Profitez des offres Memoirevive.ch!
Helvetiorum opes vinum

Il est un sujet que le chauvinisme français tolère rarement: celui des vins étrangers. Même si tout commerçant de boisson intègre sur ses étagères des crus en provenance d'Espagne, Italie, Chili ou Californie, la Suisse y est rarement représenté. Hormis l'éternelle bouteille de Fendant (pour la raclette) avec une étiquette qui vous ferait prendre le Champomy pour un grand cru classé (!), il est bien rare de trouver ces vins de qualité que l'on déguste avec plaisir dans ce beau pays. Ayant passé une semaine dans le Valais et retrouvé avec plaisir le sympathique artisan vigneron du village, je me permets de vous présenter aujourd'hui ce que les Suisses connaissent déjà bien mais que mes compatriotes ignorent souvent: le vin suisse ou helvetiorum vinum pour faire plus savant.

Cette méconnaissance des vins Suisses à l'étranger peut tout d'abord s'expliquer par les habitudes même de dégustation locale. Il n'y a pas si longtemps, au siècle dernier, il était courant de proposer le fruit de la treille pour l'apéritif mais plutôt des bouteilles françaises, italiennes ou espagnoles lorsqu'on voulait plaire à ses invités... De plus, la quantité de bouteilles produites chaque année est pratiquement entièrement consommée localement. A titre de comparaison, la production française en 2010 était de 45 millions d'hectolitres, pour un petit million d'hectolitres Suisse! Seuls 1 à 2% seraient exportés... Au passage, je vous invite à prendre la mesure de ces derniers chiffres: il s'agit là d'environ 5 milliards et 100 millions de bouteilles françaises et suisses respectivement, si mes calculs sont bons!

Ce qui frappe tout d'abord, c'est la grande diversité des cépages et des vignobles concentrés dans ce petit pays: 20 cantons sur 23 cultivent la vigne sur une superficie totale de 15 000 hectares pour une quarantaine de cépages (autant de blancs que de rouges). Les vignobles s'épanouissent le long des lacs et des cours d'eau grâce aux microclimats qu'ils induisent. Il s'agit par ordre d'importance des vignobles du valais, vaudois, du canton de Genève, du Tessin, de la région des trois lacs, puis de Berne, du lac de Thoune, Zurichois, Grisons et Schaffhouse.

image

En ce qui concerne le Valais, le vignoble occupe près de 5000 hectares et représente 40% de la production suisse. Les vignes comprises entre une altitude de 450 à 800 mètres sont à 40% pour le blanc, principalement du Chasselas et du Sylvaner, et 60% pour le rouge, principalement du Pinot noir et du Gamay. En tout, on compte près de 65 vins différent rien que pour ce vignoble car en plus des cépages, 29 blancs et 18 rouges, on y produit d'excellents mélanges.

Ce qui caractérise également ce canton, c'est la petite taille des exploitations. A part la coopérative Provins regroupant 4000 sociétaires et produisant 11 millions de bouteilles par an, 23% de la production valaisanne et 10% de la production suisse, le reste des exploitations sont souvent de l'ordre de l'hectare comme celle de mon ami Francis Salamin à Sierre. Dans ce pays montagneux, ce n'est pas moins de 120,000 parcelles qui sont exploitées, appartenant à près de 23,000 propriétaires... Malgré leur taille modeste, ces domaines comprennent généralement plus d'une dizaine de cépages, permettant ainsi au vigneron de s'exprimer pleinement dans des assemblages et constructions fort plaisants.

image

Francis Salamin

Réparties entre les communes de Sierre et de Saint-Léonard, l'hectare de vignes de Francis est planté de 16 cépages différents. Il est un véritable artisan vigneron, présent tout au long de la chaine de production, vinifiant lui-même ses bouteilles. Sans flagornerie, j'ajouterai que Francis est également un poète, sachant trouver les mots pour décrire l'arôme de ses vins et nous faire vivre une authentique expérience œnologique un verre à la main, avec la générosité et la gentillesse caractéristique des habitants du Val d'Anniviers.

