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Louis Haefliger, libérateur du camp de Mauthausen

J’ai repensé à l’histoire que je vais raconter aujourd’hui lorsque j’ai lu, le 13 février, l’humeur de Smop “Auschwitz 66 ans après”. Je vous l’avais même promise en commentaire.

«J’ai visité le camp de Mauthausen», écrivais-je, «où soit dit en passant ont péri plusieurs membres de ma famille (grande-tante, grand-oncle, petits-cousins), pour un reportage que je faisais sur sa libération. Entre parenthèses, il faudra que je vous refasse ce reportage ici, c’est une histoire absolument incroyable.»

C’est une histoire que l’on devrait trouver dans tous les livres d’école: Louis Haefliger, un simple citoyen suisse, a arraché à la mort, à quelques heures près, 60’000 personnes, entre prisonniers et habitants des villages environnants, en prenant une initiative qui n’entrait pas à cent pour cent dans ses prérogatives de délégué de la Croix-Rouge.

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Louis Haefliger à la fin des années 1940 (portrait anonyme)

Il avait la quarantaine et il était employé de banque. La guerre s’éternisait, et il avait envie de faire quelque chose, la banque Leu de Zurich, où il travaillait depuis longtemps, ne lui suffisait plus. En avril 1945, il s’est porté volontaire pour une mission de la Croix-Rouge: il a été envoyé en Autriche (qui faisait partie du Reich allemand pour quelques jours encore), pour apporter des vivres au camp de concentration de Mauthausen. Son convoi comprenait dix-sept camions. L’histoire ne dit pas (pas à moi, en tout cas) si à Genève on savait que sous le camp, il y avait une usine Messerschmidt où l’on fabriquait des avions de combat.

D’emblée, la mission de Haefliger a été difficile. 

En route, il a croisé une «marche de la mort», des détenus décharnés qu’on déplaçait d’un camp à un autre, et il a vu comment on tuait ceux qui n’avaient plus la force de suivre. Du coup, il a décidé qu’aucune difficulté ne l’arrêterait, il apporterait sa nourriture à Mauthausen.

Il est arrivé à destination le 28 avril et a vainement tenté de distribuer sa marchandise aux prisonniers, les SS l’en ont empêché. Mais Haefliger était têtu et tenace, des qualités dont on a dit qu’il les avait développé dans sa jeunesse, lorsqu’il était champion de course à pied. Il a tenté de faire intervenir la Croix-Rouge allemande, en vain, bien entendu. Le responsable était un haut gradé, et tout ce qu’il voulait, c’était que l’homme venu de Genève ne voie jamais l’intérieur d’un camp. 

Haefliger s’est entêté, et finalement, parce qu’il refusait à la fois de partir et de lâcher ses camions de vivres, le Commandant Ziereis, directeur du camp, de guerre lasse, l’a casé au mess des officiers en attendant de régler son cas. On lui a même donné un lit: il partagerait sa chambre avec un officier nommé Reimer (employé de banque au civil, lui aussi). Et c’est Reimer qui lui a appris – de collègue à collègue – les ordres d’Himmler: faire sauter l’usine Messerschmitt qui se trouvait sous le camp, non sans y avoir parqué d’abord tous les prisonniers et tous les villages avoisinants pour qu’il ne reste pas de témoins.

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Guido Reimer s'était rendu coupable de brutalités et de meurtres, mais il faut reconnaître que le 5 mai 45 il a, comme Haefliger, risqué sa vie pour éviter une atrocité. Après la guerre, il a été condamné à mort, puis gracié; quelques années plus tard il a, comme beaucoup d'autres, été relâché; il a disparu dans l'anonymat. (Photo de l'identité judiciaire)

Je laisse la parole à Louis Haefliger (je traduis).

«Pendant la nuit du 2 au 3 mai, j’ai adjuré mon compagnon de chambre, Guido Reimer, de me révéler les ordres qui avaient été donné de détruire les camps de Mauthausen et de Gusen (sous-camps annexes). Reimer m’a tout dit, et ne m’a pas caché que si sa confiance était trahie, nous finirions tous deux avec une balle dans la nuque.

