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Victor Horta et l’art nouveau à Bruxelles.

Lors d'un tournage à Camaret (oui, je sais, les filles... mais c'est fort exagéré), j'ai eu la chance de fréquenter pendant quelques semaines la maison d'Antoine (je parle du metteur en scène de théâtre, pas du chanteur chevelu que j'ai fréquenté aussi en son temps). Cette maison remarquable érigée sur la falaise, dominait la ville d'un côté et la mer de l'autre. Ce qui m'avait le plus fasciné, c'était la décoration de certaines pièces où les murs étaient tapissés de femmes merveilleuses qui m'ont marqué à jamais, des affiches originales d'Alphonse Mucha. Je crois que c'est à ce moment-là qu'est né mon goût immodéré pour l'Art Nouveau que certains appellent le style nouille (nouille toi-même rétorque-je!).

J'ai la chance d'habiter dans un quartier (c'est vrai aussi que je l'ai choisi) où se côtoient des maisons exceptionnelles et j'en profite vraiment tous les jours. Cette petite humeur va donc vous faire partager certaines richesses de la ville de Bruxelles dont, je crois, on n'a pas encore parlé ici.

En 1892, un jeune architecte, élève d'Alphonse Balat, dessine et construit une maison qui est considérée comme la première maison Art Nouveau du monde. Il s'appelle Victor Horta et cette construction est l'aboutissement d'une longue réflexion entamée sur les bancs de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en compagnie de son petit camarade Paul Hankar. L'hôtel lui a été commandé par un riche bourgeois, Emile Tassel, libre penseur, franc maçon et professeur à l'Université Libre de Bruxelles. Cette construction, visible ici est la deuxième d'une série de chefs-d'œuvre dont une partie seulement a réussi à échapper à la voracité des promoteurs immobiliers.

Hôtel TasselHôtel Tassel

Hôtel Tassel entréeHôtel Tassel (entrée)  (*)       

La première maison qu'Horta a construite pour un particulier se situe dans une autre partie de la ville. Eugène Autrique, ingénieur de la firme Solvay, avait demandé à l'architecte de concevoir une maison simple et sans luxe ostentatoire. La maison Autrique subsiste aujourd'hui grâce, entre autre, aux efforts de deux auteurs belges de bande dessinée: François Schuiten et Benoît Peeters.  On peut donc la visiter désormais puisque c'est devenu un musée.

 

Maison Autriquemaison Autrique

L'idée de base de la conception architecturale d'Horta est que la lumière doit atteindre le centre de la maison, ce qui, à Bruxelles, n'était pas gagné. En effet, une taxe historique sur la largeur des façades était la cause la plus évidente de la structure traditionnelle de la maison bruxelloise: façade étroite avec trois pièces en enfilade dans la profondeur. La pièce à front de rue est éclairée par une fenêtre, celle à l'arrière l'est aussi, mais la pièce centrale est sombre ainsi que le couloir et l'escalier qui généralement longent l'enfilade. Pour changer cela, Horta place l'escalier au centre de la maison en l'éclairant grâce à une ou des verrières, les pièces se distribuant autour de ces puits de lumière.

Puits de lumièrePuits de lumière (Maison Autrique)

Le plus bel exemple en est l'hôtel Van Eetvelde construit entre 1895 et 1899 pour le secrétaire d'Etat chargé de la gestion de l'Etat indépendant du Congo. Dans les années 50, l'Art Nouveau ne faisait vraiment plus recette et ce somptueux hôtel particulier était destiné à être remplacé par un immeuble moderne. Il a heureusement été acquis pour une bouchée de pain à l'époque et restauré par la Fédération des Industries du Gaz qui en a fait son siège social.

Puits de lumièrePuits de lumière (Hôtel Van Eetvelde) (*)

A la même époque le parti ouvrier belge demande à Horta (qui était un sympathisant) de concevoir un bâtiment destiné à devenir la Maison du Peuple de Bruxelles. Cet immeuble complexe comprend des bureaux, des magasins, un café, une bibliothèque, un dispensaire et une grande salle des fêtes. Lors de mes premières visites à Bruxelles au début des années 60, j'ai souvent fréquenté cet endroit sans me rendre compte à quel point il était exceptionnel. Il fut malheureusement détruit en 1965 (démolition et remplacement par une tour hideuse), malgré toutes les protestations venues du monde entier. Je n'ai jamais pardonné au responsable de ce massacre qui lors d'une interview que je faisais dans les années 80 (il avait pourtant eu le temps de se rendre compte) me disait ne rien regretter "au nom du progrès"...

