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Madeleines et « mavericks »

Depuis un jour, Mavericks, le nouveau système imaginé par Apple, apparaît sur les écrans de nos ordinateurs ; et en une journée, le temps s’est suspendu, car l’informatique a cela d’étonnant qu’elle peut dilater le temps, elle échappe au passé et programme l’avenir. Évoquons le temps donc, ces temps traversés de « mavericks », ces esprits libres et intrépides, parlons de nos rêves étranges peuplés de héros qui bousculent les lendemains du monde.

Voilà un mois, nous devisions ensemble de Proust et nous répondions avec amusement à son célèbre questionnaire à propos de notre site préféré. Or c’est le même Marcel Proust qui s’émut d’une madeleine dans Du côté de chez Swann, il y a de cela cent ans, alors qu’il « recherchait le temps perdu » :

« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine. (…) La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté. (…) Quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

Nous avons toutes et tous des madeleines enfouies au creux de nos mémoires qui ne demandent qu’à renaître à la première sensation, celle-là même qui nous surprend, celle-là même qui s’éveille à la moindre évocation sensible des heures d’autrefois. Les livres de l’enfance et de l’adolescence sont de ces madeleines ; qu’il soit le plus annoté, le plus désiré, le plus secret, le plus usé tant il fut relu, il existe toujours un ouvrage qui a « l’odeur et la saveur » de la jeunesse, un livre passeur de souvenirs qui raconte combien nous étions des « mavericks », des rebelles, des têtes brûlées ô combien naïves et rêveuses.

Aussi vous invité-je ce jour à une douce chasse aux madeleines ; à ce jeu de la mémoire, il n’est nul besoin de listes, il s’agit seulement de faire battre le cœur… « Oh, ce livre, comme je l’ai aimé ! », « comment se nommait-il déjà ce livre illustré que j’avais prêté à un ami ? », « ce roman, je l’avais lu en classe, il m’a tellement marqué ! ». C’est ainsi, la quête des madeleines est une chasse aux papillons, elle se pratique en dilettante entre tendresse et nostalgie. Et c’est avec attention que je découvrirai vos souvenirs de lecture, car j’espère momentanément transformer ces lieux en salon de thé où je pourrai à mon tour déguster vos madeleines. À vos évocations donc, à vos réminiscences, et qui sait si vos appétits d’antan ne donneront pas faim à toute notre sympathique communauté ?

S’il est beaucoup de madeleines dans ma mémoire, Ben est amoureux d’Anna de Peter Härtling a encore aujourd’hui le goût attachant et singulier des romans illustrés de l’enfance. Je me souviens de Ben drôlement amoureux de la jolie Anna, petite immigrée triste et cible facile de ses camarades de classe ; mon cœur battait au rythme de celui de Ben et je souhaitais qu’Anna entendît ce cœur chaviré et maladroit. Il faut dire qu’elle n’était pas simple, leur histoire d’amour, car Ben était un petit garçon allemand et Anna une petite fille venue de Pologne ; en face d’eux, autour d’eux, les ogres du passé étaient là, fantomatiques certes, mais palpables. Pourtant Anna finirait par enlacer Ben… Enfin la possibilité d’un échange, le frémissement d’un amour d’enfance, celui-là même que l’on n’oublierait jamais. Mais les sentiments naissants ne sauraient dissiper la douceur amère de ce conte moderne, comme si la lumière du bonheur devait toujours être fugace, soumise aux cruautés des temps et au regard du monde.

