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Un petit tour en Flandre : la route Eddy Merckx

Aujourd'hui je ne vous parlerai pas de LaTeX, ni de TeXmacs (je n'ai pas pu finir le test précédent pour cause de problème de fonctionnement du logiciel !) mais de vélo, un autre de mes thèmes favoris.

C'est que j'avais décidé depuis quelques semaines de faire, le premier mardi des vacances de Pâques en Belgique (donc avant-hier), un circuit cycliste en Flandre, la route Eddy Merckx (Eddy Merckxroute), parcours cyclotouristique de 46 km que j'avais rapidement évoqué dans un article précédent. Cet itinéraire, situé dans ce qu'on appelle communément les « Ardennes flamandes », emprunte quelques difficultés phares de la course cycliste « Le Tour des Flandres » (Ronde van Vlaanderen) qui a eu lieu dimanche dernier. Difficultés que j'avais présentées dans un autre article et dont on va à nouveau rencontrer quelques-unes ici.

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Pour suivre la route Eddy Merckx, on suit ces panneaux hexagonaux.

Je me suis dit que c'était l'occasion de vous inviter à partager cette route avec moi… ainsi que quelques réflexions sur le paysage rencontré, ou sur le vélo lui-même, ou d'autres sujets. L'esprit du cycliste vagabonde pas mal lors de ce genre de balades ! :-) J'en profiterai aussi pour vous inviter à voir (revoir ?) les moments-clés du Tour des Flandres de cette année, si possible aux mêmes endroits que ceux que nous serons en train de parcourir ensemble.

Les photos que vous allez voir ne sont pas les miennes, elles ont été empruntées de ci-de là à divers sites. Même si ma vie en dépendait, je ne saurais pas moi-même faire de photos du niveau de qualité de celles-ci… :-(

Venu donc de Bruxelles (80 km de route) pour l'occasion, je gare ma voiture à Bossuit, une section de la commune d'Avelgem en Flandre occidentale. Bossuit se trouve à l'intersection de l'Escaut et d'un canal, près d'une ancienne station de pompage.

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Vue aérienne de Bossuit. L'ancien bâtiment de pompage est à juste à gauche de l'intersection de l'Escaut (en bas) et du canal.

Nous sommes quasi à la jonction de trois provinces ici : Flandre occidentale, Flandre orientale 6 km plus loin, et le Hainaut juste de l'autre côté de l'Escaut. Il fait beau, très beau, pas un nuage dans le ciel. Mais il fait aussi très froid (dans les 2°), et il souffle un très fort vent de nord-est qu'on croirait issu d'un congélateur. La tenue hivernale ET le coupe-vent seront de rigueur pendant toute la sortie.

Je commence par longer l'Escaut vers le nord-est. Je croise ou dépasse un bon nombre de péniches qui se dirigent soit vers Tournai, soit vers Gand et/ou Anvers.

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Que je me dirige vers le nord-est, ça veut dire aussi que je me prends le vent en pleine figure. Braquet de montagne de rigueur (36/25 !) sur un piste pourtant rigoureusement plate.

Ici l'Escaut a quelques dizaines de mètres de large, mais à son débouché dans la mer du Nord à Vlissingen (Pays-Bas) quelques centaines de kilomètres plus loin, il sera large de cinq ou six kilomètres. Entre-temps, il sera passé à Anvers, deuxième port d'Europe et deuxième ville de Belgique, conquise par les nationalistes flamands aux dernières élections communales. Une des premières décisions de la nouvelle majorité aura été de vouloir faire payer aux étrangers non-Européens 250 € (au lieu de 17 € pour les Belges et les Européens) les frais d'inscription à la commune. On voit le genre. Heureusement cette mesure inique a été cassée par la gouverneur (gouverneure ?) de la province d'Anvers…

Mais ne vous inquiétez pas, ma balade n'ira pas jusque-là ! Notre suivi de l'Escaut s'arrêtera à Ruien, localité de la commune de Kluisbergen à l'extrême sud-ouest de la Flandre orientale. C'est ici qu'Eddy Merckx, une des gloires nationales belges, le cycliste professionnel au palmarès le plus complet de tous les temps, aurait remporté la toute dernière victoire de sa carrière, en 1977 lors d'un critérium.