Maison du Peuple (façade)Maison du Peuple (façade) (**)

Maison du Peuple (Salle des fêtes)Maison du Peuple (Salle des fêtes) (***)

Maison du Peuple (Le café)Maison du Peuple (Le café) (**)

Si j'insiste autant sur le travail de Victor Horta, c'est parce qu'il n'a pas fait que de belles maisons. Il a surtout créé des maisons confortables en utilisant des techniques entièrement nouvelles et révolutionnaires pour l'époque. Chauffage à air pulsé avec grilles dans le sol, éclairage électrique, utilisation de nouvelles matières comme le métal, la pierre et les bois exotiques. Tout est géré par l'architecte, le moindre petit détail... Cela va de la forme des interrupteurs  électriques, des clenches des portes aux sgraffites qui décorent les murs. On en trouve un bel exemple dans le remarquable Hôtel Solvay, qu'il entreprit en 1895 et qui fut terminé en 1903.

Hôtel Solvay (Escalier principal)Hôtel Solvay (Escalier principal) (OP)

Hôtel Solvay (vers le jardin d'hiver)Hôtel Solvay (vers le jardin d'hiver) (OP)

Hôtel Solvay (vers le jardin d'hiver)Hôtel Solvay (vers le jardin d'hiver) (OP)

Si la plupart de ces immeubles sont privés et ne se visitent qu'à de très rares occasions, les touristes intéressés ont cependant la possibilité d'apprécier quelques chefs-d'œuvre accessibles: outre l'hôtel Autrique cité plus haut, on peut visiter la maison privée de Victor Horta devenue le musée Horta ainsi que l'ancien grand magasin Waucquez devenu le très prisé Centre belge de la bande dessinée. Si vous passez par Bruxelles, ne vous en privez pas !

Musée Horta (escalier)Musée Horta (escalier) (GM)

Heureusement la bruxellisation (destruction sauvage d'ouvrages architecturaux dans le but de construire des autoroutes urbaines et des immeubles de bureaux) a été enrayée dans les années 1980 et bien d'autres bâtiments remarquables, qu'ils soient d'Horta, de Hankar, ou d'architectes qui leur étaient contemporains ont subsisté à Bruxelles rendant ainsi la ville attractive pour ceux que les belles façades attirent. Voici quelques illustrations (prises dans mon quartier) pour vous mettre l'eau à la bouche.

Hôtel OtletHôtel Otlet (Architecte Octave Van Rysselberghe - Déco Henry Van de Velde)

Hôtel Otlet (intérieur)Hôtel Otlet (intérieur) (B5)

Maison Saint-CyrMaison Saint-Cyr (Architecte Gustave Strauven)

Maison CiamberlaniMaison Ciamberlani (Architecte Paul Hankar)

Maison NelissenMaison Nelissen (Architecte Nelissen)

 L'Art Nouveau est tellement présent pour les Bruxellois qu'un d'entre eux en a fait un jeu:  "Bruxelles 1893"... Voilà qui devrait plaire à Puzzo...

 Jeu Bruxelles 1893Jeu Bruxelles 1893

 __________________

Crédits photos

guru sauf (*) C. Bastin & J. Evrard, (**) A.C.L, (***) Y. Delhaye,  (OP) Oswald Pauwels,  (GM) G. Matthieu,  (B5) © bruxelles5 Photography

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Bibliographie sommaire:

"Horta" par Franco Borsi & Paolo Portoghesi (Ed. Marc Vokar)

"Art Nouveau en Belgique" par F. Dierkens-Aubry & J. Vandenbreeden (Ed. Duculot)

"Façades Art Nouveau" (Les plus beaux sgraffites de Bruxelles) par Patricia d'Oreye (Ed. Apparté)

"Horta, Hôtel Solvay" par Yolande A. Oostens-Wittamer (Ed. Diane de Selliers)

28 commentaires
2)
TroncheDeSnake
, le 29.01.2014 à 07:27
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l’Art Nouveau que certains appellent le style nouille (nouille toi-même rétorque-je!).