S’il existe un bonheur fragile et fulgurant, tour à tour passionnément imaginé et violemment enfui, c’est bien celui du dénommé « Grand Meaulnes » et de ses compagnons d’aventure. Le Grand Meaulnes d’Alain-Founier, roman paru voilà cent ans, en 1913 comme le texte de Proust, est une madeleine de l’adolescence, un récit qui laisserait les « semelles de vent » (1) d’Arthur Rimbaud embraser les terres secrètes de George Sand. Se souvenir du Grand Meaulnes, c’est sentir l’odeur des encriers et frémir à la vue d’un nouvel élève qui semble insaisissable, c’est s’avancer fébrilement sur le chemin dérobé d’une « fête étrange ». Comme le cœur bat lorsque l’on suit Meaulnes, héros happé par son destin autant qu’il ne le happe… Car dans le roman, le spectre de la fin brutale de l’enfance hante sans répit l’adolescence fiévreuse des personnages. Cependant, malgré les ombres de la nuit, Le Grand Meaulnes raconte inlassablement ce désir solaire qu’ont les adolescents d’atteindre les étoiles de leurs rêves, un désir à la fois farouche et timide selon les pulsations des cœurs. Farouche et timide comme la déclaration d’Augustin à Yvonne, la jeune fille grave et mélancolique qu’il n’aura de cesse de chercher, de perdre et d’aimer :

« Le nom que je vous donnais était plus beau. »

Quelle réplique étrange, à la fois hardie et maladroite, et romantique en diable que celle-ci, à l’image d’un amour adolescent qui se brisera sur la nécessité impérieuse de demeurer libre, de défier le temps et sa routine... Car Le Grand Meaulnes est une madeleine douce-amère, un voyage dans un temps irréel qui ne saurait se satisfaire d’une fantaisie trop sage. Ce qui se languit se meurt dans ce roman et seuls subsistent la trace d’une intense promesse et d’un secret brûlant, et le désir éperdu de courir sa vie, de dévaler à toutes jambes les chemins d’une adolescence éternelle qu’on refuse de voir céder alors que tout sombre. Il y a bien des « semelles de vent » dans Le Grand Meaulnes, il y a du Rimbaud dans cette quête à jamais inassouvie. Et ceux qui ne courent pas leur vie sont ceux qui se souviennent et chérissent douloureusement leurs souvenirs, ils enlacent des amours mortes et regardent partir encore et toujours l’ami insaisissable, le romantisme ravageant leurs cœurs tendres ; j’ai attendu avec Yvonne et souffert pour François, le compagnon fidèle. Et j’ai aimé cet irresponsable responsable qu’est Augustin Meaulnes... Son départ pour de « nouvelles aventures » à la fin du roman a longtemps résonné en moi comme celui du Petit Prince à la dernière page du livre de Saint-Exupéry, car il est des Solognes qui sont des déserts et des étoiles que l’on poursuivra sans relâche.

Les aventuriers sont des révolutions et rien ne saurait être pareil après le passage inéluctable de Meaulnes. Ce qui m’amène à ma troisième madeleine, à un livre à ce point feuilleté que je le connaissais par cœur voici quelques années, la Chronique de la Révolution ; car en 1989, j’apprenais chaque jour les petits et les grands événements des années de libération ou de terreur. Et découvrir la Révolution au jour le jour lui donne un visage humain. Comme Meaulnes traverse les vies telle une étincelle qu’on attendait, la Révolution française observée pas à pas ne ressemble plus à un bouleversement soudain et quelque peu lointain, mais elle enfle ce souffle de liberté farouche qui vivait déjà en nous. Car la liberté grandit en chacun de nous, elle est d’abord viscérale et sentimentale avant d’être institutionnalisée, et ce, qu’elle soit ressentie par un enfant comme Ben, désirée par un adolescent comme Meaulnes ou défendue par un peuple en marche vers une certaine idée du bonheur. Finalement, mes madeleines sont toutes des enfants du siècle qui dépassent ce siècle, des insoumis à leur temps et à leur monde. Peut-être que quiconque a un jour rêvé sa vie ne saurait s’empêcher d’être une fois encore, même doucement, intrépide et rebelle :

« Un homme qui a fait une fois un bond dans le Paradis, comment pourrait-il s’accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? » (2)

