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Les idées reçues ont la vie dure…
"Mon père a formé des dizaines d'apprentis et depuis que j'ai repris la boîte, j'en ai aussi déjà eu quelques uns, pas tous bons mais dans l'ensemble, je suis assez content de ces jeunes gars, y font du bon boulot" me livrait une connaissance vendredi soir, tandis qu'elle retournait sur son grill une brochette de viande et que je sirotais un verre de vin.

Et moi, un brin provocatrice, je lui ai répondu "ouais, forcément, dans ta branche, y a pas tellement de femmes je suppose".

"Ben, faut admettre qu'y a pas de femmes dans le domaine de la couverture : tu sais, faut quand même une sacrée force pour transporter des tuiles, malgré les moyens techniques qui existent aujourd'hui; en revanche, il y a des nanas dans celui de la ferblanterie".

"Et comment elles sont perçues, ces femmes, hein ?"

"La toute première a certainement été regardée un peu de coin" (comme on dit chez nous), "mais moi, je trouve qu'elles bossent bien et se débrouillent plutôt très bien".

Voilà qui a plu à mon oreille de féministe, accrochée à son art. 8 al. 2 de la Constitution fédérale comme une moule à son rocher, surtout un 17 juin 2011, alors qu'on venait de marquer les 20 ans de la première grève des femmes en Suisse et les 30 ans de l'égalité constitutionnelle.

J'étais sur le point de lui lancer un "ça doit quand même pas être facile en tant que femme dans un monde d'hommes" lorsque je me suis souvenue d'une conversation que j'avais eue il y a quatre ans avec un homme qui avait tenté de faire sa place dans un monde de femmes : Gilles, éducateur de la petite enfance, travaillait alors dans la crèche où se rendait Junior. Très rapidement après la fin de sa formation, il avait dû se rendre à l'évidence : les parents n'étaient pas emballés par sa présence dans le groupe des petits (quatre mois à dix-huit mois) au seul motif qu'il était un homme. "Mais ces mêmes parents sont super contents lorsqu'ils apprennent qu'un homme dirige le groupe des grands" (deux ans et demi à quatre ans) !

Débile, non ? Pourquoi serait-il "mauvais" avec les tout petits mais "bon" avec les grands ? Comme si un mec n'était pas capable de changer une couche, comme si un homme n'avait pas la patience d'accompagner les premiers pas d'un bambin ! Ca reviendrait à dire qu'un père s'occupe moins bien de son enfant nouveau-né que la mère et se transformerait, subitement, par une espèce de "grâce divine" en bon père dès que l'enfant marche et parle ! Navrant !

Et qu'on ne vienne pas me parler du risque que cet homme soit pédophile : le seul fait de vouloir s'occuper d'enfants ne veut juste rien dire du tout. D'ailleurs, là où on voit qu'il s'agit d'une forme de discrimination perverse, c'est que - je prends tous les paris - ces parents réticents à confier leur enfant à un éducateur se rendent régulièrement chez un pédiatre de sexe masculin avec leur descendance, ceci sans sourciller une seule seconde !

Remarquez, l'avantage de la bêtise, c'est qu'elle n'a ni âge ni sexe (et certainement ni drapeau ni lieu) : une sage-femme m'a raconté un jour qu'un toubib avait lancé, dans une assemblée professionnelle, que pour lui, tout homme qui voulait devenir accoucheur était obligatoirement un tordu ! De la bouche d'un gynécologue, le propos prenait "tout son sens"....

Admettons qu'au cours des cinq dernières années, les mentalités ont changé et que si une femme peut devenir juge ou ramoneur sans pour autant essuyer de critiques acerbes, un homme peut tout aussi bien devenir hygiéniste dentaire sans susciter de commentaires particuliers. Probablement. Certainement même. Mais en irait-t-il de même avec un adolescent qui, pour apprendre une langue étrangère, déciderait de devenir jeune homme au pair durant quelques mois ? On parie que cela n'irait pas de soi ? Et ceci non seulement parce que certains de ses copains se moqueraient, plus ou moins ouvertement, de son choix, mais aussi parce que bon nombre de familles ne prendraient même pas la peine de lire sa candidature.

Travaillant dans le monde encore très féminin du médico-social, j'ai réalisé, en en parlant avec mes collègues, que là, les réticences n'allaient pas à la question de la prise en charge des enfants - envolée, donc, la crainte de la pédophilie - mais que les hésitations tenaient davantage au "ouais, je sais pas, pas certaine qu'un mec aurait très envie de participer aux tâches ménagères" !

