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Article: Et de quinze! Mais ce n’est pas la joie…

Bonjour à tous et toutes !

Un ami m’a fait découvrir Cuk il y a deux jours, attirant mon attention sur un article d’Ysengrain. Il s’agissait des longs et patients développements conduits par deux médecins hospitaliers, lui-même et un collègue, dans leur service. Étant un collègue, ce sujet me tient à cœur et j’ai posté un commentaire. S’en est suivi un long échange, qui nous a permis de mieux nous comprendre, car nous n’avons pas la même foi dans l’informatisation de l’hôpital.

À cette occasion, j’ai pu apprécier les contenus du site. Ils sont sur le fond de grande qualité. Un blog est un lieu d’échange entre personnes ayant des personnalités diverses, des niveaux de discernement divers, des niveaux d’éducation très divers.

Ainsi, le meilleur s’exprime, comme le moins bon. Il apparaît la nécessité d’introduire un moyen de modération des propos, pouvant aller jusqu’à leur suppression. Je fréquente chaque jour un blog consacré au vélo. Comme le mac, le vélo est un motif de passion, suscitant parfois des propos excessifs. Trois ou 4 modérateurs, qui apparemment se sont cooptés dans l’entourage du fondateur, en assurent la surveillance. Les débordements sont évités, tandis qu’un bon niveau de contribution est encouragé. Il est arrivé que les modérateurs aient décidé l’exclusion d’un membre inscrit. De ceux que l’on désigne comme troll, en jargon internet.

Je voudrais encourager François à ne pas baisser les bras. À s’entourer d’amis sûrs (apparemment il n’en manque pas) pour pérenniser ce site, le maintenir propre. Tant de rédacteurs et commentateurs y sont attachés, il leur manquerait. Et s’il décidait d’interrompre maintenant la belle mission qu’il a fait vivre pendant plus de 15 ans, à passer le relai, dans le même esprit.

Je regretterais vivement de voir disparaître Cuk au moment où je me réjouissais de le rejoindre. En France actuellement, nombreux sont ceux qui s’écrient « François, tiens bon ! » Eh bien moi aussi, à François Cuneo !

Article: O….r, (2) et ultra-trail médico-informatique

Mais au fait, il y a une heure encore, je ne connaissais pas le contenu du site cuk.ch. Je viens juste de m’y pencher, et de réaliser que l’on y parle (surtout) d’informatique. Pas étonnant alors qu’Ysengrain et moi ne soyons pas tout à fait sur la même longueur d’onde, bien qu’ayant exercé la même profession !

Ceci dit, pendant près de 30 années, j’ai travaillé sur mac pour mon courrier, la biblio du service, mes publications. Et j’ai apprécié. J’ai toujours un excellent iMac à la maison, fonctionnant parfaitement depuis près de 9 ans. Mais, ayant la chance de vivre à la campagne, je préfère encore utiliser le vélo.

Article: O….r, (2) et ultra-trail médico-informatique

Pourtant, si je t’ai bien lu, toute votre informatique, tout le fruit d’un travail de deux médecins, vingt-cinq années de peine et de sacrifices, et pas d’un travail « médicalisé », s’est retrouvé un beau matin dans une benne ? Je comprends ta déception, et une certaine aigreur de tes propos.

Chaque fois que je prenais ma consultation, avant de m’installer à mon bureau, je prenais soin de débrancher l’ordinateur qui y trônait, et de le déposer par terre. Ça faisait enrager Renart. Et me comblait d’une certaine jouissance. J’utilisais le dossier papier, un stylo, et mon Vidal… papier.

Encore une fois, j’affirme que nous n’avons pas à gérer, que les malades ne se gèrent pas mais se soignent, que gérer l’hôpital n’est pas notre vocation. Que nous n’avons pas assez de temps et d’énergie à perdre pour ça, que ce temps médical nous le devons aux malades, à leurs familles, à eux seuls et à rien d’autre. Que c’est au médecin de décider les ressources nécessaires.

Oui, P.G. est toujours de ce monde. Mais je crois qu’il ne pilote plus ses magnifiques Facel Vega, ni d’ordinateur. Fait-il encore du vélo, je ne sais… Je vénère cet homme, comme je vénérais son maître F.S. Il paraît qu’on le rencontre régulièrement au 16 rue Bonaparte.