À l’heure où le non-conformiste Mavericks anime nos machines, il me semble bon de souligner que nous conservons toutes et tous en nous des madeleines de lectures qui invitent à rêver et à changer le monde, malgré les ombres, avec ces ombres. Et alors que notre temps n’en finit plus de balbutier une liberté que tant d’hommes voudraient encore détruire, je me dis qu’il y aura toujours des Ben et des Anna pour s’aimer et des Meaulnes qui choisiront l’aventure. Parce que nous avons en nous un souvenir de révolution humaine qui ne demande qu’à éclore et à sourire, parce que nous souhaitons être « insatiables et fous » comme l’espérait Steve Jobs, parce que nous sommes toutes et tous des sentimentaux intrépides.

 

(1) D’après le surnom donné par Paul Verlaine à Arthur Rimbaud.

(2) Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes.

16 commentaires
1)
ysengrain
, le 25.10.2013 à 11:06
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Merci pour cette belle mise en relation des “choses de la vie”.

Avec infiniment moins de finesse, de délicatesse et de douceur, pour ceux qui sont intéressés aux phénomènes de mémoire, je conseille l’excellent Les chemins de la mémoire de Béatrice Descamps et Francis Eustache: une somme de connaissance indispensable et de très haut niveau sur ce mystère qu’est la mémoire.

2)
François Cuneo
, le 25.10.2013 à 13:25
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Merci Anne, toujours aussi bien écrit!

Pour moi, ces madeleines, ce sont les disques de Genesis qui tournaient sur ma platine, et les pommes de terre rôties de ma grand-maman, que, malgré tous mes efforts, je n’arrive pas à reproduire.

Cela ne m’empêche pas de profiter du moment présent, sans trop de nostalgie…

3)
TroncheDeSnake
, le 25.10.2013 à 14:54
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Il y a quelques années, je suis tombé sur la réédition de l’album Made in Japan de Deep Purple. C’était au tout début de la mise à disposition en écoute libre, sur des présentoirs où il suffisait de presser sur un bouton pour entendre des extraits de tel ou tel cd.

Ce Made in Japan, je l’avais eu en vynil, écouté et réécouté, puis j’étais passé à autre chose en devenant ce que je croyais être “adulte”.

Un peu amusé, un peu nostalgique, j’ai mis le casque sur les oreilles et j’ai lancé la lecture. Et là, c’est non seulement une madeleine, mais toute la boulangerie que je me suis pris en pleine face! J’en avais les larmes aux yeux, des frissons partout. J’avais l’impression que tout le monde me regardait! Et il y avait plein de passages que je connaissais encore par cœur, comme si je les avais écoutés la veille.

Non seulement je suis reparti avec le cd, mais je me suis mis à réécouter du rock, bien gros, du qui me prend aux tripes et qui me fait du bien partout!

Quelques années plus tard, mon fils m’invitait au concert de Deep Purple à l’Arena. Un grand moment.

4)
Jean-Yves
, le 25.10.2013 à 16:44
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Merci pour la qualité de votre article, une constante sur ce site.

Je vais délibérément me restreindre. Une madeleine plutôt qu’une biscuiterie.

En même temps, et j’en suis déçu, impossible de retrouver trace de ce petit livre des années 50, illustré et cartonné, que j’ai eu entre les mains enfant, sexagénaire que je suis.

Aucune nostalgie, juste une petite bulle qui remonte à la surface à la lecture de ce sujet sensible.

C’était l’histoire de 3 lionceaux joueurs et insouciants, et d’une lionne, mère attentive, mais épisodiquement occupée à chasser pour nourrir ses petits diables.

Dans les années 50, les “mères” étaient plutôt réduites au foyer et à la cuisine.

Pas de lion dans cette histoire finalement assez naturaliste.

Bien sûr, pris par leurs jeux, ils s’éloignent et se perdent. Bon, tout finit bien, sans psycho … drame ou analyse.