Moralité, un mec, dans un "métier de femmes", y peut pas faire "juste" : soit il est soupçonné d'être pédophile, soit il n'est pas capable d'arroser les plantes ou de passer la panosse (re comme on dit chez nous), un comble ! A croire que tout homme vit dans un taudis dès l'instant où il quitte sa mère et ce, jusqu'à ce qu'il trouve une gentille épouse qui prendra soin de son linge !

J'en viendrais presque à croire que de nos jours, il est plus facile d'être une femme qu'un homme à l'heure du choix professionnel. "Presque" seulement : au-delà des clichés, la réalité rattrape-t-elle ces hommes sur le plan salarial et sont-ils aussi payés jusqu'à 20% de moins que leurs homologues féminines ? J'ai comme un doute...

Et vous, avez-vous autour de vous des gens qui exercent un métier très longtemps dévolu à l'autre sexe ? Et si oui, desquels s'agit-il ?

17 commentaires
1)
Nept
, le 20.06.2011 à 01:13
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Je travaille comme médecin urgentiste. Je cotoie souvent des “techniciens de surface” hommes, bien que souvent étrangers. On voit aussi maintenant de plus en plus d’infirmier hommes… et les médecins femmes sont majoritaires (de loin) dans la génération actuelle, même si elles restent rares dans les postes de direction.

Je cotoie aussi ci et là des femmes pompier, mais c’est rare.

2)
Saluki
, le 20.06.2011 à 02:11
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Dans notre village, 25% des pompiers volontaires sont du sexe dit “faible”, mais à les voir manœuvrer la proportion semble être inverse.

J’ai toujours travaillé dans la mode, et là je n’ai jamais perçu de différence entre créateur et créatrice, ils sont aussi ch……… quelque soit le sexe (même ambigu) ou le talent. Pour autant, aux rangs n moins quelque chose, les postes – techniques, commerciaux, administratifs – sont tenus indifféremment par un homme ou une femme, avec quelques exceptions, naguère : beaucoup de dames chez Rykiel, beaucoup de messieurs chez Saint-Laurent. Dans mon école d’ingénieurs, en trente ans, les femmes sont devenues de marginales à majoritaires, y compris dans le corps professoral.

Je me souviens aussi de ma surprise quand j’avais vu pour la première fois que le paysan sur son gros tracteur avait une queue de cheval, mais c’était un temps que la jeunesse ignore.

3)
Gr@g
, le 20.06.2011 à 07:48
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Dans les métiers du spectacles, j’ai croisé des régisseurs lumières (ou régisseuses?), et également des technicienne, qui font des acrobaties avec des spots suspendues en l’aire…

Et Mme Poppins, je ne peux m’empêcher de penser aux chefs cuisiniers. Il est communément admis que la femme est au fourneau à la maison, mais la Cuisine avec un grand C est surtout masculine… il y a comme une étrangeté dans ce domaine…

Et, personnellement, sans faire un métier exclusivement d’un sexe ou de l’autre, mais plutôt paritaire (l’animation socioculturelle), j’ai fait mes études à l’école sociale, là ou la proportion globale était de 12 hommes sur 5 classes, dont 7 dans la mienne lors de mes années de formation…

4)
Jérémie
, le 20.06.2011 à 09:24
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Peu de gens le savent, mais le métier de programmeur – développeur logiciel a été pendant très longtemps une profession fortement féminine.

Depuis Ada Lovelace (première programmeuse de l’histoire), jusqu’à le fin de la seconde guerre mondiale, une très grande majorité de le profession était constitué de femmes.

Ceci dit, ça a bien changé depuis, et il y a aujourd’hui moins de 10% de femmes dans le domaine.

5)
Puzzo
, le 20.06.2011 à 09:25
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Etant ingénieurE en informatique, je travaille également dans un milieu d’hommes principalement. A l’EPFL, notre classe avait 10% de filles. Petite anecdote : Mon chef actuel vient me voir et me dit : “M. Untel a postulé et il dit qu’il te connaît depuis vos études.” Il m’a montré une photo… et je l’ai à peine reconnu. Comme quoi, en tant que femme, on passait moins inaperçue.

