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Festival et programmation

Suite à l’article de François sur le RNP ce vendredi, j’avais commencé à répondre dans les commentaires sur les problématiques de fonctionnement et de programmation d’un festival de notre taille. Pour aller plus avant, je vais vous faire découvrir un peu de nos coulisses.

Le festival a 22 ans, c’est une association portée à l’année par une dizaine de bénévoles et une salariée à mi-temps. Particularité, nous nous autofinançons à 95 % (recette billetterie et consommation sur place), peu ou pas de subventions dans notre budget de près de 400 000 euros. Derniers des Mohicans, nous ne sommes plus que 4 festivals associatifs en Rhône-Alpes; les autres étant largement financés par les collectivités, nous y reviendrons en parlant des cachets artistes.

Nous tenons à la notion de festival, notre offre est globale, c’est-à-dire que nous proposons un programme sur toute une soirée, la programmation est conçue dans ce sens. Du premier au dernier groupe, la soirée se déroule dans une logique artistique où chacun est à sa place. C’est une histoire qui est proposée au festivalier.

À l’inverse, beaucoup de « festivals » font des séries de concerts, une suite de têtes d’affiche sans aucun lien. On prend les plus chers et les plus commerciaux en espérant remplir sa jauge. Deux conceptions, deux publics; l’un viendra pour passer une soirée complète, l’autre viendra pour voir un artiste et repartira ensuite. 

La difficulté est de monter cette programmation tout en restant dans un budget contenu. Il faut savoir que notre budget artistique a triplé en 10 ans. Augmentation due à la chute des ventes de disques et de l’explosion des festivals montés par les collectivités. Plus de concurrence entre les festivals a fait monter les cachets artistes en dehors de toute proportion. C’est à celui qui donnera le plus pour avoir l’artiste désiré. 

Pour revenir au commentaire de Blues sur les groupes acceptant de baisser leurs cachets pour venir dans un festival, je dois avouer que je ne l’ai jamais vu chez nous, et pourtant notre ligne de programmation nous fait choisir des groupes plutôt « cool ». D’autant que ce ne sont pas les groupes qui gèrent leurs tournées, ils délèguent leurs tournées à des structures de « tour » avec qui nous négocions. Pour la grande scène nous choisissons dans un catalogue d’artistes disponible pour l’été, choix difficile qui doit être fait dès janvier, plus tard c’est trop tard… Et c’est là que la programmatrice doit être fine dans ses choix artistiques qui devront correspondre avec l’actualité de l’été à venir. Comme François l’a déjà dit, nous avons eu la chance de choisir tôt des groupes « découvertes » qui allaient exploser par la suite, Moriarti, Féloche, Chinese Man, Deluxe en 2013.

Cette année nous avons constaté une baisse de fréquentation de 40 %, comme beaucoup de festivals de notre taille. Nous pensons que le choix de privilégier 2 grosses têtes d’affiche (Cali et Goran Bregovic, qui représentaient la moitié des cachets artistes) n’était pas dans la ligne éditoriale du festival. Du coup nous avons perdu une partie de notre public "festival" remplacé par un public "concert" bien moins nombreux. Une réflexion à retenir pour 2014 où nous reviendra vers une ligne plus traditionnelle, aidée par le retour en tournée de nombreux groupes dit "festifs".

Quant aux finances, la perte de cette année est conséquente, mais notre gestion attentive depuis des années nous a permis d’avoir une trésorerie permettant d’absorber, pour cette année, le déficit. Le peu de subventions nous a appris à faire sans, d’autant que le recours au privé, courant chez vous, est inexistant pour un festival de notre taille en France.

Notre force est aussi dans notre vivier de bénévoles sans qui rien ne se ferait. Et pour finir, j’ajoute un remerciement à notre équipe de photographes, Zit et François, qui se sont intégrés dans l’équipe en un clin d’œil.

Voilà en quelques mots, un aperçu du fonctionnement du festival. Rendez-vous pour 2014 les 1er et 2 août.

5 commentaires
1)
barijaona
, le 21.08.2013 à 04:40
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Merci pour cet intéressant éclairage. Bon courage et l’on croise les doigts pour un boom de la fréquentation en 2014.

Une question : l’absence de subventions est-elle plutôt a) une question de principe, b) causée par un rapport avantages/contraintes jugé défavorable ou c) une relative réticence des mécènes potentiels ?