L'église de Ruien constitue le point de départ officiel de la route Eddy Merckx :

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Juste à côté de l'église, on trouve d'ailleurs cette stèle, créée par un artiste local nommé Evido Vandaele, en l'honneur d'Edouard Merckx, dit Eddy, le Dieu des cyclistes :

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Je commence par grimper le Kluisberg, ou mont de l'Enclus, pile sur la frontière linguistique Flandre-Wallonie. Pas une côte très intéressante, et pas l'endroit que je préfère dans le coin : terriblement touristique, avec complexe nautique géant, terrains de jeu et parkings bondés, campements, indigestion de restaurants… À fuir les jours fériés si vous êtes agoraphobe ! Ou alors échappez-vous vers le Kluisbos, forêt de 300 ha, qui commence ici, pour avoir un peu de verdure et un semblant de solitude.

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Le sommet du mont de l'Enclus, piège à touristes.

Pour ma part, je dévale le mont à toute allure après l'avoir grimpé, et je me dirige vers la difficulté suivante, le Vieux Kwaremont, dans la localité de… Kwaremont, en suivant une ancienne voie romaine bien tranquille, le Hoogweg, bordé de vieilles fermes et de maisons résidentielles.

Et j'attaque cette montée du Vieux Kwaremont. 2,2 km de longueur, dont 1600 m de pavés, c'est la deuxième plus longue côte pavée de Belgique (la première se situe en Brabant wallon, à Mellery, près de l'abbaye de Villers). Et ce pavé est bien irrégulier. Secoué comme un prunier, je me réconforte en faisant le tour du centre de Kwaremont, bien agréable avec sa blanche église au milieu de la place, et ses ateliers d'artistes peintres attirés par le côté champêtre du coin.

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Vue d'ensemble du centre de Kwaremont.

Tout près d'ici, dans le parc du château de Calmont dont il ne reste plus grand'chose, se trouvait un terrain de décollage pour les tristement célèbres missiles V1 (précurseurs des V2, encore pires), qui partaient pour aller semer la mort en Angleterre…

Mais revenons au vélo. C'est dans le Vieux Kwaremont que Cancellara, votre Dieu cycliste en Suisse, a placé son premier démarrage décisif à la fin du Tour des Flandres dimanche dernier :

Pour ma part, je n'ai pas son aisance sur les pavés et je vais deux fois moins vite dessus (au mieux). Une fois sorti de cette première séance de marteau-piqueur, le parcours m'emmène devant une stèle honorant le fondateur du Tour des Flandres, Karel Van Wijnendaele (qui s'appelait en fait Karel Steyaert, mais ça ne lui plaisait pas, trop commun) :

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Et puis je dévale un longue pente (en freinant à mort lors d'un passage pavé appelé adéquatement Rampe), puis regrimpe une courte côte, avant de dévaler à nouveau vers le bas du grandiose Paterberg.

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Vue du sommet du Paterberg. Au fond, l'immense centrale thermique de Ruien, qui se charge de fournir le contraste…

350 m seulement, le Paterberg, mais 12,5 % de moyenne avec un passage à 20 % juste avant le sommet. Mes jambes le sentent passer, malgré un braquet de 26/32 digne du VTT. Mais le pavé est correct, et j'aurais même pu l'éviter entièrement en empruntant la « rigole » du gauche de la route, si celle-ci n'avait pas été jonchée de détritus en tout genre, particulièrement de canettes de bière vides et de drapeaux flamingants que les alcoolisés avaient agité pendant le passage du « ronde ». Tristes lendemains de fête…

C'est ici que s'était produit le deuxième et décisif démarrage de Cancellara, l'avant-veille :

Si Cancellara et ses concurrents n'ont certainement pas pris le temps de regarder le paysage, moi je ne me suis pas privé de m'assoir sur le banc au sommet et d'en profiter quelques minutes. Mais pas trop longtemps pour que le froid ne m'envahisse pas à nouveau. Je réenfourche donc mon fidèle destrier, pour dévaler une descente étroite et sinueuse et me retrouver au pied d'une côte appelée Hoogberg, littéralement « haute montagne ». Un tantinet exagérée comme dénomination pour une côte longue certes pour la région (3,5 km), mais très peu pentue (3,5 % de moyenne, maxi 8 %). Cette montée m'amène au sommet du Hotond, carrément le point culminant de toute la province de Flandre orientale avec ses… 151 m d'altitude. On y trouve une table d'orientation en haut d'un moulin amputé de son toit et de ses ailes, le justement appelé Moulin du Hotond (Hotondmolen) :

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À cet endroit je m'arrête généralement une vingtaine de minutes pour déguster un bon thé-citron bien chaud à l'estaminet voisin…

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… mais il est fermé cette fois-ci. Pas étonnant, vous me direz, un lendemain de lundi de Pâques ! Pas grave, je continue, et je dévale vers la plaine.