En ce qui concerne les vins blancs, mes préférés, Francis produit un vrai fendant; j'entend par là un produit de qualité parfait pour l'apéritif entre amis, les crustacés et bien évidemment les plats à base de fromage (saviez-vous que l'une des seules recettes que je sois capable de préparer est la fondue moitié-moitié que je tiens de mon Oncle?). Il nous propose également un ermitage et un pinot gris au caractère plus prononcé mais toujours dans les saveurs minérales propres au Valais. Enfin son chef d'œuvre est assurément la petite arvine régulièrement primée à la Sélection des Vins du Valais.

image

Les blancs

Dans les rouges, Francis propose un cornalin, un merlot, un pinot noir et un gamay tous issus de vinification traditionnelle en cuve. Surtout, il élabore pour un public féminin un assemblage nommé Noir Plaisir rencontrant un grand succès: la formule est secrètement gardée même si on distingue des saveurs de merlot et de pinot noir.

image

Les rouges

Comme exprimé précédemment, le domaine de Francis fait régulièrement parlé de lui lors des palmarès des concours de dégustation, ceci malgré sa taille modeste, au point d'être rapidement en rupture de stock sur ses produits phares. Ainsi, il ne faut pas hésiter longtemps avant l'achat, au risque de se retrouver avec la mine désolée de Francis nous annonçant la fin de tel ou tel cru: j'en ai encore fait l'expérience cette semaine avec l'ermitage. Heureusement, il m'a retrouvé quelques dernières bouteilles de petite arvine primée de 2009!

image

Les prix

Alors, si d'aventure vous visitez un petit village du Valais et que vous passez devant une cave, n'hésitez surtout pas: passez le pas de la porte et vivez une expérience riche et authentique autour de vins qui méritent vraiment la reconnaissance et une place de choix auprès de vos bordeaux et autres bourgognes!

image

Bienvenue!

Amitiés,

Arnaud

PS: Je vous recommande la lecture du guide des vins suisses dont je me suis inspiré pour cet article, mêlant agréablement la pédagogie et l'information sur les nombreux vignobles suisses.

image

The Guide

PPS: J'en profite également pour vous donner avec son accord les coordonnées de Francis:
Cave la Danse
Rue des Fanguès 32, 1958 Saint-Léonard
tel: +41 27 203 16 48 | mobile: +41 78 607 72 94
francis.salamin@netplus.ch

image

Merci le Valais!

17 commentaires
1)
dpesch
, le 28.02.2012 à 02:42
[modifier]

Les vins suisses sont, annéffé, très bons mais ils sont aussi rares. Cette rareté fait que leur prix paraît exorbitant vu de France où l’on en trouve d’ailleurs pas.

Ayant habité un temps à Thonon, j’en ai goûté pas mal et n’ai que de très bons souvenirs.

Une petite rectification : 45 000 000 d’hectos = 6 Milliards de bouteilles et 1 000 000 d’hectos = 45 fois moins = 133 millions de bouteilles. Pour avoir une idée, rien que la Champagne a produit plus de 350 000 000 de bouteilles en 2010. Pendant ce même temps, le Languedoc-Roussillon a produit 11 700 000 hectolitres de pinard, soit 1 560 000 000 boutanches. Des vins très abordables dont, il faut le noter, la qualité s’améliore chaque année.

Si l’on compte que seuls 1 à 2 % des vins suisses partent à l’exportation, cela veut dire que chaque Helvète englouti 16,5 bouteilles de vin suisse par an, y compris les bébés ! On me rétorquera que les Français consomme 54 litres ( oui, litres et non bouteilles !) de vins par an (y compris les bébés…, puisque l’INSSEE divise le nombre de litres vendus par le nombre d’habitants). Oui, mais les Suisses achètent aussi du vin français… Leur consommation moyenne est cependant inférieure à celle des Français : 36 litres par an en 2008 et la tendance est à la baisse.

Excellent article, merci Arnaud. Si je repasse en Suisse prochainement, j’essaierai de m’en souvenir !

2)
Didier
, le 28.02.2012 à 06:47
[modifier]

merci pour cet article, c’est vrai que le vins suisses ont beaucoup à offrir maintenant, je vais des découvertes chaque week-end. A ce propos je vous conseille le guide “Vins de Suisse romande” (www.creaguide.ch) qui sort un peu des sentiers battus

3)
flup
, le 28.02.2012 à 07:49
[modifier]

L’avantage d’être dans un pays non producteur de vin (ou si peu), c’est qu’il y a toujours eu en Belgique un grand choix de vin hors de France.