Et ce petit bouquin de quelques pages, dont je n’ai rien d’autre que la mémoire (Merci Alzheimer !), se rappelle parfois à mon bon souvenir sur des ressentis intimes : Inquiétude, tristesse, rassurance, confiance et amour. Peut-être les premières impressions fortes que j’ai intériorisé.

Une petite histoire de rien du tout, transmise tardivement à mes enfants, qui ont eux-mêmes des enfants …

Quand le support manque, faisons nous passeurs. (1)

Je savais que j’allais abuser :

Lettre au président des Etats-Unis, (3 pages) de Sitting Bull, alias Tatanka Iyotanka. Lettre d’un pygmée à un bantou, (32 pages, incomplet) de Dominique Ngoïe-Ngalla.

Rien de nouveau sous le soleil …

(1) Amadou Hampâté Bâ  : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »

5)
ysengrain
, le 25.10.2013 à 18:08
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J’ai relu à 2 reprises ce billet. Et soudainement, j’ai été transporté au conservatoire de Paris où vers 1982-3, Scott Ross claveciniste de génie avait donné un mémorable concert.

Je possède l’enregistrement de ce concert que je viens de réécouter. Quelles charges d’émotions.

6)
JanPol
, le 25.10.2013 à 18:58
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Belle approche de la célèbre madeleine. Mais où et comment sont donc ces “déclencheurs de madeleines” stockés …? Je suis toujours étonné par la capacité de notre cerveau à conserver en ses tréfonds ces souvenirs, pour nous les représenter tout chauds, vivants, présents en totalité, le moment venu… Soyons heureux d’être des humains et pas des robots ! JP

7)
fxc
, le 25.10.2013 à 20:35
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Tous les ans je passe au moins 6 fois par ce joli village ” la chappelle d’angillon” village natal d’Alain Fournier auteur du “Grand Meaulnes” et chaque fois me reviennent les souvenirs, les odeurs, la fête au château toutes ces choses qui font de ce roman un chef d’oeuvre.

Le château du village n’est pas celui du roman, trop austère, je l’ai visité en ayant comme guide le maître des lieux un comte si mes souvenirs sont bons, merveilleux conteur de l’histoire du lieu.

Le village typiquement solognot est un merveille, la maison natale de l’auteur est comme elle était il y a 100 ans.

Un musée lui est aussi consacré.

8)
maxim
, le 26.10.2013 à 10:59
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Il faut saluer ce texte qui est un délice à lire, bravo!

De là à ériger en héros ceux qui transmettent nos données privées “missa” et fissa à la N$A sans broncher! C’est un point que j’ai du mal à avaler! Il ne faudrait pas l’ignorer…

Même si c’est si bien écrit, quelle est loin “la recherche du temps perdu” qui suggérait tant de belles poésies n’ayant hélas guère cours dans l’univers affairiste, très loin du romantisme.

Car si le nouvel OS est gratuit, n’est-ce pas là le début d’un nouveau paradigme dans la tarification des systèmes d’exploitation, qui nous rendra tous captifs à terme, pieds et poings liés avec le “Clouds Computing”, sous la menace d’une interruption de validité des licences de vos programmes si chers payés à tout moment (puisque via le “Clouds” vous n’êtes plus guère propriétaires de rien, tout devient “mobile et volatile”… c’est un fait exprès que vous êtes sommés d’accepter de fait…) l’habitude vous forcera inévitablement et habilement à la spirale des mises-à-jour, contre vôtre volonté, et sans lesquelles vous ne pourrez plus communiquer, et oui, piégés par votre smartphone (mise-à-jour de l’OS gratuit mais pas les “Apps” qui vont avec et qui elles, seront payantes et de plus en plus chères, car il faudra bien financer les rétrocommissions à Apple), ou pire en vous mettant soudain sur les rails de programmes à régale mensuelle (voyez Adobe et son “Creative Clouds”)? Et ce, sous peine de ne plus être en mesure d’accéder à vos propres données si vous ne payez pas!