Dans la vidéo sur l’Hôtel Tassel que tu mets en lien, Madame Aubry le dit d’ailleurs très clairement (à 01:05):
« L’Art Nouveau, c’est pas nouille, ici…« 

3)
Filou53
, le 29.01.2014 à 08:28
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Superbe en effet…

Pour ceux que cela intéresse, différentes associations organisent depuis qq temps à Bruxelles la Biennale Art Nouveau-Art Déco.
Elle vient d’avoir lieu en octobre 2013. La prochaine sera donc pour 2015.

Voici l’adresse du site où on pouvait s’inscrire: http://www.biennale-art-nouveau.be

Cela vous permettra d’y voir un bref descriptif des bâtiments visitables cette fois-ci.

5)
ToTheEnd
, le 29.01.2014 à 09:15
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Ah je vois! Je continue de penser que les mecs qui font les beaux-arts ne devraient pas faire de l’architecture… mais comme il était architecte aussi;-)

Même si je ne suis pas très fan de cette architecture, j’adorais la mode de l’époque…

T

6)
Saluki
, le 29.01.2014 à 10:04
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Superbe !

J’avais cité, lors de mon humeur sur le nouvel an 2012 à Vienne, le Palais Stoclet à Bruxelles, dû à Hoffmann, pour faire le parallèle avec la Sécession viennoise. Cela donne une furieuse envie d’y retourner.

(Les grincheux vont trouver qu’on ne parle pas assez d’iBidules…)

7)
Tristan Boy de la Tour
, le 29.01.2014 à 10:25
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Magnifique! J’ai visité quelques-unes de ses maisons à Bruxelles il y a des années… Je me souviens surtout de sa maison, devenue musée Horta, de son lit magnifiquement décoré, avec une pissotière escamotable! Quant à la destruction de la Maison du peuple, c’est un vrai scandale, typique de ces années 60, les associations de défense du patrimoine n’existaient pas, ou n’avaient aucun poids… Quand on pense qu’à cette époque la Grand-Place était un parking (le plus beau du monde, d’après De Gaulle!)

9)
Franck Pastor
, le 29.01.2014 à 13:03
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Pour remuer le couteau dans la plaie, voilà au centre de l’image ce qui se trouve à la place de la Maison du peuple, ce pour quoi elle a été détruite…

10)
Blues
, le 29.01.2014 à 14:45
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merci, génial, j’adore Horta et l’art nouveau, mais ne connaissais pas tous les bâtiments présentés ici, cool. J’ai pu visiter de long en large « le Centre belge de la BD ». Et à propos de BD, dans la série « Les Cités obscures », on sent dans le dessin de François Schuiten l’inspiration Horta.
Cette affaire de destruction de « la Maison du Peuple » est une calamité !

11)
ToTheEnd
, le 29.01.2014 à 14:46
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Un peu facile celle-là Franck… et qu’est-ce qui aurait pu remplacer la Maison du peuple et qui aurait trouvé goût aux nostalgiques du style art-déco?

Probablement rien et c’est un peu tout le problème.

T

12)
Franck Pastor
, le 29.01.2014 à 15:07
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Un peu facile celle-là Franck… et qu’est-ce qui aurait pu remplacer la Maison du peuple et qui aurait trouvé goût aux nostalgiques du style art-déco?

Probablement rien et c’est un peu tout le problème.

Pas art déco, mais art nouveau… Et c’était facile, certes, parce qu’évident. Je passe souvent à cet endroit, et à chaque fois je me demande comment non seulement on a pu faire démanteler ce chef-d’œuvre qu’était la Maison du peuple, mais comment en plus on a pu oser la remplacer par cette tour d’une banalité, d’une médiocrité confondantes, affligeantes même quand on songe à ce qui se trouvait là avant elle. Sans compter qu’elle jure affreusement avec les autres bâtiments du quartier.

La Maison du peuple n’était effectivement pas remplaçable, raison pourquoi elle était à préserver, comme patrimoine architectural de la ville de Bruxelles. Si cette cette tour hideuse (appelée Tour Blaton ici) avait sa place, c’était ailleurs que rue Joseph Stevens 7, 1000 Bruxelles.

