Profitez des offres Memoirevive.ch!

Commentaires récents

Rechercher dans les commentaires:  

Résultats pour l'auteur: Soheil
85 commentaires trouvés.
Article: La dernière page d’un livre de 15 ans se tourne ce jour (mise à jour avec un film résumant l’âme de Cuk.ch)

Lendemain de fête. Pas la gueule de bois, au contraire. Les idées claires et le cœur léger. Comme quand, après avoir tourné la dernière page d’un bon roman, on regarde autour de soi, la tête encore pleine de tous ces personnages avec lesquels on a fait un bout de route.

Le plaisir était au rendez-vous. Plaisir d’échanger quelques propos avec les un(e)s et les autres (même si, plutôt retenu, je n’ai pas bavardé avec tout le monde). Plaisir, surtout, de pouvoir enfin mettre un visage sur tous ces noms familiers, rencontrés en chair et en os ou seulement en images dans le film projeté par Mathieu Besson. Je dis “tous”, non il en manquait quelques uns, dont Modane… parti à la pêche.

Merci à Mathieu, Radagast et Cerock pour ce “bouquet final”, merci à François, à Donato et à tous les collaborateurs et collaboratrices de Mémoire Vive pour l’organisation de cette agréable (et mémorable) soirée, et, enfin, merci à tous les auteurs et commentateurs de cuk.ch que j’ai côtoyés durant ces quinze ans et grâce à qui je mourrai un peu moins idiot.

Article: Nuages, par Soheil
Soheil
, le 20.02.2017 à 22:23
[modifier]
Article: Nuages, par Soheil

Merci à tous pour vos commentaires. Très occupé toute la journée, ce n’est que maintenant que je trouve le temps de répondre.

Madame Poppins: Merci pour cet inédit (sur cuk). Plus que le crescendo, là c’est le dernier mot avant le point final qui éclaire tous ceux qui précèdent.

Ysengrain: Le rapprochement est flatteur. Il me montre surtout tout le chemin qu’il me reste à parcourir avant d’imaginer pouvoir espérer arriver un jour à un tel niveau.

Dom’Pyhon: Merci pour le lien. L’article a l’air intéressant, j’y retournerai quand j’aurai un moment.

Pierre A Cordier: Il n’y a en effet pas de lien au premier degré avec Cuk, et vous n’étiez pas visé personnellement. Ce texte avait été écrit au départ pour un autre site qui avait connu le même genre de dérives, mais à la puissance 10 — ce qui m’avait donné l’idée, en partant de rien ou presque rien, de mettre en scène les mécanismes de l’agressivité tels qu’on peut les observer sur le web: les susceptibilités qui transforment toute parole en agression, les malentendus, les alliances qui se nouent et se dénouent, les retournements d’alliances et, enfin, le fameux point Godwin auquel Cuk n’est pas arrivé, en effet. Mais c’est peut-être pour éviter de nous voir nous engager sur cette pente glissante que François a eu ce réflexe de retrait.

M.G.: Je comprends votre agacement, mais n’est-ce pas justement le premier pas vers la surenchère que je décrivais?

Blues et François: le hasard a encore frappé! Je n’y suis pour rien. La date de publication sur Cuk a été choisie par François, quant à l’article du Matin, c’est ma fille et les journalistes qui ont tout organisé (si on m’avait laissé le choix il n’y aurait eu que des photos de fromages).

Argos: Merci (voir ma réponse à Ysengrain).

Article: ApéroCuk, pour fêter la dernière

Le plus drôle est que Aquama s’est en effet inscrit :-)

J’ai raté toutes les précédentes éditions mais comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, je me suis inscrit pour cet ultime rendez-vous.

J’aurai peut-être quelques minutes de retard (mais pas plus de 59 minutes), le temps de préparer mes crudités — et, si j’y arrive, quelques fromages de la Crémerie végane.

Article: Le monde va mieux
Soheil
, le 10.02.2017 à 01:52
[modifier]
Article: Le monde va mieux

Comme d’hab, théories, métaphores, paraboles, méthode Coué, béatitude, etc., etc.

On trouve paraît-il maintenant, dans certaines pharmacies, des placebos vendus comme tels dans des emballages en tous points semblables à de vrais médicaments. Il y a le Placebo simple, pour un effet normal, et le Placebo-Plus, vendu un peu plus cher, pour un effet plus puissant. C’est de la méthode Coué sous emballage médicalisé, certes, mais ça marche (et sans effets secondaires).

Cela dit, nous serons tous d’accord ici pour reconnaître que ces placebos ne soigneront pas les blessés d’Alep et ne ressusciteront pas les morts des prisons syriennes, pour ne citer que deux exemples de lieux où il valait mieux ne pas se trouver. La méthode Coué ne pourra rien non plus pour les villageois mexicains victimes de la surconsommation d’avocats bourrés de pesticides, pour citer un exemple où nous pouvons agir en tant que consommateurs.

Mais, si j’ai bien lu et si j’ai bien compris, ce n’était pas le sujet du jour — qui cherchait plutôt les raisons que nous aurions d’agir positivement (“tirer la sonnette d’alarme est salutaire”), et pour agir il faut d’abord espérer.

Article: Fin annoncée de Cuk.ch
Soheil
, le 15.01.2017 à 14:47
[modifier]
Article: Fin annoncée de Cuk.ch

Je ne vous laisserai donc pas tomber😊.

Bonne nouvelle. Le contraire m’eût étonné. Je vous vois mal François, du jour au lendemain, cesser de partager avec les autres vos humeurs, enthousiasmes ou déceptions.

Mais de grâce, ne les partagez pas sur Facebook. Il y a des faces qui ne me reviennent pas, et celle de son fondateur en est une — Montagne de Sucre, pas raffiné c’est vrai, mais néanmoins très néfaste pour la santé!

J’espère que vous saurez trouver d’autres lieux de partage que les réseaux sociaux instantanés: pour ma part, je ne vous y suivrai pas.

Article: Fin annoncée de Cuk.ch
Soheil
, le 15.01.2017 à 10:31
[modifier]
Article: Fin annoncée de Cuk.ch

Que dire de plus? Tout a été dit, et plus d’une fois.

Cuk était un théâtre, une salle de concert, un cinéma. À partir du 1er mars ce sera un musée.

Merci aux artistes qui ont si bien su me divertir, me faire rire ou me toucher, parfois jusqu’aux larmes (le mot s’applique aux deux verbes précédents). Je resterai jusqu’au dernier tomber de rideau, derniers applaudissements, derniers rappels.

Et après…

Merci François pour cette belle leçon sur l’impermanence des choses.

Article: Bonne année 2017
Soheil
, le 01.01.2017 à 23:49
[modifier]
Article: Bonne année 2017

Bonne année à toutes et à tous. D’abord à vous François, ainsi qu’aux rédacteurs et aux rédactrices de Cuk, mais aussi à toutes les victimes* qui commentent ici parfois, souvent ou pas du tout.

Qu’ajouter de plus? Chaque année c’est la même chose, on souhaite, on espère, et puis, reconnaissons-le, c’est la déception. “Le bonheur désespérément” titrait un philosophe il y a quelques années. Pour être heureux il ne faudrait rien espérer.

Et si pour une fois on ne souhaitait rien? L’expression “Bonne et heureuse année” serait alors à lire au passé: 2016 a quand même été une bonne année, si on pense à celle qui nous attend.

Ne nous faisons pas d’illusions. 2017 sera la suite logique de 2016, les fruits que nous y cueillerons ont été semés depuis longtemps. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras, nous devons continuer à œuvrer pour un monde meilleur, mais c’est plus tard, beaucoup plus tard que nous en cueillerons les fruits.

D’ici là, à défaut d’être bonne et heureuse, que la nouvelle année nous apporte au moins quelques joies, ce serait déjà pas mal.

À commencer par notre Cuk quotidien.

__

* Victimes, parce que, avec tous ces lecteurs sortis de l’ombre pour avouer leur addiction, depuis quelques jours sur Cuk c’est un peu le rendez-vous des alcooliques anonymes :-)

Article: Débattre?
Soheil
, le 28.12.2016 à 23:48
[modifier]
Article: Débattre?