Je lui ai ordonné d’appeler le commandant de l’usine et le commandant du camp Ziereis. Pendant cette rencontre, j’ai demandé, en présence de Reimer, qu’on annule immédiatement l’ordre de faire sauter l’usine. Ziereis a refusé, disant que l’ordre n’était pas de lui, et qu’il ne pouvait pas annuler les ordres de ses supérieurs. J'ai fait appel à son rang, à ses sentiments humanitaires. Le commandant de l’usine a expliqué le plan pour le cas où les Américains ou les Russes arrivaient à proximité. Il y aurait un signal d’alerte, on rassemblerait tous les prisonniers, quelque 40’000 personnes, dans les ateliers de l’usine souterraine, qui occupait quelque 50’000 m2. Les citoyens de Gusen et de Sankt Georgen étaient également censés venir en réponse au signal. Vingt-quatre tonnes de dynamite, préalablement disposés dans les couloirs, feraient exploser l’usine, les prisonniers et la population.

J’ai réussi à obtenir de Ziereis, au moins verbalement, qu’il retire l’ordre de faire sauter l’usine et qu’il communique cela au commandant qui la dirigeait. Il a estimé que ses assurances orales seraient suffisantes.»

Mais Haefliger avait des doutes, et il lui a paru opportun d’agir tout de même, d’autant plus qu’en dépit de tout, l’ordre de faire sauteur l’usine n’avait pas vraiment été révoqué.

La nouvelle qu'Hitler s'était donné la mort, que Berlin était prise, le Reich en débandade, et les supérieurs de Ziereis morts ou en fuite n'avait eu aucun effet sur le commandant: les ordres étaient là pour être exécutés en toutes circonstances.

Les Américains étaient proches, cela se savait. Le 5 mai (dans la nuit du 5 au 6 l’usine aurait sauté), Haefliger a réussi à convaincre Reimer de l’accompagner dans la zone des combats américains. Pendant la semaine qu’il a passée au camp, Haefliger était entré en contact avec de nombreux prisonniers, et ceux d'entre eux qui étaient physiquement en état de le faire étaient prêts à l’aider. Ils ont peint une limousine en blanc, pour qu’il soit clair que c’était la Croix-Rouge, et ont confectionné pour lui un drapeau blanc. Le chauffeur était un pompier.

Je me suis intéressée à cette histoire vers le milieu des années 1980, et à l’occasion d’un voyage à Vienne, j’étais allée voir Louis Haefliger, c’est lui qui m’a proposé d’aller visiteur Mauthausen, et c’est lui qui a illustré sur les lieux, pour ainsi dire, sa folle aventure du 5 mai 1945.

Avant de partir, il a pris contact avec le comité de prisonniers de Mauthausen et a donné des consignes: lorsqu’ils verraient les Alliés poindre à l’horizon, il fallait que les prisonniers se ruent sur les gardes et les désarment par surprise, pour les empêcher de tirer.

En passant par de petites routes connues du chauffeur, Haefliger et Reimer avaient fini par trouver des Américains. Il faut voir la situation géographique pour comprendre: au tournant d’un chemin en lisière d’une forêt qui limitait la vue, la voiture blanche s’est trouvée nez à nez avec quelques tanks et une trentaine de soldats américains partis en reconnaissance. Haefliger s’est dressé et a agité le drapeau blanc, les Américains n’ont pas tiré, mais le responsable de la petite unité, le Sergent Kosiek, originaire de Pologne, a raconté ensuite qu’ils avaient été à un cheveu de le faire. On peut lire son récit détaillé ici.

Encore une fois, la parole est à Haefliger.

«J’ai proposé aux Américains qu’ils envoient quelques tanks, des véhicules légers et cinq cents soldats pour garder le camp. Ils auraient à désarmer les SS et les membres du Volkssturm encore présents, mais il n’y aurait aucune résistance de la part de la population. Le commandant, alerté par radio, a donné son consentement, mais m’a averti que je serais tenu responsable de toute perte américaine.»

En attendant que les renforts arrivent, il n’y avait que deux tanks et trente soldats. Et le camp était gardé par quelque cinq cents SS armés. Aussi courageux qu’Haefliger, Kosiek s’est prêté au bluff. 

«Nous sommes revenus à Sank Georgen en voiture, suivis par les tanks. Nous avons été accueillis en libérateurs par la population. Nous avons de même été accueillis en libérateurs au village de Gusen. Mais il était urgent d’atteindre Mauthausen, où les SS intensifiaient les préparatifs d’explosion, selon les messages que nous recevions. J’ai tout de même pris le temps de faire le détour par l’usine de Gusen, pour montrer aux Américains les ateliers souterrains et les couloirs bourrés de dynamite. Nous sommes ensuite partis pour Mauthausen.