À part une brève et raide remontée du côté de Zulzeke, les côtes du parcours appartiennent au passé. Pour les quinze derniers kilomètres, le circuit sillonne la plaine des alentours de l'Escaut, uniformément plate. Mais il souffle toujours un vent glacial, assorti maintenant d'une forte odeur de purin venue des champs agricoles environnants… Hé oui, c'est l'époque de l'épandage ! Certains diront que j'ai décidément mal choisi mon moment de l'année pour faire ce circuit. :-/

Je fais ainsi le tour du très vieux château Ter Donckt (13e siècle) à Berchem, assez pittoresque mais qui aurait bien besoin d'être restauré ! C'est pourtant maintenant un monument classé.

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Puis j'arrive sur les bords de l'Escaut, que le parcours va longer un certain temps, presque jusqu'à la fin du circuit. Je me trouve dans la région du Waterhoek (littéralement « coin d'eau »), ainsi nommée en raison des très nombreuses « coupures » de l'Escaut qui s'y trouvent. Il s'agit d'anciens bras de l'Escaut qui ont été coupés du cours principal lors de la rectification forcée du fleuve, et qui sont devenus maintenant des points d'eau stagnante, avec une faune et une flore très développées.

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Un paysage typique du Waterhoek

Il y a d'ailleurs un autre circuit cycliste, appelé la Waterhoekroute, qui fait le tour de cette belle région et que je parcours également volontiers quand j'en ai l'occasion.

Le Waterhoek est aussi le cadre d'un des romans de Stijn Streuvels, un écrivain flamand parmi les plus réputés ici. Ce roman s'appelle « Le déclin du Waterhoek » (De teleurgang van de Waterhoek). Je ne l'ai pas encore lu mais il figure en bonne place dans mon planning de lectures prochaines ! Y est relatée, paraît-il, la construction du Ruggebrug, le pont ci-dessus :

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Dès que je vois ce pont, qui fait la jonction par-delà l'Escaut entre Rugge, en Flandre occidentale, et Ruien, je sais que la fin du parcours est toute proche. Ceci dit, je n'ai pas à paraître aussi euphorique que Cancellara lors de son arrivée à lui au tour des Flandres, un peu plus loin à Audenarde :-)

Je boucle donc la boucle et me retrouve à nouveau à Ruien, devant la stèle Eddy Merckx. Ne me reste plus qu'une vingtaine de minutes pour retourner à Bossuit, là où j'ai garé ma voiture. Cette fois-ci j'ai le vent dans le dos, donc ça va très vite ! Comme je suis seul, je n'ai pas droit au bisou de jolies demoiselles sur un podium. Mais je peux certifier que je n'aurais jamais fait comme Peter Sagan, le deuxième du Tour des Flandres cette année !

Heureusement le vélo, ça peut être autre chose que ce genre de beaufitude étalée au grand jour. Par exemple, parcourir de beaux paysages comme ceux de la route Eddy Merckx, juste pour le plaisir des yeux et d'un effort maîtrisé, sans compétition… Ma façon à moi de faire du vélo, quoi, que j'ai essayé d'illustrer dans cet article. Et que je vous souhaite aussi de connaître, si vous n'en êtes pas familier ! :-)

10 commentaires
1)
fxc
, le 04.04.2013 à 00:30
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pile sur la frontière linguistique Flandre-Wallonie.

Hello Franck, belle ballade, tu n’as pas vu les miradors, mitrailleuses, champs de mines etc…. parceque sur mon banc scolaire, il y a plus de 40 ans, cette frontière était gravée dans le bois avec les objets susnommés (;D depuis j’y vais plus.

2)
zit
, le 04.04.2013 à 08:45
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Merci pour la promenade, j’en ai le fondement tout endolori !

