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Lundi 5 décembre 2011
A la maman de Charlie et Gabrielle...

"Etre fidèle à nos enfants disparus,
C'est traverser la douleur, marcher, avancer
Continuer de creuser son sillon, droit et profond,
Comme ils l'auraient fait eux-mêmes
Comme on l'aurait fait avec eux, pour eux.

Etre fidèle aux enfants disparus,
C'est vivre comme ils auraient vécu.

Et les faire vivre avec nous.
Et transmettre leur visage, leur voix,
Leur lumière, aux autres :
A un proche, un ami, ou à des inconnus,
Quels qu'ils soient.

Et la vie suspendue des trop tôt disparus,
Alors, germera sans fin".

(Adaptation d'un texte de "la Mort, textes non bibliques pour les funérailles", Ed. de l'Atelier)

Il y a trois ans et demi, mon amie perdait son fils âgé de six ans, dans un accident bête, stupide. Remarquez, ce qui est con, c'est la précision : on n'a jamais vu un accident intelligent.

Samedi soir, mon amie a pris la parole devant une centaine de personnes, des parents, des grands-parents, des oncles, des tantes, des frères, des soeurs, des parrains, des cousines qui avaient perdu eux aussi un être cher.

Un enfant, c'est un nouveau-né, un petit bambin qui apprend à lire, un adolescent grognant en lisant la composition des céréales du petit déjeuner, c'est un jeune adulte.

La mort, c'est la maladie qui s'invite soudainement dans un ciel bleu, c'est l'accident qui fauche tous les espoirs, c'est la lutte perdue contre une tumeur, contre une leucémie, c'est le suicide aussi.

Parce que pour moi, l'amitié n'est pas seulement les fêtes et les sorties, j'ai tenu à prendre part à cette cérémonie du souvenir, organisée par le CHU de notre région.

Parce que la salle était bondée, je me suis retrouvée sur les marches, à côté d'une femme qui, par moments, était submergée par l'émotion; son fiston, lui, n'avait cure du chagrin de sa mère : il voulait simplement que quelqu'un lui lise le livre qu'il avait emporté.

J'ai croisé le regard de cette femme, j'ai vu des larmes glisser le long de son visage : c'est à cet instant que j'ai proposé à son fiston de venir sur mes genoux, mon CV de mère et de lectrice expérimentée finissant de le convaincre.

A la fin de la cérémonie, tandis que je buvais un thé avec mon amie, qui avait été incroyablement courageuse - prendre la parole pour parler de son enfant, mort si jeune, je ne sais pas si j'aurais été capable de le faire -, j'ai vu ma voisine d'escaliers venir vers moi, tenant de la main gauche son fils, Charlie, de la main droite, sa fille Gabrielle. Elle m'a pris dans ses bras, m'a serrée contre elle et m'a dit, dans un souffle, "merci".

C'est bête, je n'avais jamais vu cette femme avant cette soirée, nous ne nous reverrons probablement jamais, nous n'avons même pas parlé ensemble, nous avons juste échangé un regard et pourtant, quelle émotion...

Alors que je la regardais zigzaguer dans la foule, dense, tenant la main de ses deux enfants, j'ai regretté qu'elle n'ait pas pu, pas eu la force, pas voulu me parler de cet enfant qui était, justement, absent ce soir-là. J'espère du fond du coeur que son souvenir, le souvenir de ses rires, de ses câlins sont encore vivants dans le coeur de nombreuses personnes : il en faut, du courage, pour rester debout après la mort de son enfant.

Mes pensées, aujourd'hui, vont vers tous ces hommes, toutes ces femmes qui ont, dans leur coeur, cette cicatrice terrible de l'absence.

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