Accueil   Semaine   Mois   Occaz'   Compte   Forum   Bas
Mercredi 1 septembre 2010
Protectionnisme et nouvelle économie

 

Il y a un sujet sur lequel j’aime beaucoup lire, réfléchir et partager, d’où cet article, c’est la capacité de notre société à fournir un travail à chacun, si possible le plus épanouissant possible. J’ai eu la chance de travailler dans des industries variées et ai toujours rencontré des personnes enthousiastes à propos de leurs activités, que ce soit dans la construction navale, les turbines à gaz, les transports ferroviaires, les équipements de télécommunications, les équipements d’emballage, les pneumatiques, la robotique, l’automobile,... A part certains banquiers, tous montrent une grande fierté dans leur vie professionnelle. Malheureusement, cette vie est de plus en plus mise en péril par une concurrence que certains pourraient juger déloyale: la globalisation.

 

Jusqu’à présent, le message pour le grand public était que les travaux à faible valeur ajoutée valaient mieux être fait dans des pays en voie de développement que dans nos pays développés. Chez eux les produits de commodités, chez nous les produits de haute technicité. Ainsi, nous avons vu dévaler dans nos marchés des t-shirts et chaussures de sport à bas prix et des produits de grande consommation permettant à un grand nombre de ménages de s’équiper confortablement (TV, électroménager, etc.).

 

Puis la tendance a été de délocaliser de plus en plus d’activités dont le savoir faire était devenu disponible dans ces mêmes pays. Ainsi après une phase de sous-traitance en Asie ou Europe de l’Est, les entreprises industrielles ont du fermer bon nombre de leurs usines définitivement, allant jusqu’à considérer le déplacement de leurs activités de conception dans ces pays à bas couts (Inde, Chine, Roumanie, Ukraine, etc.). Cette situation a un fâcheux effets sur le taux de chômage et le déficit budgétaire de nos pays, reportant la responsabilité d’équilibrer la balance du commerce extérieur sur un petit nombre de secteurs et d’entreprises. A ce propos, je trouve insensé que personne ne s’étonne ni ne se révolte du fait qu’un pays comme la France soit débiteur d’environ 20 milliards d’euro par trimestre! En consultant les statistiques du Ministère des Finances, on remarque que pratiquement tous les secteurs d’activités sont en déficit (i.e. on importe plus que ce que l’on exporte) à part les produits agricoles et agroalimentaires, le matériel de transport et les produits chimiques, parfums et cosmétiques. On comprend mieux le rôle de Super VRP tenu par nos présidents successifs, de gauche comme de droite, cherchant à décrocher des contrats mirobolants afin de maintenir plus ou moins le PIB par habitant. Imaginez la tête de votre banquier si vous lui annonciez un déficit permanent de 5% par mois avec aucune intention d’inverser la tendance, empruntant toujours plus pour équilibrer votre compte et vous réjouissant les rares fois où votre déficit n’est que de 3%... avec la vague promesse que vos enfants rembourseront votre train de vie car vous espérez qu’ils gagneront plus que vous!

 

Encore plus grave, les soit-disantes hautes technologies comme l’électronique et l’informatique ne sont pas les relais espérés dans cette course à l’innovation: malgré des marges importantes, leur contribution est bien trop faible. De plus, combien de Google, d’Apple et de Nokia peuvent exister sur un segment donné? On se retrouve finalement avec peu de champions capables de tirer l’économie vers le haut, et une compétition toujours plus importante qui tire les salaires vers le bas, si ce n’est pas une destruction permanente d’emploi.

 

Il y a quelques semaines, Andy Grove écrivait un article dans Business Week sur la nécessité d’une politique centrée sur l’emploi pour développer à nouveau le marché du travail domestique des Etats-Unis, reconnaissant que la nouvelle économie ne permet pas de créer suffisamment de postes afin de combler le déficit dû à la globalisation. En bon Américain pragmatique, Monsieur Grove propose d’y remédier en taxant les produits manufacturés dans les pays à bas couts, encourageant ainsi les entreprises à développer, produire, et servir localement, re-créant ainsi de nombreux emplois. Cette forme de protectionnisme est similaire à celui proposé par Emmanuel Todd qui, à l'échelle de l'Union européenne, permettrait de combattre la montée des inégalités et la pression sur les salaires exercée par la mondialisation de l'économie. Ce qui est incroyable est notre incapacité à remettre en cause le dogme des bienfaits de la mondialisation alors que les américains envisagent déjà une guerre commerciale... Nos élites politiques, surement bien conseillées par d’influent affairistes profitant de ces différences de salaires (une forme d’arbitrage similaire aux produits financiers basés sur les différences de valorisation locales), refusent jusqu’à prononcer ce fameux mot commençant par P en public. Est-ce pour ne pas froisser leurs sponsors?

 

J’ai vu beaucoup de personnes amoureuses et fières de leur travail le perdre au profit d’un ou plusieurs polonais, roumains, indiens, chinois avec finalement le rêve vain de rejoindre une de ces stars de la nouvelle économie dont la capacité à créer de nombreux emplois reste toujours à démontrer. Cela m’attriste d’autant plus que les quelques reportages que j'ai pu voir sur la vie de ces polonais, roumains, indiens et chinois s’apparentent plus à du Zola qu’au trente glorieuses...

 

Je conclurai donc cet article par deux questions:

  1. pensez-vous que la nouvelle économie, quelle qu’elle soit, peut créer autant d’emplois que ceux transférés par la mondialisation des marchés?
  2. seriez-vous prêt à supporter politiquement par votre vote une initiative de protectionnisme à l’échelle européenne (Suisse incluse)?

 

Amitiés,

 

Arnaud

Icon_print