Sinon, concernant le salaire, pour en avoir discuter autour de moi, je ne suis pas moins payée que mes collègues hommes. Il semblerait que la disparité se fasse plutôt entre les frontaliers ou non.

Et même si des fois, je dois supporter quelques blagues graveleuses, globalement, je suis plutôt chouchoutée et on aura tendance plus facilement à répondre à mes questions qu’à celles de mes collègues :-)

Mon chef m’a dit qu’en tant que cheffe de projet, certaines personnes pourraient mal réagir d’être dirigées par une femme. Pour l’instant, je ne me suis jamais heurtée à ce problème. Je croise les doigts !

6)
jeanbinus
, le 20.06.2011 à 09:53
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Il y a un peu plus de 30 ans, notre travail de diplôme sanctionnant la fin de notre école d’infirmier s’intitulait : L’image de l’infirmier en milieu hospitalier. Nous étions 7 garçons pour une volée de 21. Ainsi, nous pouvions sortir tous ensemble, les garçons s’enorgueillissant d’avoir une fille à chaque bras !

Plaisanterie et tendresse mises à part, mon collègue et moi étions stupéfaits d’entendre des médecins nous expliquer que notre masculinité n’était pas aussi développée que nous pouvions le croire. Nous avions disserté sur les différences existant entre l’éducation des filles et celles des garçons.

Plus de 10 ans plus tard, j’ai fait une formation d’assistant social, là encore une profession à dominance féminine. Mes collègues étaient essentiellement féminines.

Au contact de mes collègues féminines, j’ai fini par comprendre au fil du temps que ce n’est pas une question d’hormone ou de métier d’homme ou de femme, mais une histoire de complémentarité. Histoire, parce que les rapports des femmes et des hommes ont varié selon l’époque ou la région. Histoire, parce au fil de la vie, homme et femme évoluent et peuvent sans efforts se considérer différemment que selon les stéréotypes acquis au travers de l’éducation.

Il faut cependant ne pas craindre et se montrer curieux l’Autre, investir dans le respect, acquérir la liberté d’accepter d’être soi-même avec ses forces et ses faiblesses. Nous devenons plus forts et plus sages, lorsque nous additionnons nos forces et nos compétences.C’est plus simple que l’on ne le croit.

Force est de constater que notre communauté ne va pas dans ce sens. L’individualisme forcené, prôné par le néolibéralisme à force de manipulations de l’esprit (publicité, informations…) nous a conduit encore une fois à avoir peur des Autres. La désunion fait la force d’un petit nombre qui finit par disposer d’un pouvoir incroyable sur le grand nombre. Décider par soi-même, être libre, demande d’être habité par un désir peu commun.

Ce n’est qu’une construction culturelle. Ce n’est pas une loi de l’Univers. Décider une paix économique (l’économie étant une question de relations et d’échanges et pas autre chose), choisir l’émulation en remplacement de la compétition, s’associer… est à notre portée, si tel est notre bon plaisir. L’égalité homme – femme en découlera naturellement et personne ne s’étonnera plus qu’un homme soit infirmier, une femme avocate ou charpentière.

7)
Pierre.G.
, le 20.06.2011 à 10:01
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Pour avoir trois professions, je dirais qu’en photo, les petites mains sont essentiellement féminines, je veux dire par là mariages, travail en Fotolabo, dans le travail de restaurateur d’objets, je ne connais aucune femme, par contre elles sont majoritaires en arts appliqués, et dans le travail de commerçant en objets d’art, elles sont très présentes mais seulement dans certaines branches comme la bijouterie à un certain niveau, en dessous il y a beaucoup de femmes qui réussissent par rapport aux hommes, plutôt fainéants, qui auraient tendance à les faire bosser pendant qu’ils sont au bar…

8)
jrd
, le 20.06.2011 à 10:03
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@ jérémie

il n’y a qu’en France que la proportion de femmes est plus faible. Historiquement, la CGT, bastion macho et mysogine, avait fait passer une loi pour “protéger les jeunes et les femmes” leur interdisant de travailler de nuit, ce qui à l’époque voulait dire de 20h00 à 7h00 si mes souvenirs de vieux pionnier sont encore bon …

9)
Marcolivier
, le 20.06.2011 à 10:27
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Ne pas faire de métier pénible, quelle horrible injustice sexiste… Un complot des masochistes, sans doute.

