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Séisme – est-ce possible chez nous?

Bâle: mémoire du séisme

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Cela s'est passé il y a près de sept siècles, mais la mémoire en est restée si vive, que des oeuvres représentant le séisme ont été produites jusqu'à une époque récente

“Après 1356, le Pont du Milieu a dû être refait...” vous dit un livre. Et un autre: “L’hôtel de ville, détruit en 1356...”  Et ainsi de suite.

Lorsqu’on se penche sur l’histoire de Bâle, on constate vite que dans la vie de la ville, il y a une coupure, un avant et un après 1356. Questionnez, et la réponse sera instantanée: “1356, c’est le tremblement de terre.”

On découvre alors que le plus fort séisme jamais enregistré en Suisse (on l’estime à une puissance de 9 sur l’échelle ouverte de Richter) a eu lieu il y a 650 ans à Bâle - et qu’il est resté gravé dans la mémoire collective.

Un témoin raconte: 8 ans à peine après une terrible peste, le 18 octobre 1356, les Vêpres tintaient aux églises lorsqu’une forte secousse a plongé la ville dans la panique. Les Bâlois se sont d’abord précipités hors les murs, puis sont revenus porter secours aux victimes. A 9 heures du soir, alors qu'on creusait frénétiquement à la recherche de survivants, une deuxième secousse, plus forte que la précédente, a dévasté la ville. On l’a ressentie jusqu’à Lausanne. 60 bourgs des environs de Bâle ont été détruits. Cette fois l’incendie, calamité fréquente et redoutée, a anéanti toutes les maisons en bois; plus personne n'étant en mesure de l'éteindre, il a sévi 8 jours durant. Il n’est même rien resté des bâtiments en pierre. Et le chroniqueur dépeint le feu consumant rue après rue, les cris sortant des ruines, le nuage de poussière, la confusion. Comble de malheur: dans la rivière Birsig, qui traversait la ville d’alors, les gravats ont fait une sorte de barrage, et l’inondation est venue s’ajouter à l’incendie.

Une gravure restitue ce qui a dû être une vision d’Apocalypse. Elle était encore réimprimée (et vendue) deux siècles plus tard.

On a parlé de 300 à 500 victimes (sur une population de quelques milliers d’habitants à peine). Et si on n’a jamais vraiment pu les compter, c’est aussi parce que la mémoire de Bâle avant ce 18 octobre a été effacée. Les archives ont presque intégralement brûlé.

Des experts estimaient récemment qu’en termes actuels, les dégâts ont dû se chiffrer à 75 milliards (oui, milliards) de francs.

La voisine Augusta Raurica, détruite par un fort séisme en 250 de notre ère, a été reconstruite ailleurs, là où est aujourd’hui Augst. Les ruines de la cité romaine ont été retrouvées intactes depuis. Les Bâlois, eux, ont rebâti leur ville sur ce qui restait de la précédente. On trouve encore des traces des dégâts dans la cité actuelle.

La catastrophe pourrait-elle se reproduire? Hélas oui. Bâle est, selon les experts, située à un endroit sensible de la croûte terrestre. En dépit des consolidations entreprises, surtout au XXe siècle, un autre 18 octobre serait moins dévastateur, mais ne peut pas être exclus absolument.

23 commentaires
1)
AdMem
, le 21.03.2011 à 08:52
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J’ignore les normes qui ont été définies pour la reconstruction. Mais cela m’étonnerait un peu qu’elles soient aussi strictes qu’au Japon. Qui sait combien de dizaines (voire de centaines) de milliers de morts un tremblement de terre de magnitude 9 entraînerait-il à Bâle ? Et les industries chimiques ? Et, pour faire “dans le vent”, les centrales nucléaires ?

Je me pose souvent la question. Sujet intéressant, en tout cas.

3)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 09:08
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Cet article était une action de dernière seconde, je suis prise toute la journée et n’aurai pas la possibilité, avant la fin de l’après-midi, de répondre à des questions.

Mais je voudrais corriger mon article (qui date d’avant le séisme au Japon): un séisme comme celui de 1358 aujourd’hui serait certainement très dévastateur: la ville entière ne serait peut-être pas détruite, mais entre les usines chimiques, la densité de la population et le reste, ce serait sans doute terrible.

Il y a une trentaine d’années, nous avions lutté et gagné pour que la centrale nucléaire de Kaiseraugst ne soit pas construite. Un des arguments, c’était qu’elle aurait été à quelques km du site de deux des plus forts séismes de l’histoire suisse -Bâle et Augst.

4)
Ritchie
, le 21.03.2011 à 09:51
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Ce qui m’intrigue c’est :

“On trouve encore des traces des dégâts dans la cité actuelle.”

