Profitez des offres Memoirevive.ch!
La photo panoramique

Je n’ai jamais vraiment envisagé, en photo numérique, d’aller au delà du format APS ; pour moi le format 24 x 36 est certainement meilleur, mais pas de façon spectaculaire… Du moins sur un format A3+. Mais voilà; une opportunité s'étant présentée, j’ai échangé mon Nikon F2 antédiluvien contre une sorte de dinosaure de la photo numérique : un Mamiya ZD (sorti en 2006, produit jusqu’en 2009!), 22 Mpixels et un capteur au format 36 x 48 mm , inclus un objectif 50 mm à décentrement !

Soyons honnête, je ne savais vraiment pas quoi faire avec cet engin au début : poids éléphantesque, et surtout 3 énormes lacunes qui le rangent à l’heure actuelle au rayon des ancêtres:

- Sensibilité maximum : 400 iso, et plutôt bruités.

- Pas de nettoyage par vibration du capteur.

- Et le bouquet : probablement le seul appareil numérique jamais construit dont l’écran est plus petit que le capteur !

Mais quand même, en plus de la taille du capteur, cet appareil a quelques atout : un viseur énooooorme, un vrai, optique ! Un bouton «focus lock» très pratique avec les optiques autofocus. Un concept «gros reflex» qui le rend facile à utiliser. Une connexion FireWire, et une interface simple et efficace.

Mais il y a aussi un gros problème pour une utilisation professionnelle de cet appareil : c’est d’aileurs pourquoi il est si peu répandu : le site Mamiya.jp consacré au numérique, est cliniquement mort. Aucune évolution de firmware disponible ! Tout a été racheté par PhaseOne, et plus rien n’existe pour ce modèle, sauf bien sûr dans le marché de l’occasion (mais pas le firmware). Certes il existe actuellement un Pentax, genre gros reflex avec un CCD de la même taille (de 40 Mpx), mais à un prix astronomique, hors de portée de ma bourse !

L'avantage de cet appareil : la taille du capteur et la qualité des images ! Mon 50d est loin, mais alors très loin derrière, sauf dans les hautes sensibilités… Ce sont surtout le modelé et la dynamique qui sont impressionnants. En plus, on peut retirer le filtre passe-bas pour augmenter encore la netteté ! Je ne l’ai jamais fait, et je ne pense pas le faire, c’est une opération délicate et j’ai trop peur d’abîmer le capteur.

Sans oublier l’optique : Mamiya Sekor 50 mm f :4 à décentrement, donc entièrement manuelle, aucun contact électrique ! Mais hélas, la photo d’architecture, c’est pas vraiment mon truc…

Alors, que faire ? Bon sang mais c’est bien sûr : de la photo panoramique ! Comme on peut excentrer l’optique aussi bien en vertical qu’en horizontal, en juxtaposant les images, on obtient alors un angle de champ impressionnant. Après il n’y a plus qu’à se ruer sur Photoshop pour assembler les images.

Bon, «panoramique», il faut nuancer. C’est plutôt deux photos en déplacement horizontal dont il faudrait parler… Après assemblage, on a simplement une impression de panoramique, l’angle de champ ne dépassant pas celui d’un 20 mm, mais sur un format oblong. Mais surtout on n’a pas la déformation si caractéristique des super grands angles.

Ce serait d’ailleurs intéressant de faire un montage en utilisant tout le cercle image. C’est faisable puisque l’objectif est cranté tous les 30°.

Mes débuts ont été laborieux : d’abord se trimballer tout ce matos, plus le pied, dans des coins perdus en montagne. Sortir tout ce bazar, déplier, visser, régler, s’en sortir avec cet écran minuscule qui permet tout au plus de contrôler l’histogramme ! De plus, aucune possibilité de contrôler les images avec l' iPad, qui n'accepte pas les lecteurs de cartes CF ou SD…

Alors bien sûr, sueurs froides au retour parce que les photos sont légèrement décalées, bougées, l’exposition pas tout-à-fait la même sur les 2 images, etc.

Mais quand même une bonne surprise : il n’y a aucune distorsion ! Heureusement, parce que DxO, t’oublies !

Voici comment procéder:

1. Précaution préalable : bien visser tout ce qui est susceptible de bouger sur le trépied, et faire très attention de ne rien toucher, hormis l’objectif, lors de la rotation sur 180°.

