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Apprendre une langue….
A ma naissance, les bonnes fées se sont penchées sur mon berceau et y ont déposé un cadeau de très grande valeur : elles m'ont offert des parents germanophones. Une mère allemande et un père suisse allemand, les deux convaincus que notre vie en Suisse romande rendait l'usage de leur langue maternelle à la maison encore plus nécessaire.

J'ai tout d'abord gagné un temps fou à ne pas devoir apprendre les déclinaisons, les verbes irréguliers; je n'ai pas consacré des soirées entières à essayer de me souvenir du genre de "Messer" ou de "Zeitung", outre que mes éventuelles fautes d'orthographe ou de syntaxe - dans mes rédactions en français - étaient excusées par les institutrices "... quelques erreurs, dues à sa langue maternelle", laquelle avait toutefois bon dos : il se trouvait que j'étais plutôt paresseuse, tout simplement, pas en train de confondre les deux langues.

Remarquez, je serais curieuse de connaître votre définition et votre vision de la langue dite "maternelle" : est-ce celle de la "mère" ou est-ce celle dans laquelle on a fait ses classes et rédigé ses premières dissertations ? Pour moi, il s'agit clairement de la langue dans laquelle on a appris à lire, que l'on a étudié en classe "soulignez en jaune le verbe, le sujet en vert et indiquez s'il s'agit d'un complément circonstantiel de temps ou de lieu"... mais je m'égare, reprenons le fil.

Ensuite, j'ai une nouvelle fois gagné du temps lorsque le programme a ajouté une deuxième langue étrangère - en Suisse romande, après l'allemand, les enfants apprennent l'anglais - : j'étais confrontée pour la première fois à des listes de vocabulaire, tout en étant consciente que parfois, il ne faut pas chercher à comprendre pourquoi il pleut des chats et des chiens dans certains pays alors qu'en français, le ciel est supposé nous envoyer des cordes, il faut tout simplement apprendre par coeur.

Il m'a fallu quelques années pour réaliser que ces bonnes fées m'avaient offert bien davantage qu'une langue, ses expressions et ses verbes irréguliers. Elles m'avaient également offert la chance de "vivre" cette langue, notamment par l'intermédiaire des histoires que me racontaient mes parents, le soir, avant d'aller dormir, par le biais de la cuisine; ajoutez à cela le fait que j'ai passé, des années durant, toutes mes vacances scolaires en Allemagne et vous comprendrez pourquoi j'ai toujours estimé être davantage que bilingue; de l'Allemagne, je ne connais pas seulement les grandes villes et les auteurs principaux, j'en connais également les habitudes, les "codes" et la mentalité.

A l'anglais, j'ai ajouté l'espagnol, où, à mon grand désespoir, j'ai été confrontée à un problème qui s'est avéré insurmontable pour moi : rouler les "r" ! Rien n'y fit, même pas les cours avec un orthophoniste, pourtant spécialisé dans ces problématiques. Remarquez, en soi, ce n'est pas si grave si mon vis-à-vis marque une seconde d'hésitation, ne pouvant distinguer immédiatement mon "mais" de mon "chien"; si un tel handicap est amusant pour un touriste, il est rédhibitoire pour un interprète : je suis donc devenue dans un premier temps traductrice, tant j'aimais les langues, les phrases, les expressions. Malheureusement, je me suis rapidement lassée de ne pouvoir avoir d'opinion personnelle et de devoir toujours traduire les idées des autres - probablement que j'aurais été plus heureuse comme prof d'allemand et de français - et n'en déplaise aux différents traducteurs lecteurs de ce site, j'ai abandonné mes premières amours sans aucun regret.

Quoi qu'il en soit, ces quatre langues (cinq avec le Suisse allemand) m'ont ouvert de nombreuses portes professionnellement, en particulier parce que je les ai maîtrisées au point de pouvoir donner des formations juridiques en français, allemand et en anglais : force est d'admettre qu'il y a des langues plus utiles et plus "rentables" que d'autres sur le marché de l'emploi et les employeurs recherchant une juriste maîtrisant le danois sont plus rares que ceux ayant besoin d'un appui juridique en allemand et en français, surtout si on habite comme moi en Suisse.