Ceci dit, pour avoir goûté quelques vins suisses il y a une dizaine d’années (la Suisse était l’invité d’honneur du salon Megavino à Bruxelles), je les ai trouvés intéressants mais très (très) chers. J’imagine qu’il faut y voir des raisons climatologiques, de relief (plus difficile que sur terrain plat) et monétaires (franc suisse >< euro), mais ça n’aide pas à la découverte au-delà d’un cercle d’amateurs éclairés.

4)
François Cuneo
, le 28.02.2012 à 08:11
[modifier]

Bonjour!

Etant niché dans à Grimentz pour la semaine, dans le Val d’Anniviers justement, je lis cet article avec beaucoup d’intérêt.

Oui, le vin suisse a beaucoup progressé, dans toutes les régions.

Les vignerons privilégient la qualité à la quantité.

Certains vins sont cher, comme ceux du Lavaux, mais il faut savoir que les machines ne peuvent pas être utilisées sur les terrasses pentues qui font face au lac Léman, tout se fait à la main, dans des conditions assez difficiles.

Et puis ça veut dire quoi “cher”?

Un chasselas vaudois à 8 € des Côtes de l’Orbe est souvent excellent. Un autre à 15 € du Lavaux l’est également.

Certes, une petite Arvine peut monter jusqu’à 20 €, mais on en trouve d’excellentes à 10 €.

Idem avec les rouges: les haut de gamme vaudois, Gamaret Garanoir par exemple sont juste à tomber par-terre dès 12 € jusqu’à 20 €.

Mais il n’y a pas ou si peu de tout venant ne coûtant presque rien à prix plein et vendu à 50%, comme on peut en trouver dans nos grandes surfaces en provenance d’Argentine, d’Espagne, d’Afrique du Sud ou même de France.

Ces vins sont parfois très bons (j’achète pas mal d’Argentin type Malbec et de Français), et ne coûtent en effet pratiquement rien (5 € disons).

Cela dit, un Gigondas, un Château-Neuf du Pape, c’est tellement délicieux, mais ne me dites pas que c’est donné!

Un Bordeaux non plus, même que les vignerons de cette belle région ont tellement exagéré leurs prix que beaucoup de consommateurs de ma connaissance les évitent depuis pas mal de temps, alors qu’on ne buvait que ça il y a 20 ans.

Les vins suisses (en Suisse) sont au prix des vins français (en France) vinifiés chez le producteur.

Merci beaucoup pour cet article. C’est sympa de voir un français parler de nos vins.

C’est toi Arnaud, et tes petits sur la photo finale?

5)
Ritchie
, le 28.02.2012 à 08:44
[modifier]

@Arnaud et @dpesch :

Noté dans AddressBook catégorie Vin. Ceci dit, je n’ai pas de voyage prévu en Suisse de sitôt, snif.

6)
Arnaud
, le 28.02.2012 à 09:04
[modifier]

@François: Nous nous sommes loupés à une semaine près: j’étais en face de Grimentz à St Luc ;) Sinon, la photo finale a été prise vendredi dernier sur le sommet de la Bella Tola à 3025m avec deux des trois schtroumpfs.

7)
Emilou
, le 28.02.2012 à 09:24
[modifier]

François, ne confondons pas mérite et commerce. Les frais de production du vin suisse sont, comme tu l’écris, importants pour les raisons que tu invoques et ont donc un impact direct sur le prix. A qualités égales, il n’y a pas photo, je prends un vin français ou italien ou que sais-je encore. Nonobstant ces considérations bassement comptables, si je vais à Leysin ou à Pontresina, je n’hésite pas à boire un bon fendant suisse pour accompagner ma raclette.