2. Basculer l’objectif alternativement de chaque côté pour choisir le cadrage.

3. Faire la mesure de la lumière sur la position centrale pour avoir une moyenne.

4. Régler l’ouverture et la mise au point (heureusement il y a une assistance dans le viseur).

5. Faire les 2 photos, et prier pour que cet énorme miroir ne fasse pas trop de secousses…

Inutile de dire que la photo instantanée, dont nous usons et abusons avec les autofocus ultra-performants, et les rafales 8 im/sec, il vaut mieux oublier !

En plus il faut se réadapter au format 4/3 : personnellement, ça ne me dérange pas, ça casse un peu les habitudes…

Mais moi, j’ai beaucoup de plaisir à peaufiner les prises de vues et à prendre mon temps ; je retrouve un peu le plaisir de la photo argentique, avec les mêmes angoisses quand il faut «développer» dans Photoshop les fichiers RAW !

Parce que l’écran, en plus de son format timbre-poste, côté résolution, on dirait qu’il a été découpé dans un poste de télé soviétique des années 60 !

Evidemment, j’ai essayé d’augmenter la difficulté : des panoramiques avec du mouvement . Il faut bien sûr penser que l’assemblage sera impossible si le mouvement se passe au centre de l’image ! J’ai donc fait quelques essais lors de la fête du 1er août, à Lausanne. Un vrai désastre ! J’ai fait des dizaines de photos, presque toutes ratées … Trop de foule, et en plus des tentatives de rotation rapide de l’optique qui ont provoqué des décalages.  J’ai eu aussi des différences énormes de luminosité d’une image à l’autre à cause des feux d’artifice, etc…  Pour ce genre d’exercice, les grandes foules, c’est pas le top. J’ai quand même réussi à sauver une image !

Et puis j’ai constaté que l’objectif avait quelques défauts à pleine ouverture : un peu de vignettage, voire même un léger flou dans le bord. Je dis bien «le bord», car avec le décentrement, les défauts n’apparaissent que d’un côté. Il vaut donc mieux ouvrir à 5.6, même en photo de nuit.

J’ai fait des essais à 200 iso, et corrigé le bruit - essentiellement chromatique - dans Photoshop, ce qui n’a pas dégradé la netteté.

A noter que le parc optique est assez limité pour cet appareil. Ce sont essentiellement des objectifs datant de l’argentique format 645 : bon marchés en occasion, certains très bons sur un numérique de 20 Mpx, mais tous insuffisants au delà… Il existe une nouvelle gamme optimisée pour les dos 40 Mpx et plus (de chez PhaseOne), mais à des prix très élevés !

Et maintenant je rêve d’un 6D avec un 17 mm à décentrement… Mon fourre-tout m’arracherait moins l’épaule !

image

L'engin et son optique à décentrement.

image

Une ferme d'alpage dans le Val d'Anniviers.

image

Le lac de l'ilsee.

image

Le Lac Noir, au pied de la Bella Tola.

image

Éclairage public à Ouchy.

image

Idem, sous un autre angle.

image

Les feux d'artifice du 1er août.

 

 

 

 

 

11 commentaires
1)
Blues
, le 25.09.2013 à 08:20

Article très intéressant merci .. quel ancêtre (au niveau look) ce Mamiya ZD.

J’ai justement un petit challenge ces prochains mois à réaliser : tu parles de l’A3+ et ça tombe bien car je dois produire une image traversante et/ou plus ou moins panoramique pour la couverture d’un livre (donc la I et la IV)- (minimum 32×45 cm / ceci si possible avec une réz de 300 à 350 Ppi en taille d’impression).

J’ai un APN expert (Sony RX 100) avec un capteur de 20,2 MP = 5472×3648 px qui me permet juste pas d’y arriver ou disons trop “raclette” surtout s’il me faut encore recadrer. En testant avec le mode interne balayage panorama je constate que ce n’est pas un assemblage de plusieurs images de 20 mp (donc un gros fichier produit) mais bien un fichier image unique ne dépassant pas 20 MP. Donc idéalement pour arriver au fichier désiré je vais dans ce cas poser l’APN sur un pied et produire env. 3 images à destination d’un assemblage avec “AutoPano Pro”.