Où ?

J’ai travaillé 3 mois et demi à Bâle, il y a 15 ans. ça m’intrigue un peu !

5)
mahjong
, le 21.03.2011 à 11:10
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Bonjour,

Une précision : il semble que le tremblement de terre de 1356 ait été estimé à une magnitude de 6 à 6,5 et non pas de 9n comme écrit dans l’article (source Wikipedia.

Un séisme de 6 à 6.9 est décrit comme pouvant avoir des “effets destructeurs dans des zones allant jusqu’à 180 kilomètres à la ronde si elles sont peuplées”

Un séisme de 9 : “Dévaste des zones de plusieurs milliers de kilomètres à la ronde”

Donc, sans être angélique, gardons nous d’être catastrophique. L’amplitude d’un séisme tel que celui arrivé au Japon est sans commune mesure avec un quelconque tremblement de terre jamais survenu en Europe

6)
Inconnu
, le 21.03.2011 à 11:52
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L’amplitude d’un séisme tel que celui arrivé au Japon est sans commune mesure avec un quelconque tremblement de terre jamais survenu en Europe

il y a eu Lisbonne en 1755

Il y a une trentaine d’années, nous avions lutté et gagné pour que la centrale nucléaire de Kaiseraugst ne soit pas construite.

Fessenheim, une des plus anciennes centrales de France n’est qu’à 40 km.

7)
ToTheEnd
, le 21.03.2011 à 14:07
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C’est marrant de sortir cet article maintenant… alors allons jusqu’au bout de la frénésie du “faire toujours plus peur”! Ci-dessous, la carte suisse avec les zones sismiques en rouge:

Comme on le voit, le Valais est également exposé… et sur 600 ans, il y a eu 3 tremblements de terre qui ont également fait beaucoup de dégâts (entre 6 à 7.5 sur l’échelle de Richter).

Pour info, le monstrueux barrage de la Grande-Dixence a été construit pour résister à des tremblement de 7… comme plus ou moins toutes les infrastructures hydrauliques d’ailleurs.

Bonne journée aux Valaisans…

8)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 14:44
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Je ne polémiquerai pas sur la puissance du tremblement de terre qui a détruit Bâle. C’est de source officielle que j’avais ce 9 sur l’échelle de Richter.

Il y a beaucoup de traces du tremblement de terre dans la Bâle moderne, mais elles sont discrètes. Des bouts de mur, un trou qu’on a laissé… Parmi les Tours de Bâle avec guide qu’on peut faire, il y a celui du séisme.

9)
fxc
, le 21.03.2011 à 16:39
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Parmi les Tours de Bâle avec guide qu’on peut faire, il y a celui du séisme

Voilà une phrase qui me fait rire en ces temps moroses!

Désolé Anne mais cela fait du bien.

10)
Jaxom
, le 21.03.2011 à 16:42
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Je suis justement intéressé à cette référence qui a donné 9. De mémoire j’avais également le chiffre de 9 en-tête et la semaine passée j’ai cherché des confirmations et je n’ai trouvé que environ 6.5.

Donc cela voudrait dire que de mémoire humaine, s’entend mémoire écrite, ce qui pour la Suisse doit donner environ 2000 ans, soit depuis l’arrivée de l’administration romaine, aucun tremblement de terre n’a dépassé 7 en Suisse.

Et dans la construction “normale”, je peux confirmer qu’il y a beaucoup de peine à faire passer le message du risque sismique. On aurait beaucoup de dégâts avec un séisme d’une ampleur de 7. Sinon, en raison de son système statique, ce n’est pas trop la Grande Dixence qui m’inquiéterait, mais plutôt des barrages style Hongrin ou Emosson.

11)
guru
, le 21.03.2011 à 17:31
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Citation de Anne Cunéo

Parmi les Tours de Bâle avec guide qu’on peut faire, il y a celui du séisme

Voilà une phrase qui me fait rire en ces temps moroses!Désolé Anne mais cela fait du bien.oufti

C’est le tour de Bâle ??? C’est pas le trou?
OK je sors encore…

12)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 18:56
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Citation de Anne Cunéo

Parmi les Tours de Bâle avec guide qu’on peut faire, il y a celui du séisme

Voilà une phrase qui me fait rire en ces temps moroses!

J’admets que je me suis exprimée sans élégance. Vous aviez raison de rire. Il faut dire que la journée a été rude, je travaillais à neuf heures et à 8.15 je me suis rendu compte que François avait eu une panne de quelque chose, oreiller ou ordinateur. Je ne voulais pas laisser avec rien tous ceux d’entre vous qui nous disent encore et encore que CUK est le premier site qu’ils consultent le matin…

Bon, il est 19 heures, et la journée vient de se terminer.