Je partage les réticences exprimées ici par certain(e)s au sujet des pouces levés ou baissés ainsi que de l’exclusion des commentateurs agressifs. Chien qui aboie ne mord pas, dit le proverbe. Encore faut-il que le chien connaisse le proverbe. Mais comme le dit Gin (32), il suffit d’ignorer la personne qui agresse et de la laisser écrire dans le vide pour lui ôter toute possibilité de nuire.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien changer au blog, mais il me semble que les changements les plus souhaitables sont plutôt d’ordre ergonomiques.

On pourrait, par exemple, limiter l’affichage des commentaires à un nombre défini de lignes (disons 10 ou 20). Un clic dessus afficherait la suite. Cela réduirait la visibilité des interventions indésirables: une fois leur auteur repéré, la plupart des lecteurs ne dérouleraient pas leurs messages.

Les articles anciens pourraient être accessibles plus facilement. Les plus mémorables, les plus lus ou les plus commentés seraient présentés dans une colonne dédiée. La collection complète pourrait être consultée par auteur ou par thème sur une page spéciale: l’outil de recherche continuerait d’exister, mais il y aurait, en plus, une “vitrine” où certains articles seraient mis en avant comme les livres dans une librairie.

Ces changements ne seraient pas seulement esthétiques, ils contribueraient à rendre plus manifeste encore l’esprit qui anime ce site et à annoncer la couleur aux nouveaux venus arrivés ici par hasard. Et aux “vieux de la vieille” de retrouver quelques joyaux dans ces quinze ans d’édition.

Evidemment tout cela suppose que le site perdure — ce que je crois, pour ma part, tout au fond.

Article: Et de quinze! Mais ce n’est pas la joie…

Bonjour François,

Je sors rarement de mon mutisme, mais je vous suis quotidiennement depuis le début de l’aventure Cuk et même plus tôt, depuis l’époque de vos humeurs sur Pomme A.

La date anniversaire du 26 décembre est habituellement l’occasion de vous remercier pour tout ce travail — non rémunéré — que vous accomplissez, vous et tous ceux qui vous accompagnent dans cette publication peu ordinaire.

Je réitère aujourd’hui mes remerciements avec un petit pincement de cœur. Vos humeurs me manqueront, vos enthousiasmes, vos coups de cœur, comme me manqueront, pour n’en citer que quelques uns, les articles souvent si hilarants de Modane, ceux d’Ysengrain ou de Madame Poppins — comme me manquent déjà les coups de gueule d’Okazou et la curiosité insatiable et généreuse d’Anne.

Je vous remercie aussi (ainsi que Noé) d’avoir su résister aux sirènes de Facebook — où je ne vous aurais pas suivi — et préféré conserver la formule bien plus conviviale du blog “à l’ancienne”.

Je ne sais pas si vous avez connu le forum d’Abeille Musique. Je m’y rendais régulièrement et participais même aux débats quand je le pouvais. C’était un lieu de rencontre entre passionnés de musique mais également entre personnes qui aimaient partager leurs réflexions ou leurs interrogations sur les arts et sur la société en général. Après quelques années de débats instructifs et souvent passionnants, ce forum a fini par devenir un véritable champ de bataille. Au point que Yves Riesel (fondateur d’Abeille Musique et de Qobuz), ayant autre chose à faire que jouer les modérateurs, a fini par le fermer définitivement. Je me suis souvent demandé si cela serait arrivé si le règlement avait interdit l’usage des pseudonymes: en effet, certaines personnes signaient de leur vrai nom (pour ma part je signe toujours de mon prénom), mais de nombreux participants, et notamment les plus violents, demeuraient masqués — et le masque autorise tous les débordements. La question se pose aussi pour Cuk.

J’espère quand même que vous arriverez à trouver une formule qui vous laisse du temps pour vous-même tout en permettant aux usagers de s’auto-modérer. Mais de grâce pas de pouce levé ou baissé, comme faisaient les Romains. Sinon, je vous souhaite simplement “tout de bon”, comme disent les Romands.

Article: A vous, qui n’aimez pas que je te dise tu.

…Et d’ailleurs, il paraît que le « vous » anglais existe bel est bien : c’est « thou », mais personne ne l’emploie.

J’ai longtemps cru, moi aussi, que le thou des Anglais était une forme de vouvoiement, jusqu’au jour où quelqu’un m’a fait remarquer que le mot you s’utilise aussi au pluriel, ce qui signifie c’est bel et bien un vous et que, contrairement à ce qu’on croit, les anglophones vouvoient tout le monde. Confirmation sur Wikipédia.

Article: Open Bar de décembre 2015
Soheil
, le 07.12.2015 à 10:37
[modifier]
Article: Open Bar de décembre 2015

Bonjour,

Je profite de cet OpenBar pour sortir parler d’un documentaire qui aurait mérité d’être projeté lors de la séance d’ouverture de la Conférence de Paris sur le climat qui s’achèvera dans quelques jours — vraisemblablement sans qu’aucune mesure décisive n’ait été adoptée.

Il s’agit du film Cowspiracy, de Kip Andersen et Keegan Kuhn. L’argument défendu par les auteurs est, en gros, que tous les efforts qu’on nous demande de faire ne sont que des économies de bouts de chandelles, pendant que l’industrie agro-alimentaire continue de spolier la planète à une vitesse et à une échelle qui dépassent tout ce qu’on pourrait imaginer. Derrière les lobbies très puissants de l’industrie de la viande et de l’industrie laitière, se cache un groupe encore plus puissant — auquel on ne pense pas d’abord quand on parle de nourriture —, celui de l’industrie pharmaceutique puisque chaque année “la moitié des antibiotiques est destinée aux animaux d’élevage”.

Tourné sous forme d’enquête, à la manière des films de Michael Moore, ce documentaire est évidemment très controversé. Ses adversaires, désignés ci-dessus, ont les moyens de l’étouffer. Récemment, Leonardo DiCaprio a jugé utile de lui venir en aide en proposant à ses auteurs de refaire un nouveau montage (que je n’ai pas vu) incluant des interviews issues des nombreuses heures de rushes encore disponibles, et, pour assurer à ce film une plus large diffusion, il vient de le mettre sur Netflix.

Outre les nombreux témoignages, l’un des points forts de Cowspiracy ce sont les infographies, beaucoup plus parlantes que les chiffres qu’on lit ou qu’on entend mais qu’on a de la peine à visualiser. On peut certes discuter la validité des chiffres avancés mais, même revus à la baisse, ces chiffres resteraient alarmants. Pourquoi un tel silence autour d’une forme d’alimentation qui n’est ni nécessaire ni généralisable à l’ensemble de l’humanité?

Je ne lancerai pas de polémique ici au sujet de l’aspect éthique du végétalisme, mais je vous engage vivement à prendre le temps de voir ce film. Celui-ci peut être vu sur le site de l’auteur. Une version sous-titrée en français est disponible gratuitement ici (peut-être pas pour longtemps). Et, pour ceux qui sont abonnés, il y a la version proposée sur Netflix.

Article: Beauté et objectivité
Soheil
, le 01.04.2015 à 00:06
[modifier]
Article: Beauté et objectivité

… même si dans un premier temps j’ai eu l’impression que tu étais à côté de la plaque.

Merci pour ta réponse et pour cette remarque méritée. Mon commentaire était confus, je le reconnais. Comme il était trop long, j’ai beaucoup coupé et les paragraphes qui restaient n’étaient pas bien reliés entre eux.

Il est vrai qu’il y a des bases objectives à la beauté et à l’harmonie, des règles pour réussir une fugue ou une mise en page. Mais ces règles n’expliquent que la moitié de l’effet produit. Et, de plus, elles ne sont pas universelles mais varient selon les époques et les cultures.

Ce que j’essayais de montrer par mon exemple de l’œuvre originale et de sa copie, c’est que deux objets peuvent obéir rigoureusement aux mêmes règles objectives et pourtant ne pas produire le même effet. Un même musicien jouant la même œuvre en concert peut nous transporter un soir et nous laisser sur notre faim le lendemain — il a pourtant joué les mêmes notes. Cela prouve, pour moi, que ce qui fait que nous sommes touchés ou non par une œuvre d’art est bien plus complexe que ce que le langage est capable d’expliquer.

Article: Beauté et objectivité
Soheil
, le 31.03.2015 à 13:00
[modifier]
Article: Beauté et objectivité

Je peux dire «c’est rouge», car la couleur est une réalité objective qui ne dépend pas de moi.