Article: O….r, (2) et ultra-trail médico-informatique

Ami Ysengrain,

Il n’est pas grave d’avoir perdu son âme si l’on a été subjugué par le Démon, de manière involontaire. Nous nous rendrons justice. Je ne mets pas en doute que tu aies été abusé par les ruses de son suppôt Renart. Tu n’es pas Renart, comme toi je suis un Ysengrain. Moi je n’ai aucun compte à régler avec toi, au contraire je t’aime.

Comme moi, souviens-toi du temps où, lorsque quelque chose n’allait pas dans la grosse machinerie qu’était notre hôpital, le chef de service convoquait le directeur dans son bureau pour le mettre en demeure de prendre les mesures correctives. C’est dans ce sens que j’écris que nous nous croyions, et que nous étions un peu, les seigneurs de ce domaine.

Un commentaire, plus haut, signale que le temps médical aujourd’hui est consommé pour plus de la moitié par les tâches informatiques. Les collègues qui sont dans cette situation ont, sinon perdu, du moins aliéné leur âme. Les autres font, de bon ou de mauvais gré, des semaines de 70 heures à l’hôpital. Pour continuer de soigner, et au bout du compte, souvent pour mourir, eux, prématurément, j’en connais plein d’exemples. Nous avons amélioré la qualité des soins, écris-tu, je n’en suis pas persuadé. Une énorme iatrogénie hospitalière s’est développée. L’hygiène, mais aussi la qualité de l’alimentation, qui sont sans doute les premières causes de l’augmentation de la durée de vie, n’ont pas fait de tels progrès dans nos hôpitaux. L’ordinateur a fleuri dans la poussière et au milieu des germes.

À la fin des années 60, j’ai passé deux semestres dans un grand service de Médecine interne de l’AP, dirigé par le Pr F.S. et son assistant P.G. Une immense compétence médicale, réellement pluridisciplinaire, mais animée d’un profond humanisme, formait l’atmosphère du service. Les malades étaient longuement écoutés, réconfortés, soignés toute la journée. Cela a « presque » disparu. Un après-midi, pendant « la garde », marchons dans un couloir d’hôpital en 2017. De grands panneaux sont couverts de revendications catégorielles, voire politiciennes. Quelques loupiottes rouges luisent au dessus des portes. D’ailleurs, les seules portes ouvertes sont celles des chambres de malades, car — miracle — il y a encore des malades ! Par ces portes ouvertes (bonjour l’intimité) s’échappent des gémissements, des appels, parfois des cris de malades, que le personnel n’entend plus que par hasard. Ils peuvent sonner pendant une demi-heure sans que personne ne vienne à leur chevet. Médecins et infirmières sont pour la plupart devant un écran d’ordinateur, au fond d’un aquarium, portes fermées. La surveillante est occupée à faire ses « tableaux de service », dans un bureau aux vitres dépolies : pas question de la déranger. L’autre moitié du personnel, médecins en tête, est « en réunion », avec l’Administration et d’autres ordinateurs. Parfois « en formation », de ces formations où il n’est plus question que d’informatique, de procédures, de gestion informatisée des ressources. Quelque part, au fond d’un secrétariat hypertrophié mais « débordé », le sénior fait du codage. Des dossiers par centaines, jonchent le sol de son bureau, devrais-je dire de « sa tanière d’Ysengrain » ?, où la poussière s’accumule depuis sa dernière nomination. La contre-visite, en compagnie de l’interne, sera fait en vitesse.

Bien sûr, comme tu l’écris, le but est le soin, le soin et encore le soin. Je préciserais : les bons soins. Mais tout ça ne fonctionne pas bien, personne n’est heureux, (pas même le directeur), ça coûte une fortune, on risque de fermer tous les deux ans, on restructure sans cesse et sans cesse le trou se creuse. Et pendant ce temps, les malades continuent d’appeler dans le vide… J’exagère à peine.

Confraternellement.

Article: O….r, (2) et ultra-trail médico-informatique

Je suis néonatologiste, praticien hospitalier à la retraite, ici pseudo-nommé « Resistant » parce que le serveur de ce blog refuse l’accent aigu pour la graphie des pseudonymes (on est mal partis). J’ai dirigé un service hospitalier pendant 24 ans en région parisienne, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).