En Suisse alémanique, des visites guidées thématiques, c’est courant, et cela s’appelle «Tours de ville». Je voulais dire qu’il y a à intervalles réguliers, à Bâle, une visite guidée qui montre tous les résidus du séisme. Comme il y a des visites sur le thème de la 2e Internationale à Zurich (où elle a siégé, raison pour laquelle Lénine y vivait), ou sur le thème des Juifs dans la ville au Moyen Age. Et ainsi de suite, en été on vous offre ça fréquemment, et c’est toujours préparé par des gens qui connaissent leur matière.

13)
ToTheEnd
, le 21.03.2011 à 18:58
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Donc cela voudrait dire que de mémoire humaine, s’entend mémoire écrite, ce qui pour la Suisse doit donner environ 2000 ans, soit depuis l’arrivée de l’administration romaine, aucun tremblement de terre n’a dépassé 7 en Suisse.

Je pense qu’il est difficile de juger 2k ans à la seule lumière des écrits et d’affirmer que ça n’a jamais eu lieu… d’abord parce que ce qui n’a pas été mesuré est toujours très mal interprété et que la population/densité d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’autre fois.

14)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 19:08
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Je suis justement intéressé à cette référence qui a donné 9. De mémoire j’avais également le chiffre de 9 en-tête et la semaine passée j’ai cherché des confirmations et je n’ai trouvé que environ 6.5.

Cette référence m’avait été donné par les spécialistes de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Il y a une section qui l’occupe des Séismes, ils les annoncent à la seconde où ils se passent, ils surveillent, et j’ai souvent eu l’occasion de parler avec eux dans le cadre de mon travail de journaliste. Le monsieur (dont j’ai oublié le nom) qui m’a informé m’avait bien parlé de 9, et m’avait aussi expliqué ce que cela impliquait. A l’époque, diverses bourgades autour ont été aussi rasés au sol, et des maisons ont été abîmées jusqu’à Lausanne.

15)
Sparhawk
, le 21.03.2011 à 19:23
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Cette référence m’avait été donné par les spécialistes de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Il y a une section qui l’occupe des Séismes, ils les annoncent à la seconde où ils se passent, ils surveillent, et j’ai souvent eu l’occasion de parler avec eux dans le cadre de mon travail de journaliste. Le monsieur (dont j’ai oublié le nom) qui m’a informé m’avait bien parlé de 9, et m’avait aussi expliqué ce que cela impliquait. A l’époque, diverses bourgades autour ont été aussi rasés au sol, et des maisons ont été abîmées jusqu’à Lausanne.

Ce chiffre de 9 faisait peut-être référence à l’échelle MSK qui mesure l’intensité du séisme ressentie à un endroit donné, à ne pas confondre avec la magnitude qui est l’énergie libérée. 9 sur l’échelle MSK: “Les maisons s’écroulent. Les canalisations souterraines sont cassées.” D’après mes souvenirs de mes cours, l’échelle de Richter est trompeuse, car les dégâts dépendent de la profondeur du séisme. A l’épicentre d’un séisme de magnitude 7, les dégâts ne seront pas du tout les mêmes s’il s’est produit à 1 km sous la surface ou à 20 km. Reste à savoir, pour la région de Bâle, à quelle profondeur le séisme est susceptible de se déclencher.

16)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 19:48
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Sparhawk, tu as sans doute raison. Je suis loin de Suisse, je n’ai donc pas accès aux notes prises pour mon reportage et ne peux vérifier. A vrai dire, j’ignorais l’échelle MSK. Quoi qu’il en soit, le fait est qu’il y a une faille non loin de Bâle

Il y a un article très complet pour ceux qui savent l’allemand ici. Le tremblement de terre s’est produit à 15 km de profondeur, et c’était entre 10 et 12 sur l’échelle de Mercalli, j’imagine que c’est ton MSK.

Je voudrais finalement signaler que l’article Wikipedia sur le tremblement de terre est d’une inexactitude patente. Il faut regarder l’allemand, si jamais. Dans le cas particulier, ne pas trop se fier à Wikipedia français.

17)
Sparhawk
, le 21.03.2011 à 21:04
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Le tremblement de terre s’est produit à 15 km de profondeur, et c’était entre 10 et 12 sur l’échelle de Mercalli, j’imagine que c’est ton MSK.