Depuis sept ans, toutefois, je n'utilise l'allemand qu'avec mes enfants, l'anglais est devenu pour moi la langue des séries télévisées que l'on regarde lorsqu'on est trop fatigué pour entreprendre une activité intelligente; l'espagnol, quant à lui, je ne l'utilise plus guère, sauf pour chanter quelques bribes de cette chanson si triste.

Mais comme j'aime toujours les mots et que j'avais envie, pour la première fois de ma vie, d'apprendre une langue juste pour le plaisir - et non, comme jusqu'à présent, dans un but professionnel - j'ai relevé le défi que m'a lancé Junior : depuis un mois, nous prenons ensemble des leçons de mandarin.

Bien sûr, à raison d'une fois une heure par semaine, nous n'allons pas "tout de suite tout de suite" pouvoir discuter "en vo" avec un Chinois et notre heure de gloire sonnera probablement lorsque nous serons capables de passer une commande dans un restaurant chinois en nous passant de la carte; par chance, nous savons déjà demander notre chemin pour trouver les toilettes !

Au-delà de la question du niveau que nous pourrons atteindre - ou non -, je suis confrontée pour la première fois à des difficultés tous azimuts : la prononciation de la langue, la nécessité de maîtriser des sons qui n'existent dans aucune des langues que je connais déjà, l'écriture, dont la maîtrise requiert certainement toute une vie, sans parler des codes dont j'ignore tout - ainsi, mes enfants, en Chine, devraient s'adresser à une femme non pas en lui disant "Madame" mais "tante" ! Finalement, j'aimerais bien discuter un peu "politique" avec notre prof mais je l'avoue, je n'ai pas (encore) osé l'interroger....

Bref, j'ai enfin compris pourquoi on dit, lorsqu'on n'y comprend rien, "c'est du chinois !

Et vous, est-il une langue que vous tentez d'apprendre ou avez-vous au contraire "posé les plaques" parce que pour vous, toutes les langues sont du chinois ?

28 commentaires
1)
pter
, le 24.05.2010 à 07:25
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ben moi j’ai commence avec l’allemand comme langue “maternelle” (jusqu’a ma premiere journee d’ecole, une claque vu que tout le monde parlait francais…sauf moi). aussi bizarre que cela puisse etre, cette journee la, je l’ai en memoire, encore! Ensuite j’ai apris l’anglais sur le tard, a 27 ans lorsque je suis arrive avec mon baluchon en…Chine! Puis lentement, depuis 15 ans, le chinois je le baragouine. comment dire? ben non, j’accroche pas. deja IL N’Y A PAS DE SON, mais QUE DES TONS. Nous on traduits cela par des son nouveaux, la regle est PAS DE SON mais le TON (en fait n’importe quel “son” fait l’affaire, quoique prof chang dise, la verite est dans la rue, sur place). Ouais, ca deviens complique la. ben cela l’est pour eux, aussi! et je suis dans le sud, le fief du cantonais, je voyage tout l’annee du nord au sud. Un language de…bebe (pour pas dire sortit de la guerre du feu)? un truc vieux de pffff on sait meme pas. Ce qu’on sait c’est ce que les gens la pratiquant on fait pour l’humanite = 0 depuis..4-5 mille ans (hum). Et puis a t’on idee de representer un son par un ideogramme? (ceux qui ont peint lascaux sont des genies puissance 100, les hieroglyphes sont meme plus clair que ce gribouillage) un Chinois commence a etre capable de lire le journal a 14 ans, avant il n’a pas tout les characteres en memoire (et ce n’est que le journal, hein)! Alors que l’alphabet, merveille des merveilles, le summum de l’outil de comunication (parle -son, et ecrit-facile) existe. Bref, je suis pas supporter de tirer la qualite vers le bas. Alors pour frimer parler Chinois c’est hype aujourd’hui, autant faire plus fort et ce mettre au javanais,ou le tagalog, ou je ne sait quel langue aussi rigolote qu’inutile.

3)
Franck Pastor
, le 24.05.2010 à 08:16
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Pour moi, la langue maternelle mérite bien son nom : c’est bien la langue de mes parents, le français.