Oui c’est vrai, la sensation de rouge provient d’une vibration objective, mesurable, mais rien ne nous prouve que, quand nous regardons une surface rouge, nous voyons tous la même couleur ou, si l’on préfère, que nous éprouvons tous la même sensation.

D’un point de vue objectif, nos sensations dépendent avant tout de la manière dont sont constitués nos organes. Si nous percevions notre environnement avec des yeux d’abeilles nous aurions certainement une autre vision du monde, faite de noir, de bleu et d’ultraviolet.

Cela dit, quelles que soient les capacités objectives de nos organes, nos sensations demeurent éminemment subjectives. Mais parce que nous sommes dotés des mêmes organes nous croyons, sans preuve, que nous éprouvons les mêmes sensations devant les mêmes spectacles et que les sentiments que ces sensations éveillent en nous, s’ils ne sont pas identiques, sont néanmoins semblables ou du moins comparables et communicables.

Dans le doute où nous nous trouvons, nous avons besoin de nous rassurer. On a beaucoup écrit sur les rapports entre la beauté (ou l’harmonie) et le nombre. On nous a démontré, à coups de constructions géométriques et de proportions parfaites, qu’il existait un critère objectif du beau. Nombreux sont les théoriciens et historiens de l’art qui, devant une peinture que tout le monde admire, nous expliquent que ce qui fait la beauté de cette œuvre ce sont les axes, les cercles, les tangentes ou les diagonales qui forment la géométrie secrète qui nous procure à notre insu un sentiment de perfection.

Ce n’est pas si simple. La géométrie, les mathématiques jouent un rôle indéniable dans note perception du beau, au même titre que les sons, les couleurs, l’ombre, la lumière, le contraste, l’harmonie, la résonance et quantité d’autres facteurs qui échappent à nos analyses les plus fines. Il reste que, si l’on place à côté de ce chef-d’œuvre une copie fidèle mais de moindre qualité, l’une des deux œuvres nous parlera, l’autre se taira.

La copie obéit pourtant aux même règles, aux mêmes critères objectifs que l’on nous disait décisifs. Mais non, le charme n’agit pas, quelque chose manque. Quelque chose que nous éprouvons mais demeurons incapables de dire — peut-être ce “je ne sais quoi”, ce “presque rien” cher à Jankélévitch.

Article: « Je » est objectif
Soheil
, le 05.03.2015 à 00:44
[modifier]
Article: « Je » est objectif

Petit conte taoïste (dont j’ai malheureusement oublié la source):

Deux voisins se querellent au sujet de quelque chose qui leur tient à cœur et, comme souvent dans ce genre de querelle, chacun campe sur ses positions. Un troisième voisin, adepte de la Voie, les conduit chez son maître taoïste, un homme sage et de bon conseil, afin que celui-ci les départage.

Le maître écoute le premier voisin, hoche la tête et dit: « Tu as raison ». Le second voisin s’empresse alors de présenter sa vision des faits, le maître l’écoute et lui dit; « En effet, tu as raison ». Les deux voisins s’en retournent chez eux satisfaits, chacun estimant que le maître lui a donné raison.

Les voisins partis, le disciple dit à son maître: « Mais Maître, je ne comprends pas, ce n’est pas possible qu’ils aient tous les deux raison!. » Et le maître lui répond: « C’est vrai, toit aussi tu as raison ».

(Je vote pour JSB)

Article: Regards sur la Chine – partie 3

A propos du scrabble, il en existe une version chinoise qu’on ne trouve (ou trouvait) qu’à Hong Kong (j’en avais acheté un dans les années 80, mais je l’ai offert). On ne compose pas des mots simples, évidemment, mais des mots composés (de deux caractères) et des expressions courantes ou savantes (quatre caractères et plus). Une bonne raison pour passer ou repasser par Hong Kong…

Article: Apprendre…
Soheil
, le 14.01.2014 à 01:06
[modifier]
Article: Apprendre…

quel sera le quinze millième nombre de Mathias ?

Je trouve 8: dans une boucle de 5-8-11, le 15e chiffre serait 8, et donc je suppose que c’est pareil pour le 15000e), mais je ne sais pas pourquoi.

Petit, j’aimais bien l’arithmétique et les problèmes de logique qu’elle posait (mais je faisais toujours des erreurs de calcul). J’aimais aussi les cours de géométrie — l’art de raisonner juste sur des figures fausses — et j’adorais démontrer que deux triangles étaient égaux sans pouvoir les mesurer. Mais j’ai lâché les maths quand j’ai été confronté à l’algèbre. Le prof nous a dit qu’il fallait apprendre par cœur les formules comme « (a+b)2=a2+b2+2ab » — où je voyais des formules magiques sans l’ombre d’un raisonnement. Ce n’est que dix ans après que j’ai compris que derrière l’algèbre c’était encore la géométrie qui menait le jeu et que, sous une apparence abstraite, la formule était en réalité très visuelle: un carré de côté A, un autre de côté B, et deux rectangles AB entre les deux. Si le prof nous l’avait dessinée au tableau il n’aurait pas perdu un élève.

Article: Apprendre…
Soheil
, le 14.01.2014 à 00:34
[modifier]
Article: Apprendre…

tenu par les Frères des Écoles Chrétiennes

C’est amusant, dans mon cas c’était aussi les Frères des Écoles Chrétiennes, mais au Caire, d’abord, puis à Beyrouth (mais là c’était les années 60 et déjà plus « moderne »).

Cela dit, comme je le notais, il ne fallait pas changer grand-chose pour en faire une bonne école. Juste impliquer un peu plus le cerveau droit.

Article: Apprendre…
Soheil
, le 13.01.2014 à 11:59
[modifier]
Article: Apprendre…

Apprendre avec plaisir ne veut pas dire apprendre sans effort. Apprendre le chinois m’a demandé beaucoup d’efforts, mais je trouvais du plaisir à fournir cet effort parce que le résultat était gratifiant. Je crois que tout est dans ce dernier mot: nous aimons ce qui est gratifiant — Henri Laborit l’a suffisamment démontré (voir à ce sujet « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais). Un enseignant qui délaisse un enfant ou qui l’humilie devant toute la classe ne lui rend pas service. L’enfant se détournera des matières qu’on lui enseigne si cet enseignement ne le valorise pas.

Enseigner est un art. On a ce don ou on ne l’a pas. On peut apprendre aux enseignants toutes les méthodes qu’on voudra (il y en a certainement d’excellentes), s’ils ne sont pas doués pour ça le résultat sera catastrophique. Un bon prof peut sauver la pire des écoles — et malheureusement le contraire est aussi vrai.

L’école de mon enfance ressemblait encore un peu (beaucoup) à celle du film « Les choristes ». Je la détestais au point que le seul fait de passer devant en voiture me donnait des crampes à l’estomac. Elle n’avait pas que du mauvais, et il aurait sans doute suffi de peu de choses pour la rendre à la fois utile et agréable.

Les enfants élevés à cette école ont tout jeté à l’égout en 1968, l’eau du bain et le bébé dedans. De réforme en réforme ils auront tout essayé et l’école qu’ont connue mes enfants ressemblait à une garderie infantilisante. Si mes enfants ont un peu de culture aujourd’hui, ce n’est pas à l’école qu’ils l’ont apprise.

Je n’étais pas fait pour l’école, mes enflants non plus. Mais, dans un monde idéal les enfants n’ont pas à être « faits » pour l’école, c’est l’école qui doit être faite pour les enfants. Sauf que le monde n’est pas idéal et que chaque société se construit une école à son image. Notre société est injuste, elle est composée en gros d’oppresseurs et d’opprimés, et son école lui ressemble.

Il reste heureusement une troisième voie, celle décrite (encore une fois) par Henri Laborit dans son livre « Eloge de la fuite », mais comme elle consiste à « fuir » hors du système ou à rester en marge de ce système, elle fait peut-être de nous des marginaux.

Article: Et de douze!
Soheil
, le 27.12.2013 à 01:23
[modifier]
Article: Et de douze!

Douze ans déjà! Douze ans que j’ouvre cette page tous les matins (en même temps que celle de MacG), histoire de ne pas mourir idiot. Et je ne compte pas les années « PommeA » où François nous faisait déjà partager ses humeurs me semble-t-il. Voilà qui ne nous rajeunit pas.

