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Mardi 12 février 2013
iA Writer: la règle de la simplicité – efficace, esthétique

S’il vous plaît, ne prenez pas ce qui suit pour un test. C’est, au sens propre de ce site, une humeur. Je partage une découverte et un plaisir, plutôt que je ne teste un soft.

En cherchant pour voir si quelqu’un avait déjà parlé du programme dont je vais vous entretenir, je suis tombée sur deux humeurs qui parlent d’écriture informatique. 

Il y a eu le vaste tour d’horizon de Guillôme pour tenter de répondre à la question: y a-t-il une solution idéale pour écrire sur Mac?

Et il y avait eu, il y a quelque temps, une réflexion, également accompagnée d’un tour d’horizon, d’Olivier Spinnler sur le flux de travail de l’écrivain.

Je dois dire que ce sont deux questions que je me pose rarement: tout d’abord, quand «ça» (et je suis désolée, mais je ne peux pas définir ce «ça»-là) me prend, j’écris à la main ou sur ordinateur, dans le train ou dans mon lit, en attendant dans une file, dans la rue, à ma table, sur le dos d’une enveloppe ou sur du papier w.c. – je m’en fiche pourvu que j’écrive.

Une fois que c’est parti, que j’ai des notes disséminées entre mon agenda, mon téléphone, quelques dos d’enveloppe et ainsi de suite, je finis toujours par me retrouver devant un ordinateur. Et là, la question de la solution idéale pour écrire sur Mac pourrait se poser, mais en fait, après avoir beaucoup cherché, je me suis fixée sur Nisus, dont je ne prétends pas que c’est LA solution idéale. C’est la solution idéale pour moi. J’ai Nisus Writer Pro, parce qu’ici et là j’ai besoin, en fin de texte, d’une de ses fonctionnalités exclusives. Mais pendant que j’écris je pourrais tout aussi bien avoir Nisus Writer Express, pour écrire du texte au kilomètre cela suffit amplement.

Personnellement, chez Nisus, j’aime bien les palettes qui sont à côté de mon texte, j’ai tout sous la main, y compris l’orthographe d’un mot quand je me trompe.

LE problème

Vous vous souvenez de mon enthousiasme lorsque l’iPad a été annoncé. J’étais sûre que je me retrouverais avec une sorte de Newton.

Erreur: le Newton était un portable avec toutes les fonctions d’un portable, seul l’écran faisait la différence avec les premiers MacBook, en tout cas pour moi.

Rien de tel, au début, avec l’iPad.

Ecrire du texte, et surtout l’exporter sans se prendre la tête, ça a commencé par être difficile. En tout cas pour moi.

Et puis, il y a le problème du clavier.

Bon OK, je peux toujours utiliser un clavier externe. Mais quand je pars en balade, ce clavier me force à prendre une serviette ad hoc, alors que l’iPad entre dans mon sac. Et le clavier virtuel… Désolée, quand je suis en plein schuss et qu’il faut changer de clavier pour avoir une apostrophe, faire toute une gymnastique pour avoir les accents – merci. Mon schuss a tendance à se noyer dans l'irritation.

J’ai donc trouvé toutes sortes d’usages à l’iPad, surtout depuis qu’il est devenu iMini, mais j’avais fait une croix sur l’écriture.

Jusqu’à ce qu’arrive (sonnez trompettes)

iA Writer

iA Writer, c’est tout simple. Son créateur, le Suisse Oliver Reichenstein a voulu en faire «la machine à écrire de l’ordinateur». En un temps record, il en a vendu pas loin d’un demi-million. Et vous pouvez installer iA Writer tant sur votre Mac que sur votre iPad, et que sur votre téléphone. «iA Writer pour l’iPad a été conçu pour le voyage», dit Oliver Reichenstein. «Comme une Hermes Baby, si vous voulez. iA Writer pour le Mac, c’est la grosse Olivetti électrique.»

L’ambition d’Oliver Reichenstein est, vous l’avez compris, d’offrir un outil simple, qui permette de se concentrer sur l’écriture, selon le principe «Moins, c’est plus».