Lorsque les gardiens ont vu arriver les deux tanks, ils ont été certains qu’il y en aurait trente derrière, ils ont perdu courage, et les prisonniers les ont maîtrisés.»

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L'unité américaine demandée par Haefliger arrive au camp le 6 maiIl y a sur internet de nombreuses photos de ce que Haefliger et les Américains ont trouvé en arrivant à Mauthausen – elles sont atroces. Je m'abstiedrai par respect, me contentant de celle-ci.(Elle n'est pas signée)

Les charges de dynamite ont aussitôt été désamorcées.

Le lendemain, la libération des deux autres camps allait se révéler moins pacifique, mais pas par la faute d'Haefliger, qui en bon délégué de la Croix-Rouge, a tout fait pour que cela se passe pacifiquement. Il avait empêché qu’on fasse sauter l’usine, et lorsque je l’ai connu quarante ans plus tard, il disait encore, avec fierté: «Ce dont je m’enorgueillis, c’est que le camp a pu être libéré sans qu’un seul coup de feu soit tiré.»

On penserait peut-être qu’une fois rentré en Suisse, sa mission accomplie au-delà de toutes les prévisions, il serait accueilli en héros. On se tromperait. Comme pour empêcher que 50 ou 60’000 personnes ne meurent dans l’explosion de l’usine Messerschmidt il avait fait appel à des soldats américains (une des parties du conflit), il avait mis en péril la neutralité de la Croix-Rouge. Il a été exclu de l’organisation, s’est retrouvé sur des listes noires qui ne disaient pas leur nom et il lui a été impossible de retrouver du travail.

Parallèlement, ses rapports avec sa femme se sont dégradés.

«Je me suis retrouvé sans travail, tentant vainement de survivre par un commerce indépendant qui ne me disait rien, sans femme et sans honneur, n’ayant que ma conscience pour moi.»

Parmi les ex prisonniers qui savaient qu’il avait été un des principaux artisans de la libération de Mauthausen, celui qui avait pris l’initiative décisive peut-être, il y avait des personnalités, notamment autrichiennes. On lui a offert d’émigrer, et il s’est installé à Vienne. Cinq ans après, lorsqu’un Suisse de passage se renseignait à son sujet, l’Ambassade de Suisse à Vienne disait des choses du genre: «Ce Haefliger est un type suspect. C’est un aventurier, ne l'approchez pas.». Ou alors on l’accusait d’avoir abusé de la croix suisse, parce qu’il l’avait utilisée pour un commerce d’import-export (qualifié sans preuve de douteux). Et lorsque, sur suggestion de Haefliger, devenu entre temps citoyen autrichien, je suis moi-même allée voir l’ambassade de Suisse a son sujet (quarante ans après 1945!), on m’a dit sur un ton pincé que c’était un sujet qu’on préférait ne pas aborder.

A part en Suisse, Haefliger a été honoré un peu partout dans le monde. Dès les années 1970, une plaque le rappelait à Mauthausen même, il avait sa rue à Vienne et à Tel Aviv. Il a été promu au rang de juste. Il a reçu de nombreux titres et décorations en signe de reconnaissance.

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En souvenir de Louis Haefliger, qui a joué un rôle essentiel dans la libération du camp de concentration de Mauthausen.

Et enfin, vers 1990, le président du CICR (Comité  international de la Croix-Rouge), Cornelio Sommaruga, s’est commis d’un texte laborieux, dans lequel il ne peut s’empêcher de rappeler que la Croix-Rouge ne fait pas appel aux belligérants (un principe est plus fort que 60’000 vies en danger), mais conclut:

«Par son acte courageux, Haefliger a dépassé toutes les attentes du CICR sans pour autant – insistons là-dessus – désobéir aux instructions reçues. Le CICR apprécie que, près d’un demi-siècle plus tard, il se trouve encore des gens pour estimer que l’acte héroïque de Haefliger ne doit pas être oublié.» Ouf!

Je vous épargnerai ma visite de Mauthausen, puis de Dachau, avec Haefliger. Il avait vécu huit jours dans le camp avant d’aller chercher les Américains, et avait vu ce qui s’y passait. 

«Je n’avais qu’une idée, qu’un but, arrêter le massacre, les gens tombaient comme des mouches», m’a-t-il dit entre deux explications macabres.

Je voudrais terminer par deux mots sur le principe de neutralité de la Croix-Rouge, inaliénable au point que plutôt laisser mourir des gens qu'intervenir, même dans une situation où l'on est le dernier recours.