Et plus généralement, on ne détruit pas une œuvre qu’on ne voit nulle part ailleurs si c’est pour la remplacer parce ce qu’on peut voir partout (paraphrase de la réflexion qu’aurait lancé Charles Quint à ceux qui avaient fait détruire une partie de la mosquée de Cordoue pour édifier une cathédrale banale en plein centre de cette mosquée).

13)
rolando
, le 29.01.2014 à 15:59
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Très intéressant, merci.

Si je ne me trompe pas, il y a une particularité impressionnante dans l’hôtel Solvay. La peinture des murs de la cage d’escalier est un dégradé qui va du rez-de-chaussée au dernier étage sans que l’on puisse voir un raccord de couleur. Ce dégradé a été conçu en fonction des puits de lumière. Preuve du souci du détail et du jusqu’au boutisme génial d’Horta.

15)
yfic17
, le 29.01.2014 à 20:43
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Ah ! L’Art nouveau ! Ça me rappelle mes études.
À Lille, il y a encore une maison fait par Hector Guimard (vous savez, les quelques marquises de stations de métro à Paris), la villa coilliot dont on ne peu voir que la façade.
Sinon, celui que je préfère, c’est l’architecte Catalan Antoni Gaudì. Un rêve que de visiter Barcelone !

Et pour les grincheux ne trouvant pas de ibidule, je vous propose Charles Rennie Mackintosh, architecte écossais de l’art nouveau.

Attention, dans les commentaires, j’ai vu que certains confondaient l’art nouveau et l’art déco. Ce sont deux mouvements non contemporains et en oppositions.

16)
yfic17
, le 29.01.2014 à 20:52
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Pour finir, merci pour la petite visite de Bruxelles.
Ce qui m’avait plu aussi, c’est les personnages de bd sur les murs.
En parlant de bd, le festival de la bande dessinée s’ouvre demain à Angoulême.

17)
Puzzo
, le 29.01.2014 à 21:06
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Merci pour le clin d’oeil guru :-)

En l’occurrence, ce n’est pas un jeu que j’expliquerai sur cuk car beaucoup trop compliqué… accessoirement, je ne l’ai pas trouvé transcendant. Pourtant il a son groupe de fan ! Comme quoi je dois être passée à côté.

Merci pour la présentation ceci dit. Je suis assez fan.

18)
DanielH
, le 29.01.2014 à 21:14
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Vraiment superbes architectures, je n’y suis jamais allé mais ces images me titillent…

19)
TroncheDeSnake
, le 29.01.2014 à 21:25
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Je ne connais rien à l’Art Nouveau, mais plus j’en vois plus j’aime ça. Par exemple, dans la vidéo sur l’Hôtel Tassel, les motifs qui ornent les murs de l’escalier central me touchent particulièrement.

Ceci dit, lorsque je vois les photos des escaliers de l’Hôtel Salvay, et particulièrement la troisième, je suis enchanté de ne pas être responsable d’épousseter tout ça! Dans ce sens, la photo de l’Hôtel Otlet me « fatigue » moins la vue. Et par ailleurs, j’aime tellement le bois…

Merci pour cet article! J’y reviendrai, histoire de suivre les liens que je n’ai pas encore visités.

20)
Migui
, le 29.01.2014 à 21:35
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Merci, guru!

Et dire que ça me prend juste une vingtaine de minutes pour m’y rendre le WE, et je n’ai jamais pensé aller voir ces superbes maisons.

Heureusement, fin janvier, il est necore temps de prendre des bonnes résolutions pour 2014!

21)
ToTheEnd
, le 30.01.2014 à 09:17
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Pas art déco, mais art nouveau…

Donc de faire un peu comme les ricains qui ont construit des centaines de cathédrales gothiques en béton au 19ème siècle…

Je ne sais pas pourquoi cette affaire a été détruite et reconstruite mais le problème est toujours le même: faut-il faire du vieux avec du neuf et quand doit-on tourner la page pour faire autre chose?

