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Juste juste juste…

C'est l'histoire d'un type qui se présente au guichet de la poste avec un billet de 20 francs et qui demande à la personne derrière le guichet de le lui échanger contre 20 pièces de 1 franc.
Ayant reçu les pièces, il se met à les compter. Arrivé au bout du compte, il reste un instant comme suspendu, puis il remet ça. À l'instant où il recommence à compter pour la troisième fois, l'autre lui demande, un rien agacé :
"Alors, c'est juste ou c'est pas juste?"
Et le gaillard de répondre:
"Euh... oui, c'est juste, mais... juste juste juste!"

Cette histoire, qui me fait sourire, me revient régulièrement en tête lorsque je suis confronté à une réalité qui, elle, me fait moins sourire. Qui m'inquiète même.

~ ~ ~

Lorsqu'ils ont réaménagé le carrefour en bas de chez moi, ils devaient faire en sorte que le trottoir laisse aux bus qui passeraient par là suffisamment de largeur de chaussée pour faire un virage à angle droit. J'ai alors vu des employés des transports publics faire, alors qu'un bus-test faisait ledit virage au ralenti, des marques au sol pour indiquer jusqu'où pourrait avancer l'angle du trottoir. Résultat: le bus passe, mais, comme dans mon histoire, "juste juste juste". Et un léger écart par rapport à la trajectoire idéale provoque la rencontre entre le trottoir et une roue, voir une brutale ascension de celui-là par celle-ci, avec ce que cela signifie d'inconfort pour les passagers et d'usure prématurée du matériel.

Il y a, me semble-t-il, de plus en plus d'endroits comme cela, où les bus et autres véhicules encombrants ne passent plus que "juste juste juste", sans marge de sécurité, et surtout sans possibilité pour les autres acteurs du trafic de les contourner, en cas de panne par exemple. Sans parler des problèmes que cela pose aux véhicules d’urgence.

~ ~ ~

Dans un tout autre domaine, celui du travail, je ressens souvent le même malaise. J’entends de plus en plus fréquemment des exemples de situations où les nécessités de la rentabilité, de l’efficience, font que les équipes sont de moins en moins nombreuses, donc doivent de plus en plus souvent faire face à une surcharge de travail. Parce qu'on est "juste" assez pour faire le boulot en temps normal, lequel temps normal devient lui-même une exception. Et à la première maladie, à la première augmentation temporaire de la charge de travail, l’équipe se retrouve en sous-effectif. Je connais comme ça des équipes qui sont en sous-effectif de façon quasi permanente.

Et quand l'équipe en question se trouve être un des maillons d'une chaîne de production par exemple, cela entraîne un légitime mécontentement en amont et en aval de ladite chaîne; et l'équipe, qui est déjà au taquet pour parvenir à faire le maximum de travail avec le minimum de moyens, doit en plus gérer la mauvaise humeur des collègues. Résultat: on se retrouve avec des collaborateurs qui ont le choix: soit ils foncent et font le maximum pour parvenir à répondre aux exigences, quitte à se mettre en danger de burn-out, soit ils font les pieds au mur et risquent de se faire une réputation de glandeur. (Et je ne parle pas de ceux qui, par nature, appartiennent à l'une ou l'autre des ces catégories, pressions ou pas!)

Je suis conscient que ce que je viens d'écrire est quelque peu caricatural et manichéen, mais bon, vous voyez c'que j'entends?

~ ~ ~

Les flux de travail, les outils pour accomplir celui-ci, sont calibrés en fonction d’un scénario idéal: il faut tant de temps pour faire ceci, tant pour cela. Mais nous savons bien que cela ne dépasse que rarement selon les prévisions et que, là aussi, on se retrouve avec des surcharges, des délais, des imperfections plus ou moins assumées, mais démotivantes pour les travailleurs et travailleuses qui aiment le travail bien fait.