J’ai toujours été étonné de constater que les féministes, hommes ou femmes, qui condamnent et se lamentent du choix de la majorité des jeunes femmes optant pour des métiers manuels dits “féminins”, sont pour l’essentiel des ex-universitaires n’ayant souvent que très peu de relation avec les métiers manuels. Et la réalité, oserions-nous ajouter. Ah, l’enfer idéologique des demi-savants…

11)
djtrance
, le 20.06.2011 à 11:10
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Dans mon métier (pré-presse, presse et post-presse), il y avait bien longtemps une grande majorité d’hommes mais la tendance change… Il y a bien plus de femmes maintenant dans le métier et cela fait beaucoup de bien: une petite touche de féminité dans un monde de brutes!

Après, quand à ces histoires d’enfants, j’adore les enfants, ma maman est “maman de jour” depuis plus de 15 ans donc, très habitués aux enfants… J’ai hâte d’être père et je ne suis pas dérangé pour autant!

12)
Modane
, le 20.06.2011 à 12:24
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Je me souviens des regards soupçonneux quand j’accompagnais Petit-Modane aux toilettes! Il avait cinq ans.

Penser à relire, dans XY, d’E. Badinter, le chapitre sur l’auto définition des hommes…

13)
Ellipse
, le 20.06.2011 à 12:29
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Dans l’enseignement post-obligatoire (le Lycée), il y a un peu plus de femmes que d’hommes. Franchement, au quotidien je ne fais pas la différence. En dehors des métiers requérants une certaine force physique (et encore, c’est un cliché), il n’y a pas de différences, mais plutôt des complémentarités intéressantes.

J’ai un gros regret, c’est que les jeunes filles ne choisissent pas plus les métiers d’ingénieure. Elles apporteraient beaucoup et c’est une voie royale pour la cause des femmes. Ce sont des métiers offrant une certaine souplesse, je connais pas mal d’hommes travaillant souvent à 80% dans ce secteur. Bref, il faut casser ce cliché que les sciences (surtout math et physique), c’est pour les garçons, pas facile.

14)
Marcolivier
, le 20.06.2011 à 14:29
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@ Ellipse

Un retour de balancier. Et comme le rappelle Jérémie, au début du XXe siècle, les jeunes femmes étaient généralement plus brillantes en mathématiques et sciences dans les écoles US que les garçons… qui délaissaient ces matières au profit des Humanités, voie considérée comme royale à l’époque.

Sinon, une lecture surprenante qui questionne l’hypothèse du “tout construit socialement”.

15)
Alexandre
, le 20.06.2011 à 22:17
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en réponse à Ellipse: il y au aujourd’hui à l’EPFZ plus de filles qui étudient l’architecture que de garçons…

16)
illianor
, le 20.06.2011 à 22:44
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Je cherchais un petit job quand j’étais au Gymnase et lors d’une postulation la personne m’avait dit au téléphone: “mais vous êtes un homme…”. Dans notre école une fondation privée met au concourt une bourse pour l’étudiant le méritant le plus. Pardon, pour l’étudiantE le méritant le plus… Dans cette belle école il existe aussi un groupe et dont le but est d’aider les futurE-S ingénieurE. Elles organisent des colloques dans notre domaine technique et même des voyages d’études fortement subventionnés mais il faut être femme…

L’égalité je suis pour, mais à force de vouloir trop en faire faudrait pas trop nous prendre pour de nouilles. Pour l’avoir vécu, la discrimination est une des choses les plus difficiles à vivre et la discrimination positive telle qu’elle est souvent appliquée, ne fait que de créer de nouvelles frustrations / problèmes!

17)
Zallag
, le 21.06.2011 à 08:55
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Je m’intéresse à cette sorte de problématique et il est toujours intéressant d’en savoir plus, notamment les connaissances apportées par des expériences de comportementalistes et de neurologues. Je mets ici un numéro de la revue “Cerveau et Psycho” du groupe “Pour La Science” que l’on pourra télécharger.

J’ajoute un lien vers une émission de la TSR.

Je vais laisser le lien vers la revue pour deux, allez, disons trois semaines, parce que je suis un peu maladroit pour placer sur Cuk des références bibliographiques ou des images destinées à y rester indéfiniment.

Je n’ai jamais trouvé des modes d’emploi, mais je n’ai pas trop creusé non plus la question, j’avoue…

Si une bonne âme voulait bien me détailler la chose, je l’en remercierais vivement.