Bref, l’art nouveau a pu s’établir car il a lui même succédé à une autre style architectural… il a bien fallu « casser » quelques bâtiments ou je ne sais quoi pour que cet art puisse s’exprimer et devenir ce qu’il est aujourd’hui, un pan historique.

T

22)
Franck Pastor
, le 30.01.2014 à 11:23
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Dans ce cas précis on pourrait poser la question autrement : Faut-il détruire la Tour Eiffel pour la remplacer par une Tour Montparnasse ? :-/

C’est déjà une chose de détruire une œuvre d’art, mais de là à la remplacer par quelque chose qui n’a justement aucun style… Ce n’est même pas de l’art déco ou de l’art machin qui a remplacé l’art nouveau de la Maison du peuple, c’est de l’art zéro. Cette tour est une tumeur urbaine qui n’a que le mérite de la rentabilité. Était-ce suffisant pour justifier la destruction du chef-d’œuvre de Horta? Ça peut être sujet à débat, mais pas pour moi.

Pour ce qui est des maisons art nouveau du quartier dont parle Guru, ce n’est même pas sûr que ces maisons en aient remplacé d’autres : à l’époque de leur construction, Bruxelles était beaucoup moins étendue que maintenant, et certains quartiers aujourd’hui densément peuplés n’étaient que des champs ou la rase campagne. C’est fort possible que ces maisons aient été parmi les premières à être construites sur place : ce sont des maisons hautement « bourgeoises » et les bourgeois de l’époque comme ceux d’aujourd’hui voulaient fuir la ville pour un brin de campagne à eux…

23)
Madame Poppins
, le 30.01.2014 à 11:27
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Faut juste savoir que les horaires du musée conviennent aux gens qui n’ont pas envie de culture avant midi et demi… ;-)

Merci pour la balade virtuelle, Guru !

24)
Blues
, le 30.01.2014 à 12:51
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Si jamais… l’histoire chaotique de Bruxelles, de sa destruction, de sa tentative de résurrection, est romancée par François Schuiten et Benoît Peeters dans une fantastique bande dessinée, Brüsel, dans la série des Cités obscures

25)
ToTheEnd
, le 30.01.2014 à 13:40
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Je signale que la tour Eiffel a été passablement décriée au moment de sa conception et édification… à l’époque, ils étaient nombreux (y compris des artistes!) à ne pas en vouloir et surtout, de la voir démontée après l’expo universelle.

Donc, suivant les époques, ces monuments n’ont pas toujours suscité l’engouement et des décennies après, personne n’autoriserait le démontage.

Ceci dit, comparer Eiffel et Montparnasse n’a pas de sens puisque les objectifs pour l’une ou l’autre des tours n’avaient rien à voir et même si tu n’aimes pas, l’avenir est aux tours puisque l’humain ne pourra pas s’étendre à l’infini… à un moment ou à un autre, il faut construire vers le haut ou vers le bas.

Si je pousse à l’extrême ce que tu dis, les centres villes ne devraient pas être touchés et les nouvelles architectures devraient voir le jour en périphérie des villes… cette idée ne me convainc pas.

Enfin, je me suis amusé à regarder sur le web l’histoire de cette affaire car effectivement, c’est étrange d’avoir détruit une icône historique et voilà ce que dit wiki:

The building was however demolished in 1965, in spite of an international protest movement of over 700 architects (Venice, 1964). This did not change the mind of the mayor of Brussels, Lucien Cooremans, and the building was dismantled entirely with the idea of rebuilding it elsewhere. Instead, the components of the building were scattered in vacant lots around Brussels, and today, everything is irreplaceably lost.

Ainsi donc, pas moins de 700 architectes étaient contre l’idée du Maire de l’époque… et pas besoin de dire que les années 60 ont été dramatiques d’un point de vue architectural mais ça répondait à un boom démographique et économique.

Cet exemple « maison du peuple » est donc anecdotique et je continue d’affirmer qu’à l’exception de bâtisses exceptionnelles ou à hautes valeurs historiques, les centres villes doivent évoluer…

T

26)
Franck Pastor
, le 30.01.2014 à 14:13
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Mais la Tour Blaton et la Maison du peuple n’avaient rien à voir non plus. La Maison du peuple était un lieu de débats, spectacles et rencontre public dépendant du Parti socialiste belge. La Tour Blaton est un immeuble de bureaux…

La Tour Eiffel n’a pas plu à tout le monde en effet, mais qui aurait nié dès cette époque qu’il y avait de l’originalité, de l’imagination et de la recherche dans cette Tour? De la créativité, en un mot, à défaut d’art véritable ?