Il est vrai que certaines marges de manœuvre sont prises en compte, mais celles-ci sont souvent insuffisantes. Et les outils d’aujourd’hui évoluant de plus en plus vite, on n’a pas le temps de les maîtriser avant qu’une nouvelle version soit mise en production, voir qu’un nouvel outil ne vienne remplacer celui dans lequel on commençait à être à l’aise. D'où stress, découragement, et parfois agressivité vis-à-vis de celles et ceux qui ont pour mission de régler les problèmes et faire en sorte que ça marche suffisamment pour qu’on puisse sortir le produit, la prestation, à la date annoncée. "Si on ne le sort pas, un concurrent va le faire, on est bien obligés de foncer!"

Et voulez-vous que je vous dise? Moi qui traverse une période où la quantité de travail est momentanément... confortable, je culpabilise vis-à-vis de mes collègues qui courent. Alors je propose des coups de main, bien sûr. C'est normal que je le fasse et je le fais volontiers. Mais - j'en ai fait l'expérience par le passé - je ne puis m'empêcher de craindre que cela se sache et que l'on me dise que chacun sa merde, que je n'ai pas à m'occuper de celle des autres, et que si je n'ai pas assez de travail on va m'en trouver. Et lorsque je serai aussi sous l'eau, les choses seront rentrées dans l'ordre.

Bon. Je caricature un peu, là aussi; d'autant plus qu'en ce qui me concerne j'ai la chance d'être dans une structure qui me protège un peu de ce problème: les collègues voisins sont dans le même bureau et - surtout - sous la même cheffe que moi. Mais les organisations, ça change. Et d'ailleurs, ça va changer...

~ ~ ~

Je m'interroge: suis-je dans une inquiétude légitime, ou est-ce que je commence simplement à me sentir dépassé par l'évolution de la société?

Est-ce qu'on va vraiment dans le mur, ou est-ce que le monde va son chemin, comme il l'a toujours fait, et que je fais partie de ceux (il y en a toujours eu) qui ont du mal à s'adapter?

Se retrouver — à tort ou à raison — en mode "j'arrive plus à suivre" à 58 ans, n'est-ce pas un peu prématuré?

 

Avec une pensée émue pour mon grand-père, né avant la voiture et qui a vu l'Homme poser le pied sur la lune...

Avec une pensée émue pour mon grand-père,
qui est né avant la voiture

et qui a vu l'Homme poser le pied sur la lune...

~ ~ ~

24 commentaires
1)
JanPol
, le 05.05.2014 à 00:16
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Beau texte, que je découvre le premier ? J’y souscris pleinement, d’autant plus que ce « juste juste », cette absence de marge, fait disparaître tout ce qu’on appelle le pouvoir interstitiel que génère normalement n’importe quelle organisation. Et c’est justement dans ces marges, dans ces interstices, que se niche en général la créativité humaine. Quel monde pour nos petits-enfants si nous poursuivons inéluctablement dans cette direction…

2)
jeanb
, le 05.05.2014 à 04:12
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Est-ce qu’on va vraiment dans le mur, ou est-ce que le monde va son chemin, comme il l’a toujours fait, et que je fais partie de ceux (il y en a toujours eu) qui ont du mal à s’adapter?

Non, non, non!
C’est le mur qui va dans “On”; et le chemin va son “M’onde”;
ton grand-père n’est pas seul a avoir vu l’Homme poser le pied sur la Lune: moi aussi je l’ai vu! j’ai même vu Eddy Merkx gagner le Tour de France. C’est dire…

3)
ElGeko
, le 05.05.2014 à 07:22
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Joli texte!

Perso, je répondrais: les deux mon capitaine.
Le monde avance à son rythme inexorable, mais c’est ce rythme qui s’accélère.
Nous arrivons à des âges (j’ai le même) qui commencent à nous ralentir, un tout petit peu certes, mais ça reste suffisant pour que nous commencions à nous sentir légèrement dépassés.

De toutes façons, il ne faut pas être grand clerc pour se rendre que la surchauffe guette et fera péter le machin.
Avant le mur, ou une fois que nous nnous serons fracassés dedans, ça, nous verrons bien.
Mais ça ne peut pas, ça ne doit pas, continuer comme ça, j’en suis convaincu.