De toute mon enfance (jusqu’à 10 ans), je n’ai JAMAIS été en contact avec d’autres langues, même superficiellement, ce qu’un Suisse romand ou un Belge francophone aura peut-être du mal à concevoir. Mon père est pourtant d’origine espagnole, mais même ses parents à lui avaient déjà le français comme première langue et ne parlaient que français entre eux, et sans rouler les « r ». C’est mon autre grand-mère, une bourguignonne, qui roulait les « r » comme il seyait dans sa région.

Mais je trouve que même si la langue de mes parents est bien le français, ça n’a pas tant que ça à voir avec la langue apprise à l’école, où toutes les tournures familières sont exclues.

J’ai appris à l’école l’anglais, l’espagnol et le latin (ce dernier vite oublié hélas, faute de pratique). Malgré mon unilinguisme natal je n’ai d’ailleurs aucun problème à rouler les « r », moué :-b. Peut-être à force d’avoir écouté ma grand-mère.

Depuis que je suis en Belgique, j’ai appris également le néerlandais. Je maintiens autant que possible mon niveau dans ces langues, mais n’ai en fait guère l’occasion de les pratiquer oralement, ayant toujours vécu dans un environnement exclusivement francophone et ayant peu l’occasion de voyager. Je lis et écris beaucoup en anglais, du fait de mon orientation professionnelle, je lis également beaucoup en espagnol en néerlandais, et je saute sur les rares occasions de les pratiquer à l’oral. De même je préfère regarder des films sous-titrés, quitte à attendre leur sortie en DVD.

J’ai un projet qui me tient à cœur depuis longtemps : apprendre l’esperanto. J’aimerais d’ailleurs voir cette langue devenir la langue officielle européenne, pour ne favoriser aucune autre langue, particulièrement l’anglais (l’esperanto effectif actuel, hélas).

Mai vu que la marraine de ma fille est Allemande, et que pour cela et d’autres raisons pas mal de déplacements familiaux sont prévus pour l’Allemagne ces prochaines années, je vais certainement apprendre l’allemand d’abord.

5)
zit
, le 24.05.2010 à 10:20
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J’adore les langues, bien que seulement francophone de naissance, j’ai appris l’anglais, puis deux ans après l’espagnol au collège. Et au lycée, en fin de seconde, étant tellement nul en sciences, la seule orientation possible pour moi était d’avoir une troisième langue, j’ai donc eu la chance de passer un mois de vacances studieuses à Florence pour rattraper un an d’italien en quatre semaines. Et j’étais (et suis encore) nul en grammaire, pauvre en vocabulaire, mais l’essentiel est de se faire comprendre, quand ce n’est pas un métier…

Avant de passer un mois et demi (juste après le bac) au Mexique, j’étais vraiment mauvais en castillan (les mexicains sont fiers de parler la vraie langue de Cervantes, chantante, pas la langue dure et pointue des films d’Almodovar ;o), mais après cette immersion, ça allait beaucoup mieux !

Puis un an après, j’ai débarqué à Tokyo à faire la plonge dans un resto français, sans parler un mot de nippon, j’avais juste un petit carnet dans lequel je notais phonétiquement les mots ou expressions qui revenaient souvent, et dont je demandais la signification. Puis ça s’est corsé quand j’ai passé six semaines dans la montagne, employé (à ne pas faire grand chose) dans une pension familiale située dans un tout petit village où personne ne parlait autre chose que la langue de Kurosawa… L’immersion totale, il n’y a que ça de vrai ! (et la montagne japonaise est si belle, en hiver !)

Puis j’ai rencontré la future madame zit, et depuis maintenant plus de deux décennies, je pratique quotidiennement (mais elle parle maintenant bien mieux le français que moi le japonais).

Un formidable passionné amoureux des langues : Claude Hagège, dont les livres se dévorent comme des romans, une interview un entretien ici et un discours là, l’entendre parler de la musique des langues…

z (vive la V.O., je répêêêêêêêêêêête : non au doublage !)

6)
ysengrain
, le 24.05.2010 à 10:22
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La langue maternelle a sans doute été un problème dans ma vie. Entre une mère et un père me parlant français, mais vivant dans un environnement où étaient parlés le yiddish, le polonais, le russe et les très mauvais français, j’ai eu bien du mal. Sans compter les très fréquentes visites des membres américains de la famille qui parlaient … et avec lesquels mes parents parlaient la même langue.

