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Jeudi 8 décembre 2011
Maria Schneider

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Maria Schneider lors de la séance de dédicaces le 28 octobre à Genève

Non, ce n’est pas celle du «Dernier tango à Paris», morte d’ailleurs récemment… Cette Maria là, c’est une grande musicienne de jazz, bien vivante, elle ! Hélas relativement peu connue en Europe, elle est célèbre aux USA (dans les milieux du jazz, je précise). Et pourtant, son CV est plutôt impressionnant : elle fait sa première apparition notoire en 1991 en tant qu’arrangeuse de… Miles Davis, dans un célèbre enregistrement à Montreux, avec l’orchestre de Quincy Jones, soit quelques mois avant la mort du fameux trompettiste. Peu après, elle a fondé son grand orchestre de jazz (18 musiciens), qu’elle dirige et qui interprète principalement ses propres compositions. Et quelques fois celles de Gil Evans, son maître et inspirateur.

Gil Evans, bien sûr, vous connaissez : c’est l’arrangeur de «Sketches of Spain», d’après la musique de Manuel de Falla, avec Miles Davis en soliste, dans les années 50. Mais aussi des compositions célèbres : Blues for Pablo, Miles Ahead, Orgone…

Ce compositeur-arrangeur a été un des premiers à adapter avec succès des thèmes classiques en jazz, avec des orchestrations très spectaculaires pour big band.

Maria Schneider a suivi cette voie, on peut même dire qu’elle est issue de la «galaxie Miles Davis», tant cette musique imaginative, parfois étrange et un brin tourmentée y fait penser.

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Photo © Dani Gurgel

Maria Schneider a aussi travaillé pour le big band de Thad Jones et Mel Lewis, célèbre (oui, je sais, toujours dans les milieux du jazz…) dans les années 70-80.

Si je parle de cette grande artiste, c’est parce qu’elle a dirigé son orchestre le 28 octobre au Victoria Hall à Genève. J’y étais. C’était tout simplement fabuleux.

C’était un événement d’autant plus exceptionnel qu’elle ne vient pas souvent en Europe.

Le plus drôle, c’est que j’ai trouvé un journal interne d’une grande banque suisse sponsorisant le concert, la présentant comme «une diva à la voix unique» !

Et  il n’y a d’ailleurs que 6 CDs de ses œuvres, disponibles uniquement sur commande depuis son site web. Elle se méfie comme la peste des maisons de disques et a toujours voulu avoir son propre réseau de distribution.

Son souci de la précision orchestrale se retrouve dans son site et les pochettes de ses CDs: un nombre incroyable d’informations sur le financement de ses œuvres, le parcours de ses musiciens, des partitions, la désignation de chaque instrument utilisé. Ainsi j’ai appris ce qu’étaient un flexatone (lamelle métallique frappée par un maillet), un cajon (tambour carré sur lequel on peut s’asseoir et jouer en même temps) ou une clarinette contrebasse (un truc énorme et tarabiscoté d’où sort un son d’une profondeur incroyable).

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Elle a obtenu plusieurs Grammy Awards pour ses deux derniers disques : «Concert in the garden» et «Sky Blue», et ce dernier a été coté 5 étoiles dans la célèbre revue de jazz «Downbeat», un fait rarissime !

Son big band est certainement un des meilleurs du monde, ses compositions sont extrêmement élaborées, jouées par des musiciens virtuoses, et je pense que cela explique sa relativement faible production depuis ses débuts en 1993.

Le choix des instruments est aussi très surprenant : accordéon, guitare électrique, harmonica, sur fond de cuivres et saxophones, fallait oser !

Mais la grande question se pose : est-ce encore du jazz ? Dans la mesure où les solistes improvisent, certainement oui. Mais à un tel niveau d’arrangements, de références à d’autres cultures musicales, de subtilités harmoniques et de superpositions, je parlerai plutôt de «musique classique américaine». On peut retrouver la même démarche chez Gerschwin ou Bernstein, sans aucun doute.

D’ailleurs la dernière œuvre de Maria Schneider est un quatuor à cordes, interprété par le Kronos Quartet (un quatuor spécialisé dans les œuvres contemporaines). Il n’est hélas pas encore disponible en enregistrement.

Personnellement, je trouve cette musique riche et émouvante, très imaginative. Elle a interprété avec ses musiciens une de ses compositions nommée «Hang gliding» (delta plane). En fermant les yeux, on a vraiment l’impression de voler… C’est incroyable. Il en est ainsi de toute sa musique, avec des thèmes comme «Cerulean Skies», sur les migrations d’oiseaux. Et bien sûr, la profondeur du blues, incontournable, avec des morceaux comme «Gumba Blue».

Impossible de parler de cette musique  sans mentionner les solistes : Gary Versace à l’accordéon, Rich Perry au saxophone ténor, et l’extraordinaire Scott Robinson au saxophone baryton, qui nous a gratifié d’un solo sublime. J’ai regretté l’absence de la géniale trompettiste Ingrid Jensen. A noter aussi la présence sur quelques enregistrements de Toots Thielmans, harmoniciste virtuose.

Un truc que j’adore aussi, c’est cette approche similaire à la musique classique, pas d’entracte, un grand respect des musiciens, on offre des fleurs à la fin; des choses qui deviennent rares en jazz… Non, ne riez pas, on voit tellement souvent de grands musiciens de jazz ne faire qu’un seul bis très court et partir sans même regarder le public !

Hélas je n’ai pu faire que deux photos, on m’a obligé à laisser mon reflex au vestiaire. Mais cette grande dame, avec sa gentillesse extraordinaire, m’a autorisé à la photographier lors de la séance de dédicaces…

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Une petite dédicace… (pas pour moi, comme une andouille j'ai oublié d'apporter un CD!)

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