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Mardi 6 décembre 2011
Le confort de lecture est-il encore important?

Mise à jour mercredi 7.12.2011, 20h00: voir plus bas…

Quand on se décide à créer un site web, on se donne des objectifs.

Rapidité d’affichage? Présentation intuitive d’une série de concepts complexes? Charge maximale en cas de grosse montée en popularité? Etc…

J’ai l’impression qu’une séparation toujours plus forte se forme entre les sites dont le confort de lecture est un objectif, et ceux dont les concepteurs essaient plus ou moins de ne pas être trop mauvais. Et malheureusement, les groupes de médias “traditionnels” sont trop souvent dans la seconde catégorie.

Une preuve que ces sites si mal conçus sont toujours plus nombreux? Facile: regardez la popularité montante des outils du genre d’Instapaper, Readability ou Safari Reader (le bouton “Lecteur” qui apparaît parfois dans votre barre d’adresse). Ces outils ont une fonction en commun: extraire le contenu intéressant d’une page web, et afficher tout ça sur une page agréable à lire.

Le musée des horreurs

Un petit exemple sans légende, vous allez vite comprendre:

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Avec ces outils de lisibilité, on retrouve un plaisir de lire sans être interrompu ou dérangé par le reste de la page. Et sur cet exemple, je vous ai épargnés… sérieusement! Récemment, Matt Rosoff postait un article sur BusinessInsider.com (conseil: ne lisez pas ce site… je vous expliquerais bien pourquoi mais ça pourrait être le sujet d’un article entier) … Cet article de Matt Rosoff, donc, était intitulé: “Steve Jobs avait raison: Google est en train de devenir Microsoft”. On peut donc imaginer un contenu analysant les produits et la communication de Google et comparant tout ça avec la géant de Redmont.

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Image tirée de parislemon

Cet article était présenté sous la forme d’un… slideshow! Une galerie de photo! Et pourquoi avoir eu cette idée de génie, qui n’a rien à voir avec le sujet de l’article? Parce que le lecteur va devoir cliquer onze (!) fois sur le petit bouton “suivant” en haut à droite de l’article pour continuer la lecture. Les publicités vont donc s’afficher douze fois. Cette jolie pratique possède un autre avantage: les outils de lecture dont je vous parlais ci-dessus ne permettent pas de sauvegarder l’entier de l’article.

N’oubliez pas que, souvent, ces publicités sont des vidéos. Non seulement la mise en page n’est pas confortable, mais en plus ça bouge dans tous les sens. Parfois même, une publicité se permet de prendre toute la place possible à l’écran, et il faut trouver un bouton “skip” pour la faire disparaître.

Quel coût?

Je vous recopie la petite description de cet article:

262 requêtes HTTP, 54 fichiers javascript et 2.5 Mo plus tard, la page s’est enfin affichée…

Ce n’est pas une blague: c’est les statistiques qu’affiche un outil de développement lorsque j’ai chargé l’une des pages de TheNextWeb. J’en ajoute quelques uns, plus proches de nous:

LeTemps.ch: 155 requêtes, 1.5 Mo
LeMonde.fr: 255 requêtes, 1.87 Mo
24Heures.ch: 237 requêtes, 3.8 Mo

Ce dernier se paie même le luxe d’afficher une pub qui passe sur le contenu, en transparence:

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Il n’y a pas que la taille…

On a parlé de nombre de requêtes et de volume à télécharger, mais ce n’est pas le seul problème.

Le sites mis en ligne par des publications “papier” sont dans une situation difficile. Ils ont commencé par rendre leur contenu gratuit en pensant que ça ferait venir plus de monde. Ils ont ensuite remarqué qu’ils n’avaient pas vraiment de moyen de monnayer tout ça. Donc la pub. Jusque là, tout va bien: le problème n’est pas la publicité en elle-même.

Prenons l’exemple du journal Le Temps. C’est un journal “papier” que j’aime beaucoup, pour deux raisons: la première est son contenu: de très bonne qualité. La seconde est plus émotionnelle: j’y ai été pigiste pendant plusieurs années… comme vous pouvez l’imaginer, j’y suis quand même un peu attaché!

Au début de l’année, Le Temps a prit une décision qui est en vogue actuellement: rendre ses articles disponibles seulement pour les utilisateurs qui se seront enregistrés auparavant. Conséquence numéro 1: plus possible de lire un article suite à une recherche Google: un utilisateur qui découvre le site doit passer par l’inscription avant de savoir si le contenu est bon. Une bonne raison pour aller lire un article sur un autre site, selon moi.

Conséquence numéro 2: Google ne peut plus indexer les articles en entier. Moins de visibilité, donc à terme moins de trafic et c’est le trafic le plus crucial qui va baisser: le trafic des gens qui ne connaissaient pas le journal avant d’y venir. Le journal compte sur les utilisateurs qui connaissent déjà le site et sur le bouche à oreille. Or je suis persuadé qu’à long terme, il faut compter sur une très bonne visibilité sur les moteurs de recherche. Changer de source d’information est chaque jour plus facile. Les gens sont donc moins fidèles… faire venir de nouveaux utilisateurs est indispensable. En plus de ça, l’enregistrement obligatoire provoque moins de visites et donc moins de clics et d’affichage de publicités. Donc moins de revenus.

Mise à jour mercredi 7.12.2011, 20h00

Un lecteur m’a contacté avec une remarque très intéressante: les articles du Temps sont visibles gratuitement et sans être connecté… lorsqu’on arrive depuis Google. La 2è conséquence ne s’applique donc pas au Temps. Ça, c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est de se rendre compte que les lecteurs fidèles qui débarquent sur la page d’accueil tous les jours doivent payer pour lire les articles, mais qu’un lecteur occasionnel peut voir tous les articles gratuitement! La classe…

Il suffit donc de rechercher le titre d’un article sur Google pour trouver la page du Temps et lire l’article gratuitement.