J’ai découvert l’autre jour que le plus grand succès international de librairie de l’année 1935 (oui mil neuf cent trente-cinq), deux ans à peine après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, était le récit de Wolfgang Langhoff, comédien, metteur en scène et écrivain allemand, qui venait de passer 13 mois dans un des premiers camp de concentration créés par les nazis – ces camps étaient alors destinés aux adversaires politiques. Par miracle, Langhoff avait pu fuir et il s'était réfugié à Zurich, où il a travaillé comme comédien jusqu'en 1945. Le livre, paru d’abord en allemand, mais très vite traduit en français et en anglais, s’appelle «Die Moorsoldaten», en français «Les soldats du marais». Il décrit sans passion et avec une grande précision la vie et la mort dans ces camps.

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Le livre a été constamment réédité en allemand et en anglais, mais jamais en français.

En parallèle, on a vu surgir un chant, qu'entretemps nous connaissons tous (Ô terre de détresse…), écrit également par Wolfgang Langhoff et quelques camarades de camp, qui décrit en termes précis et succints la journée du prisonnier, et qui est chanté dans le monde entier depuis 1935, lui aussi.

Trente mille exemplaires du livre ont été vendus en allemand en un an (et pourtant le livre ne pouvait pas être vendu en Allemagne), les tirages ont été énormes en français et en anglais. A partir de là, que plus personne ne vienne me raconter qu’«on ne savait pas» ce que les nazis faisaient des gens dont ils voulaient se débarrasser, juifs et non juifs; dès 1935, on était prévenu, et tout le monde pouvait savoir.

Et qu’on m’explique aussi pourquoi le CICR (neutre, vous vous souvenez?) a fait preuve d’une grande bienveillance envers la Croix-Rouge allemande, qu’il savait parfaitement être contrôlée de près par les nazis: les juifs en étaient exclus, on ne s’occupait pas des camps. L’histoire a été écrite cent fois, je ne m’y colle pas une fois de plus, je vous renvoie à un texte assez exhaustif, il se trouve ici.

Cette saute d’humeur finale, c’est mon coup de chapeau à Louis Haefliger, que la Suisse a chassé parce qu’il n'avait pas su rester neutre, et qui aimait à dire: «Parfois, il faut prendre le parti de la vie plutôt que celui de la neutralité.»

Il n’a jamais cherché à profiter du statut de «juste», de «héros», d’«homme providentiel» qu’on lui a souvent attribué. Il a vécu une vie modeste, et n’a été intransigeant que sur deux points:

– il ne fallait pas qu’on oublie l’horreur des camps, et il irait où on voudrait, ferait ce qu’il fallait en toutes circonstances pour que le souvenir en reste vivace, afin que ce soit une leçon aux générations futures;

– et il refusait qu’on critique la Croix-Rouge en sa présence. «Elle est nécessaire», disait-il, «mon histoire ne change rien à cela.»

Il est mort le 15 février 1993; il avait 89 ans.

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Lors du 25e anniversaire de la libération de Mauthausen, Louis Haefliger est nommé héros de la résistance (Photo anonyme)

22 commentaires
1)
JPO1
, le 10.04.2012 à 07:59
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Merci pour cette histoire que j’ignorais. Je en connaissais pas non plus le livre de Langhoff. Oui merci.

2)
MarcOS
, le 10.04.2012 à 08:10
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Anne,

Merci de cette histoire. Elle témoigne qu’au pire de la folie des hommes, il reste toujours un espoir.

Force, Sagesse et Beauté

3)
guru
, le 10.04.2012 à 09:08
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J’ai beaucoup chanté le chant des marais mais j’ignorais sa provenance et surtout qu’il datait déjà de 1935.

Anne, je te remercie pour avoir exhumé cette histoire qui fait frissonner et que je mets en parallèle avec les “attermoiements” des banques suisses à la même époque.