4)
Diego
, le 05.05.2014 à 08:52
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Je sens ce matin un petit relent de « c’était mieux avant » dont je me méfie par principe …

J’aimerais pouvoir interroger l’homme de Cro-Magnon qui, l’astre du jour disparaissant lentement derrière les cimes, n’avait toujours pas trouvé trace du renne qu’il était sensé ramener à sa tribu. Combien de ses descendants allaient en mourir ? Était-il stressé ? Espérait-il que son compagnon avait été plus chanceux et que le feu crépiterait de bonne graisse de rhinocéros laineux à son retour à le grotte ?

J’aimerais pouvoir interroger Hémiounou, grand architecte de la pyramide de Kheops, pour savoir si, lorsqu’il a conçu les labyrinthes de son oeuvre, il avait à disposition des dimensions définitives du sarcophage de son futur locataire. Comment a-t-il calculé la longueur du grand axe nécessaire dans les virages à angle droit ? A-t-il pensé aux esclaves porteurs lorsqu’il a décrété que les marches des escaliers feraient 21 cm de profond pour 38 de haut ?

Et que penser du moine bénédictin qui, après 30 ans de labeur, refermait la bible enluminée qu’il avait patiemment copié à en avoir des cors aux mains et les vertèbres cervicales bloquées pour aller enfin prendre l’air dans le patio du monastère, où il entendit deux compères deviser de la nouvelle invention de sieur Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg ?

Et j’aimerais encore donner mon humble, mais avisé, avis sur un raccourci relativement commun qui postule que le burn out est le fruit d’une charge de travail trop élevée. Non, le burn out est le résultat d’une sollicitation inadaptés, mais pas forcément excessive, de certains stimuli psychologiques. Le travail génère des stimuli bénéfiques pour certains, néfastes pour d’autres. Il en est de même en ce qui concerne la famille, le société, le sport, et tout ce qui fait notre interaction relationnelle au quotidien. Le burn out survient lorsque le sujet n’arrive plus à séparer le bon grain de l’ivraie.

PS. Ton grand-père avait l’air sympa.
PS2. J’ai pour ma part une pensée émue pour mon fils, qui, né avant l’iPhone, verra probablement des conséquences de mon action consumériste que je n’ose même pas imaginer.

5)
Nept
, le 05.05.2014 à 08:59
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J’ai un contrat de travail de 48h par semaine. Je travaille en moyenne 53 heures.
Les infirmiers de mon service ont tous une bonne centaine d’heures supplémentaires impossibles à récupérer…
Mais bon, avant, on travaillait parfois 48 ou 72h d’affilée, même si c’était mois chargé qu’actuellement.
Tout ça pour dire que si on évolue vers une société de loisirs, elle est parfois bizarre…

6)
guru
, le 05.05.2014 à 09:04
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Je crois que la course en avant est inexorable. Quand j’étais jeune il n’y avait pas de plastiques, les bouteilles de lait étaient en verre, les tableaux de bord des quelques voitures que je connaissais étaient en bois. C’était le règne de l’invention du chimiste et photographe belge Baekeland. Mes petits enfants ont du mal à imaginer ce monde. J’y reviendrai d’ailleurs dans une humeur prochaine.

Mais si j’ai parfois le sentiment d’être dépassé, je pense aussi que c’est normal et que c’est dans l’ordre des choses. Imaginez un monde où cela ne serait pas. Dans cet immobilisme, quel serait son futur?

Les mutations auront lieu quoi qu’on (ou con?) fasse, nous ne sommes que de tous petits rouages peut-être malfaisants à l’aune de l’univers…

En attendant, chacun fait son petit possible.