J’ai donc lu le long et triste billet du sire Ysengrain. Le pseudonyme est parfaitement choisi : à une lettre près, c’est le nom du loup dans le Roman de Renart, qui était si naïf et m’a fait tant rire quand j’étais gosse. L’un des premiers livres composés en Français vulgaire, et l’un des premiers livres que j’ai lus ! et dont j’ai retenu un peu les leçons.

L’histoire de ce moderne Ysengrin est triste et banale. Il a cru que grâce à l’ordinateur, il allait mieux soigner ses malades. Il ne s’est pas rendu compte que derrière lui Renart était tapi. De quoi ce Renart était-il le nom ? Renart représentait la clique sortie, depuis les années 70 précisément de l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) de Rennes (dans le contexte hexagonal). Une École d’application, souvent nourrie d’énarques, à charge d’en faire des directeurs d’hôpitaux et autres hauts fonctionnaires du système de santé français. De prendre le pouvoir à l’hôpital. La crème de l’Administration hospitalière. Car le seul pouvoir qui vaille aux yeux de l’énarchie est le pouvoir administratif.

L’arme de ce pouvoir est l’ordinateur, comme outil de gestion et de flicage des médecins et du personnel soignant. Pour tromper Ysengrain-médecin, on l’a appâté au moyen des meilleures machines et on lui a laissé « le soin » (c’est le cas de le dire) de concevoir le Dossier médical « partagé » (DMP). Le mot partagé est ici le maître-mot. Ysengrain est tombé dans le panneau : pour alimenter son dossier médical informatique, sa bien-aimée chimère, il a rassemblé inlassablement des « données », des data, fournissant ses armes de gestion et de pouvoir à l’Administration, qui du coup a acquis le pouvoir convoité, et — justement — un pouvoir sans partage. Dans le jargon hospitalier, l’outil complet (médical et administratif) s’appelle le PMSI (voir ce terme sur Gogol).

Quant au DMP, il n’a aucune utilité pour le patient, ni d’ailleurs pour le médecin. Ysengrain, enfin les moins crétins des Ysengrains, ont commencé à s’en apercevoir il y a une vingtaine d’années. Trop tard, la queue du loup était déjà prise dans les glaces. La manœuvre de Renart avait été grandiose (relire ici la Branche III du Roman de Renart) : les données, obligatoirement recueillies par l’ex-encadrement infirmier (les anciennes « surveillantes » ayant été converties en « cadres de santé », et mises au service et sous l’autorité exclusifs du directeur de l’hôpital), et par les médecins eux-mêmes, étaient automatiquement transmises aux super-ordinateurs des comptables de l’Administration centrale hospitalière. Leur exploitation à des fins médicales (à l’exception peut-être de l’imagerie médicale) s’est vite avérée quasi inopérante : un malade, une maladie, une poly-pathologie, la psychologie, la souffrance, la douleur, la vie et la mort, sont des choses infiniment plus complexes et compliquées qu’un compte d’exploitation. Et quand Ysengrain n’était pas un con, l’ordinateur restait inintelligent et surtout, inhumain.

Les résultats à l’hôpital : une perte de temps médical considérable. Le gaspillage des énergies de tous les petits Ysengrains. La démotivation. La perte de la qualité des soins. Le gaspillage. L’inflation inattendue et paradoxale de la paperasse. Le développement fou des « procédures » plus ou moins inapplicables, coercitives, et ennemies de l’intelligence. Des dossiers papier — car ils ont la peau dure — devenus inexploitables pour ces soins. Un retour confus et désordonné aux moyens d’antan : le stylo et des dossiers papier tant bien que mal, mais à un niveau de qualité profondément dégradé, car en une génération de médecins dévoyés, les bonnes habitudes de la bonne vieille « observation » logiquement structurée, lisiblement rédigée, retraçant le véritable « parcours de soins » et le restituant dans sa réalité humaine, s’étaient largement perdues.

À tout cela est venu s’ajouter le désastre des 35 heures à l’hôpital. Voici la situation actuelle. Vous aurez compris qu’Ysengrain pourrait passer pour un couillon. Qu’il s’est, en tous cas, joyeusement laissé couillonner par Renart-l’Énarque passé par la filière rennaise. Que ce dernier a définitivement pris le pouvoir. Dans le public, comme dans le privé aussi, puisque pour gérer l’ensemble du système hospitalier, l’État a inventé les Agences régionales de santé (ARS), qui sont de mini-ministères aux mains de super-Renarts.