Bon anniversaire à Cuk, et merci à tous ceux qui font ce site: à la famille Cuneo d’abord (François et les autres, frères ou demi-frères, père, fils, tante, et j’en oublie sans doute) et à tous ceux et à toutes celles qui apportent sur ce site leur contribution régulière ou occasionnelle. Je vous dois quelques beaux moments de réflexion, et aussi quelques uns de mes plus grands fou rires.

Article: Ceci n’est pas un publi-reportage…

PS: ne pas manger durant 15 (!!!!!) jours, est-ce bien raisonnable ? Je crois que même si je le voulais, je n’y arriverais pas (écrit la gourmande de service !)

Le jeûne et la gourmandise ne sont pas incompatibles. On peut pratiquer les deux assidument… mais pas en même temps évidemment (je parle d’expérience).

Article: Ceci n’est pas un publi-reportage…

Etrange coïncidence. Il doit y avoir dans l’air d’autres ondes que celles que reçoivent les capteurs de nos appareils.

J’ai rencontré Pierre Crevoisier en 1983 à Lausanne, au centre Martin Luther King, à l’occasion d’un jeûne de quinze jours auquel nous participions l’un et l’autre. Nous manifestions notre soutien aux jeûneurs du Jeûne pour la Vie , un mouvement international pour le désarmement nucléaire, et nous partagions tous nos repas, si j’ose appeler ainsi les litres d’eau de source qui furent notre seule alimentation durant ces deux semaines.

J’avais immédiatement apprécié ses qualités humaines, la clarté de sa pensée et celle de son discours, une langue précise toujours à la recherche du mot juste. Après le jeûne je suis retourné à mes études de chinois et je l’ai perdu de vue. De vue, mais pas d’oreille: pendant que j’étais étudiant à Pékin il était chroniqueur sur les ondes courtes de Radio Suisse Internationale, un des rares fils qui me reliaient encore à la Suisse (c’était une décennie avant le www).

Etrangement, tous ces souvenirs me sont revenus à la mémoire hier soir, trente ans après, et je ne saurais dire pourquoi je repensais plus particulièrement à Pierre Crevoisier. Si ce n’est pas de la transmission de pensée, c’est une curieuse coïncidence.

Je vais commander son livre et le lirai dans un mois (à mon retour de Chine). En tout cas j’en ai lu les premières pages sur le site de l’éditeur, et ça donne envie de lire la suite.

Article: Audiophilie : XLD ou comment encoder sans erreurs !

PS : J’ai cette version. Pour les amateurs il y a un coffret à prix bas des symphonies 4 à 9 de A. Bruckner par W. Furtwängler UPC 017685120923

Disponible aussi, pour les abonnés, à cette adresse.

Merci Renan pour cette série d’articles. J’attends avec impatience la suite.

Je vais peut-être faire un essai de ré-encodage quand j’aurai un moment mais j’avoue que, avec plus de 2000 vinyles et à peu près autant de CD, je crains de n’avoir ni le temps ni la force de me lancer dans cette opération. L’abonnement Qobuz reste, dans mon cas, la meilleure alternative. Mais il est vrai qu’on n’y trouve pas tout (ou pas encore).

Article: Et vous, que mangez-vous ce soir ?

Si j’apporte ici mon témoignage, qui vaut ce qu’il vaut, c’est surtout pour essayer de calmer le débat… et les esprits.

Je suis végétarien depuis 36 ans. J’avais alors 26 ans et j’y pensais depuis l’âge de 18 ans. La raison principale de ce choix est une identification avec les animaux que je percevais de manière de plus en plus forte et pressante: à la vue d’une aile ou d’une cuisse de poulet, une autre image mentale venait s’y superposer, celle de ma propre main coupée et posée dans mon assiette. On peut appeler ça empathie ou compassion, ces cadavres ne me laissaient pas indifférent.

Je n’ai pas franchi le pas vers le végétalisme, mais je fais un usage très modéré des œufs et des produits laitiers (essentiellement des fromages et yogourts de brebis ou de chèvres, et des œufs provenant d’élevages en liberté).

J’ai évidemment tout entendu, que j’allais souffrir de carences graves, que j’étais un tortionnaire de légumes, le genre discours qu’entendent tous ceux qui ont fait le choix du végétarisme. A l’objection selon laquelle en mangeant un œuf je tue une vie dans l’œuf, je réponds simplement que vouloir que tous les œufs produisent des poussins et qu’il n’y ait pas d’œufs “perdus” c’est comme exiger qu’une femme ait un enfant tous les dix mois.

Pour le reste des objections, je crois qu’il est inutile de répondre. Il ne faut pas chercher à convaincre les non-végétariens par des arguments: s’ils sont convaincus c’est qu’ils sont vaincus, et ça ce n’est jamais bon. Il faut que la démarche vienne du fond de chacun de nous. Si on me pose la question, je raconte l’histoire de la main coupée. A partir de là l’idée fera son chemin. Ou pas.

Jusqu’à l’âge de six ou sept ans mes enfants n’avaient pas remarqué que je ne mangeais pas comme eux. Ils m’ont demandé si ça ne me gênait pas de les voir manger de la viande, j’ai répondu que non (même si parfois l’odeur m’incommodait). Aujourd’hui ma femme et ma fille sont devenues végétariennes, et mon fils est un carnivore occasionnel.

Ce qui est réjouissant quand on est végétarien depuis si longtemps, c’est qu’on a pu voir les mentalités évoluer dans ce qui nous paraît être le bon sens. Dans les années 70, les livres de recettes étaient rares et tristes, presque toujours sans photos (les ventes devaient être trop faibles pour justifier les coûts occasionnés par un photographe et une impression en couleurs).

Les produits à base de soja étaient quasi-introuvables et je fabriquais moi-même mon tofu en commençant par faire du lait de soja que je transformais ensuite en fromage. Aujourd’hui on le trouve dans tous les supermarchés de Suisse.

Je fais une grande consommation de graines de sésame (que je mange tel quel, à la cuillère), de graines de courge et de tournesol, de noix, amandes, noisettes et noix de cajou. Si certains sont tentés par le végétarisme et craignent les carences, qu’ils se renseignent sur l’apport de ces graines et de ces noix: je suis à peu près sûr qu’ils y trouveront presque tous les compléments nécessaires à une alimentation basée sur les fruits et légumes.

Je fais un contrôle médical chaque année et en 36 ans je n’ai constaté que deux fois une carence en vitamine B12. C’est la vitamine la plus difficile à trouver en dehors du règne animal, mais on la trouve quand même dans certaines algues, la spiruline notamment. Elle est assez chère, et il m’est arrivé de vouloir faire des économies. Pour le reste, je crois qu’il faut suivre ses envies. L’organisme sait ce dont il a besoin, mais il le dit tout bas. Il faut par moments faire le silence en soi pour l’entendre.

Article: Sortie de scène
Soheil
, le 09.01.2013 à 11:25
[modifier]
Article: Sortie de scène

C’est une bien triste nouvelle pour moi qui me réjouissais toujours de lire vos billets. J’ai rarement autant ri tout seul devant mon écran (sauf, peut-être, en lisant les (més)aventures de François aux prises avec ses différents rasoirs). On s’habitue vite aux bonnes choses et on finit par oublier que tout est éphémère. Vos humeurs vont nous manquer. A quand le livre ?

Article: Almanach
Soheil
, le 05.09.2012 à 11:44
[modifier]
Article: Almanach

Merci pour ce quart d’heure oulipesque. J’ai bien ri.

Il est amusant de constater que la liberté prise avec le vocabulaire autorise toutes les licences sauf celle d’appeler bol une tasse de grande dimension.

Cela dit, même s’il est vrai que l’anse entre dans la définition de la tasse, c’est une règle qui, comme toute règle, peut avoir des exceptions: en Chine et au Japon, notamment, les tasses à thé sont de minuscules bols (sans anse). Et il semble bien qu’en Europe la notion de tasse avec anse ne soit pas aussi ancienne qu’on pourrait le croire.

Article: La culture est l’âme d’un peuple, la musique en est l’harmonie.

Merci Anne pour cet article, beau et émouvant. J’étais ému même avant d’avoir vu la vidéo. Bien sûr, amoureux de l’Italie et de sa culture, je me sens concerné par ce qui s’y passe. Mais même sans être amoureux, et même si nous n’avons pas tous des origines italiennes, nous avons tous des racines italiennes. Qu’il s’agisse de peinture, de musique ou même de cuisine, la culture française n’aurait pas été ce qu’elle est sans l’influence italienne, et derrière la rigueur toute germanique d’un Bach, c’est encore l’Italie qu’on entend.