8)
monmac
, le 28.02.2012 à 09:55
[modifier]

Merci pour cet article, il est temps que nos vins soient reconnus à leur juste valeur ! Question prix, j’avais vu un dans documentaire que les très bons vins haut de gamme valaisans sont beaucoup moins chers que leurs équivalents d’autres pays. Certains crus pourraient être vendus plusieurs centaines d’euros alors qu’il se négocient à moins de 100.–. C’est que les quantités produites sont très petites et que la quasi totalité de ces crus se boivent en famille et entre amis. Et même dans les premiers prix, on préfère pour 10.– à 15.– francs acheter une bouteille de vin local qui sera bonne dans la plupart des cas que prendre un vin français sans le connaître.

9)
dpesch
, le 28.02.2012 à 11:24
[modifier]

Je dois dire que je suis d’accord avec presque tout ce qui est dit en commentaires jusqu’ici. Même si les prix des vins suisses nous semblent élevés vu d’ici (pour moi, “ici”, c’est l’Hérault, département producteur s’il en est), il est vrai qu’ils sont souvent raisonnables étant donné les méthodes de travail des viticulteurs, les propriétés géographiques des vignobles et le standard de vie de la Suisse. Je suppose que la plupart des viticulteurs suisses ont une autre occupation, car comment vivre de l’exploitation de vignobles d’une superficie moyenne de 1 hectare ? En Champagne, on considère qu’une famille de 4 personnes peut vivre correctement sur 3 hectares (Saluki : corrige-moi si je dis des bêtises !). Sachant que l’hectare se négocie autour 1,5 million d’euros…

Mais un débat sur le prix du vin (ou de quoique ce soit d’autre, d’ailleurs) va se heurter au concept de cherté de la vie. Pour un smicard qui paie déjà 600 à 800 euros de loyer, le moindre achat de première nécessité paraîtra cher et 5 € n’est pas pratiquement rien…

Un autre débat est : boire du vin est-il un luxe ? Chacun a sans doute sa réponse à cette question…

Il faut, je crois, différencier le vin quotidien et le vin des grandes occasions. Pour moi, une bouteille dont le prix dépasse 20 € est déjà un produit de consommation exceptionnelle. Jamais, même dans des occasions rares, je ne mettrai plus de 50 € pour une bouteille de vin. Ceci exclut d’office la plupart (tous ?) des vins d’AOC premiers crus, grands crus, etc… Pour ma consommation courante, je bois des vins en BiB (Bag in Box) qui tournent autour de 1,5 à 3 € le litre. Il ne s’agit évidemment pas de Nectars inoubliables, mais rassurez-vous, ils sont non seulement buvables, mais même assez agréables à boire. Il y a encore de gros rouges qui tachent en Languedoc-Roussillon, mais les progrès des dernières décennies sont indéniables et on trouve aujourd’hui pas mal de bons vins. Je fais partie de ces gens qui font grimper fortement la consommation moyenne française ! Ceci dit, en ne buvant qu’une demie-bouteille de vin par jour, on consomme une moyenne approximative de 150 litres par an ! Et au-delà d’un certain prix, le budget annuel peut devenir lourd.

12)
Jean-Yves
, le 28.02.2012 à 21:01
[modifier]

Oh ! le beau sujet que voilà !

Pour ma consommation courante, je bois des vins en BiB

Coupure scélérate, je n’ai pas collé la fin de ta phrase, Daniel ! C’est le début qui m’intéresse. Boire des vins en BIB ? Je suis preneur et je te promets de ne plus jamais consulter mon “Dolto” en ligne. Sérieusement ;-)

13)
François Cuneo
, le 28.02.2012 à 21:34
[modifier]

En ce qui concerne la surface de 1 hectare pour la vigne par producteur, c’est en Valais que c’est ainsi. En effet, la plupart des vignerons valaisans ont une autre activité à côté.

Dans d’autres cantons, c’est tout différent (chez nous, dans le canton de Vaud par exemple).

15)
dpesch
, le 28.02.2012 à 23:08
[modifier]

Rien à voir : quelqu’un peut-il m’expliquer comment insérer dans un commentaire un lien qui s’ouvrira soit dans une nouvelle page, soit dans un nouvel onglet ?

Merci !

17)
dpesch
, le 29.02.2012 à 15:53
[modifier]

Ne te casses pas la tête avec ça, François. Tu as d’autres chats à fouetter, j’imagine !