Je suis bien heureux d’avoir quitté ce m….er médico-administratif. Ysengrain-l’Helvète m’y a fait replonger quelques instants. Douloureusement. Mais avant de fermer ce sujet ce soir, je veux préciser que je ne me reconnais pas dans le personnage d’Ysengrain. Bien des années avant ma retraite, ce devait être à la fin des années 90, un collègue hiérarchiquement supérieur « au sens administratif », une sorte d’Ysengrain muté devenu suppôt de Renart, et Renart lui-même, patenté PMSI, est venu me trouver dans mon bureau pour m’annoncer que désormais tous mes actes de soins, toutes mes prescriptions, devraient être « codés » par moi-même. Un travail de gratte-clavier, destiné à parfaire et augmenter le volume des données fournies à Renart, sous la forme d’un « codage » de chaque acte médical, et même infirmier. Docilement, je me suis attelé à cette nouvelle tâche, nous y étions tous astreints. Un travail abrutissant (un résultat accessoirement recherché, sans doute), et infiniment chronophage. Ysengrain dispose d’une secrétaire ? Il a bien de la chance. Plutôt qu’à « coder », je suis persuadé qu’il aurait préféré l’employer à taper sous sa dictée de bons CRH, et les courriers aux confrères.

Or il se trouve que moins d’un mois plus tard est survenue, dans un hôpital voisin de l’AP-HP, l’histoire suivante. Un enfant de deux ans est amené par ses parents aux Urgences dans un état subcomateux et fébrile. Il est examiné par un interne peu expérimenté. Mais par prudence et devant l’état préoccupant de l’enfant, il demande à sa « cadre de santé » (voir plus haut) d’aller chercher le médecin sénior du service, présent cet après-midi-là. Un Chef de clinique chevronné, un brave petit Ysengrain. La « cadre de santé », séide bien dressée de Messire Renart, fait savoir sans ciller au jeune interne qu’Ysengrain est occupé au « codage », et entend n’être dérangé sous aucun prétexte. En effet, l’Administration lui avait aimablement signalé que le codage avait pris beaucoup de retard dans son service, et que ce retard devait être impérativement rattrapé. L’interne se trouve dès lors livré à lui-même ; un temps précieux est perdu ; l’état de l’enfant se détériore rapidement ; sa pression artérielle s’effondre ; il meurt dans son petit lit des Urgences, en état de choc infectieux. Évidemment, il y aura une enquête. Elle établira que l’enfant avait un purpura fulminans, une forme de méningite bactérienne gravissime, le type même de l’urgence pédiatrique, conduisant à un collapsus irréversible en l’absence de traitement approprié. L’Administration sera lourdement condamnée au civil.

J’ai appris l’affaire (avant même qu’elle ne fasse grand bruit dans les hôpitaux parisiens), et dès lors « bravement » désobéi à la consigne. Je n’ai plus jamais fait de « codage » des actes. J’entendais, pendant tout le temps de ma présence à l’hôpital, être au service exclusif de nos malades, et des collègues et personnels que j’avais la charge de former et d’encadrer. Je l’ai payé assez cher, ma « carrière » en a pris un coup, mais c’est une autre histoire. J’en suis très fier. D’avoir résisté, et peut-être évité que de tels drames se reproduisent dans mon service. Au passage, c’est un moindre mal, on m’a « sucré » l’une de mes deux secrétaires, mesquine rétorsion.

Voici mon « retour » à propos d’Ysengrain. J’espère pour lui qu’il dort aussi bien que moi, qu’il a aussi bonne conscience qu’il est possible à un médecin, car nous avons tous commis des erreurs. À propos de Renart, je pourrais aussi raconter tout un tas d’histoires fort édifiantes, mais une autre fois peut-être.

Conclusion et épilogue : Ysengrain s’est longtemps cru seigneur à l’hôpital. Il ne « gérait » pas ses malades, il se contentait de les soigner. Un beau jour, Renart-le-technocrate l’a persuadé de tremper sa queue dans un algorithme pour pécher de beaux « parcours de soins », afin de l’assister dans la tâche qui était la sienne : pas de soigner les malades, mais de gérer l’établissement hospitalier. Mais si le brave Ysengrain n’y a pas perdu sa queue, il y a perdu son âme. Et aujourd’hui, il pleure qu’on la lui ait volée !