2)
Laurent Vera
, le 21.08.2013 à 09:39
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A l’origine il n’y a pas eu de demande de subventions, nous avons d’une certaine façon raté le train. Le problème avec les subventions importantes, c’est qu’elles peuvent disparaitre du jour au lendemain , laissant les festivals dans des situations très délicates. Souvent ils ne s’en relèvent pas. De fait on se débrouille sans, ce n’est pas facile mais certainement plus pérenne au vu des futurs arbitrages budgétaires des collectivités.

3)
Blues
, le 21.08.2013 à 13:19
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Merci pour tout ce que tu nous transmets Laurent, et malgré cette année difficile, longue vie au “Rock’n Poche”

Pour revenir au commentaire de Blues sur les groupes acceptant de baisser leurs cachets pour venir dans un festival, je dois avouer que je ne l’ai jamais vu chez nous…

Il y a quelques années de cela, j’ai fonctionné/programmé pour ce festival (oh combien associatif ) pas d’énormes groupes, mais quand même (Los Tres Puntus, Moonraisers, etc..) … ainsi que pour un autre festival du genre durant 6 ans (groupe nationaux ch-fr de bon niveau) de plus j’ai géré la prog. d’une petite salle de concert (aussi pour une association entièrement auto-gérée sans apport externe ou sponsors) de ma région (on imagine les petits groupes, de là les cachets modestes, mais là aussi on a souvent bien discuté prix pour y arriver). Bref de ma petite, mais longue expérience, je dirais ceci :

– que j’aie eu à faire soit aux managers, soit aux “tours operator”, soit directement aux groupes eux-mêmes les prix des groupes que l’on a finalement engagés ont souvent été revus à la baisse de 50% (voire bien plus) par rapport aux prix annoncés. Mais effectivement dès que l’on a voulu signer soit pour Stéphane Eicher soit pour Sophie Hunger, la marge de rabais était tellement faible que l’on a pas pu les engager, alors Bye Bye et tant pis, car il faut évitez ce genre de folies (ou de prix de fous) qui font couler un petit festival “régional”.

Pour terminer, pour ces 3 cas où j’ai programmé-engagé et managé des cachets, il y avait un esprit d’association fort qui a fait que ces rabais important ont été possibles.

Voilà pour moi (PS dans le temps, il faut juste préciser que j’ai arrêté ce job depuis 3 ans, les choses ont-elles tellement changé depuis?)

4)
Laurent Vera
, le 21.08.2013 à 13:59
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Non, blues je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé depuis 3 ans. Mais en France le marché est beaucoup plus tendu et les tourneurs sont très gourmands.

5)
zit
, le 21.08.2013 à 23:05
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Laurent, c’est plutôt à nous de vous remercier pour l’accueil reçu en ces sommets d’alpages et de Rock & roll. Parmi ta dream team de photographes, ne pas oublier non plus celui–là :

prise samedi à 1h48, infatigables ces montagnards…

Pour ce qui est de la programmation de cette année, en y repensant, je me demande s’il ne manquait pas un peu, sur la grande scène, de trucs qui envoient un peu plus du point de vue musical, comme du point de vue socio–politique, des gens engagés qui ne mâchent pas leurs mots, comme Didier Wampas l’année dernière, les Inspector Clouzo l’année d’avant ou encore Zebda et bien d’autres. L’affiche de cet été était un peu Bisounours, non ? Et si ce rôle était dévolu à Raggasonic, c’est, de mon point de vue, une erreur (bien que j’aimais beaucoup la musique derrière, je n’accroche pas à ce style de voix, donc je n’écoutais pas ce qu’ils racontaient…).

Mais j’ai quand même pris mon pied toute la semaine passée là–haut et les deux soirées du festival. Et en tout cas, je suis très heureux d’apprendre que malgré l’investissement important réalisé pour la construction de la « petite » scène et la faible fréquentation, le navire puisse continuer à avancer grâce à son indépendance…

Et puis, il y en a un paquet, la haut, de tous les âges qui attendent cet événement avec impatience, alors que ce sont quelques jours de stress, de galères diverses et variées, de journées interminables; et quelques crises de rire, de la convivialité, et du Rock & Roll.

z (aujourd’hui, sur FIP, j’ai entendu un truc sympa, la voix de la chanteuse me disait quelque chose, je regarde sur le site : Deluxe ! je répêêêêêêêêêêêêêêêête : mes sources de découvertes musicales principales : FIP, et le RNP)

PS : je sais que ce n’est pas vraiment RNP, mais un soupçon de groove funky, une pointe de piment latino ;o)