Datant de 1964, l’échelle MSK (pour Medvedev-Sponheuer-Karnik) a en quelque sorte remplacé celle de Mercali qui elle date de 1902. Elle est aussi graduée sur 12, mais va plus loin dans les dégâts possibles et inclus les effets psychologiques sur la population. En Europe, elle a été remplacée depuis 1998 par la European Macroseismic Scale. Documentation complète avec de nombreuses photos: ici

18)
Anne Cuneo
, le 21.03.2011 à 21:37
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Documentation complète avec de nombreuses photos: ici

Superbe documentation, merci! Je l’ai téléchargée, et je la lirai à loisir, là je n’ai fait que la parcourir, ce soir mes neurones sont fatigués ;–)).

19)
Nicolas Rudaz
, le 21.03.2011 à 21:39
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Cette page explique les différentes échelles, avec une application à nos verts pâturages. On a peut-être tort de se croire à l’abri d’un tsunami, surtout lorsqu’on sait que la pire catastrophe artificielle de l’histoire est celle qui a vu la digue de Banqiao (Chine) se rompre en 1975. Les références (en anglais) sont encore rares, le gouvernement chinois ayant maintenu un silence complet sur l’incident jusqu’en 2005. Le lac retenu par la digue mesurait 490 millions de m3, à comparer avec les 400 millions de m3 du Lac des Dix.

20)
calico
, le 21.03.2011 à 22:26
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Le dernier tremblement de terre important en Valais, dont mes grands-parents m’avaient raconté leurs souvenirs, avait selon Wikipedia une magnitude de 6,1 sur l’échelle de Richter, comme celui qui s’est produit au Japon le 19 mars dernier.

22)
jibu
, le 26.03.2011 à 15:50
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franchement tte, tu ne déçoit, comparer un accident de barrage qui provoquerait une inondation, même monstrueuse avec une fusion du cœur dune centrale nucléaire n’est pas digne dune personne qui ce veut impartial dans ces jugement. Combien de temps pour réoccuper le terrain après une inondation? Combien dans le cas du nucléaire?

23)
ToTheEnd
, le 27.03.2011 à 00:55
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Tu rates le fond de mon intervention. Ce que je voulais relever, c’est que comme par hasard, au moment où une catastrophe se passe de l’autre coté du monde, on a une intervention pour nous conter une histoire Suisse de tremblement de terre avec des chiffres bidons… Avec une petite négation/rejet quand on fait remarquer que le chiffre n’est pas bon. Normal, tout est dans le titre…

Je ne nie pas qu’un accident nucléaire pose des problèmes directs et importants dans une zone géographique donnée… Mais ce n’est pas pire que reconstruire à un endroit qui a été rasé par un événement naturel. Si on était rationnel et logique, les zones sismiques devraient être autant condamnées à la construction que Pripiat.

Mais ce n’est pas le cas et Haiti est un excellent exemple. Il y a eu 200 ou 300k morts en 2010 en quelques minutes et qu’est ce qu’on fait aujourd’hui? On reconstruit au même endroit… Alors qu’en 1946 il y a déjà eu un séisme encore plus violent et pareil en 1850. Cherchez l’erreur. Combien de morts seront liés à l’accident japonais? J’en sais rien et je laisse ça aux journalistes, ils font des décomptes tellement professionnels.

Pour répondre à ta question: Combien de temps pour réoccuper le terrain après une inondation? Combien dans le cas du nucléaire? C’est plus ou moin la même chose. On ne devrait plus reconstruire dans une zone qui suite à un sursaut a tué quelques centaines de milliers de personnes.

Le nucléaire est un problème tout comme les barrages, les éoliennes, le charbon, etc. Mais toutes ses technologies sont là pour répondre à un seul problème: notre besoin en électricité.

Depuis quelques semaines, Doris ne sait plus sur quel pied danser… Normal, avec les journalistes comme baromètre et les prochaines élections comme repère, on n’est mal barré pour avoir une stratégie qui nous force à regarder la vérité en face: nous consommons trop. Depuis des années, notre consommation d’électricité croit encore plus vite que l’adoption d’énergies renouvelables… Et tout le monde attend la techno miracle qui nous sauvera tous.

Quand il s’agit de nous limiter, nous avons toujours été lents. Il a fallu attendre 60 ans pour voir des limitations de vitesse et pour faire une analogie, il faudra bien qu’on limite, taxe, amende, etc. notre consommation pour la freiner… après on pourra discuter sereinement de nos problèmes énergétiques. Prendre le problème à l’envers, c’est à dire choisir quelle techno répondra le mieux à notre frénétique besoin en énergie, c’est le plus sur moyen de se fourvoyer et faire d’autres erreurs.

PS, pour mémoire:
2007: Quelle production électrique pour demain en Suisse?
2006: Quel avenir pour l’électricité?