empli de cruauté envers un prochain dans la mouise seront surpris d’apprendre que la lecture de Cioran peut constituer pour certains cas, même très avancés, un honnête remède. Sans doute la vision d’un scepticisme pessimiste chez un autre que soi crée-t-il chez le sujet un premier pas vers un retour à la vie. Deux nombrils à examiner laisse deux fois moins de temps à s’occuper du sien.

Il faut conseiller la lecture de Cioran. Quand j’ai découvert Les syllogismes de l’amertume, je ne cache pas, étant d’une nature peu sujette au pessimisme, que j’avais devant moi un point de vue sur la vie plutôt opposé au mien. Mais j’y ai découvert tant de réflexions justes, écrites avec tant de talent et de sincérité, que Cioran a été pour moi, une manière de professeur d’esprit critique. La lecture de Cioran est d’utilité publique, assurément.

Maintenant, le bonhomme, c’est tout de même un drôle de type et son scepticisme ne l’a pas mené trop rapidement à la fosse (qu’on m’excuse). Ça a dû être dur pour lui, cette vie interminable sans quitter trop souvent les tunnels du pessimisme et sans en voir, jamais, le bout.


Un autre monde est possible.

27)
Inconnu
, le 10.10.2007 à 11:01
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@ Modane : il faut bien quelques mois pour déguster Cioran. Il sera toujours temps de parler de quelqu’un d’autre à ce moment…

Cuk.ch : le BHV du net. Ou comment se nettoyer en lisant du Cioran… ;-)

J’aime bien les bazars.

28)
Chichille
, le 11.10.2007 à 21:48
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J’arrive un peu tard, nul n’est parfait, pas même moi c’est dire, mais puisque nous sommes dans la franche et saine rigolade philosophique, je ne vais pas me gâcher le plaisir de ne pas vous faire partager la lecture de l’admirable (of rabitt) phrase suivante, d’un philosophe quelque peu pré-proustien (c’est dire qu’il a sur Cioran le mérite de l’antériorité). Je précise que la dite phrase est la première du premier paragraphe de l’introduction de l’ouvrage dont je vous cache le nom, laquelle introduction est titrée à la manière de Jules Verne : « En quel sens l’objet de notre étude est un problème intéressant la psychologie, et en quel sens son étude psychologique renvoie justement à la dogmatique ».

Allons-y.

« L’idée que tout problème scientifique a besoin dans le cadre général de la science d’une place déterminée, d’un but à soi et de limites propres, ayant ainsi sa résonance harmonique dans l’ensemble, sa consonance légitime dans l’expression totale, cette idée-là n’est pas seulement un pium desiderium ennoblissant le chercheur d’une exaltation enthousiaste ou mélancolique, elle n’est pas seulement un devoir sacré qui l’attache au service de l’ensemble et lui enjoint de renoncer à l’anarchie et au plaisir de perdre aventureusement la terre ferme de vue, mais elle profite en outre à toute recherche spécialisée — car dès que l’une de celles-ci oublie son terroir naturel, du même coup — ce que la duplicité du langage exprime avec une sûre justesse par le même mot — elle s’oublie elle-même, devient autre, prend une souplesse fâcheuse à se muer en n’importe quoi. »

Swann ! Tu n’étais qu’un risible.

Commentaires autorisés (Okazou et Alec6 : allez voir chez Lacan si j’y suis).

29)
Bip
, le 17.10.2007 à 08:00
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J’ai lu deux fois tous ses livres – et je ne suis pas encore fou ! ( du moins il me semble )

Pis voilà un truc “à la cioran” : Sur ma tombe il sera écrit : Pourquoi si tôt, il me restait tant de choses à ne pas faire !