7)
Jean Claude
, le 05.05.2014 à 09:15
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Peut-être hors sujet.
je viens de regarder un web docu sur lemonde.fr (pour les abonnés)
C’est aux confins de l’Europe, là où la Lituanie, l’Ukraine, la Transnistrie, l’Abkhazie sont tout contre la Russie.
Manifestement dans ces coins les frontières sont vraiment « juste, juste, juste ».
Un camion militaire a juste de la peine pour tourner et à la moindre erreur…

8)
Saluki
, le 05.05.2014 à 09:43
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Ouh…
Il est normal que, l’hiver venu et l’ensoleillement ayant baissé, nous soyons d’humeur morose.
Pourtant, ce matin, le soleil brille et les températures redeviennent de saison, tout au moins de ce côté du continent.……
Pourtant, on ne sait pas ce que veut Poutine, d’ailleurs, le sait-il lui-même ?
Ensuite, on ne sait que trop bien ce que veulent les autres, en ont-ils seulement conscience ?

Alors, je rebondis seulement sur le « juste, juste… » du bus.

Il y a quelques années, les bus qui passaient devant chez nous ont changé de format : de simples camions, ils sont devenus semi-remorques en y gagnant une articulation.
La rue fait une courbe serrée et la signalisation routière en tient compte : ligne continue au centre de la chaussée. Oui, mais…
Les bus articulés ne pouvaient pas emprunter la courbe sans chevaucher cette ligne.
Dilemme pour les machinistes : tapé-je les voitures en stationnement ou « prends-je » une suspension de permis de conduire à l’occasion ?

Artifice n°1 : les services de la voirie ont joué comme cité par Dominique : ils ont déplacé la ligne continue, force centripète, vers l’extérieur.
Pas de chance, ce sont les bus de l’autre sens qui coupaient alors la courbe et la ligne.

Artifice n°2 : ils ont remis la ligne en place, mais par morceaux. C’est maintenant une ligne discontinue, que l’on peut franchir dans la courbe !

Donc, pour lutter contre la sinistrose ambiante, regardons autour de nous et considérons avec toute l’attention qu’elles méritent les approches administrativo-burlesques.

9)
Dom' Python
, le 05.05.2014 à 09:53
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Les hasards du calendrier et de la météo font que mon billet sort alors que je suis à l’étranger (pas loin, mais pour ma facture Orange ça suffit!), avec mon iPhone pour seul terminal et un accès très limite au wifi. Et manque de bol, j’ai l’impression que le débat sera riche.

Je serai de retour « chez » mon iMac demain, et je prendrai le temps de répondre aux commentaires.

Je dirai juste pour l’instant que je ne me reconnais pas dans le « c’était mieux avant », mais ne suis pas pour autant convaincu que c’est que mieux maintenant.

Merci en tout cas pour ces premiers commentaires! Là je vais partir en croisière-sandwich sur le lac d’Annecy; soyez sages pendant mon absence!

11)
Diego
, le 05.05.2014 à 10:33
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Le lac d’Annecy… superbe ! Profite ! J’ai souvent fait ses fonds !

Ne m’aaaaapelez plus jamais France … Le France m’a laissé m’envaseeer … ;-))

12)
ysengrain
, le 05.05.2014 à 10:45
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1) Je m’interroge: suis-je dans une inquiétude légitime, ou est-ce que je commence simplement à me sentir dépassé par l’évolution de la société?

2) Est-ce qu’on va vraiment dans le mur, ou est-ce que le monde va son chemin, comme il l’a toujours fait, et que je fais partie de ceux (il y en a toujours eu) qui ont du mal à s’adapter?

3) Se retrouver — à tort ou à raison — en mode « j’arrive plus à suivre » à 58 ans, n’est-ce pas un peu prématuré?

Décidément, je ne me sens plus seul – je le savais, hein ?. Après avoir presque bougonné, Dominique me rejoint, sur bien des points.

Réponses 1: ton inquiétude est légitime. On ne vit confortablement que sereinement. Notre monde ne nous y aide pas.

2) personne ne peut raisonnablement répondre à la direction prise par le monde, mais pour certains l’adaptation est plus que difficile. Le monde médical qui voit les financiers prendre le pouvoir au mépris de la délivrance des soins distord considérablement l’exercice médical.

3) la prématurité n’existe objectivement qu’à propos des grossesses. Le reste fait partie des on-dits et croyances populaires

13)
Modane
, le 05.05.2014 à 10:54
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Je me fais parfois cette remarque aussi, juste, juste, juste. Mais je crois qu’on assiste surtout, conséquence de la crise, peut-être, à une victoire de l’étriqué sur le large, et de la rationalité sur le pragmatique.