4)
Emilou
, le 10.04.2012 à 09:13
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Nous savons que les allemands pouvaient s’ils l’avaient voulus bafouer la neutralité séculaire de la Suisse. Leurs intérêts n’étaient pas là puisqu’ils devaient planquer le fruit de leurs rapines en lieu sûr. Le malentendu a été de croire que l’abstention de la Suisse était une philosophie immuable respectée par tout belligérant potentiel. Si les allemands l’avaient voulus………….. Louis Haeflige n’était probablement pas dupe et cela n’enlève rien à son extraordinaire héroïsme. Merci Anne de nous rappeler ou de simplement nous instruire sur l’existence de personnalité hors paire……

5)
Le Corbeau
, le 10.04.2012 à 09:13
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quand on connait ce qu’a fait la Suisse pour soutenir une célèbre marque de bouillon qui utilisait des travailleurs forcés y compris sur le territoire suisse(très instructif documentaire sur Arte il y a quelques années), on comprend mieux les limites du principe de neutralité et pourquoi les Haefliger et consorts ne sont pas les bienvenus
Mais bon, on n’était pas là non plus pour savoir comment on aurait réagi pour sauver sa peau pour les plus petits, ou son fric pour les plus gros…

6)
Anne Cuneo
, le 10.04.2012 à 09:40
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Nous savons que les allemands pouvaient s’ils l’avaient voulus bafouer la neutralité séculaire de la Suisse. Leurs intérêts n’étaient pas là puisqu’ils devaient planquer le fruit de leurs rapines en lieu sûr

Il y a ça. Et il y a aussi le fait qu’après avoir étudié sérieusement le problème, et envisagé (et même planifié) une invasion de la Suisse, ils ont décidé que cela risquait de prendre beaucoup de forces: en effet, tous les ponts de Suisse étaient minés, de même que les tunnels (y compris le Gothard et le Simplon), ils auraient été face à une guerre de guerilla sur un terrain que les Suisses connaissaient mieux qu’eux. Et imaginez de circuler en Suisse sans ponts… Bref, entre ça et le fait qu’il y avait les banques, ils se sont abstenus.

Il existe un livre très intéressant qui étudie et explique bien cela: «Il faut encore avaler la Suisse», de Klaus Urner, éditions Georg (Genève), 1996.

7)
Emilou
, le 10.04.2012 à 10:14
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Il y a ça. Et il y a aussi le fait qu’après avoir étudié sérieusement le problème, et envisagé (et même planifié) une invasion de la Suisse, ils ont décidé que cela risquait de prendre beaucoup de forces: en effet, tous les ponts de Suisse étaient minés, de même que les tunnels (y compris le Gothard et le Simplon), ils auraient été face à une guerre de guerilla sur un terrain que les Suisses connaissaient mieux qu’eux. Et imaginez de circuler en Suisse sans ponts… Bref, entre ça et le fait qu’il y avait les banques, ils se sont abstenus.

Il existe un livre très intéressant qui étudie et explique bien cela: «Il faut encore avaler la Suisse», de Klaus Urner, éditions Georg (Genève), 1996.

Tu as tout à fait raison Anne, il fallait également le dire.

8)
M.G.
, le 10.04.2012 à 10:17
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Merci Anne pour ce très bon article, comme toujours. Il faut que ces belles actions perpétrées au milieu du chaos soient connues, cela prouve que l’humanité n’est pas totalement pourrie.

Hélas, je reste pessimiste quant à l’amélioration de la nature humaine. De mémoire, une citation de Bernard Kouchner entendue dernièrement sur la “5” et concernant le génocide du Rwanda :

« Les gosses Hutus ont tué leurs copains de classe. Certes on nous dira que les adultes avaient préparé le terrain mais c’est un fait ! Et cela se reproduira car il n’y a pas de vaccin contre ça… »

Bref, l’Humanité porte en elle le gène du génocide !

9)
Saluki
, le 10.04.2012 à 11:43
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Ainsi, même dans la pire des noirceurs, il y a une petite flamme vacillante qui parvient à faire fondre l’acier.

MERCI, ANNE ! (Oui, je crie…)

11)
Anne Cuneo
, le 10.04.2012 à 12:14
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Je voudrais ajouter encore une chose, en écho à un certain nombre de commentaires: pour ce qui est de la 2e Guerre mondiale, il ne faut pas confondre la classe dirigeante suisse et tous ceux qui étaient directement à son service avec la grande majorité de la population, qui était farouchement anti-fasciste, anti-collabo.

J’ai connu des paysans au fil des reportages, qui me montraient des caches datant des années 40, prévues pour le cas où une invasion allemande aurait lieu, caches qui n’avaient rien à voir avec l’armée. Ces gens-là, des hommes et des femmes qui n’étaient pas en uniforme, étaient prêts à mourir, et décidés à se battre jusqu’au bout.

Haefliger est l’un de ceux-là.

