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Photographe de guerre

Bien sûr, tout le monde connaît Robert Capa et Don McCullin (Vous savez, celui qui a eu la vie sauve grâce à son Nikon F: la balle n'a pas traversé le boîtier. Enfin, il semblerait que c'est une légende!). Ce sont des photographes qui ont marqué profondément le XXe siècle: cette triste époque où les civils sont devenus partie intégrante des conflits. Et sans vouloir faire preuve de pessimisme, je pense qu'on est loin d'en être sorti…

Il y en a cependant un qu'on connaît moins, même si tout le monde a vu ses photos célèbres: Gilles Caron, qui expose actuellement au musée de l'Elysée à Lausanne. La photo la plus connue, celle qui figure sur l'affiche, c'est bien sûr celle de Daniel Cohn-Bendit narguant un policier, en mai 68… Mai 68? C'était la guerre? Non, pas vraiment, et c'est là tout le talent de ce photographe,l'approche subtile du conflit et de la dignité humaine. Photographier les visages sur fond de destructions; de près, sans téléobjectif, mais plutôt au grand angle, pour avoir un maximum de profondeur de champ. Pas trop dangereux auprès des joyeux étudiants de la Sorbonne. Mais en Irlande du nord, ou au Vietnam, ou au Biafra, c'est une autre affaire. Il fallait être fou. Mais un fou génial, qui, vous vous en doutez bien, est mort jeune: en 1970 au Cambodge, piégé par d'autres fous, mais sanguinaires ceux-là: les Khmers Rouges!

Et les guerres, les vraies, croyez-moi il y en a dans son portfolio! L'avertissement est clair sur le site du musée: déconseillé aux enfants et aux personnes sensibles… Pourtant, assez peu de photos sanguinolantes; c'est plutôt l'expression des visages qui témoignent de l'horreur de la guerre: haine, peur, détresse, résignation, et j'en passe.

Il y a une modernité incroyable chez ce photographe: 20 ou 30 ans avant Photoshop et les miracles du numérique, ces photos nous racontent des histoires, des situations qui semblent être de véritables mises en scène… Sa technique semble d'ailleurs assez simple: mitrailler autant que possible, puis sélectionner les images qui expriment le plus la situation. En utilisant si possible de la pellicule noir/blanc haute sensibilité, genre Tri-x. Et bien sûr l'incontournable Nikon F, avec son viseur génial…

Mais comment devient-on photographe de guerre? En commençant par un engagement militaire! En l'occurrence pour Gilles Caron ce fut l'Algérie: 2 ans dans les paras, achevés par un refus de servir suite au putsch des généraux, et 2 mois de prison pour objection de conscience. Nul doute que cette expérience terrible a marqué toute son orientation dans le reportage de guerre! Dans une série de petits films, il explique sa démarche, d'un ton complètement détaché, sans émotions. Il raconte par exemple comment, lors d'une bataille très dure au Vietnam, un GI a reçu une grenade et a littéralement explosé à côté de lui. Il lui a fallu décoller de ses vêtements et de son appareil des morceaux de chair. De la «barbaque» comme il le dit. À ce moment-là, il n'a pas fait de photos, ça ne l'intéressait pas!

Le genre de photo qui l'intéresse, c'est par exemple celle de Raymond Depardon filmant un enfant en train de mourir au Biafra. C'est atroce, insoutenable. C'est la vision du public qui regarde en direct, impuissant, la mort et la souffrance sans rien pouvoir faire. Ou cette photo incroyable d'un défilé orangiste en Irlande du nord, avec en gros plan un vieux protestant coiffé d'un melon, une sorte de dinosaure sorti d'un autre âge, d'un autre univers… Et ces jeunes soldats biafrais, qui portent des missiles et des munitions en équilibre sur la tête: photographiés en gros plan, on dirait de sinistres coiffures… Chacune de ses photos est porteuse d'une grande intensité dramatique, comme des peintures effroyablement réalistes.