Mais ne pas participer ne veut pas dire être dépassé?!

14)
Diego
, le 05.05.2014 à 10:57
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Donc, pour lutter contre la sinistrose ambiante, regardons autour de nous et considérons avec toute l’attention qu’elles méritent les approches administrativo-burlesques.

Lors d’une séance de « comité directeur » pour la requalification d’une avenue, nous étions confrontés à un problème épineux :
Le représentant des Transports Publics exige des arrêts de bus d’une longueur de 45 mètres, ce que la fréquence des perpendiculaires et la disposition des zones vertes imaginées par l’architecte ne permet pas (maximum 43m). Nous demandons une justification.

TP : un bus articulé fait 18m75, un bus double articulé 24m5, il faut donc 45m.
Moi : 18.75 + 24.5 = 43.25, pas 45, et il n’y aura pas forcément deux bus simultanément.
TP : avec un fréquence à 8 min, oui, sauf si vous mettez toute la ligne en site propre. Et si vous me demander deux lignes à haut niveau de service, c’est deux fois 24m5
Moi : donc 45m ne suffissent pas ?
TP : ça dépend de vos besoins
L’architecte : c’est potentiellement 4’000 habitants sur ces arrêts de bus, ça fait combien de lignes ?
TP : ça dépend si le tram se construit, si la ligne de train passe à la fréquence de 15 min, si les subventions fédérales sont votées … je n’en sais rien
Moi : les arrêts de bus feront 43m

C’est ça le burlesque des administrations : tant de projets interdépendants qu’il est impossible de maîtriser tous les paramètres. Pas mal de décisions sont des coups de poker, des fois on gagne, des fois pas.

15)
ysengrain
, le 05.05.2014 à 11:02
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C’est ça le burlesque des administrations

La municipalité a fait construire un rond point à un croisement proche de chez moi. Ce rond point est aussi équipé de feux tricolores qui passent tous à la même couleur simultanément !! Vous en connaissez beaucoup des feux qui fonctionnent de cette manière ?

Cerise sur le gâteau: le rond point est tellement étendu que la surface laissée au bus scolaire lui impose de prendre le virage en 2 fois avec marche arrière obligatoire !! Aux heures scolaires, c’est d’une succulence …

16)
Jaxom
, le 05.05.2014 à 13:01
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Un carrefour classique où tous les feux (pour voitures) passent au rouge pour laisser passer les piétons, c’est courant. Par contre le même genre de carrefour où les feux passeraient au vert en même temps serait burlesque :)

Les feux pour ce rond point, c’est aussi pour les piétons ? Car c’est la seule raison qui pourrait justifier des feux sur un rond point. En général, s’il faut ajouter des feux à rond point, c’est que le rond point n’était pas la bonne solution.

Et dans le cas particulier, il semble en plus que le rond point est une erreur par manque de place. Un rond point prend toujours plus de place qu’un carrefour traditionnel pour assurer le passage du même trafic.

17)
Zallag
, le 05.05.2014 à 13:20
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Une réalité qui a beaucoup changé, et permis de changer beaucoup de choses dans le monde, je dirais que c’est le niveau des énergies diverses qui peuvent être mises à disposition des humains.
Un exemple imaginaire.
Il y a 60 ou 70 ans, il y aurait eu, supposons, des gens à qui serait venue l’idée loufoque de créer une route à travers la forêt amazonienne.
On les aurait traités de doux foldingues, on les aurait regardés partir, inconscients du travail insurmontable qui les aurait attendus, avec des haches et des scies, des tracteurs.
Maintenant on peut. On a des usines, des machines monstrueuses, d’autres qui permettent de les fabriquer. On a plus de moyens permettant de créer, de distribuer, et d’utiliser de l’énergie. Et aussi de la dépenser. Et d’en épuiser les sources. Il en faudra d’autres, peut-être venues d’ailleurs que de notre planète, ce qui commence un peu, avec l’énergie de notre soleil. Il en faudra toujours plus, peut-être, et aller plus loin encore la chercher ? Oh, pas tout de suite, bien sûr.
Un physicien nommé Kardashew, un peu visionnaire, un peu futurologue, entre science et fiction, a établi une échelle qui porte son nom.
Allez voir sur Wikipedia, ça donne le vertige. Il est peut-être un peu dans le vrai ?