Le renforcement de l’imprégnation à la langue française s’est fait par l’école où je suis allé dès l’âge de 3 ans.

Quand est arrivé le lycée où j’ai commencé l’apprentissage scolaire de l’anglais, j’en ai été très vite familier et je crois très bon. L’apprentissage de l’anglais et sa pratique ne m’ont jamais posé le moindre problème. Je pratique l’anglais quasi journellement à titre professionnel: les publications, les modes d’emploi des matériels utilisés, et enfin mon imprégnation: Je dois faire très attention à ne pas mêler des mots d’anglais dans une conversation ou dans un écrit.

3 ème année de lycée: 2 ème langue. Je choisis l’allemand avec lequel je me retrouve vite en familiarité de consonance: le yiddish est du bas allemand. En fait, j’emmêle tout, je ne parlerai jamais un allemand correct; en revanche, au temps où j’en avais la pratique, je lisais et comprenais aisément. Et la vie a éteint les membres de ma famille, qui parlaient yiddish. Plus de sollicitations personnelles et le cours de me études changent en même temps et me prive de la seconde langue. Le peu d’allemand qui me reste me sert à comprendre le titre des cantates de Bach.

Simultanément à l’apprentissage de l’allemand, j’attaque, seul, le russe. Je progresse pendant 3 mois petitement, puis je bloque devant les innombrables déclinaisons et variations de genre. Le dernier représentant de ma famille parlant russe meurt presqu’en même temps, ce qui fait que j’abandonne.

Un dernier mot sur la langue maternelle; Je crois que si celle-ci n’est pas clairement définie, autrement dit, si le petit enfant est confronté à une importante part d’inintelligibilité, une perturbation, sans doute variable selon les sujets peut survenir.

7)
Jérémie
, le 24.05.2010 à 10:29
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Pour moi, “langue maternelle” est une expression bizarre : ma mère est d’origine Hollandaise, et bien que mon enfance ait baigné dans le néerlandais, ce n’est de loin pas la langue que je maîtrise le mieux.

Mon histoire avec les langues a un démarrage assez tardif, puisqu’après avoir dit “maman” et “papa” dans les délais réglementaires (entre une année et une année et demi), j’ai patienté jusqu’à mes deux ans et demi pour prononcer mon troisième mot. Pour l’anecdote, il s’agissait de “glace”, ce qui est hautement significatif. Et pour ceusse qui se sont posé la question, elle était à la fraise.

Après un démarrage plutôt lent, j’ai mis le turbo : en un à deux mois, je faisais des phrases complexes, et je n’ai jamais confondu les deux langues (contrairement à mes frères, qui parfois utilisaient le mot le plus court à leur disposition). Bref, ce n’est pas parce que je ne pratiquais pas que je n’assimilais pas.

Jusqu’à mes six ans, je passais le plus clair de mon temps entre la maison, ou ma mère nous parlait en néerlandais, et ma marraine qui me parlait également la plupart du temps en néerlandais. Par la suite, avec l’école, et le départ de ma marraine pour les Pays-Bas, ma connaissance du néerlandais a un peu stagné. Ce qui fait qu’aujourd’hui, j’ai un vocabulaire de gamin, et des usages vieillis, ce qui fait beaucoup rire mes cousins. Et à chaque fois, je dois avoir trois jours pour me plonger à nouveau dans la langue, et réactiver mes connaissances.

Ainsi, même si le néerlandais est ma langue maternelle, c’est ma langue paternelle que je maîtrise le mieux : la français. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui m’ont transmis le goût de cette langue. Il faut aussi avouer que j’ai eu un changement d’école tout à fait salutaire : après toute ma scolarité sur le canton de vaud, j’ai fait ma dernière année obligatoire à Bulle, sur le canton de fribourg. Pourquoi salutaire? et bien je dois avouer que quand Miss Pop’s dit :

“soulignez en jaune le verbe, le sujet en vert et indiquez s’il s’agit d’un complément circonstantiel de temps ou de lieu”…

ça me fout des boutons. J’ai jamais pu encadrer cette approche “révolutionnaire” de la grammaire française. Et d’un coup, sur fribourg, j’ai découvert les COD, COI et compagnie, et d’un coup, tout est devenu plus clair. En six mois, mes notes de français sont passées de 1/10 à 6/6 (oui, chaque canton à son système propre pour les écoles, et donc aussi ses échelles de notes). Bref, après cela, non seulement j’aimais le français, mais en plus, j’étais assez bon dans le domaine.