Ce genre de photographe, on n'est pas prêts de les revoir sur les champs de bataille. Et pour cause: les militaires modernes font dans la discrétion. Les champs de bataille sont devenus des terrains opérationnels sans témoin, à part les caméras embarquées dans les bombes à guidage laser, les drônes, les satellites. On ne voit pas de sang. Fire and forget. Même les «opérateurs» ne voient pas très bien ce qui se passe, par exemple lors de la bavure en Irak en 2010, où des photographes de presse ont été massacrés à distance par des GI's qui ont confondu les téléobjectifs avec des lance-missiles. Puis ils ont pulvérisé l'ambulance qui est arrivée sur les lieux, elle avait été prise pour un transport d'armes! Si Wikileaks n'avait pas sorti l'affaire, on n'en saurait rien aujourd'hui… Actuellement, les photos se font à la sauvette, ou alors avec la permission des militaires! Une série de photos d'Irak sont parues récemment dans «Le Matin». Impressionnantes, certes, mais sans la légende, on n'y comprend rien. Et la légende est rédigée après coup: reflète t-elle vraiment ce qui s'est passé sur le terrain?

Remarquez, ce débat est aussi valable concernant certaines photos de Gilles Caron. Par exemple la photo du CRS fou-furieux qui s'apprête à frapper sauvagement un jeune qui court, affolé. Eh bien, il ne l'a jamais frappé, mais simplement menacé! On a appris cela bien après la mort de Caron, quand les planches de contact ont été retrouvées! Mais en général, ces photos expriment des états d'âmes et des réflexions sur la guerre et la violence, qui vont bien au delà du simple photo-reportage.

J'ai volontairement mis peu de photos; il faut vraiment aller voir cette exposition au musée de l'Elysée à Lausanne, jusqu'au 12 mai 2013.

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Une des images les plus célèbres, visible au musée de l'Elysée. Photo © Gilles Caron

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La guerre du Biafra, en 1968. Photo © Gilles Caron

19 commentaires
2)
Caplan
, le 26.03.2013 à 07:46
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J’en serai aussi!

Il faudrait faire un livre sur ce que sont devenus les personnages des photos célèbres.

Par exemple, on sait ce qu’est devenu Dany le Rouge, mais qu’est devenu le CRS qu’il regarde avec défi? Ce personnage est important dans l’image.

3)
ysengrain
, le 26.03.2013 à 08:34
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Il me parait évident que le travail de Gilles Caron mérite qu’on s’y arrête. Mais au delà, je m’interroge toujours à propos de la fonction de ces images publiées. Ces images, je les classerais “informatives” par opposition à des images “artistiques”.

Quelle est la fonction de ces images informatives ? Nous montrer et faire partager des événements, des révolutions, guerres, des violences … avec quel(s) résultat(s) ? Je laisse de côté les prédateurs animaux qu chassent pour mange.r La violence est incessante sur Terre et apparemment inséparable des humains.

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Et pour cause: les militaires modernes font dans la discrétion. Les champs de bataille sont devenus des terrains opérationnels sans témoin, à part les caméras embarquées dans les bombes à guidage laser, les drônes, les satellites. On ne voit pas de sang. Fire and forget.

Est ce une évolution implicite ?

4)
Tristan Boy de la Tour
, le 26.03.2013 à 09:10
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Il me parait évident que le travail de Gilles Caron mérite qu’on s’y arrête. Mais au delà, je m’interroge toujours à propos de la fonction de ces images publiées. Ces images, je les classerais “informatives” par opposition à des images “artistiques”.

Elles sont à la fois informatives et artistiques. Les résultats de ce travail? Je n’en sais rien! C’est pour faire de l’art? Dénoncer? Vendre du papier? Vendre du Nikon? Pour l’héroïsme?

Peut-être tout ça à la fois, et c’est toute l’ambiguïté de la photographie «de terrain». Un reflet d’une réalité instantanée, mais chacun est libre de voir ce qu’il veut. En tous cas, le talent du photographe est incontestable.