18)
Hervé
, le 05.05.2014 à 13:45
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Petite histoire qui m’a été racontée : lors du percement d’un grand tunnel ferroviaire, le chef de chantier fait part au Conseil d’administration qu’il y a un problème : vu la largeur du tunnel, la distance entre les voies, les deux trains qui se croiseront toucheront les parois du tunnel en raison du déplacement d’air.

Solution : il faut augmenter le diamètre du tunnel ! Vu le coût supplémentaire, le CA, refuse, le chef tempête, le ton monte et finalement : « on augmente ou je démissionne ! ».

On n’augmenta pas, le chef démissionna et … on a réduit le vitesse des trains !

19)
JanPol
, le 05.05.2014 à 15:35
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J’en reviens au « juste juste » dans les organisations de travail qui me semblait quand même être le sujet de préoccupation de Dominique. Loin de moi l’idée du combat entre les anciens et les modernes. Je suis bien convaincu que la succession des générations est le moteur du progrès de l’homme et de l’humanité, et que chaque génération est la mieux à même de trouver la solution aux problèmes qu’elle vit.

Mais osons une comparaison triviale : un système mécanique ne peut pas fonctionner s’il n’y a pas un minimum de jeu. Trop de jeu, c’est une perte de rendement, mais pas assez de jeu, c’est le blocage total.

Dans l’organisation humaine, c’est un peu la même chose. Jusqu’ici les partisans du « pas de jeu du tout » étaient plutôt les pouvoirs totalitaires de tous bords, religieux d’abord, laïcs ensuite, qui y trouvent l’illusion du contrôle total dont ils ont besoin pour leur survie. Ils finissent tous par mourir d’eux-mêmes, de leur propre rigidité et incapacité de s’adapter au monde qui lui évolue en permanence.

Ce qui se développe aujourd’hui, c’est une espèce de norme comportementale, qui voudrait que pour être performant il faut toujours être sous pression et sur-occupé, et donc supprimer toute marge dans nos emplois du temps. C’est une résurgence du taylorisme, mais appliqué à tous les types d’activités. Et tous les outils de gestion du temps peuvent aussi nous pousser à ce défaut, si on les utilise sans discernement et en mettant sur le même plan des choses qui sont d’importances diverses.

Je me rappelle une anecdote en forme de parabole, que vous connaissez peut-être. Un professeur de management présente à ses étudiants un grand bocal et y dépose de gros cailloux. Une fois à ras bord, il demande si le bocal est plein. La réponse unanime est oui. Il sort un sac de petits cailloux, les introduit en secouant le bocal, jusqu’à refus… Même question, même réponse. Il sort un sac de sable, bien sûr il y a encore un peu de place.

Il demande alors quelle conclusion en tirer pour sa gestion personnelle. Le bon élève répond immédiatement qu’on peut toujours en faire plus. Le professeur donne sa bonne réponse : si j’avais mis d’abord le sable, puis les petits cailloux, je n’aurai jamais pu mettre les gros… dans la vie c’est pareil, placez d’abord vos gros cailloux, vos priorités, professionnelles mais aussi personnelles, qui laisseront naturellement de la place, et vous pourrez ensuite ajouter facilement les graviers et les grains de sable quand ils arriveront.

La croyance dans la possibilité du contrôle total grâce à une hyper organisation parfois poussée par la technologie est en fait la source de beaucoup de blocages : principes de précaution qui conduisent à décider de ne pas décider, règles administratives absconses comme celles qui ont été citées, perte des notions de priorités, de valeur ajoutée, d’initiative et de responsabilité. Et le sable avant les petits cailloux.