De la Grande Grèce à la Renaissance, en passant par l’empire romain, ce pays est peut-être celui qui a marqué le plus profondément la culture européenne, et sur une durée presque aussi longue que l’histoire de Chine (le rapprochement n’est pas fortuit). L’abêtissement du peuple programmé par quelques dirigeants incultes n’en est que plus désolant — et malheureusement c’est un phénomène planétaire.

Article: Qobuz, la musique dans tous ses états

@ Ysengrain

Je suis à la fois d’accord et pas d’accord (et pourtant je ne suis pas Normand).

La reproduction sonore restera toujours à mille lieues de la réalité d’un instrument. Surtout s’il s’agit de reproduire le son d’un orchestre symphonique qu’il aura fallu mettre en boîte pour le faire entrer dans un salon.

Ecouter de la musique enregistrée, c’est comme feuilleter un livre d’art ou comme découvrir un tableau sur une page web. On est bien content d’avoir ces reproductions à portée de main, mais cela ne remplace en aucun cas le contact avec l’original. C’est vrai. Et pourtant…

Et pourtant il est vrai aussi que l’on peut avoir une émotion et même une véritable révélation devant une reproduction, même de mauvaise qualité. J’ai eu le choc artistique de ma vie, il y a bien des années, en découvrant une œuvre de Piero della Francesca reproduite dans un journal. Après cette découverte j’ai fait de nombreuses fois le voyage d’Italie et je suis resté des heures (que je ne compte plus) devant les fresques d’Arezzo ou les peintures d’Urbino. Mais je n’oublie pas que le point de départ de cette passion c’était une mauvaise reproduction en noir et blanc, avec une trame-journal des années 70.

Une reproduction restera toujours un objet de seconde main. Rechercher la qualité c’est bien, si on en a les moyens pourquoi s’en priver? Mais il faut aussi garder ses distances, me semble-t-il, et ne pas en faire un culte.

Article: Qobuz, la musique dans tous ses états

L’offre de Qobuz est excellente. Ancien habitué du site d’Abeille Musique, j’ai suivi le travail de l’équipe de Qobuz depuis sa création et j’ai pris, dès son lancement, l’abonnement à 13 €. Le service a entre-temps beaucoup évolué et il continuera de le faire, je n’en doute pas.

Qobuz a ouvert récemment une rubrique dédiée aux nouvelles installations qui permettent de tirer le meilleur parti de la musique numérique avec un abonnement Hi-Fi, mais, pour moi, ce ne sera pas pour tout de suite: mon iMac est âgé, son disque dur saturé, et ma chaîne Hi-Fi a rendu l’âme. De temps en temps je me décide à acheter un album, pour pouvoir le mettre sur mon iPod et alléger un peu l’iPhone.

Qobuz a une offre intéressante pour la musique classique. Les informations sur l’enregistrement proposé sont excellents (quoique moins fournis que ceux qu’on trouve chez Abeille Musique), et le lecteur de Qobuz s’est déjà sensiblement amélioré. Il reste quelques anomalies pour un mélomane, comme le fait de trouver sous la rubrique “Artiste” le nom du compositeur alors que c’est l’interprète qui devrait s’y trouver (même problème sur iTunes d’ailleurs), ou encore le fait que le nom des pistes soit parfois doublé (Adagio: Adagio), mais ce sont des erreurs de jeunesse. Mon seul regret c’est que, pour l’instant du moins, le nombre d’éditeurs représentés et globalement le nombre de disques proposés ne sont pas aussi nombreux que ceux qu’on trouve sur Amazon. Et, du point de vue des prix, le tarif Hi-Fi me paraît quand même un peu cher.

En amont de Qobuz il y a eu le “laboratoire” d’Abeille Musique. Il ne s’agissait pour eux que de la vente en ligne de CD, mais avec une information très riche sur le contenu, des reportages et des podcasts qu’on ne trouvait pas chez les autres marchands de musique. Ma première intervention sur les défunts forums d’Abeille Musique, que je reproduis ici, prouve que le souci de qualité que l’on retrouve chez Qobuz ne date pas d’hier:

L’idée d’Yves Riesel n’est pas une bonne idée, je veux dire que ce n’est pas seulement une idée parmi d’autres qui seraient toutes également bonnes: c’est “la” bonne idée, la seule concevable et la seule viable à court et à moyen terme, surtout si l’on considère l’état du monde et le type de société que nous préparent quelques uns de nos contemporains. Il ne leur suffit pas d’avoir obtenu que tout, aujourd’hui, soit devenu marchandise. Ils voudraient encore que nous ayons tous les mêmes goûts, que nous soyons tous mus par les mêmes désirs et que nous rêvions tous d’acheter les mêmes objets au même moment, en laissant la mode et la publicité nous dicter la plupart de nos comportements. Avec pour conséquence une meilleure rentabilisation des chaînes de production, une baisse des frais de distribution et surtout une hausse sensible des bénéfices dont profiteront — dont profitent déjà — une poignée d’actionnaires. Voilà à quoi devrait ressembler notre monde si on les laissait faire et s’il n’y avait, fort heureusement, ici et là, quelques irréductibles Gaulois.

Je ne parle que du court et du moyen terme parce que, pour ce qui est du long terme, on peut imaginer que l’utilisation à distance d’une banque de données sera chose courante et qu’elle donnera au mélomane la possibilité d’aller puiser dans un “réservoir” de musique les œuvres qu’il souhaite écouter. Si l’on y réfléchit, ce n’est pas plus invraisemblable que d’écouter la radio. France Musique pourrait jouer ce rôle et devenir une sorte de Bibliothèque Nationale de la musique. Ce qui n’empêchera pas d’acheter et de conserver chez soi, peu importe sur quel support, les morceaux que l’on souhaite écouter plus souvent. On peut bien sûr refuser cette idée, mais il faudrait dans ce cas renoncer à bénéficier de l’eau courante, du gaz et de l’électricité, sous prétexte qu’il est plus pittoresque d’aller chercher de l’eau au fond d’un puits et plus poétique de dîner aux chandelles.

Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là et le CD a encore de beaux jours devant lui. Tout le problème étant de permettre aux amateurs de musique que nous sommes d’avoir accès à des produits qui trouvent de plus en plus difficilement leur place sur les rayons de nos magasins.L’idée des Abeilles n’est pas neuve, sans doute, et les sites de vente en ligne ne manquent pas. Mais combien sont-ils à offrir un service acceptable? Les précurseurs amazoniens se sont malheureusement arrêtés en chemin. Trop généraliste sans doute, véritable bazar où l’on trouve tout ce qui se publie, du livre d’art au jeu vidéo, leur site n’évolue plus et reste relativement avare d’informations (celui de la Fnac présente les mêmes défauts avec des lacunes encore plus graves). C’est la règle du service minimum. De nombreux extraits musicaux sont proposés, certes, mais en 30 secondes quelle idée peut-on se faire du début de la quatrième symphonie de Beethoven, par exemple, ou de la première de Mahler, ou encore d’une œuvre comme Lontano de Ligeti? Ce qui les sauve, pour l’instant, ce sont les frais d’expédition qu’ils proposent, qui restent les plus attractifs du marché, en tout cas pour un acheteur se trouvant en Suisse (c’est mon cas). Ils avaient pourtant de bonnes idées, au départ, et il est évident que les responsables d’Abeille Musique sont allés butiner dans leurs prés.Au nombre des améliorations apportées par Yves et son équipe, la première que je remarque est l’idée de rendre accessible les deux faces de la pochette ainsi que l’intégralité du livret. Ce qui met le visiteur dans une situation proche de l’expérience vécue face à un produit réel: je vois un disque qui m’intéresse, je le prends, je le retourne pour trouver au verso des indications sur son contenu, je l’ouvre, je lis la notice explicative, je demande si je peux écouter un extrait. L’extrait musical qui est proposé est généreux et permet de se faire une bonne idée de l’œuvre. Il serait peut-être plus agréable de connaître, avant de cliquer dessus, le titre du fragment qui est proposé. Et, si ce n’est pas se montrer trop exigeant, il serait bon que nous ayons le choix entre plusieurs extraits. C’est un confort supplémentaire qui viendra un jour, je n’en doute pas.Il y a là un énorme travail qui devrait être assumé en partie par les éditeurs eux-mêmes. Ceux-ci devraient fournir à tous les sites de vente en ligne un CD contenant tout le matériel promotionnel: le recto et le verso de la pochette au format JPEG, le livret au format texte (ou, pourquoi pas, avec les images, au format PDF) et enfin des extraits musicaux au format mp3 (ou RealAudio, ou QuickTime, le mp3 ayant l’avantage d’être un format passe-partout). C’est le minimum que puissent faire aujourd’hui les éditeurs, s’ils veulent assurer une bonne diffusion des produits qu’ils proposent. Le travail du webmaster, comme celui du graphiste, s’en trouverait passablement allégé.

