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Chick Corea & Gary Burton

Et cette soupe là, je l’ai mangée gratuitement ! Une amie a gagné 2 billets pour ce concert du 11 mars, donné au Victoria Hall ; elle m’a gentiment proposé de l’accompagner, car elle ne connaissait pas grand monde s’intéressant au jazz… J’ai évidemment accepté, bien que Chick Corea, fabuleux pianiste par ailleurs, me donne parfois de l’urticaire !

Eh oui, c’est un membre actif et très engagé d’une secte à la triste réputation, comme d’ailleurs un certain nombre de musiciens et d’acteurs célèbres. Pas besoin de citer de noms, vous avez compris !

Son partenaire Gary Burton, par contre, est un peu moins connu. Et en tout cas pas pour des activités sectaires !. Particularité : c’est un virtuose hors pair, aux commandes d’un instrument que certains trouveront ringard et imbuvable : le vibraphone. Moi, j’aime bien ce truc…

Pour mémoire, c’est très différent du xylophone. Les lamelles sont en métal et non en bois, le son est beaucoup plus cristallin, et modulé par des clapets qui tournent, actionnés par un moteur électrique. C’est ce qui donne ce vibrato artificiel, souvent détestable et connoté jazz d’ascenseur années 60… Mais le vibraphone de Gary Burton a été trafiqué : pas de vibrato, en plus, il joue avec 4 baguettes, et non deux comme la majorité des jazzeux qui jouent de cet instrument.

Les vibraphonistes célèbres ne sont pas très nombreux : Lionel Hampton et Milt Jackson pour les plus connus. Et quelques actuels très virtuoses : Bobby Hutcherson, Mike Mainieri, et Joe Locke qui joue aussi avec 4 baguettes.

 

L’apogée d’ECM

Ce fameux duo ne date pas d’hier : il y a quarante ans, les deux comparses sortaient un disque célèbre dans les milieux du jazz : «Cristal silence». C’étaient les débuts de la maison de disques ECM, axée sur le jazz très soft et épuré, un peu fade et répétitif parfois. Certains diraient «new age».

Un autre musicien célèbre a fait la gloire de cette compagnie à l’époque, et d’ailleurs toujours actuellement : Keith Jarrett (non, non, je n’ai pas dit que c’était un pianiste fade).

Visiblement, 40 ans après, la formule marche toujours, les deux compères ont passablement vieilli, et nous ressortent les mêmes succès : par exemple «La fiesta», inspirée du flamenco.

Ce soir-là, en prenant nos places, gratuites, donc très loin de la scène, j’ai vite compris qu’il serait impossible de faire des photos, à moins d’avoir avec soi un 300 mm ouvert à F2.8, qu’on n’autoriserait de toute façon pas dans la salle ! J’ai donc renoncé, la photo n’est donc pas de moi…

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C’est toujours amusant d’aller à un concert de jazz moderne avec quelqu’un qui n’est pas initié. Ce sera soit la détestation la plus totale, soit l’éblouissement complet devant une virtuosité et une créativité qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer ! Et ce soir-là, les deux musiciens étaient en grande forme ! Ça a vraiment décollé quand ils ont joué «Eleanor Rigby» des Beatles. Preuve que le génie est intemporel…

Petit clin d’œil, ils ont aussi joué un «Mozart goes dancing» plutôt original et sympa.

Et bien sûr, les grands maîtres du jazz ont eu droit à leur hommage : Thelonius Monk, Dave Brubeck…

Par moments, c’est vraiment fascinant : on dirait deux jongleurs en équilibre sur un fil, qui se lancent des balles ! Evidemment, c’est parfait, trop parfait peut-être…

On peut dire que ce concert a été une réussite : salle comble, deux rappels, standing ovation, et mon amie enchantée…

 

Un jazz un peu aseptisé

Oui mais… Ce jazz «européen», très sophistiqué, me laisse un peu sur ma faim… Il y manque parfois le souffle du blues, un je-ne-sais-quoi de fantaisie et de spontanéité, un peu de «free-jazz» peut-être. Bref, c’est très bien, mais on s’attend à plus de surprises : par exemple quand Chick Corea a enlevé le couvercle du piano pour accéder directement aux cordes, je m’attendais à quelque chose de délirant. Il a juste gratouillé un peu au milieu d’un morceau !

Certes, ces deux musiciens ont beaucoup évolué dans leur technique depuis 40 ans, mais pas tellement dans leur style. Leur décollage à tous les deux s’est passé dans les années 60-70. Et a été fulgurant et révolutionnaire, mais depuis, rien de vraiment nouveau.

Chick Corea a joué dans les années 70 avec Miles Davis, ils étaient tous les deux à la pointe du jazz le plus avant-gardiste.

Avec Gary Burton également est né dans cette période le «jazz-rock», ou «fusion», un style complètement disparu, avec la mort de Miles Davis. Gary Burton a également collaboré avec Carla Bley, une artiste qui a développé une direction totalement originale au jazz, inclassable d’ailleurs.