J’avoue, un peu honteux, que l’informatique m’a rendu un peu “mou” de ce côté : le correcteur orthographique nous dispense d’apprendre bien des choses, et au final, quand il s’agit de reprendre le papier et le stylo, je suis parfois bien emprunté.

Pour l’allemand, je vais passer sur le sujet comme chat sur braise, pour éviter d’en dire plus que le nombre de mot qu’il me reste des mes neuf années d’enseignement dans le domaine. (je crois que c’est déjà trop de mots, d’ailleurs.)

L’anglais, par contre, c’est la langue du coeur : J’ai eu l’immense bonheur de passer une année à Manchester dans la cadre de mes études, et la langue y est pour beaucoup à ce bonheur : elle est chantante, joyeuse, un peu espiègle parfois… bref, plus je l’entends, plus je la parle, et plus elle me plaît. Chaque occasion est bonne.

A cela d’ajoute des langues apprises pour des raisons académiques : grec de la Koinè et hébreu classique pour mes premières études, Ada, C et C++ pour mes secondes.

Mes projets? Objectif-C pour iPhone OS cet été pour ma culture générale, et le semestre prochain Java…

Bref, pour quelqu’un qui s’est toujours dit terriblement nul en langues, je dois avouer être assez fier de mon palmarès. (mis à part l’allemand, qui reste ma bête noire).

Bonne journée!

9)
Franck Pastor
, le 24.05.2010 à 11:11
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ref, pour quelqu’un qui s’est toujours dit terriblement nul en langues, je dois avouer être assez fier de mon palmarès. (mis à part l’allemand, qui reste ma bête noire).

Pourquoi au juste, si je ne suis pas indiscret ? Ça paraît assez curieux, cette phobie de l’allemand, pour quelqu’un qui parle déjà le néerlandais. Les deux langues sont quand même assez proches. Et comme l’allemand est la prochaine langue dans mon programme d’apprentissage…

Bij voorbat dank :-)

10)
Origenius
, le 24.05.2010 à 13:19
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Votre billet d’aujourd’hui, Madame Poppins, est de circonstance. En effet, je fais actuellement pour la première fois de ma vie une expérience linguistique rare, et pour laquelle je n’ai pas été formé… mais la force des choses aidant… Voilà que j’ai été appelé pour passer ma journée à faire de l’interprétation simultanée français-japonais. Ceux qui requéraient mes services m’ont sollicité pour trois jours, mais mon emploi du temps chargé ne me le permettant pas, je n’ai pu accepter que pour une seule journée. Je viens d’y passer la matinée, je reprends dans 45 minutes et, pour le moment, je fais la sieste…

En y réfléchissant bien, je me demande comment j’ai bien pu en arriver là. Je n’ai jamais été particulièrement « doué pour les langues », comme on dit, bien que mon intérêt pour elles ait toujours été aiguisé. Je me suis fait croire qu’elles m’intéressaient… C’est ainsi que le collège m’a apporté son lot de langues étrangères en lesquelles, comme vous dîtes, j’étais heureux de pouvoir demander où les toilettes sont. De l’anglais au russe en passant par le latin (qui est bon pour les neurones et pour les maths, parce que quand même les maths c’est plus important), je me suis fait plaisir avec quelques mots étrangers. Évidemment, feignant comme une couleuvre, j’ai vite déchanté et le plaisir de connaître quelques mots s’est substitué à l’aigreur de ne pas pouvoir apprendre ou connaître ceux qu’il faut au point que les langues étrangères et la fierté que j’en tirai au début de leur apprentissage sont bien vite devenues un pensum… Non vraiment ces langues étrangères n’étaient pas faites pour moi. D’ailleurs un médiocre 6 en anglais au baccalauréat a fini de m’en assurer. A bien y réfléchir, je n’avais jamais dit de ma vie une seule phrase en anglais à une personne ne parlant pas français. Soit c’était une phrase mal ficelée à un prof qui n’était là que pour s’exaspérer de la mauvaise qualité de celle-ci, soit c’était un exercice de langue abscons qui n’apportait aucune satisfaction : il n’y avait pas de terreau pour faire germer la joie d’une expression nouvelle : c’était du latin syntaxique, de l’anglais de laboratoire et du russe… bien oublié depuis longtemps dont il ne me reste aujourd’hui que la lecture de l’alphabet cyrillique… bref toutes des langues mortes. Je n’avais jamais rencontré un Russe, un Anglais ou, et pour cause, un Romain de ma vie… Gageure que d’apprendre des langues si abstraites, dans lesquelles on n’a rien à dire.