Article: Il est des questions qui n’ont pas de réponse…

Je serais tenté de reproduire ici les trois points de ma réponse à une question similaire que vous posiez — déjà —, Madame Poppins, le 18 mai 2009 (réponse n° 47). Puisqu’on peut toujours les lire, je ne me copierai pas (mais je me répéterai quand même):

L’art n’existe pas dans la nature. La beauté naturelle se constate partout autour de nous, mais ce n’est pas de l’art et l’appréciation que nous portons sur elle relève de l’esthétique et non de l’art à proprement parler. L’art n’existe pas: ce qui existe ce sont des objets exécutés selon certaines techniques, qui révèlent le plus souvent un certain savoir-faire (où l’on reconnaît le sens premier du mot “art”). Devant de tels objets nous disons sans hésiter “ceci est une peinture” s’il s’agit d’une peinture ou “ceci est une sculpture” si c’est une sculpture, ou encore “ceci est une pipe” si l’objet est une pipe. Mais si quelqu’un, devant une peinture ou une sculpture nous dit “ceci est une œuvre d’art”, il y aura toujours quelqu’un pour dire que ce n’est pas de l’art, que son fils en fait autant, qu’il réserve ce mot pour désigner des œuvres qui l’émeuvent, que celle-ci ne l’émeut pas, etc. D’où il ressort que le mot “art” désigne en réalité une appréciation personnelle et ne devrait être utilisé que sous forme d’adjectif, comme quand on dit “je trouve que c’est laid” ou “je trouve que c’est beau”, ou “cela me touche, m’émeut, me transporte,…”. Transformer cette opinion en objet concret, comme nous faisons tous, est un raccourci audacieux dont nous ne percevons pas l’audace parce que la langue nous y autorise, et même nous y encourage. En voyant un substantif, nous croyons à la substance.

L’art est éminemment subjectif. En même temps, les sociétés humaines font toutes le pari que ce qui est subjectif demeure communicable. Non pas transmissible, puisque les perceptions des sens ne le sont pas, mais communicable: lorsque nous disons que le ciel est bleu, nous agissons comme s’il était évident que le mot “bleu” évoquait les mêmes sensations pour tout le monde. Or nous n’avons aucune preuve qu’il en soit vraiment ainsi et que les autres voient les couleurs comme nous les voyons. C’est, en quelque sorte, un acte de foi. Nous croyons, sans preuve, que nous éprouvons les mêmes sensations devant les mêmes spectacles et que les sentiments que ces sensations éveillent en nous, s’ils ne sont pas identiques, sont néanmoins semblables ou du moins comparables. Nous sommes naturellement bon public.

L’artiste sur son piédestal, demi-dieu intouchable ou grand prêtre d’une cérémonie à laquelle nous ne comprenons pas grand-chose, cette image a fait beaucoup de tort à l’art (je veux dire: aux opinions que nous avons sur les choses). L’artiste n’est évidemment pas seul juge de ce qu’est une œuvre d’art, il ne détient pas un pouvoir suprême qui lui permettrait d’anoblir un objet parce que tel est son bon plaisir. Son pouvoir est à la fois plus modeste et plus grand: c’est celui de prendre une matière ordinaire et de créer, par son travail, les conditions qui permettront à “quelque chose” de se produire. Quelque chose qui fait que des objets inertes s’animent soudain d’une vie particulière dans la subjectivité du spectateur. S’il y a un mystère de l’art, il est tout entier dans ce pouvoir qu’il a de métamorphoser une matière sans vie en un être doué de présence.

Article: Je ne sais pas quand elle commence…

quand j’étais gamine, on disait encore, sans complexe et sans vergogne, “les homes de vieux”

C’est déjà très moderne ce franglais. Quand j’étais petit (dans les années 50), on disait «asile de vieillards». C’est d’ailleurs le terme qu’emploie Camus dans L’Etranger.

Plus tôt encore, le mot «vieillard» était chargé d’une certaine noblesse, comme dans les vers célèbres de Corneille où Rodrigue demande au Comte: «Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, la vaillance et l’honneur de son temps?».

Le changement de vocabulaire traduit un changement de mentalité. Ce n’est pas la langue qui a changé, c’est le regard que notre société pose sur la vieillesse et sur les «vieillards» qui est devenu inavouable, au point qu’elle préfère le cacher derrière des périphrases et des acronymes.

Autrefois tout être humain pouvait espérer obtenir un jour un minimum de respect en raison de son grand âge, de l’expérience de toute une vie et de la sagesse qui était supposée en résulter. Même si c’était une vision quelque peu utopique de la vieillesse, on pouvait se dire qu’elle n’avait pas que des inconvénients et l’attendre avec sérénité.

Aujourd’hui les vieux ne sont plus la mémoire de la société, nos archives nous paraissent plus fiables. Leur expérience ne nous est plus d’aucune utilité, la plupart des outils dont nous nous servons étant apparus alors qu’ils étaient déjà trop âgés pour apprendre à les maîtriser. Que leur reste-t-il à part l’affection de leur proches? Et surtout: que reste-t-il à ceux qui n’ont même plus de proches?

Notre société est tout entière vouée au culte de la jeunesse et de la nouveauté. Et le drame est que, cette société, c’est la génération de nos «vieux» qui nous l’a léguée. Et, à voir (entre autres anomalies) le succès incompréhensible de la chirurgie esthétique, la nôtre n’a pas fait mieux.

Article: Okazou nous a quittés
Soheil
, le 05.09.2011 à 10:08
[modifier]
Article: Okazou nous a quittés

Je l’aimais bien Okazou, tout comme j’aimais bien Alec6, tout comme j’aime bien beaucoup d’autres à qui je ne le dis pas. On ne dit pas aux gens qu’on les aime bien. On devrait. La pudeur dit beaucoup de choses en silence, mais est-elle entendue? Les commentaires d’Okazou n’étaient pas de simples balles de ping-pong qu’on aurait pu regarder traverser la table sans se demander qui était derrière. Une personnalité se dégageait de chacun de ses propos où je voyais beaucoup de finesse, malgré le ton bourru qui les caractérisait, beaucoup de rigueur aussi et de justesse, malgré un sens aigu de l’exagération. Mais c’est ça qui fait une personnalité: une certaine manière de dire et de faire, le timbre d’une voix qu’on reconnaît, quoi qu’elle dise. Et qui résonne encore longtemps après qu’elle se soit tue.

Article:
Soheil
, le 28.06.2011 à 17:45
[modifier]
Article:

@ Saluki

Vous me ramenez vingt-cinq ans en arrière. Pour ceux qui ne connaissent pas, Gulangyu est une charmante petite île qui fait face à la ville de Xiamen (Amoy), à la hauteur de Taiwan. Une île sans voitures où l’on entend toujours quelqu’un jouer du piano quelque part. À cause de son passé colonial, c’est peut-être le coin le plus occidental de la Chine, le plus italien même, pour ne pas dire florentin, avec ses toits de tuiles rouges (en Chine tous les toits sont gris, sauf ceux des bâtiments impériaux qui sont jaunes). Quand je l’ai visitée, en 1986, beaucoup d’endroits étaient laissés à l’abandon. Je suppose que ça a pas mal changé depuis.

Article:
Soheil
, le 28.06.2011 à 09:48
[modifier]
Article:

Merci pour cet article intéressant et (presque) complet.

Il faudrait juste ajouter quelques mots sur l’eau utilisée: de préférence une eau filtrée (filtres Brita ou autres) ou à la rigueur une eau minérale neutre. L’eau du robinet ne convient pas pour les thés délicats.

Quant à la théière (qui rime avec cuiller), le modèle japonais en fonte était à l’origine une bouilloire. Je préfère pour ma part utiliser une théière en grès de Yixing — ces minuscules théières qu’on croirait faites pour jouer à la dinette, et qui sont les plus prisées des amateurs de thés chinois —, ou le “Teamaker” qui est en effet bien pratique (et qui est une copie chinoise de l’original taïwanais Piao-i).