Qu’en est-il alors de cette prétendue “liberté”, lorsque l’on ne vous demande pas votre avis, lorsque l’on pille et vous épie jusque dans vos mails les plus intimes, vos achats de médicaments qui dévoilent vos faiblesses voire votre espérance de vie, le paiement de vos primes d’assurances, toutes vos transactions bancaires (car oui vous êtes clairement identifiés par votre carte SIM, terrifiant, n’est-il pas?) liberté sauf à payer pour ce qui n’est autre qu’une forme de chantage auquel votre versement à valeur de consentement, vous ne décidez plus de rien! Vous n’êtes plus rien, ramenés à votre insignifiance: puisque mis dans l’impossibilité de vous opposer à quoi que ce soit, de telles pratiques font froid dans le dos, c’est pourtant le monde dans lequel nous vivons et vers lequel nous allons (tout ça est déjà documenté, et vous le savez)! Alors ce grand élan de générosité je veux bien, mais de là à glorifier ça, il ne faudrait quand-même pas être si naïfs!

Ne nous voilons pas la face, ces pratiques sont déjà en cours de nous être imposées, financées avec nos deniers investis de longue date, nous [for the rest of us…] qui avions cru à cette liberté inexpugnable symbolisée par “le rêve américain” (pour un peuple qui vit désormais sous le régime de la peur dans son immense majorité, endetté à hauteur de 65’000 milliards de dollars – soit la moitié du PIB mondial – c’est pas banal) liberté qui même ici, nous est de plus en plus souvent confisquée (qui croit encore en l’alternance démocratique?) en commençant par le plan littéraire justement, via une sorte d’émiettement général de la pensée […]

9)
guymayor
, le 26.10.2013 à 12:05
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Merci Anne pour cette évocation sensible.

Pour ceux que le fonctionnement de leur mémoire intrigue, je recommande la lecture des ouvrages de Jacques Ninio. Ce chercheur de haut vol en biologie moléculaire a fait toute sa carrière au CNRS. En parallèle, il a passé des milliers d’heures a mettre au point des méthodes (souvent étonnamment simples) permettant d’analyser et de comprendre comment fonctionne notre mémoire si complexe, et à les appliquer sur lui-même au cours des années. Le fruit de ses travaux abouti à un modèle original de fonctionnement, décrit de façon accessible dans Au cœur de la mémoire, Odile Jacob.

Dans un autre ouvrage, plus ludique (L’empreinte des sens, Odile Jacob, nouvelle édition, 2011), il retrace avec bonheur le chemin qui va du monde réel à nos sens pour finir dans notre cerveau qui décode et interprète à sa façon le monde réel, pour finalement quelquefois l’archiver pour longtemps

Cela m’a rappelé (c’est ma madeleine du jour) le plaisir que j’ai eu de lire il y a longtemps la saga des A* de *A.E. Van Vogt, dont le refrain principal est la carte n’est pas le territoire, et m’a donné envie de les lire à nouveau.

Les livres de Jacques Ninio sont à mon avis très bien écrits ce qui ne gâte rien.Ils donnent aussi une vision large de ce sujet en retraçant l’évolution historique de ces notions ainsi que les modes de fonctionnement équivalents chez l’animal.

Bonne lecture

10)
JanPol
, le 26.10.2013 à 14:49
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@guymayor… merci pour les infos, j’y cours ! J’ai été aussi un fan du Monde des non A de Van Vogt ! JP

11)
Jean-Yves
, le 26.10.2013 à 15:01
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@ Maxim

Pas croisé de héros dans ce texte. Juste une héroïne gourmande, la madeleine ;-)

@ guymayor

Merci pour les liens sur le fonctionnement de la mémoire !

Merci surtout pour ce rappel de Van Vogt, génial inventeur du terme nexialisme, dans La Faune de l’espace.

Paru en 1950, il semble que ça a laissé quelques traces dans le milieu de la recherche, qui s’émancipe de plus en plus des domaines spécifiques en créant des équipes pluri-disciplinaires, donc trans-filières, de gens qui doivent et veulent s’écouter.