C’est en tous cas mon opinion, et je la partage ! Mais je suis au fond plus optimiste que le laissait entendre mon premier commentaire : le principe de réalité finit toujours par s’imposer, et nos petits-enfants sauront sûrement trouver les bonnes solutions dans le contexte qui sera le leur !

20)
Anne Cuneo
, le 05.05.2014 à 17:36
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Ce n’est pas seulement une question de comportement: c’est aussi qu’il faut que ceux qui travaillent rapportent toujours plus (donc moins ils sont moins ils coûtent et plus ils devront travailler, car pour diminuer les coûts on a économisé les marges – comme pour l’autobus), parce qu’il faut augmenter les profits à tout prix – ce n’est pas une pensée subversive d’une paumée de l’affluence, on peut lire ça dans tous les rapports d’activité des grandes sociétés. Que l’argent rapporte, c’est OK, mais depuis une quarantaine d’années, on demande aux entreprise de rapporter davantage que ce que l’économie réelle peut fournir, et du coup, oui – on va dans le mur. Il ne s’agit pas de se demander si c’était mieux avant, vu que ce n’était sûrement pas mieux, mais ce qu’on pourrait faire autrement pour que ce soit mieux MAINTENANT.
L’auteur et éditeur suisse Claude Frochaux a écrit un livre intéressant dans lequel il explique que les sociétés industrialisées avaient atteint à un moment donné leur équilibre, mais que comme leur vocation est de ne pas s’arrêter, elles ont dépassé ce point et vont vers l’autodestruction. On est d’accord ou pas, mais j’ai trouvé ce point de vue intéressant.
Le livre s’appelle L’homme achevé ou la fin des rêves, et en voici la présentation faite par l’auteur:
L’humanité a vécu son enfance du néolithique à 1960. De 1960 à 1975, elle connaît une adolescence aussi brève qu’effervescente. Dès 1975, elle accède à l’âge adulte. L’homme est achevé : c’est la fin des rêves. Revanche de la la réalité sur un imaginaire qui finit par s’estomper. Une ère inédite prend place qui impose un regard nouveau sur l’Histoire humaine. De la sortie de l’animalité à nos jours. Afin de comprendre, enfin, pourquoi nous en sommes là où nous en sommes. Si proches de nos devanciers et déjà si loin d’eux. Comme dans un monde nouveau qui aurait coupé le cordon avec le passé. Et nous laisse égarés, désemparés, nostalgiques aussi. En même temps qu’orgueilleux jusqu’à l’arrogance. Fiers d’avoir défriché de nouveaux territoires, conquis de haute lutte par le travail, par la science et les technologies. Et auxquels jamais nous ne pourrions renoncer quel qu’en soient le prix moral et les pertes culturelles, donc imaginaires.
Qu’est-ce qui nous est arrivé ? Pourquoi, comment ? Où allons-nous ?
Tout cela a-t-il un sens ? Si oui, lequel ? Sinon, tant pis. Nous continuerons, nous irons quand même. Où ? Nous ne savons pas. Il le faudra bien. Comme dit l’adage qui résonne, parfois, comme une fatalité maudite :
« On n’arrête pas le progrès ! » Il le faudra bien. Même sans savoir, en comptant sur nos seules forces. De raison.
Requiem pour un temps défunt et ouverture sur le monde nouveau. A explorer.

21)
fxc
, le 05.05.2014 à 19:05
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Il y a 60 ou 70 ans, il y aurait eu, supposons, des gens à qui serait venue l’idée loufoque de créer une route à travers la forêt amazonienne.

canal de Suez (percé entre 1859 et 1869), Panama…(1880 /1914)

