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Grand-mères…

C’est reparti. Après vingt-quatre mois d’empêchement, je peux à nouveau passer mon temps sur ma grand-mère. Mon épaule le permet à nouveau : la contrebasse est revenue dans ma vie. Et c’est bon.

Sentir tout ce bon grave me remonter dans le flanc, peiner à trouver la note juste, m’écraser consciencieusement les doigts sur ces gigantesques cordes: voilà de retour mes activités favorites; je peux à nouveau passer mon temps à troubler le silence, à coup de Round midnight et autre Good bye Pork Pie Hat. Et je respire…

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Un peu hors sujet, mais la photo a été prise avec mon nouveau Wiko Cink Peax 2, que j'aime beaucoup.

La contrebasse, quoi qu’il s’en dise, est un instrument merveilleux. Je n’hésite pas à prétendre, partial que je suis, que sans elle, pas de jazz. Elle seule, et non son ersatz électrique, que je pratique aussi, mais encore difficilement, a la prestance nécessaire pour imposer le tempo en quatre temps réguliers de walking bass à un ensemble de post boppers souvent obnubilés par les deux cuivres rois que sont le sax et la trompette, bavards incorrigibles et musicales divas ingérables.

On pense souvent que c’est le batteur qui impose le tempo. Mais pouvons-nous raisonnablement penser qu’on puisse confier une telle charge à un instrument aussi primitif que ces tambours accrochés en grappe  autour d’un gymnaste féru de culture physique et d’indépendance musculaire? Certes pas et que nenni! Restons sérieux! C’est à la contrebasse, de maîtriser ensemble tempo et harmonie, d’indiquer un tempo sûr pour souligner les broderies du batteur, et de lancer les harmonies pour la palette harmonique du pianiste.

Enfin… Je trouve… C’est comme ça que je vois les choses… Dans un groupe, clairement, il y a un type valable : le bassiste. Le reste, c'est un peu comme les clowns entre le trapèze de haute voltige et le mano a mano solide et athlétique, ça fait plaisir aux enfants! Comment ça, je suis de parti pris?

En tout cas, creusons, creusons, il en restera forcément quelque chose, je me suis repris à écouter les titres, joués par des artistes extrêment différents, histoire de voir ce qu'ils en ont fait. À cette écoute, on a souvent des surprises. Ainsi, certains artistes, très bons, très modernes, ne laissent qu'une empreinte sans envergure, et d'autres, méconnus, peut-être un peu moins liants, en font des choses superbes. Prenons un exemple...

Good bye, Pork Pie Hat, est un morceau composé par Charlie Mingus, un ancien bassiste de Charle Parker, à l'époque où, avec Dizzy Gillespie et Thelonius Monk, ils inventaient le jazz moderne , dit Bebop, ou Bop.

Ce thème est un hommage à Lester Young, dit le Président, Prez, saxo sensible et inspiré, qui accompagna longtemps Billie Holiday dans ses tournées du Sud, poisseuses de racisme et de ségrégation, et qui portait un bada particulier : comme une tourte au porc.

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Le Prez

Le thème, une ballade lente comme je les aime fut d'abord jouée comme ceci par l'orchestre de Mingus. Mais très vite, beaucoup d'artistes l'on repris. On pourra d'abord remarquer la version de Jeff Beck.

Puis Joni Mitchell, longtemps la compagne de Mingus,  fit sa propre version, avec le phénoménal et regretté Jaco Pastorius à la basse. Je crois bien que c'est ma version préférée... Bien que celle ci, avec Virginie Teychené, ne soit pas mal du tout non plus, surtout qu'elle laisse bien parler la basse en arrière plan.

Desmond en fit ceci.Uzeb en fit cela. Marcus Miller s'y mit. Bert Jansch et John Renbourn s'y mirent à deux. Et pour ceux, qui, finalement, aiment la contrebasse, la version de l'Orchestre de contrebasses.

Choisissez votre version, m'sieurs-dames! Y'en a pour tout le monde! Moi, ça me fait juste penser que quand un thème est bon, ça se remarque! Ne manquez pas de répéter ce jeu avec My funny valentine ou Round midnight, il y a des choses qui valent le déplacement!

Je vous souhaite plein de bonheurs, encore, cette semaine, à tous!

15 commentaires
1)
Karim
, le 04.11.2013 à 03:16
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Merci Modane ! Je suis en train de poursuivre mon insomnie avec Virginie Teychené, que je ne connaissais pas… Plutôt agréable comme compagnie !

3)
ysengrain
, le 04.11.2013 à 11:52
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Le jazz et la contrebasse ! Permettez de rapporter une histoire personnelle qui date de plus de 30 ans.

Nous avions chats et chien, d’où l’introduction d’une vétérinaire dans notre environnement. Nous sympathisons. Donc on s’invite. Il nous parle de ses goûts musicaux qui vont vers le jazz et de sa pratique de la contrebasse. Toujours féru d’instruments, je lui demande de me montrer sa basse. Et là, satellisé, voir le cul parterre l’Ysengrain: Une contrebasse du XVIII ème signée de Jacques Lafleur, archetier célèbre mais aussi luthier à ses heures. Un de ses modèles de contrebasse est au musée instrumental. Je ne sais pas on en connait d’autres, mais sans doute très peu.