Je vais relire aussi ;-)

12)
maxim
, le 26.10.2013 à 18:37
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Ah Mavericks ! Ah l’Amérique !

J’admet que si j’ai fait fort dans l’électrochoc …

C’était pour mieux nous sortir de toute équivoque ! ;-)

De marbre restent nos zygomatiques …

Depuis que là-bas tout se disloque !

14)
Anne L
, le 27.10.2013 à 05:15
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Merci à tous pour vos commentaires, votre gentillesse me touche beaucoup ! Et vos madeleines me touchent tout autant…

ysengrain, le livre sur la mémoire que vous nous conseillez me semble passionnant, je vais essayer de me le procurer. Quant à Scott Ross, ses Variations Goldberg me parlent tellement que je ressens sincèrement votre émotion, il est des artistes qui manquent.

François, j’aimerais beaucoup connaître la recette de vos pommes de terre rôties, car il me paraît bien appétissant, ce petit plat de votre enfance… Et vous avez ô combien raison de profiter du présent, il faut sourire au jour qui est là.

TroncheDeSnake, vos retrouvailles avec Deep Purple me touchent beaucoup ; le rock me faisant autant de bien que le classique, je comprends l’émotion que vous nous faites joliment partager. L’article parle de nos madeleines de lecture, mais les madeleines musicales, artistiques ou culinaires sont tout aussi importantes, tous ici vous nous le confirmez ; les mélodies de nos mémoires nous tiennent souvent debout, la musique est une magicienne.

Jean-Yves, ce livre d’autrefois que vous passez d’enfance en enfance, je ne le connais pas, mais votre évocation le rend presque réel, c’est incroyable comme nos madeleines sentimentales sont puissantes ! Quant aux lettres que vous mentionnez, ce sont des textes qu’il faut donner à lire et à relire, merci infiniment !

JanPol, comme vous avez raison, heureusement que nous sommes humains et que nous avons la possibilité de nous émouvoir même quand rien ne laisse présager une émotion soudaine… L’évasion des cœurs hors du temps est précieuse, il faut pratiquer assidûment cette école buissonnière.

fxc, un grand merci pour votre évocation du Grand Meaulnes et pour la jolie photo trouvée dans mes messages, vous m’avez donné envie de me promener en Sologne, c’est une si belle région !

maxim, votre commentaire rappelle combien les mœurs informatiques sont nettement plus liées au profit qu’à la poésie, c’est un fait, même si rien n’est totalement blanc ou noir. Toutefois, je n’ai pas rédigé cet article afin de louer les pratiques commerciales entourant Mavericks ou n’importe quel autre produit informatique, mais simplement pour faire un clin d’œil au sens du mot « maverick » qui me fait penser au caractère de Meaulnes ; j’espérais également souligner que rien ne saurait remplacer notre soif d’aventure et de liberté, car il est des aspirations humaines qui s’envolent plus haut, à mon sens, que toute évasion informatique, aussi enthousiasmante soit-elle. On peut être « insatiables et fous » tout en prenant le recul nécessaire devant les pièges érigés par notre monde d’aujourd’hui, un monde étrange s’il en est puisqu’il dresse des barrières qu’il fait simultanément tomber, l’internet étant par exemple à la fois un outil de contrôle et d’émancipation. Quoi qu’il en soit, merci de votre regard !

guymayor, vous me donnez grandement envie, comme ysengrain l’a fait, de lire les recueils que vous nous conseillez ; la mémoire est un sujet passionnant qui touche à tellement de domaines…

« La mémoire est toujours aux ordres du cœur », disait Rivarol, et cela se vérifie dans vos jolis commentaires. Encore merci !