Fin de la mise à jour, je vous laisse avec l’article initial…

Imaginons que notre utilisateur lambda est assez motivé pour s’inscrire. Il verra alors l’article comme suit:

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Un extrait de la page.

Le site va l’obliger à cliquer deux soif sur “Page suivante” pour lire son article. Ok, on est pas en face d’une mise en page aussi mauvaises que le slideshow précédant… mais ça reste une très mauvaise idée: aucune raison liée au confort de lecture ne nécessite cet artifice.

Notre utilisateur, convaincu par la qualité de l’article, continue sa lecture vers d’autres pages du site. Un petit peu plus tard, il verra ça:

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Ah, il y avait une limite? Elle se monte à combien? Courage, cher utilisateur lambda: tu ne trouveras pas le nombre d’articles visibles: il n’est mentionné nulle part. Le nombre d’articles déjà vus non plus. En voilà une idée qui donne envie de revenir sur ce site!

Une autre habitude énervante: afficher en pleine page ou en premier plan des informations qui n’ont rien à voir avec l’article. Ici encore, Le Temps fait fort: aujourd’hui je m’y rend et la première page que je vois, c’est ça:

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Je clique sur “Accès direct au site” (le texte de ce lien est une blague: accès direct??) et quand j’arrive sur la page de garde du site, voici ce qui m’accueille:

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Allez, sérieusement: c’est fait exprès pour me faire fuir ça, non?

Mais que faire alors?

Récemment, Brent Simmons, le papa de NetNewsWire, a publié sur son blog une liste de règles à suivre avec lesquelles je suis d’accord à 100 %. En voici quelques-unes:

  • Concevez votre site pour un confort de lecture maximal.
  • Concevez votre site avec un minimum de navigation. Pas de sous-menus de sous-menus imbriqués dans une liste de catégories.
  • Oubliez les boutons “sociaux”. Publiez du contenu que les gens auront envie de partager et ça suffira. Pas besoin de polluer la page avec ce genre de trucs:

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  • Incluez le texte complet de chaque article dans le flux RSS
  • Utilisez des URL lisibles. Des URL lisibles par des humains!
  • N’utilisez qu’un seul outil de statistiques. Google Analytics est très bien mais ce n’est pas le seul. Il existe même des outils qui scannent les logs après coup, par exemple une fois par jour. Ces outils ne risquent pas de ralentir l’affichage de la page, contrairement à ceux qui sont chargés à chaque affichage.
  • N’utilisez pas de Flash. Nulle part.
  • Pas de “raccourciseurs” d’URL. Ils cachent la vraie destination de votre lien.

Et j’en ajoute une: N’affichez pas de publicités aux utilisateurs payants.

Toutes ces règles permettent de rendre la lecture et le partage de liens agréable. Il faut que le lecteur prenne du plaisir à venir sur le site: c’est un excellent moyen de le faire revenir… et le faire écrire de lui-même des tweets, posts sur Facebook etc… c’est ça qui fera venir toujours plus de gens sur le site. N’oublions pas qu’une très grande partie des visites est effectuée après une recherche sur Google, ou un lien sur un autre site. Une grande partie des visiteurs découvre donc le site pour la première fois, ou au moins n’est pas un habitué des lieux. Une première impression à ce moment là est capitale.

Nous n’avons pas encore parlé finance. Je suis persuadé que ces sites de journaux en ligne ont un très bon moyen de faire de l’argent grâce à des services supplémentaires.
Laissez le site en accès libre mais, par exemple, offrez aux abonnés une application native iOS. Cette application s’occuperait de télécharger l’édition du jour tous les matins, permettrait d’annoter les articles, d’accéder aux archives du journal grâce à un moteur de recherche par mot clé, etc…

Le Temps a récemment sorti une application native pour iPhone. Je ne l’ai pas encore assez utilisée pour en faire une vraie critique… mais voir une publicité plein-écran lors du démarrage ne me réjouit pas trop.

Conclusion

Les journaux “papier” qui font le pas vers le web on sans doute compris qu’ils n’ont pas le choix: à long terme ils ne publieront plus que sur le net. Mais ils ont un avantage qu’il ne faut pas négliger: le regroupement de talents.

Ces 15 dernières années, Internet a changé un aspect important dans nos vies: avant, la communication était de la forme “1 à N” avec un émetteur (radio, télévision mais aussi journaux) et après, on est passé à la forme “N à N”: chacun peut ouvrir un blog et devenir émetteur. D’un côté, on peut se dire que la concurrence aux journaux traditionnels a augmenté. C’est vrai. Mais il faut aussi se rendre compte d’un autre aspect: n’importe quel abruti peut ouvrir un blog. Et des abrutis, il y en a un paquet. Si je décide de ne plus aller sur le site du Temps, ou du Monde, est-ce que je vais chercher “analyse économique” sur Google?

Trouver une source d’information de qualité n’est pas une chose facile. C’est le gros avantage des journaux traditionnels: des gens pointus dans plein de sujets différents, qui écrivent des articles sur le même site.

Mais si ces journaux ne veulent pas mourir, ils doivent se rendre compte que le futur passe par une très bonne lisibilité des sites. Les sites dont le design va à l’encontre du confort de lecture seront toujours moins visités. Ils seront même évités. C’est ce qui a déjà commencé, avec le succès des Instapaper et autre Readability.

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