Cela dit, il offre toutes les possibilités du Markdown (pour qui l'ignore, on trouve l’explication de ce que c’est ici. Et vous pouvez en toute simplicité le passer à Antidote par la méthode habituelle: vous placez le curseur dans le texte, et vous cliquez sur l'icone Antidote dans la barre de menus. C'est intégré.

Tout ça est vraiment très bien. Mais les raisons pour lesquelles je vous en parle sont autres. Il y a la transmission du travail accompli sur toutes les plateformes – et il y a le clavier virtuel de la version iPad.

Regardez une page de iA Writer sur votre Mac.

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Elle est nue. Mis à part le mode «focus» (j'explique ci-dessous), et le compte de mots, de caractères, et du temps de lecture. Idéal pour un article, ou un texte qu'on va devoir dire.

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Vous voulez vous concentrer sur la phrase que vous êtes en train d'écrire, vous enclenchez le mode Focus (concentration), et tout le reste passe à l'arrière-plan

Ce texte, vous le sauvegardez sur iCloud, par exemple, ou dans Dropbox, et vous le retrouverez sur votre iPad et sur votre iPhone. D’autres le font aussi, d’accord.

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Par défaut, Writer sauvegarde sur iCloud, mais vous pouvez demander DropBox, ou votre ordinateur (auquel cas vous ne pourrez plus y accéder depuis ailleurs)

La raison pour laquelle je l’emploierais plutôt qu'un autre, c’est sa typographie. Je suis une cinglée de typographie, j’ai fait un film sur Adrian Frutiger,  un des plus grands typographes du XXe siècle, j’ai écrit un livre sur Antoine Augereau, le typographe révolutionnaire dont nous utilisons aujourd’hui encore le travail (inventeur des accents, de la cédille, et de la fonte que s’est ensuite appelée Garamond). Et la fonte choisie par Oliver Reichenstein, œuvre du Hollandais Pieter van Rosmalen, est géniale. On voit tout de suite que lui aussi, c'est un féru de typographie. En plus, la fonte de iA Writer me rappelle celle que Frutiger - déjà lui – avait créée pour les machines à écrire IBM à boule – mais en mieux.

Et puis, il y a la version iPad...

Ah, la version iPad! C’est LÀ que ça change tout!

Le clavier virtuel de iA Writer comporte non pas trois rangées de signes, mais quatre. Et, oui, ça change vraiment tout. On peut écrire en français sans presque jamais quitter le clavier, vite, concentré, clair. Et là oui, c’est vraiment un outil pour travailler sans être constamment freiné.

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Il y a une rangée supplémentaire de signes et d'accents, avec la possibilité (à gauche), de naviguer entre les mots ou (à droite) entre les lettres.

Vous me direz: le clavier virtuel de Evernote comporte également quatre rangées de signes. Oui, mais la quatrième rangée de Evernote est consacré au formatage, tandis que la quatrième rangée de iA Writer est essentiellement consacrée aux accents (plus les parenthèses et les guillemets).

«Les traitements de texte actuels sont comme des couteaux suisses: ils ont un mode brouillon, un mode formatage, vous pouvez faire toutes sortes de trucs dingues, mais la chose essentielle, la simple écriture, est perdue là-dedans», explique Oliver Reichenstein. «Dans iA Writer, il n’y a rien pour vous distraire pendant que vous écrivez.»

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L’autre jour, j’ai essayé de voir si j’arrivais ainsi à écrire un texte entier sur iPad (jusqu’ici, le moment est toujours venu où la frustration a pris le dessus). Pas de problème. Et une fois que j’ai eu écrit, j’avais le choix entre me l’envoyer par e-mail (c’est prévu) et le passer par iCloud ou Dropbox. En cas de nécessité absolue, j’aurais pu l’envoyer directement à ma rédaction.

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Voici toutes les possibilités offertes tant par l'Iphone que par l'iPad.

Mais bon, Antidote n’ayant pas la fonction de correction sur iPad, je préfère passer sur le Mac pour les finitions – je n’ai pas une confiance exagérée en mon habileté orthographique, pour elle, la correction automatique Apple (active ici aussi) ne suffit pas.