15)
zit
, le 27.10.2013 à 09:27
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La coincidence est amusante, je suis en plein dans La mystérieuse flamme de la reine Loana, roman d’ Umberto Eco dont le narrateur émerge, à soixante ans, après un « accident », en ayant perdu toute mémoire affective, personnelle : il ne se souvient plus, ni de son nom, ni de sa femme, de ses enfants, amis ou éventuelles maîtresses; par contre, sa mémoire « de papier », tout ce qu’il a lu au cours de sa vie (et il en a lu, des livres, vu que c’est son métier, antiquaire de livres) est encore intacte. S’ensuit une quête à la recherche de son temps perdu, et c’est, comme toujours avec Eco, passionnant.

Pour ma part, j’ai très peu de souvenirs de mes lectures enfantines, à part Fantômette dont je me souviens d’avoir été un lecteur assidu… et tiens, Lieutenant X, toujours dans la bibliothèque verte vient de me revenir à l’esprit, mais seulement le nom, vraiment rien d’autre. De toute façon, j’ai une mémoire très sélective, et ma mémoire affective est d’une grande pauvreté, seuls les traumatismes, les faits vraiment marquants laissent une trace, le reste, le quotidien, le tout venant, est évacué illico, je suis un animal à sang froid, un reptile, pas romantique pour deux sous. J’ai par contre une assez bonne mémoire au sujet de mes centres d’intérêt principaux, la bouffe, la photo…

Pour en revenir au sujet de l’article, j’ai quand même un souvenir très précis de ma lecture d’En un combat douteux de John Steinbeck, probablement vers douze ou treize ans, ça a été mon déclencheur à la politique, à l’aversion viscérale que j’éprouve (encore) pour l’exploitation de l’homme par l’homme (j’avais auparavant déjà lu d’autres Steinbeck comme Des souris et des hommes ou Les raisins de la colère qui avaient en quelque sorte préparé le terrain). Un an plus tôt, j’avais dévoré, pendant les vacances d’été, l’Odyssée d’Homère, c’était épatant, ça ! Et puis, bien sûr, je l’avais depuis un moment sur le bout des doigts, un peu plus jeune (entre huit et dix ans ?), Croc-blanc et L’appel de la forêt de Jack London, encore des lectures subversives…

Et des bédés bien sûr, Astérix, Lucky Luke, Tintin, Spirou et Gaston, pas trop Mickey et l’infect Picsou, par contre, mais très jeune encore Gotlieb, Reiser et le magnifique Little Nemo de Winsor Mc Cay (en très grand format, c’était un vraiment énorme livre).

Pour ce qui est des papilles, ma madeleine, c’est la tchoutchouka de ma grand mère (sorte de confiture de tomates et poivrons rouges pelés), une merveille ! et je sais faire, c’est long, très long, mais c’est bon, très bon.

z (quand à Maverick, bien d’accord avec Maxim, je répêêêêêêêêêêêête : quand c’est gratuit, le produit, c’est le client…)

PS : sur la mémoire, la lecture de Rupert Sheldrake est tout à fait captivante, les thèses holistiques qu’il développe depuis une bonne trentaine d’années (j’en avais entendu parler dans Actuel, au milieu des années 80) lui valent une inimité féroce de la part de la communauté scientifique, voire même, cette année encore, la censure d’une conférence TEDx, mais je sent, profondément, qu’il est dans le juste, et ce, depuis la lecture de cet article (j’ai depuis réussi à trouver un de ses premiers livres qui m’a conforté dans cet avis).

16)
Anne L
, le 31.10.2013 à 02:39
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Merci infiniment, zit, de nous faire part de vos souvenirs de lecture et de vie, vous me donnez envie de me plonger dans le roman d’Umberto Eco, de relire Steinbeck et… de manger une tchoutchouka ! Également un grand merci pour votre jolie évocation de L’Odyssée, il s’agit effectivement d’une œuvre immense et passionnante.

Ce qui est bien avec les madeleines, c’est qu’elles se partagent ; j’ai à présent envie de voyager dans vos lectures et vos musiques, mille mercis à vous !