L’affaire de la Maison du peuple est donc tout sauf anecdotique, tant elle est emblématique d’un phénomène auquel Bruxelles a donné son nom, que Guru et moi avons évoqué dans nos articles respectifs : la bruxellisation. La Maison du peuple faisait justement partie des bâtisses exceptionnelles dont tu parles auxquelles on ne devrait jamais toucher, et même si les centre-villes doivent évoluer comme tu dis (et je suis d’accord), ils ne devraient jamais pouvoir le faire sans contrôle strict.

On est là au cœur du problème, celui des décennies 60-70 à Bruxelles : les promoteurs et spéculateurs avaient le champ entièrement libre et les autorités communales leur mangeaient dans la main. À tout pouvoir doit correspondre un contre-pouvoir, il n’y en avait pas à l’époque… Ça a heureusement bien changé.

27)
ToTheEnd
, le 30.01.2014 à 14:57
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La Maison du peuple faisait justement partie des bâtisses exceptionnelles dont tu parles auxquelles on ne devrait jamais toucher, et même si les centre-ville doivent évoluer comme tu dis (et je suis d’accord),

Ah tu vois quand tu veux!

À tout pouvoir doit correspondre un contre-pouvoir, il n’y en avait pas à l’époque

Là aussi on est d’accord mais le diable est dans les détails et surtout, l’exécution. En d’autres mots, les problèmes surgissent dès qu’un type n’aime pas quelque chose et se saisit de tout l’appareil législatif pour torpiller un projet pour la seule est bonne raison qu’il ne l’aime pas et que bien entendu, il sait mieux que personne ce qui est bon ou pas pour un quartier ou carrément une ville…

En Suisse, n’importe qui peut s’opposer à un projet et ainsi, le ralentir ou mieux, le couler alors que ce même projet a été créé dans le but d’apporter une solution urbanistique au plus grand nombre… ainsi donc, le système qui devait agir comme contre-pouvoir est utilisé pour servir les intérêts d’un type (ou association) et de son point de vue.

A Lausanne, il y a des dizaines d’exemples plus navrants et consternants les uns que les autres. Le plus édifiant et récent est sans aucun doute le musée des Beaux-Arts qui se cherche une nouvelle place depuis plus de 10 ou 20 ans et dont certaines collections ne peuvent pas être montrées au public par manque de place. Et bien après un projet littéralement tué en 2009, voici que les oppositions pleuvent à nouveau sur le nouveau site à la gare de Lausanne et qui devrait abrité un pôle muséal.

Tout cela serait comique si on n’avait pas perdu 10 ans et des millions de francs dans l’aventure.

T

28)
guru
, le 30.01.2014 à 16:56
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Désolé de n’apparaître que maintenant mais je suis en voyage et pas d’internet partout…
Le bourgmestre de Bruxelles n’a pas grand chose à voir dans la décision de la démolition de la maison du peuple. Ce sont les propriétaires (l’Union coopérative socialiste) et surtout leur représentant de l’époque (Roger Ramaekers) qui ont pris cette décision car la gestion de la maison du peuple devenait trop lourde et qu’il « faut aller dans le sens du progrès » (sic). Tout cela au grand dam d’une quantité de gens. Les militants ne se sont pas rendus compte de ce qui allait remplacer leur maison et ont été mis devant le fait accompli.

Dans les années 50 et 60 l’art nouveau (qu’il ne faut pas confondre avec l’art déco exemple: Palais Stoclet) ne valait pas grand chose; l’hôtel Van Eetvelde a été acheté pour quelques dizaines de milliers de francs belge de l’époque afin d’être démoli. Heureusement, le dernier élève d’Horta a réussi à convaincre les acheteurs de le restaurer. Il n’a aujourd’hui pas de prix… et après y avoir passé plus d’une semaine de tournage il y a plus de 20 ans, je peux vous dire qu’y résider est une aventure extraordinaire.