La rangée de signes supplémentaire

Sur iPad, je trouve iA Writer non seulement esthétique, mais aussi pratique. Le compteur de mots, de caractères et de temps c’est très utile.

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Petit détail supplémentaire: vous pouvez mesurer le temps de lecture d'une partie du texte en plaçant le curseur à l'endroit où vous voulez que ça s'arrrête.

La simplicité qui fait que je m’en sers maintenant lorsque «ça» me prend, et ça remplace on ne peut mieux mes dos d’enveloppe, c’est irrésistible. Prendre des notes et les retrouver sur le Mac et sur l’iPad quand j’ai fait ça sur l’iPhone, et idem si je suis partie d’un des autres, c’est super.

Mais LE CLOU c’est vraiment la rangée supplémentaire.

Elle est là tant sur le téléphone que sur l’iPad, mais elles sont de nature différente.

Sur l’iPhone, elle offre simplement tous les signes de ponctuation qu’il fallait aller chercher sur le clavier numérique, et surtout (surtout en ce qui me concerne) l’apostrophe, le plus grand freinant quand on écrit en français, on l’emploie continuellement. En plus, elle permet de naviguer entre les caractères. C’est déjà une grosse aide.

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Mais sur iPad, cette rangée supplémentaire va un pas plus loin: elle change avec les langues. 

J’ai un gros reproche à lui faire, que j’ai d’ailleurs déjà communiqué à la boîte de Oliver Rechenstein, information Architects - d’où le iA avant Writer: le clavier suisse romand reprend la quatrième rangée du clavier français qui comporte, lui, une apostrophe, il n'est donc pas nécessaire de l'ajouter dans les signes particuliers de la quatrième rangée. Le clavier suisse romand n’en a pas. Elle devrait donc logiquement être sur la rangée supplémentaire. Mais non. A la place, il y a deux-points (:).

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Voici la rangée allemande (et Suisse allemande) avec ses quatre touches et leurs signes particuliers, dont l'apostrophe...

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...et voici les quatre touches décisives de la barre française (et hélas romande), où les deux-points remplacent l'apostrophe...

D'après mes calculs, on utilise les deux-points vraiment beaucoup moins que l’apostrophe – il y a même des gens qui ne les utilisent pas du tout. Dans ce texte, par exemple, il y a 135 apostrophes, et 15 deux-points (sur un total de 10'000 signes). Dans «La Tempête des heures», le roman dont je vous parlais le mois dernier, il y a 4266 apostrophes et 317 deux-points (sur un total de 391'000 signes). J’ai donc demandé, on pourrait carrément dire supplié information Architects, car j’ai envoyé plusieurs mails, qu’on remplace ces deux-points par l’apostrophe. Paradoxalement, elle est là sur la version allemande, alors que les Allemands utilisent vraiment très peu d’apostrophes.

Nous en sommes restés à «On verra», mais je vais insister de ce pas une fois encore. 

Cela dit, même avec cet ennui-là, le fait d’avoir les accents, les parenthèses et les guillemets sous la main, de pouvoir avancer ou reculer d’un mot d’un clic, et surtout d’un caractère à la fois, ça change tout simplement tout.

A franchement parler, je ne comprends pas que Apple n’y ait pas pensé avant.

Oui, je sais, ça semble simple une fois que quelqu’un a eu l’idée, c’est toujours plus facile de venir en second.

Bref, et pour conclure, j’aime bien iA Writer sur le Mac, je l’apprécie sur l’iPhone, et je suis enthousiaste sur l’iPad. En plus, c’est donné: 1 franc (!) pour iPad et iPhone combinés, et 5 francs pour Mac.

 

PS. Pour ceux qui lisent l’anglais, je recommande l’interview d’Oliver Reichenstein. C’est un homme intéressant, cette interview donne envie de le rencontrer pour discuter de l’avenir de l’informatique. Elle s’intitule «Le bon design est invisible», et pour ce qui est de iA Writer, on ne saurait mieux dire.

 

PPS. Pour Oliver Reichenstein s’il nous lit: n’oubliez pas les Romands – remplacez-nous les deux-points par l’apostrophe. Merci!

 

 

 

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