Il y a depuis quelques mois, à Genève, un magasin (Bonjour-Bonsoir) où on peut découvrir tout ce petit monde du thé de Chine (on peut même goûter avant d’acheter!).

Article: Il faut sauver le soldat Gaëtan Naulleau !!

Absent quelques jours, je n’avais pas remarqué cet article lors de sa mise en ligne. Mais il n’est pas trop tard pour bien faire, et j’ai envoyé ceci:

Monsieur,

J’ai appris, un peu par hasard car je ne lis pas les journaux, que vous entendiez vous séparer de l’un de vos plus précieux collaborateurs, je veux parler de Gaëtan Naulleau. Et, si j’ai bien compris, vous n’auriez pas l’intention de le remplacer, ce qui revient à sonner le glas du Baroque sur France Musique, ce qui est, à mon avis, une grave erreur — si je peux me permettre de porter un jugement sur la fonction (publique) qui vous est confiée le temps d’un mandat. Pour la musique, heureusement, le temps ne se limite pas à un mandat: le Baroque était là avant vous et tout laisse à penser qu’il vous survivra.

Je disais que je ne lis plus les journaux. Je pourrais ajouter que, malheureusement, je n’écoute presque plus la radio. Par manque de temps, d’une part, mais aussi par manque d’intérêt pour beaucoup d’émissions qui nous sont proposées. Les Enfants du Baroque faisait partie de ces émissions que j’aimais retrouver, parfois en direct, souvent par podcast. Les autres sont (ou furent): Deux Sept à Neuf de Lionel Esparza, Le Point du Jour de Denisa Kerschova (la fin seulement) ou Musique Matin d’Alex Taylor (seulement le début). Ces émissions, ou d’autres encore, ne manquent pas d’intérêt, certes, mais enfin elles ne sont pas dédiées au baroque, et si c’est précisément le concept d’émission spécialisée qui vous déplaît, ne devriez-vous pas alors supprimer également de votre grille Les Lundis de la Contemporaine d’Arnaud Merlin?

Quand on ne trouve pas ce qu’on attend quelque part, on va voir ailleurs et c’est ce que je fais depuis quelques mois: j’ai pris un abonnement d’écoute sans limite chez Qobuz, et je recherche mes informations sur la Toile. Si c’est cette désaffection des auditeurs que vous désirez, continuez, vous êtes sur la bonne voie.

Meilleures salutations,

Soheil Azzam

Article: Les indispensables (et autres)… à la cuisine. N° 2 : la douceur

Merci pour cet article aussi détaillé qu’appétissant.

“La deuxième lame, celle qui ressemble vaguement à une coquille saint Jacques” est un coquilleur à beurre (sauf erreur, on le trempe dans l’eau chaude avant de former des coquilles de beurre pour les tartines du petit-déjeuner).

Article: Bonne année 2011 et voilà que nous avons 9 ans

Bonne année à tous, et un grand merci pour le travail accompli par François et par toute l’équipe de “Cuk New Technologies” — j’ai suivi le lien fourni par Haddock (que je remercie) et j’ai revu le site de janvier 2002, non sans émotion: je me souvenais de certains articles comme si c’était hier.

Article: Le rangement par le vide, c’est questionnant…

Okazou a raison, sans doute. Nous nous entourons de tas de choses inutiles. C’est Paul Klee, je crois, qui disait “Quand j’arrive quelque part je n’ai qu’une valise, quand j’en repars il me faudrait un camion.”

Mais le problème n’est pas tant dans les objets que nous conservons pour un éventuel usage futur — le marché aux puces ou les boutiques d’antiquaires sont remplis d’objets de ce genre — le problème c’est que ces objets ont une durée de vie de plus en plus courte. Or ces objets sont, ne l’oublions pas, des témoins de notre vie et de notre culture, des supports de notre mémoire — de notre mémoire personnelle mais, plus encore, de celle de notre civilisation.

Un vieux livre découvert dans un grenier peut être lu tout de suite sans problème. Un auteur méconnu peut être ainsi “ressuscité” des années après sa mort, comme Lautréamont dont André Breton allait recopier Les Chants de Maldoror à la bibliothèque nationale. Un livre peut (pouvait?) se conserver des siècles, voire des millénaires. On ne peut malheureusement pas en dire autant des nouveaux supports de notre culture qui ne passent même pas une génération.

Le numérique a sans doute beaucoup d’avantages, mais le prix à payer (en recyclages successifs) sera très élevé, si on ne veut pas que notre société finisse amnésique.

Article: « J’ai eu de la chance » et « c’est juste une vieille robe »…

Il me semblerait plus juste de parler de traits de caractère, plutôt que des qualités ou des défauts d’une personne. Bien souvent nous avons les défauts de nos qualités, les mêmes traits de caractère devenant, selon l’usage que nous en faisons, tantôt des qualités et tantôt des défauts.

De la fierté à l’orgueil, de la prudence économe à l’avarice ou encore de la compassion (ou empathie) à la charité condescendante, il n’y a parfois qu’une différence de degré, de style ou de domaine d’application. C’est sans doute ce que voulait dire Alain quand il constatait qu’il y avait plus de rapports entre la manière particulière qu’une personne a d’être calme ou en colère, qu’entre deux personnes calmes ou deux personnes en colère.

Quant au fait de minimiser ses mérites, cela fait partie du jeu social dont personne n’est dupe, je crois. Ce jeu a le mérite de donner plus de légèreté à nos relations avec les autres. D’ailleurs, il n’est pas totalement faux de reconnaître le rôle que joue le facteur chance dans toute réussite: même si on est particulièrement doué ou si on a beaucoup travaillé, la chance est indispensable au succès, et d’autres personnes peut-être plus douées que nous, ou ayant fourni un plus gros effort, n’ont pas forcément obtenu la reconnaissance qu’elles auraient mérité parce qu’il leur a manqué l’indispensable petit coup de pouce du hasard. Vous ne croyez pas? Une auto-dérision légère est une qualité précieuse, me semble-t-il, tant qu’elle ne tourne pas à l’auto-flagellation… qui est un défaut.

Article: Entre émotion et indifférence, mon coeur balance…

@ Okazou (37): Je suis 100% d’accord avec votre analyse, mais j’ai envie d’ajouter que celle-ci ne concerne que 50% du phénomène artistique. D’autres peintres ont représenté la guerre, tous ne l’ont pas fait comme l’a fait Picasso dans Guernica. Et, inversement, Picasso a peint d’autres sujets que la guerre, il l’a fait avec la même éloquence, la même manière, le même art que celui qu’on admire dans Guernica. Un spectateur qui ignorerait tout de la guerre d’Espagne ne pourrait s’empêcher de ressentir la force du drame dont il est témoin. Il devinerait certainement l’essentiel de cette tragédie que sont toutes les guerres, même si les détails de celle-ci lui demeurent inconnus.

Le sujet d’un tableau n’est pas indifférent, mais (comme le note Levri) il n’explique pas tout. Les musées sont pleins de Nativités, de Madones ou de Crucifixions. Le sujet est le même pour toutes ces œuvres, mais toutes ne présentent pas le même intérêt, loin de là. D’autant plus que, dans bien des cas, le sujet religieux n’était qu’un prétexte: prendre pour sujet Saint Sébastien était une occasion de peindre un jeune éphèbe avec la bénédiction de l’Eglise; et, pour Patinir, peindre un Saint Jérôme ou une Fuite en Egypte était avant tout un prétexte pour peindre un magnifique paysage imaginaire.

Il est vrai qu’une meilleure connaissance du sujet ou des circonstances qui ont présidé à la naissance d’une œuvre d’art permet d’en apprécier toutes les facettes. Une telle connaissance n’est pas superflue, mais elle n’est pas toujours indispensable non plus. On ignore la signification de la célèbre fresque de la Villa des Mystères à Pompéi. Des hypothèses ont été avancées, mais, à ma connaissance, aucune ne fait l’unanimité. Les archéologues et les historiens n’ont par réussi à se mettre d’accord sur la signification de cette scène initiatique et sur la fonction de la salle où elle est peinte. Cette ignorance n’empêche pas le visiteur d’être frappé par la magie du lieu, par cet incroyable mélange de finesse, de grâce et de puissance, par ce “je ne sais quoi” qui semble habiter cette salle dont il a du mal à s’arracher.