5)
Argos
, le 26.03.2013 à 10:51
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Tristan, votre regard sur la photo de conflit est tout à fait intéressant. Capa et Caron, puis bien d’autres, ont apporté des documents essentiels à notre civilisation, devenue celle de l’image. J’aimerais aussi évoquer les risques énormes pris par ces photographe pour rendre compte de ces drames,où les morts dans l’action sont trop nombreux. Artistiques, ces photographies le sont certainement, comme l^étaient les peintures de Goya titrées les Horreurs de la guerre. Et la petite fille fuyant l’incendie sur une route vietnamienne a fait plus pour l’arrêt de cette guerre que nombre de protestations.

6)
lucienpochet
, le 26.03.2013 à 11:38
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La petite fille ne fuit pas un incendie, elle a été victime d’un bombardement au napalm. Pour mes parents qui étaient militants de gauche et pour moi, gamin, ces photographes étaient les vrais témoins d’une presse différente. Je me rappelle de l’Humanité et des titres ou comme mes grands parents pendant la seconde guerre, on suivait les victoires des Vietnamiens. Ces photographes nous montraient la vraie guerre, celle qui fait mal qui frappe les civils et non pas une prouesse technologique. Ils nous éduquaient !

7)
zit
, le 26.03.2013 à 12:41
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Merci Tristan pour ce sujet intéressant.

Une ancienne élève voulait (à son entrée à l’école, et encore à la sortie) être maman et photographe de guerre, la dernière fois que je l’ai vue, elle avait un poupon dans les bras, et pour son autre souhait, elle avait laissé tomber, deux de ses amis—confrères n’en sont revenu qu’en petits morceaux dans une boîte…

Qu’est–ce qui pousse à aller dans cette direction ? Vouloir témoigner, certainement. Mais aussi (je le ressent un peu dans la fosse, en concert un peu remuant), être dans le feu de l’action, là où aucun autre photographe ne se risque, quand il faut que les réflexes soient aussi aiguisés pour déclencher au bon moment que ne pas se prendre un slameur sur le coin de la gueule (ou une balle perdue dans le cas qui concerne le sujet du jour), le tout en se faisant le plus discret possible, et en essayant, autant que faire se peut, de réussir de bonnes (belles ?) images.

La photographie d’action n’a rien à voir, du point de vue de la pratique comme de son effet psychique (physiologique ?) sur le photographe (sécrétion de dopamine et autres…), avec la photo de paysage, la nature morte en studio, ou encore la photo de mode ou de mise en scène : le photographe n’y est que témoin, pas acteur (acteur dans le sens où il n’agit pas sur le sujet photographié, ce n’est pas le genre de moment où l’on dit « Fais l’amour avec l’objectif ! » ou « On va la refaire… », et n’a pas non plus toute latitude pour attendre la bonne lumière —comme en paysage— ou la fabriquer, il faut faire avec ce qu’il y a et gérer la lumière disponible au mieux), c’est de la photo de la réalité brute, en tout cas, c’est comme ça que les images nous sont présentées (voir la fameuse polémique sur la photo emblématique de la guerre civile espagnole de Robert Capa, ou bien plus récemment, un photographe qui avait ajouté quelques fumées dans le ciel de Beyrouth« pour faire plus vrai… », voire même le dernier Word Press, dans ces cas, il y a tromperie sur la marchandise, et réaction immédiate : la photo d’information doit être vraie, sinon, tout fout le camp ! que la propagande d’un camp ou de l’autre utilise ces images pour faire passer son message et avaler les couleuvres qu’elle souhaite à l’opinion publique est une toute autre affaire, sur le sujet, un article intéressant et exhaustif à lire ).

z (En tout cas, comme le disait Capa, si la photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près de l’action, je répêêêêêêêêête : vive le grand–angle !)

PS : Caplan, le Gardien de l’Ordre, sur la photo est devenu masseuse thaï après une tentative de reconversion dans la gastéropodiculture (élevage d’escargot ?) métier qu’il avait fini par trouver bien trop violent et la fabrication de glace pour terrain de curling en extérieur à Bamako qu’il trouvait trop fatigant et sans réels débouchés économiques (malgré les affirmations de son conseiller en reconversion reclassement du ministère, pourtant apparemment bien renseigné sur la question).