Tout a changé lorsque j’ai pu rencontrer de vrais non francophones. Pour une raison encore assez inexpliquée mais qui a orienté toute ma vie jusqu’à présent, j’ai eu l’occasion de partir loin, très loin, à l’âge de 21 ans pour enseigner le français, et ce pendant deux ans. C’était en Corée du Sud dans une ville moyenne, quoique capitale de région, nommée Teajon. Aujourd’hui, on dit Daejeon, en coréen 대전, en caractères 大田, ce qui veut dire « grand champ ». Donc le cul-terreux que j’étais est arrivé chez les culs-terreux : on s’est bien entendu ! Enfin, presque ! J’ai appris trois mots et trois phrases en coréen, et même plus avec affinités. Et là tout s’est éclairé ! L’attention, la surprise, les encouragements que me conférèrent les Coréens que je rencontrais en écoutant les quelques borborygmes que j’étais capable de prononcer dans leur langue étaient pour moi sidérants : on était loin de l’écoute inquisitrice d’un prof improbable face à une phrase imparfaite. La confiance m’était rendue car ils étaient tout enchantés de constater qu’un étranger essaie de parler leur langue, c’était une forme avouée de reconnaissance et de respect. Dieu soit loué, je n’ai pas essayé de leur parler anglais, j’étais trop nul. C’est justement cela qu’ils ont apprécié !

Depuis, c’est une grande histoire d’amour avec les langues étrangères, d’amour vache parfois. J’ai bien sûr oublié à peu près tout le coréen que j’avais appris puisqu’il y a 16 ans, lorsque j’ai débarqué au Japon, la langue japonaise a pris toute la place allouée auparavant au coréen. Cependant, ayant décidé de vivre au Japon pour plusieurs années, il n’était pas question pour moi d’apprendre le japonais en dilettante, si bien que j’ai pris des cours intensifs.

Alors on peut parler des difficultés du japonais au premier rang desquelles l’écriture et la lecture. Les milliers de caractères qui ornent les rues, les journaux et les bouquins sont un défi permanent, qui me rappelle mon caractère intrinsèquement étranger. J’en ai bavé quand même. Combien de fois ai-je voulu jeter mes bouquins de japonais par la fenêtre ! Aujourd’hui je ne pourrais plus y jeter mes dictionnaires, car ils sont dans mon Mac, mon iPhone ou, à partir de vendredi prochain, dans mon iPad. Il ne faut quand même pas trop exagérer…

Alors oui, j’ai absolument la satisfaction de pouvoir demander mon chemin pour aller au lavoratoire, je peux commander à peu près n’importe quoi au restaurant, même demander des frites sans sel et du coca-cola sans glaçon.

Mais après une journée de traduction simultanée (oui, parce que je suis désormais revenu de ma deuxième séance de la journée), je me dis que du chemin a été parcouru depuis le temps que j’ai étudié le あいうえお (le b a ba japonais). Oui, en effet, nous avons beaucoup de mots en commun désormais, nous pouvons échanger avec les mêmes mots ! C’est une très grande satisfaction. Mais je peux vous assurer que j’ai aussi compris qu’on n’a pas la tête construite sur le même modèle… ni le cœur d’ailleurs…

又ね!

11)
bordchamp
, le 24.05.2010 à 14:17
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Une question à tous les lecteurs : elle ne répond pas directement à l’interrogation de Madame Poppins, mais reste liée à la problématique évoquée et m’intéresse néanmoins beaucoup dans la mesure où j’ai dû successivement apprendre après le français – qui est ma langue “parentale” – l’allemand (dont j’ai fait mon métier), l’anglais, le latin, puis sur le tard (20 ans) l’arabe : connaissez-vous un ou des logiciel(s) sous Mac, susceptible(s) de vous aider à acquérir les éléments constitutifs d’une langue étrangère ?