22)
pcst
, le 05.05.2014 à 20:23
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J’ajoute une voix discordante :)
Juste juste juste ou demain demain demain ? Je constate en effet tous les jours qu’un projet a le pouvoir de se dilater automatiquement en fonction du temps disponible. Cette vie propre, ou plus exactement cette fluidité du projet induit un sacré exercice d’équilibriste pour l’entrepreneur !
Quel est le juste temps pour réaliser un projet ? Avec de la pression, avec du stress, sans pression, sans stress ? Comment cela affecte-il la qualité du projet fini ? Et la qualité de vie de ceux qui le réalisent?
Pour ma part, je pense qu’on demande aujourd’hui une souplesse extrême, et qu’en effet seuls certains bois supportent une telle flexion. Et moi, de quel bois suis-je fait ?
Chacun a sa souplesse, plus ou moins grande, mais il faut mesurer l’être entier: un chêne n’est pas souple, mais rudement solide. Si tu ne te sens pas assez souple, dis-toi que tu es probablement un bois dur, bien plus utile qu’une baguette de noisetier.
Luc

23)
Tom25
, le 05.05.2014 à 20:39
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Je vais être plus terre à terre. Ce qui m’énerve, c’est que le gars qui dispose les trottoirs n’en a tout simplement rien à carrer que le conducteur de bus se casse les bras tous les jours à effectuer la manœuvre.
Si quelqu’un a pu le faire une fois, et même s’il s’y est repris 10 fois, le conducteur professionnel doit le faire tous les jours.

24)
Dom' Python
, le 06.05.2014 à 19:13
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Bon. Me voilà de retour de virée Annécienne. Donc:

@JanPol
« Pouvoir interstitiel » Je n’ai jamais entendu parler ça, mais ça m’intéresse. Surtout si cela à voir avec la créativité. Je ferai une recherche, mais si tu as un lien vers une explication, je prends.

@ElGeko
C’est exactement ça. Mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de penser à ces textes que je vous passer de temps en temps, qui nous disent qu’on va dans le mur, et qui datent de plusieurs siècles… En fait je me demande si, comme le rire, le pessimisme ne serait pas le propre de l’homme?

@Diego
Comme déjà exprimé, je ne pense pas que « c’était mieux avant ». Certaines choses oui, peut-être, et encore faut-il voir quel en était le prix.
Concernant le burn out, en connaissant un cas de très près, et d’autres d’un plus loin, je dirais que oui, c’est pas si simple: il y a également la gestion du temps dit libre, le rapport qu’on a avec ses activité, ses collègues, sa hiérarchie… Quoi qu’il en soit il y a des cas de figure très variés, s’agissant tant des cause que des symptômes et effets…
P.S. Bien vu, mon grand père était très sympa!

@Nept
Les professionnels de la santé font partie des gens qui jouissent auprès de moi d’une estime très grande. Et je trouve particulièrement scandaleux que les conditions de travail de ces gens soient aussi mauvaises pour leur santé….

@guru
D’accord avec toi pour dire qu’il est normal qu’à partir d’un certain âge puisse être ou se sentir dépassé. J’aimerai que la société conserve une place pour les « dépassés », afin qu’ils ne se sentent pas, en plus, indésirables…

@Jean Claude
Juste pour comprendre (je ne suis pas abonné): sous-entends-tu par là que nos problèmes de bus et de burn out sont bien peu de chose au regard de ceux de quelques millions de personnes habitant ces pays (et d’autres)?

@marcdiver
La surface est pas mal non plus!

@ysengrain
Marrant… J’étais sûr que tu te manifesterais! je réalise une chose: Mon texte ne rend justice qu’à ma face « sombre ». Mais je me sens en principe plutôt enclin à consacrer mon attention à la moitié plein du verre. Mais bon. Le fait est que je suis aussi travaillé par l’autre moitié, sinon je n’aurais pas écrit tout ça!

@JanPol
Dans l’anecdote que tu rapportes, il manque un élément: le prof avait posé deux cafés à coté du bocal. A la fin de la démonstration, le prof dit, en versant les deux cafés dans le bocal: « Et il reste toujours de la place pour boire un café avec un ami!« .

@Anne
J’aime beaucoup ta phrase: « Il ne s’agit pas de se demander si c’était mieux avant, vu que ce n’était sûrement pas mieux, mais ce qu’on pourrait faire autrement pour que ce soit mieux MAINTENANT. » Et cela me semble rejoindre le « principe de réalité » mentionné par JanPol dans le commentaire qui précède le tiens.

Merci à chacune et chacun pour vos commentaires et participation!