Mais la formule piano-vibraphone reste toujours aussi intéressante : j’ai cherché d’autres musiciens de jazz la pratiquant et j’ai trouvé : Taiko Saito (japonaise) au vibraphone et Niko Meinhold (allemand) au piano. Un seul disque «Koko», mais quelque chose de vraiment nouveau, aussi dans la ligne «new age ECM», et cependant avec un plus, qui fait éclater les frontières du jazz. Mais, voilà, ils ne sont pas aussi virtuoses que Corea et Burton…

Les débuts de nos deux compères sont aussi intéressants, ils étaient jeunes et inconnus dans les années 60 et travaillaient alors sous la direction d’autres musiciens. J’ai cherché et j’ai trouvé. Pour Chick Corea : Soul burst, de Cal Tjader (tiens, un vibraphoniste) mort à 57 ans en 1982. Et pour Gary Burton : Jazz winds from a new direction, de Hank Garland, guitariste prometteur de jazz/country de Nashville, complètement sombré dans l’oubli, et pour cause: il a été victime d'un grave accident de voiture dans les années 60, qui l'a laissé handicapé à vie.

9 commentaires
1)
Blues
, le 12.04.2012 à 11:22
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Merci, Cool, comme d’hab. une bonne démo de virtuosité (même si plus ou moins aseptisé) perso cela me rappelle un bon souvenir : je les ai vu en concert au théâtre de Beaulieu à Lausanne dans les années 80 (fin de la période Chick-Return to Forever).

2)
Arnaud
, le 12.04.2012 à 12:21
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Très bel article, merci Tristan!

… et surtout, fort à propos puisque je viens justement de lire un article sur le dernier album de Chick et Gary “Hot House” sur le site Blog de Choc !

Pour moi, Chick Corea reste le grand magicien derrière Return To Forever avec ses grandes envolées parfois hermétiques mais engageantes pour ceux qui en font l’effort. Enfin, les duos avec Herbie Hancock dans les années 70s (Someday My Prince Will Come – 1974) restent de grands moments live de pure création musicale.

Merci!

3)
Modane
, le 12.04.2012 à 18:07
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Entendre ces deux-là vaut toujours le coup, même si c’est pour invoquer la nostalgie… Merci Tristan!

4)
djtrance
, le 12.04.2012 à 18:40
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J’aime bien quand ça parle de musique sur cuk, je fais de belles découvertes!

Merci Tristan!

5)
flup
, le 12.04.2012 à 20:40
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Parmi mes albums préférés de Chick Corea figurent : – Friends (avec le flûtiste – saxophoniste Joe Farrell) – Play, en duo avec Bobby McFerrin

Il faut parfois se méfier d’un premier abord simple; on a parfois dit que Bill Evans faisait des choses simples, alors qu’il y a une richesse harmonique et rythmique extraordinaire.

Question rythmique, Corea s’y connaît d’autant qu’il a étudié la batterie en plus du piano.

Merci pour ce partage, en tout cas

7)
Tristan Boy de la Tour
, le 13.04.2012 à 11:26
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Parmi mes albums préférés de Chick Corea figurent : – Friends (avec le flûtiste – saxophoniste Joe Farrell)

Bien d’accord avec toi, d’autant plus que Joe Farrell était un saxophoniste fabuleux – hélas mort d’un cancer dans les années 80 – c’était un disciple de John Coltrane, au point que parfois il s’en inspirait jusqu’à ne plus pouvoir les différencier!

8)
levri
, le 15.04.2012 à 11:54
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C’est dingue ce truc avec les “sectes” … toutes les religions respectées ne sont jamais que des sectes ayant réussi, n’est ce pas ?

Je trouve étrange de tempérer la qualité d’un jazzman par son appartenance à la Scientologue, il est rare qu’on insiste sur l’appartenance aux sectes Chrétienne ou Musulmane des musiciens, pourtant de chercher pour trouver les atrocités de ces deux “religions”, la Scientologie a encore pas mal de taff pour pouvoir concurrencer sur le plan de la bêtise nos plus belles “religions” …

PS : Il me semble que vers le début des années 1970 Chick Corea avait enregistré chez ECM un album dont le titre était “A.R.C”, un slogan de la Scientologie (Affinité, Réalité, Communication). Je dis ça de mémoire, mais à l’époque tout le monde s’en fichait et très peu avaient connaissance de l’existence de cette “secte”.

9)
Tristan Boy de la Tour
, le 15.04.2012 à 18:38
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@levri

Je suis d’accord avec toi, on devrait s’en foutre des appartenances religieuses ou politiques des artistes, et se concentrer sur la musique… Je sais que beaucoup de musiciens sont membres de la Scientologie, je les écoute et je les admire souvent sans même connaître leur appartenance à cette «église». Mais voilà, Chick Corea n’est pas n’importe quel membre, c’est un porte parole avec des propos souvent outranciers: il a déclaré récemment que les autorité allemandes étaient «nazies» parce qu’elles avaient refusé de subventionner un de ses concerts. La Scientologie est considérée en Allemagne et en France comme une association de malfaiteurs, et non comme une «église».

Mais je suis d’accord avec toi, les religions dans leur ensemble son responsables de pas mal de morts, et je n’en ai pas qu’après la Scientologie. Par exemple quand Abdullah Ibrahim (ex Dollar Brand), fabuleux pianiste de Jazz, se prosternait en direction de La Mecque au début de ses concerts, ça me dérangeait fortement. J’écoute du jazz pour le plaisir de la musique sans préjugés politiques, philosophiques ou religieux, et comme la plupart du public, je n’ai pas envie qu’on m’emmerde avec ça… Ou alors, je vais écouter du Gospel ou de la musique religieuse.