Malraux parlait à ce sujet de ce qu’il appelait “la métamorphose des dieux”. Quand on a cessé de croire à Zeus, Vénus ou Apollon, ces dieux se sont tus en tant que divinités, mais leur statues ont continué de nous parler en tant qu’œuvres d’art. On a reproché au musée des Arts Premiers (que je n’ai pas visité) d’ignorer l’origine magique des sculptures qu’il présente. Sans doute le reproche est-il fondé, mais pas entièrement je crois: j’imagine que de nombreux objets partagent la même fonction magique que ceux qui sont exposés, mais que tous ne le font pas avec la même force de persuasion, et j’imagine aussi que cette différence est perceptible même pour le visiteur qui ignorerait la signification et l’usage du masque ou de la statuette qu’il contemple. Il ne comprend pas tout, certes, mais l’essentiel peut passer et passe peut-être: non pas l’histoire de ce dieu ou de cette tribu, mais le sentiment de crainte que l’homme primitif éprouve devant le mystère et que, enfants, nous avons tous éprouvé un jour.

Vous avez très bien résumé ce que je ne fais qu’esquisser ici, en évoquant la notion de paliers et les niveaux de lecture dont est susceptible une œuvre d’art. Sans doute les plus riches et les plus universelles sont-elles celles qui parlent à chacun dans la langue qu’il comprend, comme on l’a dit des apôtres le jour de la Pentecôte.

Est-ce que toute œuvre nous interroge, comme vous dites, qu’elle le veuille ou non? Peut-être. Je ne suis pas sûr. Certaines, me semble-t-il, par moments en tout cas, font taire en nous tout questionnement et nous font acquiescer, adhérer au monde et à la vie, à cette vie qui a commencé bien avant nous et qui continuera bien après— qui nous dépasse et nous justifie. Ce sont celles que je préfère.

Article: Entre émotion et indifférence, mon coeur balance…

Vaste sujet, que je n’épuiserai pas en trois paragraphes — trois gouttes dans l’océan.

L’art n’existe pas. Par cette formule volontairement lapidaire, je veux dire qu’à l’origine le concept d’art n’existait pas comme tel. On commandait à des ouvriers des objets de culte, de la vaisselle, des parures ou des habitations, on demandait à des conteurs de nous raconter des histoires, on ne leur demandait pas de faire des œuvres d’art. Cette notion s’est dégagée progressivement, quand on s’est aperçu que certains de ces objets nous inspiraient des sentiments différents des autres, que certains conteurs nous touchaient, nous parlaient ou nous impressionnaient plus que d’autres.

La jouissance esthétique, l’émotion, la crainte, le respect et toute la gamme des sentiments qui nous paraissent liés à l’art ont, en réalité, précédé l’art. Les sentiments que nous éprouvons face aux spectacles naturels, sont plus anciens que ceux que peut nous inspirer un paysage peint par un artiste. Mais, en retour, les œuvres d’art que nous avons vues modifient souvent le regard que nous posons sur le monde environnant. La notion d’art s’est nourrie de ce jeu d’influences entre nature et culture.

Le classement en arts majeurs et mineurs, le fait que des artistes soient reconnus et d’autres pas, tout cela est relatif. La redécouverte de Vermeer est récente, il y a cent ans Piero della Francesca était considéré comme un peintre mineur et pour cette raison beaucoup de ses fresques ont disparu ou ont été irrémédiablement endommagées. La Passion selon Saint Matthieu de Bach a failli être perdue à jamais — de nombreuses œuvres ont été effectivement perdues à jamais. Voilà qui devrait nous inciter à un peu plus d’humilité dans nos jugements et à relativiser, autant que possible, nos affirmations.

Je rejoins ce que disent Ysengrain et Coacoa, et je comprends les réticences de Tom25. Les propos ci-dessus ne sont, en quelque sorte, qu’un écho à leurs commentaires. Pour le reste, Madame Poppins me pardonnera — je l’espère — si, au vu de ce qui précède, je me garde de parler ici de ce que j’aime ou n’aime pas.

Article: Le sourire de Lisa, une enquête de Marie Machiavelli (12)

Bonjour Anne,

Vous avez une écriture très cinématographique — très visuelle, et très sonore aussi. Ne vous a-t-on jamais proposé de porter l’un de vos livres à l’écran? Ou d’en faire une série télévisée? Il y a là une bonne matière première, me semble-t-il. Je voulais vous faire ce commentaire de vive voix, il y a un peu plus d’une semaine, au salon du livre de Genève. Mais comme vous étiez en pleine conversation, et que je suis plutôt discret, je suis reparti sans vous interrompre. Merci en tout cas pour ces histoires si généreusement offertes.

Article: Discothèque baroque déraisonnée …. bien entendu(e) 2 ème partie

Merci pour cette deuxième partie. Tout est excellent — j’en suis certain pour les enregistrements que je connais (la majorité) et je le crois volontiers pour ceux que je ne connais pas encore (Cererols, de la Barre, Gilles), ou que je connais mal (Leclair, Rameau, Lully). J’ai encore beaucoup à découvrir…

Des absents (à mon goût): les sonates de Biber par John Holloway (qui a aussi enregistré, dans le même genre, de très belles sonates de Schmelzer), le Stabat Mater de Pergolèse par René Jacobs et Sebastian Hennig, ou encore (autre très belle version) par Vincent Dumestre, avec la participation de Damien Guillon (Vincent Dumestre a également signé, avec Benjamin Lazar, un très beau Bourgeois gentilhomme de Molière-Lully, mais là on sort du cadre strictement musical). A quand la troisième partie?

Article: Discothèque baroque déraisonnée… bien entendu(e) (1 ère partie)

Je ne connaissais pas cette théorie, merci de me la révéler. Je vais me renseigner. Je suis un peu surpris tout de même, connaissant très bien et la “fameuse Chaconne” et “Christ lag in Todesbanden”. Je ne perçois pas la “filiation musicale” entre les les 2 pièces.

À question intéressée, réponse: OUI

Je reprends le fil un peu tard. Si j’ai bien compris, la filiation dont il est question serait plutôt comparable à ce qui se passe dans les variations Goldberg, la Chaconne se superposant à certaines phrases de la cantate qui jouent ici le rôle de la basse continue (ne m’en veuillez pas si les termes sont inexacts, je n’ai malheureusement pas fait d’études musicales et un certain vocabulaire me fait défaut, de même que les connaissances qui vont avec).

Je ne sais pas ce qu’il faut penser de cette thèse — il est possible qu’elle vaille ce que valent les spéculations sur la Grande Pyramide —, mais le rapprochement de cet événement douloureux avec la composition de cette partita me paraît l’éclairer d’un jour différent. Les disques qui illustrent cette thèse sont “Morimur” (Hilliard et Poppen) et “De Occulta Philosophia” (Moreno, Mena, Kirkby).

Quant à la question intéressée… est-ce qu’une copie serait envisageable?

Article: Discothèque baroque déraisonnée… bien entendu(e) (1 ère partie)

Merci pour cette belle présentation. J’y retrouve plusieurs des enregistrements que j’ai chez moi et d’autres (comme The secret Bach de Hogwood) que je vais m’empresser de commander.

Une petite question: que pensez-vous de la théorie de la musicologue allemande Helga Thoene à propos de la relation qui existerait entre la célèbre Chaconne et la cantate Christ lag in Todesbanden? Pour résumer: en 1720 Bach accompagne le prince de Köthen en villégiature à Carlsbad. A son retour il apprend que pendant son absence sa femme Maria Barbara est tombée malade, qu’elle est morte est enterrée. C’est alors qu’il aurait écrit la deuxième Partita sur du papier provenant de Carlsbad, et cette pièce si particulière, composée sur la base de certaines phrases de la cantate sur la mort du Christ, serait en quelque sorte un “tombeau” à la mémoire de sa femme. Cette théorie est illustrée par deux enregistrements: Carlos Mena, Emma Kirby et Jose Miguel Moreno au luth; le Hilliard Ensemble et Christof Poppen au violon. Il est clair qu’on écoute différemment cette Chaconne (et on comprend aussi pourquoi les interprètes qui font de cette pièce un morceau de bravoure sont à ce point insupportables).

P.S. Question intéressée: le concert inédit de Herreweghe, l’avez-vous numérisé?