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Un grand saxophoniste de jazz à Lausanne

Ce n’est pas tous les jours qu’on voit se pointer un musicien de ce niveau dans une petite boîte de jazz… C’était pourtant le cas le 11 mai à Chorus, Chico Freeman en personne ! Des musiciens de cette trempe, on les voit plutôt au Victoria Hall, ou au festival de Montreux; endroits que je fréquente assez peu, vu le prix moyen de la place!

Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un des meilleurs saxophonistes américains actuels (ténor et soprano). Certes pas aussi connu que Joshua Redman ou Joe Lovano… Mais c’est bel et bien un héritier du post-bop de John Coltrane (ou jazz d’avant-garde, pour parler français).

Et le programme de ce soir-là avait tout pour me plaire : un hommage à Elvin Jones, le fabuleux batteur du quartette de John Coltrane dans les années 60! Rappelez-vous : Coltrane au sax ténor et soprano, McCoy Tyner au piano, Jimmy Garisson à la contrebasse, et Elvin Jones à la batterie.

Elvin Jones est le batteur qui a fait sortir la percussion jazz du rôle de strict soutien rythmique, qui était la norme jusqu’à l’avènement du be-bop. C’était un athlète, un «cogneur» qui savait à la perfection casser les rythmes, monter la tension dans des solos délirants, mais aussi mettre incroyablement en valeur les autres musiciens dans des ballades lentes, avec ses mailloches. Et aussi un compositeur génial, en effet beaucoup de morceaux joués par Coltrane ont été composés par lui.

Le seul survivant de ce groupe mythique est McCoy Tyner, toujours aussi fabuleux, mais très malade et affaibli…

Chico Freeman, à l’époque très jeune, faisait en quelque sorte partie de la famille, et a souvent joué avec l’un ou l’autre de ces musiciens. Et j’aime autant vous dire qu’il faut un sacré niveau pour accompagner ces gars-là !

 

Il s’inscrit dans la même démarche que John Coltrane : la recherche de l’Afrique ancestrale à travers le blues, la musique cubaine, et quelques fois aussi des incursions du côté de l’orient. Son jeu est assez proche de Joshua Redman, très chaleureux et virtuose. Il s’inscrit bien dans la ligne des héritiers de Coltrane : des acrobaties mélodiques étonnantes intégrant parfois des «fausses notes» volontaires, pour mieux souligner les retours à la ligne harmonique. Comme beaucoup de musiciens de cette tendance - avec des phrasés très délirants - Freeman a fait un passage par le Free-Jazz, notamment avec le très déjanté Sun-râ, avec ses costumes de Ramsès II de pacotille!

Je l’avoue, je n’ai qu’un seul disque où il joue, c’est «La Leyenda de la Hora», de McCoy Tyner, avec des musiciens cubains (1981)… Mais j’ai acheté son dernier CD au concert : «The Elvin Jones Project», magnifique !

Mais pour en revenir au concert du Chorus, une belle brochette de musiciens : Antonio Farao, pianiste italien fabuleux de formation classique, adepte du post-bop. Michael Baker à la batterie, et Heiri Känzig à la contrebasse, un des meilleurs bassistes de Suisse, qui s’est donné à fond ce soir-là.

Et ça a commencé très fort : Passion Dance, de McCoy Tyner, un truc qui pète le feu. Puis des compositions de Wayne Shorter, John Coltrane, Elvin Jones, et bien sûr… de Chico Freeman !

Comme souvent avec ce genre de saxophoniste, c’est dans le blues tout en puissance retenue que le talent s’exprime. Cette nostalgie tout en velouté qui tout d’un coup s’évanouit et laisse place a une véritable explosion de joie… Un régal !

Farao fut également largement à la hauteur, avec des solos très inventifs, et une grande virtuosité.

 

Ce que j’aime, au Chorus, c’est à l’entracte, la possibilité de discuter avec les musiciens, de faire leur connaissance. C’est toujours très chaleureux, mais ça fait souvent traîner le retour des musiciens sur scène… Et ce fut bien entendu le cas cette fois-ci.

Pour les photos, ça n’a pas été facile : la salle était archi-pleine, et j’étais plutôt derrière. Impossible de se déplacer sans déranger plein de gens. J’ai donc dû travailler au zoom 70-300 sans bouger de ma place. Pas évident avec toutes les têtes devant, plus les colonnes qui soutiennent la voûte de la cave.

Ceci dit, un des «charmes» passé des caves à jazz, c’était le brouillard de fumée, les murs jaunis, les quintes de toux du public pendant les solos, les bouteilles et les verres qui tombent. Je suis bien content que cette époque soit révolue, en tous cas au Chorus ! Et puis, un truc super qui prouve que c’est bien une cave ancienne : pas besoin d’éteindre son portable, il n’y a pas de réseau !

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Chico Freeman au sax et Antonio Farao au piano

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Un virtuose du saxophone ténor

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Avec le contrebassiste suisse Heiri Känzig

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Le Chorus, un endroit de rêve pour écouter du jazz…

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Michael Baker à la batterie, remarquable…

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Antonio Farao, dans la grande lignée des musiciens de jazz italiens.

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Magnifique aussi au saxophone soprano, tout comme John Coltrane!

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Des moments de silence et de concentration, c'est aussi ça le jazz.

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3 commentaires
2)
Tristan Boy de la Tour
, le 28.05.2013 à 13:43
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Oui François, depuis le temps qu’on en parle… Je te tiens au courant pour le prochain concert de qualité! C’est hélas bientôt la fin de la saison à Chorus avec le début des grands festivals.