N’empêche, il y a des jours où j’aimerais avoir le pouvoir
de retirer ce droit à certaines personnes, non pas au motif
qu’elles ne pensent pas comme moi mais bien davantage parce
qu’elles utilisent des images totalement trompeuses pour
exprimer leur opinion.
Le 3 mars prochain, les Suisses vont se prononcer en
particulier sur le texte suivant :
Art. 115a Politique de la famille
1. Dans l’accomplissement de ses tâches, la
Confédération prend en considération les besoins des
familles. Elle peut soutenir les mesures destinées à les
protéger.
2. La Confédération et les cantons encouragent les
mesures permettant de concilier la vie de famille et
l’exercice d’une activité lucrative ou une formation.
Les cantons pourvoient en particulier à une offre
appropriée de structures de jour extra-familiales et
parascolaires.
3 Si les efforts des cantons ou de tiers ne suffisent pas,
la Confédération fixe les principes applicables à la
promotion des mesures permettant de concilier la vie de
famille et l’exercice d’une activité lucrative ou une
formation.
De prime abord, alors que la France vient de passer
plusieurs semaines à s’étriper au sujet du mariage pour
tous, le texte helvétique ne constitue pas une révolution :
protéger les familles, personne ne conteste l’importance de
cette cellule, je crois.
En revanche, le bât blesse très sérieusement en particulier
sur l’obligation faite aux cantons de disposer de
structures suffisantes pour accueillir les enfants au-delà
des horaires scolaires, afin de permettre aux parents
d’exercer une activité lucrative.
En effet, pour l’Union démocratique du centre – au passage,
je n’ai jamais compris comment on pouvait s’arroger le
terme “centre” lorsqu’on a des idées aussi extrêmes que les
leurs -, le nourrisson, le petit enfant puis l’adolescent
doivent être gardés, en dehors des horaires d’école,
uniquement et exclusivement par la famille. Ce qui nous
amène directement à une conception totalement idéalisée,
standardisée et surtout dépassée de la famille : Papa
travaille à temps plein, son seul salaire suffit aux
besoins des siens, Maman reste à la maison et s’épanouit
dans les couches, les devoirs et le repassage.
Une telle organisation unique équivaut à faire fi du fait
que nombreuses sont les familles dans lesquelles un seul
salaire n’y suffirait pas pour boucler le mois, c’est
ignorer que l’exercice d’une profession est incontournable
après une séparation et que les femmes ayant – heureusement
– accès à l’ensemble des formations, elles n’ont pas
forcément envie de tirer un trait sur les efforts consentis
durant leurs études pour se vouer corps et âme à la
préparation de repas.
Loin de moi l’idée que tout couple doit opter pour la même
conception de la famille : je pense que l’essentiel est de
pouvoir choisir son organisation, ses priorités, la
répartition des tâches.
Travailler, à temps partiel ou complet, rester à la maison
avec les enfants, j’ai l’immense bonheur d’avoir une
certaine marge de manoeuvre sur le plan matériel. Essayant
quotidiennement de trouver un équilibre – souvent précaire
je l’admets – entre épanouissement professionnel et temps
de qualité consacré à Junior, Mini et Tom Pouce, je suis
toujours ravie lorsque je croise une femme qui, par un réel
choix librement effectué, a décidé de rester à la
maison.
En revanche, seule mon éducation m’empêche de devenir
vulgaire lorsque le parti précité instrumentalise les enfants
à l’appui de ses opinions : ce montage m’a immédiatement
fait penser à une page atroce de
l’histoire de la Roumanie...
Je n’aurai pas pour autant la
naïveté de penser que crèche rime forcément toujours
avec bonheur complet mais j’ai vu à plusieurs reprises des
femmes totalement désemparées lorsqu’elles ont découvert,
avant même la naissance de leur enfant, qu’elles n’avaient
aucune chance d’obtenir une place dans une structure
d’accueil avant la fin du congé maternité : ce désarroi,
franchement, je ne veux pas qu’il soit vécu encore et
encore.
Alors bien sûr, on pourrait discuter très longtemps sur la
question de savoir quelle est la durée “juste” d’un congé
maternité payé mais justement, ironie cohérente, l’UDC
s’était également opposée au principe même des 14 petites
semaines rémunérées pour les femmes après la naissance de
leur enfant.
Bien évidemment, avec de telles vues, on ne peut qu’être opposé à donner à un père l’opportunité de rester un certain temps avec son nourrisson : il faut retourner au taf, vite et sans broncher ! Dommage, y compris vu avec les yeux d’un homme.
Il en découle purement et simplement que certains couples
devraient, pour des questions pécuniaires, renoncer à
fonder une famille : avoir des enfants, c’est une affaire
de riches puisqu’il faut ensuite pouvoir vivre avec un seul
salaire ou, à tout le moins, travailler à temps partiel
uniquement et à la condition sine qua non que les enfants
soient pris en charge par la famille. Laquelle peut être
absente, inadéquate, inexistante, en d’autres termes, pas
une solution pour garder BB, Enfant et Ado mais cette
réalité-là ne semble pas être parvenue aux oreilles de
l’UDC.
Bref, oui, je veux bien débattre – j’ai même un faible pour
ces instants où je peux croiser le fer autour d’un bon
repas – je suis disposée à accepter plein d’opinions
différentes des miennes mais de grâce, que la campagne
reste “fair play”, tant dans les mots que dans les images :
je ne sais pas qui est la mère des enfants sur le dépliant
de l’UDC mais j’aimerais bien savoir quelles motivations
elle avait en exposant ainsi ses bambins; peut-être gagner
de quoi payer une crèche hors de prix faute d’être
suffisamment soutenue financièrement par l’Etat ?!
Et vous, comment avez-vous concilié “garde des enfants” et “vie professionnelle” ?