12)
Jérémie
, le 24.05.2010 à 15:11
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@franck : La première année d’enseignement, ça allait très bien : j’en pinçais pour la prof, alors je me donnais à fond. Par la suite, les profs ne me faisaient plus cet effet, voir même carrément le contraire, ce qui n’aide pas. Et puis il faut aussi avouer qu’en Suisse Romande, l’allemand n’a pas vraiment la cote, et ce certainement dû au fait qu’étant une minorité linguistique (même si nous sommes la plus grande de minorités), on aime pas vraiment ce qui vient du grand frère germanique.

Bref, c’est plus par obstination que mon allemand est toujours dans un état larvaire.

Bon, faut aussi dire que c’est une langue que je trouve particulièrement technique, avec des déclinaisons et des verbe irréguliers…

Mais ça n’excuse pas mon échec.

13)
Saluki
, le 24.05.2010 à 15:14
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Je suis né en France.
De parents sardes qui avaient fui le fascisme et n’ont jamais parlé l’italien ou le sarde devant moi.

Gamin, avant même le primaire, j’ai appris le piémontais grignaschin en vacances chez ma marraine.

Au collège et au lycée, j’ai appris l’anglais, bôf…. Et en seconde, déclic !, notre professeure nous apportait chaque semaine une pile de BD. D’accord, ce n’était pas Shakespeare, mais celà m’a permis de savoir prendre le métro à Londres la première fois où j’y suis allé. Ma fiancée a été lectrice de français dans un collège anglais et j’y allais souvent la retrouver durant mes études à Lille-Roubaix. Et nous avons beaucoup voyagé en bus/car dans tout le royaume.

Et ces langues m’ont prodigieusement servi au cours de ma carrière, on peut dire qu’elles ont fait la différence. Premier job en sortant de l’armée, un groupe britannique dont le secrétaire général était surpris de m’entendre parler “américain”, différence qui l’a fait me prendre plutôt que ceux qu’il avait rencontré auparavant, parlant un oxfordcamb à peu près parfait. Quand deux ans plus tard, l’équipe en place en Italie s’est désintégrée, j’étais à Paris, le seul parlant italien. Pffuit, me voilà Amministratore Delegato ! Promotion fulgurante pour un jeune ingénieur.

Donc, merci les langues !

Actuellement, et depuis trois ans, je vois Madame Saluki s’échiner sur ses cours de russe.
Chut ! dans quinze jours, elle a son exam’ de fin d’année au centre culturel de la rue Boissière, et elle bosse trois heures par jour. Elle a du courage, parce que nous sommes pour quelque temps dans les Caraïbes…

14)
JPO1
, le 24.05.2010 à 15:39
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Bonjour Madame Poppins

votre intervention rappelle des souvenirs douloureux et même plus comme le rappelle le livre de Claude Duneton « Parler croquant » paru en 1978. Comme lui je suis né dans un pays bilingue, on y parlait occitan et français, enfin certains ne parlaient pratiquement que l’occitan (surtout les hommes de la terre, et la plupart des petits enfants), certains ne parlaient que français (les instituteurs, quelques bourgeois, quelques épouses de notables), certains parlaient les deux (les femmes, les commerçants, le notaire, le médecin) en passent de l’une à l’autre suivant les interlocuteurs et les circonstances. Nous n’écoutions pas cette langue là.

En rentrant à l’école le choc fut rude : interdiction de parler notre langue même lors de jeux à la récréation. Hors de l’école ce fut aussi difficile, en dehors des paysans et des vieux, tout le monde s’efforçait à me parler qu’en français. Mon petit c’est pour ton bien !

Du coup d’écoles en collège etc, et de campagne à ville j’ai oublié cette langue d’enfance. Ça m’a coupé la langue tout court. Je n’aime pas parler. Même si j’en suis venu à apprécier et aimer cette langue enseignée tardivement à l’aide de gifles, de punitions diverses.

Douloureux je vous dis.