En jetant un coup d’oeil aux réflex actuels “normaux”, seul le Nikon D800 avec ses 36,3 MP et un objectif à focale entre 17 mm à 20 mm me permettrait de réaliser cette image en une seule prise de vue (et en plus d’avoir un peu de perte autour si recadrage nécessaire).

2)
ToTheEnd
, le 25.09.2013 à 08:42

Blues, je sais que tu es de la branche et que tu n’as probablement pas besoin du lien ci-dessous, mais ça peut servir pour d’autres.

J’ai longtemps cherché un tableau ou un truc qui récapitule une équivalence entre taille capteur et impression “max”. Par chance, la partie mobile du site DPreview vient de sortir un excellent article qui permet de voir en un coup d’oeil ce qui est possible de faire:

How many pixel do you need?

3)
Blues
, le 25.09.2013 à 08:59

équivalence entre taille capteur et impression “max”

voir ici ce tableau est plus ou moins à jour pour/avec les appareils récents

4)
Tristan Boy de la Tour
, le 25.09.2013 à 09:24

@Blues: est-ce que ta couverture sera imprimée en offset? Dans ce cas il faut savoir que les pixels seront transformés en points par la flasheuse, en fonction de la linéature de trame. Une résolution finale de 240 dpi est suffisante dans la plupart des cas, pour une trame de 60 lignes par cm. On peut monter à 80, pour augmenter les détails, voire même 100, mais là on se trouve confronté à un problème: le cylindre de caoutchouc qui imprime fait engraisser le point et le résultat risque d’être décevant. Donc 300 dpi sont largement suffisants dans la plupart des cas! Voir cette page

5)
406
, le 25.09.2013 à 10:10

Bof. j’ai une trentaine de 6*17 cm en ekta devant moi. c’est bien mieux =)) . on va tirer 1,60 m de large

7)
Blues
, le 25.09.2013 à 11:19

Tristan, oui-oui en offset… Ok… c’est mon job journalier toute cette technique et théorie liée et depuis le temps (typo-polygraphe > 40 ans dans la profession) je dirais que je me débrouille pas trop mal. Je bosse avec un CTP en trame 100 (250 LPI) spécifiquement hybride (la destination dans ce cas sera un papier couché de luxe mi-mat) NB: pas de problème avec l’écrasement et le report du point sur le blanchet (ou caoutchouc de transfert) à condition d’avoir les bonnes plaques et surtout la bonne presse et le BON imprimeur. Mais quoi qu’il soit, je ne désire pas sur-échantillonner avec des pixels inexistants mais plutôt être légèrement au-dessous de la norme en réz . le “suffisant” ne me convient pas pour ce cas spécifique (c’est déjà testé et approuvé) ce qui me garantira un super piqué. Donc comme dit 20 MP moins une portion de pourtour recadrée, cela me donne 220 à 240 pp (couv enveloppante deluxe – reliure en cahiers cousus- avec gros dos et retour sur les plats avant-arrière), je suis donc loin du compte, mais comme c’est moi qui vais réaliser cette image, je vais bien trouver une solution (genre 2 ou 3 images verticales assemblées).

8)
zit
, le 25.09.2013 à 21:22

J’adore cette façon de faire du panoramique, c’est très élégant. Ça fait aussi de jolies proportions, un ratio proche de celui du 6×12. Et les optiques à décentrement, ce sont toujours des merveilles.

[mode = la bave_aux_lèvres on]

406, le Fuji, ou la Linhoff ?

[mode = la bave_aux_lèvres off]

z (beau boîtier, je répêêêêêêêêêêête : mais je garde mon F 2 !)

9)
Laurent Vera
, le 25.09.2013 à 21:37

Beau boitier effectivement, j’ai failli craquer sur ce modèle avant de prendre un dos Phase One. Tous les pixels ne se valent pas et les 22 MP du mamiya seront toujours mille fois meilleurs que les 41 MP des Nokia.

10)
ggkrail
, le 26.09.2013 à 18:54

J’aime beaucoup le format, et le Val d’Anniviers, alors je suis servi. Merci pour l’article et les belles images!

11)
François Cuneo
, le 28.09.2013 à 20:56

Ça fait envie, oui.

Dommage que Phase One ne joue pas le jeu…