8)
Tristan Boy de la Tour
, le 26.03.2013 à 13:41
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Il y a deux photos qui ont contribué à l’arrêt de la guerre au Vietnam: celle de l’exécution sommaire d’un civil soupçonné d’être un militant communiste, et celle de cette petite fille atrocement brûlée au napalm (elle a survécu, sauvée par le photographe qui a réussi à la transporter dans un hôpital). Ces photos n’avaient aucune vocation artistique: ce sont des shoots instinctifs. La démarche de Gilles Caron est certainement humanitaire, mais dans un autre registre: pas celui du témoignage de la violence pure, plutôt celui de la réflexion sur le genre humain. Sa photo peut-être la plus forte sur le Vietnam est celle de ce soldat américain en gros plan. Son regard ne dit qu’une chose: «qu’est que je suis venu foutre dans cette galère?». En cela oui, photographier et sélectionner la scène exprimant le plus la réalité du moment, d’après moi c’est de l’art. Et du témoignage en même temps.

Il est vrai qu’en écoutant les rares interviews de Gilles Caron, il est difficile de se faire une opinion sur ses intentions réelles. Mais je pense que dans son cas, la discrétion était indispensable dans l’exercice de son métier.

9)
ToTheEnd
, le 26.03.2013 à 16:32
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Il y a deux photos qui ont contribué à l’arrêt de la guerre au Vietnam:

Et la petite fille fuyant l’incendie sur une route vietnamienne a fait plus pour l’arrêt de cette guerre que nombre de protestations

Voici bien 2 affirmations qui me laissent perplexe. Ainsi, avec une photo de guerre bien dégueulasse et bien affreuse, non seulement le média va vendre plus, mais il fera carrément arrêter la guerre.

Dans ce cas, pourquoi est-ce que l’ensemble des guerres dans le monde ne cesse pas? Je suis certain qu’il y bien plus de photos qui trainent sur toutes les guerres d’aujourd’hui qu’il y a 30 ou 50 ans.

La réalité, c’est que derrière chaque photo, au-delà de vouloir changer le monde grâce à une image, il y a aussi l’ego et la recherche du scoop sensationnel qui fera de son auteur une petite notoriété locale ou internationale.

A ce titre, je rappelle ici que suite au décès de Marie Colvin en Syrie, The Sunday Times n’accepte plus le travail d’indépendants sur des zones de conflits (qu’il soit revenu en vie ou non). Et je donne ici la déclaration de l’éditeur en chef de Reuters quand il parle de ces indépendants ou journalistes “auto-déclarés” qui prennent des risques inconsidérés:

Now is the time for us to accept the newly broadened definition of our craft and ensure that we give opportunities for training and safety consciousness raising to the legions of self-declared journalists who, emboldened by their blog’s popularity or their scores of Twitter followers, might rush in to the very danger spots we should be avoiding.

A terme, l’accès aux technologies devrait permettre à n’importe qui dans le monde de devenir un “rapporteur” avec images, sons et vidéos de ce qui se passe autour de lui.

Après, pas certain que ça change réellement comment les médias financés par la pub vont mâcher et régurgiter ces infos. J’en veux pour preuve la tempête médiatique que vient de créer la mise en examen d’un ancien président face aux milliers de morts dans des conflits au travers le monde… et sans parler du mariage homo, un problème tellement grave qu’il a fait au moins 50x la première page de l’actualité depuis le début de l’année.

Ceci dit, à bien y regarder, les médias préfèrent titrer sur des sujets qui sont polémiques plutôt que d’assener tous les jours une belle photo de guerre.

10)
lucienpochet
, le 26.03.2013 à 19:41
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Ce débat est très intéressant. J’entends que l’on compare le travail de photographes comme Caron et maintenant des témoins avec des smartphones. Cette approche est devenue très courante depuis l’avénement du numérique, mais imaginons les contraintes qu’avaient les photographes sur le terrain dans la jungle ou en combat urbain. Ici pas de prévisualisation sur un écran, mais des planches contact au retour à Paris alors que les films étaient souvent ramenés par des voyageurs, personnels Air France, etc… Alors je crois que la création existe dans le reportage de guerre et que ce n’est pas que du voyeurisme.