Autant, j’adore aussi grimper, autant, je préfère vraiment rouler sur un billard, surtout quand les pentes sont aussi raides ! Et puis mon dragon, de conception ancienne (2001) ne dispose que d’un silent block comme amortisseur, ça fonctionne parfaitement jusqu’à 20 km/h environ, mais au–dessus, la roue arrière n’étant pas assez chargée, le comportement de la bête est pour le moins surprenant quand la chaussée est pavée, ça reste confortable, mais le vélo tortille du cul, sensations… De toute façon, avec mon 30/30, je pense que j’aurais calé dans les 20%, la où le suisse s’envole. Faut voir aussi sa cadence de pédalage juste avant l’arrivée (dernière video), 98 tours minute, avec certainement son plus gros braquet (53×11 ?), impressionnant…

z (qui va bientôt passer en moyeu dynamo à l’avant, je répêêêêêêêêêête : avec frein à disque…)

3)
Modane
, le 04.04.2013 à 09:26
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Belle rivière que cet Escaut! Quant au circuit : impensable de m’y voir guidonner! Allez-y, allez-y!… Sans moi! Idiot, mais pas fou, le Modane! :)

4)
Franck Pastor
, le 04.04.2013 à 10:17
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fxc, dans le Kluisbos la limite entre Flandre et Wallonie suit un sentier, le Vierschaar. On y croise des gens heureux de se balader qui vous saluent indifféremment en français ou en néerlandais, et avec le sourire. C’est ça la frontière linguistique aujourd’hui :-)

Zit, tu devrais quand même essayer un jour. Le paysage vaut le coup et c’est assez facile d’éviter les pavés sur ce circuit. Par exemple dans le Paterberg il y a une rigole bien nette sur le côté et on peut « shunter » le Vieux Kwaremont en passant par le… Nouveau Kwaremont, belle route large bien asphaltée avec bandes cyclables et qui aboutit exactement au même point :-)

Pour Cancellara, le 53/11 à 98 tours/minutes, ça signifierait rouler à 60 km/h. Ça me paraît exagéré sur cette route toute plate, même pour lui, ou alors il faisait un sprint, juste pour la forme.

Modane, si ce sont les pavés qui te font peur, ce que j’ai dit à Zit est valable pour toi aussi ! :-)

5)
bernie14
, le 04.04.2013 à 14:22
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Super ce parcours, c’est tentant. Si le vent me pousse de Genève à Bruxelles, je te fais signe, et je serai heureux de grimper ces p’tites côtes avec mon BMC triple en 30-28. D’ici là, si tu passes par Genève, j’ai moyen de te faire découvrir à vélo la campagne franco-suisse, et déguster un blanc de ma cave !!!

Bye Bernard

6)
djtrance
, le 04.04.2013 à 14:46
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bernie14, il faut trop que je viennes te voir :)

Merci Franck pour cette belle balade, ça me fait penser que je dois faire la révision à mon VTT (et celui de ma femme par la même occasion) pour cette nouvelle saison…

7)
Madame Poppins
, le 04.04.2013 à 20:06
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Oh, le goujat : pincer les fesses de la dame, ça ne se fait pas !

Le château a l’air superbe, un rayon de soleil aurait été le bienvenue !

Finalement, tu trouves une vertu au cyclisme que je prête à la natation : on a tout loisir de laisser son esprit vagabonder et déjà rien que pour ça, ça vaut le coup !

Merci pour la visite guidée !

8)
Franck Pastor
, le 05.04.2013 à 16:47
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Bernie14, qui sait, même le 30/28 serait peut-être limite dans le Paterberg ou le Koppenberg ;-) Tu seras le bienvenu si tu viens!

Djtrance, t’as bien raison de réviser ta bécane, on a parfois de mauvaises surprises si on ne le fait pas. Genre pneu éclaté ou pièces qui se dévissent sans crier gare…

Madame Poppins : de rien :-) Je me demande comment tu fais pour laisser ton esprit vagabonder pendant que tu nages. Moi, quand je nage, je pense surtout à ma respiration :/

9)
Divama
, le 09.04.2013 à 09:19
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Pour ma part, la vraie beaufitude, c’est qu’il y ait encore des “miss” en mini-robe pour embrasser le vainqueur. Sagan a donc, avec clin d’œil vers les photographes, pincé les fesses d’une femme-objet. Honi soit qui mal y pense.

10)
fcaen
, le 30.03.2016 à 08:38
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Est-ce que tu pourrais stp partager le liens de ce circuit sur Strava, Garmin Connect, ou sur le site que tu utilises avec ton GPS. Ou partager le fichier du circuit GPS. Merci.