Le Suisse de la rue ignorait tout des compromissions, ne savait pas que juste au-delà de la frontière (pas vraiment en Suisse, Corbeau, c’était dans la partie allemande de Rheinfelden) il y avait des usines bourrées de travailleurs forcés mal nourris, mal traités, exploités jusqu’au trognon. Le cinéaste Frédéric Gonseth a documenté cela avec des témoignages de survivants il y a une quinzaine d’années dans son film Esclaves d’Hitler .

Lors des projections de son documentaire, les Suisses qui voyaient cela étaient totalement choqués, le secret avait été bien gardé.

13)
Ornitho
, le 10.04.2012 à 18:43
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Bonjour, Fils de républicain espagnol déporté à Mauthausen, je vous remercie de parler de cette épisode que je ne connaissais pas. Il faut dire que mon père parlait peu de la guerre d’Espagne et de la déportation.

Merci encore de nous évoquer cet héros que l’histoire a oublié et j’ai noté son nom, louis Haefliger, pour que mes petits-enfants quand ils seront plus grands connaissent son action.

15)
erimacrib
, le 10.04.2012 à 23:11
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Merci pour cette histoire qui redonne un sens à la vie que nous devons mener pour s’assurer que les gens honnêtes puissent vivre en paix et ait des droits, car seule une minorité crée ces atrocités au nez et à la barbe de tous. Pourquoi? Car les pires atrocités sont tellement incroyable qu’elles ne sont pas pensables. Restons alerte car tel est le prix de notre liberté futur.

16)
Modane
, le 11.04.2012 à 08:47
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Comme pour empêcher que 50 ou 60’000 personnes ne meurent dans l’explosion de l’usine Messerschmidt il avait fait appel à des soldats américains (une des parties du conflit), il avait mis en péril la neutralité de la Croix-Rouge. Il a été exclu de l’organisation, s’est retrouvé sur des listes noires qui ne disaient pas leur nom et il lui a été impossible de retrouver du travail.

Curieusement actuel, cet extrait…

17)
Anne Cuneo
, le 11.04.2012 à 09:23
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Bonjour, Fils de républicain espagnol déporté à Mauthausen, je vous remercie de parler de cette épisode que je ne connaissais pas.

Je trouve émouvante l’idée que, d’une certaine manière, vous devez d’exister à un inconnu qui a fait en sorte que votre père ne meure pas dans la nuit du 5 au 6 mai 1945. Et je suis émue aussi d’être celle qui vous l’apprend…

J’ai connu deux survivants, l’un d’Auschwitz, l’autre de Theresienstadt. La survivante de Theresienstadt ne m’a même jamais dit qu’elle avait été déportée. Et le survivant d’Auschwitz n’a parlé qu’après 1995, quand enfin on a commencé à raconter ce qui s’était passé aux jeunes: il allait dans les écoles répondre aux questions des élèves. Il est mort, depuis. Bref, les survivants de la guerre et des camps ont toujours de la peine à parler de leur vécu, car en plus de la souffrance, il y avait l’humiliation.

18)
lucienpochet
, le 11.04.2012 à 17:36
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Belle histoire et noble personnage, mais attention aux commentaires qui mettent en avant une minorité pour commettre des crimes de masse. L’idée du “on ne savait pas” des polonais dans les villages voisins ne tient pas ! Et quand au futur, imaginons ce que penseraient ceux qui sont morts des sondages : une majorité des jeunes en France voteront Marine Lepen ! Il y a encore des balles qui se perdent !

19)
zit
, le 12.04.2012 à 08:56
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Merci Anne pour ce récit.

Difficile de mettre des images sur ces mots, encore plus de concevoir ce qui se cache dessous.

«  […] les ordres étaient là pour être exécutés en toutes circonstances. »

Vous avez remarqué, savez–vous comment, quand les « gardiens de la paix » se sont transformés en « forces de l’ordre » ? Ça me laisse songeur, et dubitatif…

z (partisan du désordre, je répêêêêêêêêêêête : nos désirs font désordre…)

20)
Tom25
, le 12.04.2012 à 12:17
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une majorité des jeunes en France voteront Marine Lepen !

Sûrement pas dans le but que se reproduisent les atrocités citées dans cet article.

Il y a encore des balles qui se perdent !

Même Marine ne tient pas ce genre de propos.

22)
pcst
, le 14.04.2012 à 17:56
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Merci Anne, j’ai vécu un grand moment d’émotion devant mon écran. Grande émotion aussi à la lecture des commentaires. Et un sale goût amer sur la fin, un goût de lucienpochet. Dommage. Luc