12)
Tristan Boy de la Tour
, le 27.03.2013 à 09:02
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Dans ce cas, pourquoi est-ce que l’ensemble des guerres dans le monde ne cesse pas? Je suis certain qu’il y bien plus de photos qui trainent sur toutes les guerres d’aujourd’hui qu’il y a 30 ou 50 ans.

TTE, tu as la mémoire courte, ou bien tu ne lis pas la presse… C’est pourtant bien une photo qui a contribué largement au retrait des américains d’Irak: celle de la soldate tenant en laisse un prisonnier nu! Et c’est depuis la diffusion de cette image (et quelques autres) qu’on a compris qu’une nation démocratique pratiquait la torture. Et j’ai bien dit «contribué à l’arrêt» et pas «arrêter», il est évident qu’il faut aussi d’autres éléments pour faire cesser une guerre! Mais à la base, il y a toujours un déclic… Si ce n’est plus un grand reporter de guerre, ce sera peut-être un simple pekin avec une petite vidéo Youtube.

13)
ToTheEnd
, le 27.03.2013 à 10:13
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Mémoire courte? Ou disons qu’il me manque cette optimisme forcené qui semble t’habiter.

Depuis combien de temps dur le conflit israelo-palestinien? Combien de photos saisissantes, terribles et horribles a-t-on vu sur ce conflit qui continue encore aujourd’hui?

Et l’invasion du Tibet? Et puis la Tchétchénie? Là aussi, combien de photos? Pour info, il y a plus de 30 conflits en cours dans le monde et certains durent depuis 1950…

Je ne nie pas qu’une image ou une histoire puisse influencer le cours d’une guerre et ses belligérants. Ceci dit, l’histoire prouve que si une guerre cesse, c’est parce que le plus fort a gagné ou que le conflit s’enlise dans une espèce de statuquo…

14)
Argos
, le 27.03.2013 à 11:41
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L’impact d’une image aura d’abord une influence sur un régime démocratique où l’opinion peut exercer une pression sur ses dirigeants. C’est pourquoi ni les images de la Tchétchénie ni celles, rares, du Tibet n’ont la moindre influence sur les responsables russes ou chinois. Aucune image de la Syrie, aussi atroce soit-elle, ne fera plier al-Assad. L’aspect passionnel du conflit palestinien annule, lui, l’effet des images,

Elle n’en sont pas moins nécessaires, constituant des témoignages essentiels pour le futur. Aujourd’hui un conflit n’existe pas s’il n’est pas documenté par l’image.

Parler d’ego à la recherche du sensationalime parait inadéquat. Bien sûr que les photographes ont envie de faire connaître leur production, comme un cinéaste n’a pas envie que ses films restent confidentiels et qu’un écrivain ne soit pas lu. Le choix des thèmes et les risques pris les concernent avant tout eux-mêmes.

Le Sunday Times ne représe pas exactement la référence en matière de reportages photographiques. Aujourd’hui, beaucoup moins de médias qu’auparavant envoient des photographes sur le terrain et beaucoup d’agences de photos sont à l’agonie. Il reste alors le free-lance, qui a décidé de s’investir et je ne vois pas au nom de quoi on l’empêcherait de faire le job qu’il a décidé.

Les vues prises par des téléphones des drames d’aujourd’hui ne remplacent pas le regard du photographe. Pour reprendre l’exemple de la petite fille vietnamienne, il ne suffisait pas de déclencher, mais de le faire au moment juste, Cartier-Bresson parlait de l’instant décisif. Cette photo en témoigne.

15)
ToTheEnd
, le 27.03.2013 à 13:45
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Pour moi, c’est encore de la théorie… Tristan affirme que les photos d’Abu Ghraib ont largement contribué au retrait des USA de l’Irak. Or, si on regarde les dates, les fameuses photos sont apparues début 2004 et les USA, tout démocratique qu’ils sont, on réélu Bush en 2005 et ce n’est que sous l’ère Obama et un fameux discours prononcé fin 2011 que les troupes se sont retirées d’Irak en décembre 2011.