Un de mes amis, contrebassiste, l’a essayée et en a dit le plus grand bien, en particuleir au jeu d’archet.

5)
zit
, le 04.11.2013 à 14:31
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Bon, au premier abord, j’ai eu très un peu peur, Mingus, Parker, Gillespie, Monk, Bebop, Bop… dans le même paragraphe, manquait plus que Coltrane et Davis pour la quintessence de la musique que je suis totalement incapable de comprendre, d’apprécier ! J’ai un mal de chien avec les saxophonistes qui font le bruit d’un poulet qu’on égorge avec leur instrument.

Mais tout de suite, la présence de Jeff Beck m’a rassuré (d’ailleurs, pour une sublime version du morceau, voir plutôt ce lien avec la très jeune et charmante Tal Winkelfeld « la filiation de Pastorius » à la basse, en public au Ronnie Scott’s).

Mais pour la contrebasse, mon cœur (et mes hanches) va tout de suite vers Israel ‘Cachao’ Lòpez et ses rythmes chaloupés.

À ne pas manquer dans la discothèque, les deux Master cessions, produits par Andy Garcia (oui, le commédien, qui joue là du bongo), une tuerie !

z (qui a vraiment du mal avec le bebop et le sax, je répêêêêêêêêêêêêête : qui a dit masturbatoire ? ;o)

6)
Blues
, le 04.11.2013 à 14:59
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Ah Zit, vraiment Tal Winkelfeld (ici aussi avec Jeff mais les 2 sur le même manche) elle est magnifique cette fille, si douée et si humble ! (oui-oui très jeune et charmante aussi), c’est clair qu’avec son toucher le lien avec Jaco est vite fait.

Alors pour moi les bassistes, c’est clair que Jaco c’est le haut du panier avec Marcus Miller (mais surtout quand ils la jouent rock leur basse). Pour le reste c’est surtout les bassistes de rock qui me touchent genre Tony Levin ( un monstre) Flea ou Sting, ça n’entre donc pas trop dans la ligne de cet article (j’suis pas très Jazz en fait).

7)
Modane
, le 04.11.2013 à 15:10
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Mais non mais non!… Ne nous limitons pas! Ce qui est bon doit être partagé! Mais les bassistes modernes ne jouent que rarement de la vieille dame, objet de mon coup de foudre actuel! Le dernier qui m’ait épaté étant Patitucci!

Quand à Cacchao, je te rejoins, Zit! Un maître! Et un régal!

8)
François Cuneo
, le 04.11.2013 à 15:40
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Si je devais tout recommencer à zéro en matière musicale, je prendrais la basse et la contrebasse.

J’adore, c’est le fondamental.

9)
Tristan Boy de la Tour
, le 04.11.2013 à 16:22
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Je suis d’accord avec toi, Modane! La contrebasse, c’est l’âme du jazz… Et je pense bien sûr à tous ces bassistes extraordinaires: Ron Carter, Stanley Clarke, Eddie Gomez, Charnet Moffet, Gerald Cannon , avec leur physique de déménageurs qui fait parfois confondre la contrebasse avec un violoncelle!

12)
Blues
, le 04.11.2013 à 18:50
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On peut aussi parler de l’évolution de la grand-mère ;) et comme j’ai déjà cité Tony Levin, grand expérimentateur / innovateur, le voici avec avec son Stick ou Chapman Stick, un doux mélange entre basse et guitare. Ce fou a développé une technique de jeu avec deux baguettes de percussion coupées qui s’attachent à l’index et au majeur (Funk Fingers) ce qui permet de doubler la cadence à laquelle les cordes sont frappées à voir ici avec Bill Bruford

13)
Pascal Kober
, le 04.11.2013 à 18:59
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Tiens, un bassiste macophile !

Merci pour ce délicieux billet.

Quelques images d’Esperanza Spalding Et d’autres de Marcus Miller

Parmi les belles versions de Goodbye porkpie hat (la plus émouvante étant, bien sûr, celle de Joni Mitchell !), ne pas rater aussi celle de l’organiste allemande Barbara Dennerlein, du big band de all star du label GRP, de Stanley Clarke (pas très « grand-mère » toutefois) ou encore celle, très singulière, de Michel Portal à la clarinette basse.

Pascal (autre bassiste de moins en moins macophile…) Alzy Trio

14)
Modane
, le 04.11.2013 à 19:29
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Pour ceux qui s’intéressent au futur des grand-mères, voici celles, nouvelles, de Jordan Eub…

15)
Blues
, le 04.11.2013 à 21:32
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SuperTop, beau matos… sur scène faut être habillé en “StarTreker” pour que ça le fasse… Ou plutôt un look qui irait bien aux Frenchies de Daft Punk !