Donc, 8 ans pour que des photos fassent effet? Pardon mais je n’y crois pas. Dans ce conflit, il y a eu des dizaines de facteurs qui ont mis un terme à la guerre mais pour ce qui est de ces photos en particulier, l’influence a vraiment été minimale pour ne pas dire nulle.

Après, que des freelances ou “vrais” journalistes aillent au casse-pipe, grand bien leur fasse… si ça ne tenait qu’à moi, j’organiserais même des charters.

Ceci dit, je ne remets pas en question l’exercice de faire “des photos de guerre” car pour des questions historiques et pour des poursuites judiciaires, c’est nécessaire. Je diminue tout simplement la portée “publique” et politique que ces dernières ont et pour moi, la faute en revient entièrement à ces mêmes médias.

En effet, pour le lecteur lambda, comment peut-il prioritiser les urgences, les causes, les conflits ou les problèmes quand jour après jour il est matraqué avec des photos chocs et des titres racoleurs? Comment se préoccuper du sort des autres quand dans la même semaine, tu as la très médiatique mise en examen de Sarko (un type qui ne fait rien en politique depuis bientôt 12 mois), la très médiatique montée du chômage (oui, oui, on va le battre ce record), le très médiatique droit au mariage des homos (un truc qui doit toucher 0.3% des français) et enfin, les très médiatisées premières messes du pape (un problème central).

Bref, étant souvant sur Lausanne et adorant le musée de l’Elysée, j’irai sûrement mater cette expo et j’en sortirai certainement aussi mal qu’à celle de Gervasio Sanchez à Madrid il y a exactement un an… mais bon, de là à penser que de telles images changeront notre monde et les conflits qui s’y déroulent, je n’y crois pas.

16)
Argos
, le 27.03.2013 à 16:26
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Certes de telles images ne changeront pas le monde, mais elle peuvent y contribuer. Pour moi, le meilleur exemple en est le film de Wajda, L’Homme de marbre. Il sort en 1977 et provoque immédiatement un incroyable bouche à oreilles en Pologne. Il cristallise l’opposition et un mouvement est lancé sur ses bases qui s’appellera Solidarnosc. Douze ans plus tard le Mur de Berlin tombe. Wajda, à côté de quelques autres, pense y avoir apporté sa contribution.

17)
ToTheEnd
, le 27.03.2013 à 18:10
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Bah si maintenant on parle cinéma, c’est sûr que des films ont du influencer des révolutions, des révoltes, des changements de gouvernement, etc. comme des milliers d’autres trucs.

Ceci dit, plus que des images, une bonne montée des prix de matière première énergétique et/ou alimentaire fera l’affaire et rapidement… les révolutions arabes en sont une parfaite illustration. Attends que le président pédalo annonce que l’exception française avec le diesel ne peut plus durer pour des raisons de santé et coût (des qu’on aura fini de parler des autres très gros problèmes). Y aura pas besoin de photos pour que le bobo de base descende dans la rue.

18)
Argos
, le 27.03.2013 à 22:04
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Je crois TTE que nous sommes fondamentalement en désaccord mais je n’ai pas envie de polémiquer. Il se trouve qu’en 1977 j’étais à Varsovie pour tenter d’amener L’Homme de marbre à Locarno. Mais le véto des autorités polonaises fut absolu. Eux avait eu conscience de ce qu’il représentait et je n’ai jamais vu aucun film avoir un tel impact. Les privations endurées par les Polonais avaient eu un bien moindre effet. Même la suite, l’Homme de fer, sur Solidarnosc, présenté à Cannes, n’aura pas un effet semblable.

19)
lucienpochet
, le 28.03.2013 à 12:18
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Dans cette discussion on parle d’images, de pouvoirs des images sur les gouvernements, etc… Mais pas du photographe et qui est mort de plus ! Comme pour les cameramens, ok pour PPDA ! mais les hommes d’images ??? Et c’est là le soucis… Il créent.