15)
Hervé
, le 24.05.2010 à 17:37
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Connaissez-vous un ou des logiciel(s) sous Mac, susceptible(s) de vous aider à acquérir les éléments constitutifs d’une langue étrangère ?

Allez faire un petit tour sur ce site. Ce n’est qu’une manière de faire le point, mais très utile

16)
FMter
, le 24.05.2010 à 17:56
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Chère Madame Poppins,

Encore un article sur CUK qui m’a bien intéressé. Je suis né de père suisse-allemand et de mère française. J’ai suivi le “Kindergarten” en suisse-allemande, et évidemment en suisse-allemand. Comme les destinées professionnelles de mon paternel devaient – et nous ont – conduits en France, j’ai suivi les cours, en Suisse, d’une école de langue française, puis parlé et écrit le français, lequel est devenu ma vraie langue maternelle.

Aujourd’hui, je prends des cours de suisse-allemand, pour le plaisir – et non pour les nécessités professionnelles – de le redécouvrir et de l’apprendre.

FMter

17)
François Cuneo
, le 24.05.2010 à 19:47
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Coucou Madame Poppins!

Je regrette beaucoup que mon père ne m’ait pas parlé en italien quand j’étais petit, ce comme tu le fais en allemand avec tes enfants.

Ce qui est encore plus embêtant, c’est que je suis nul pour les langues, c’est un de mes grands complexes, parmi d’autres.

18)
pioum
, le 24.05.2010 à 20:26
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Le français par mon pays L’espagnol par ma famille L’anglais par le travail, la musique, le ciné Et le polonais par ma femme et mon 2e pays

19)
Madame Poppins
, le 24.05.2010 à 23:56
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pter, c’est étrange : moi aussi, je me suis pointée à l’école en ne parlant pas un seul mot de français mais je ne garde aucun souvenir d’avoir appris le français. Visiblement, ça ne m’avait pas gêné de ne rien piger, j’ai toujours aimé l’école… et le français “sur le tas”. Quant à être “hype”, comme tu dis, ça le serait si c’était moi qui avais lancé l’idée du mandarin : je pense que Junior, du haut de ses 7 ans, ignore ce genre de considérations alors que c’est lui qui a demandé ces cours : on verra ce que ça donne même si, à te lire, ça ne va pas être simple…

fxc :-)))

Franck Pastor, de mes quatre ans de latin, il ne reste que quelques “proverbes”, surtout utiles en droit (ne bis in idem par exemple); le reste, je l’ai oublié. Et qu’est-ce que j’aimerais être capable de rouler les “r” :-) Finalement, l’esperanto, je n’y crois pas, pour la bonne et simple raison que cette langue, prononcée par un Allemand et un Grec ressemblera à… deux langues différentes !

Marcol :-))))))) je vais devoir imprimer et demander l’aide de Ping, moi !

Zit, l’espagnol parlé par des Mexicains, c’est juste magnifique ! Quant à la montagne japonaise en hiver, c’est quelque chose que j’aimerais bien avoir la chance de voir un jour !

Ysengrain, on dit souvent que le yiddish et l’allemand se ressemblent : malheureusement, je ne pige pas un mot lorsque mon physio le parle avec sa femme. Quant à tes restes d’allemand, ils t’ouvrent quand même un univers magnifique, non, avec Bach !

Jérémie, j’adore ton histoire de la glace : Mini a prononcé trois mois jusqu’à deux ans et demi (“papa”, “maman” et “caca”) pour nous dire, le 1er novembre (donc à 2,5 ans) un sonore “j’aime le nutella !” En revanche, Ada, C et C++, là, je suis larguée…

J-C, grrrrrrrrr, encore un truc à imprimer pour demander de l’aide à Ping !

Origenius, quel courage : la traduction simultanée est un exercice tellement difficile, chapeau ! Je vais peut-être voir pour mettre mes livres de mandarin dans mon ordinateur aussi : je serai alors moins tentée de les jeter par la fenêtre lorsque je tente de faire mes exercices ;-)

bordchamp, désolée, pas de piste dans ce domaine.

Jérémie, je suis toujours tellement triste lorsque j’entends des enfants dire, avant même la première leçon d’allemand, “l’allemand, c’est nul” : comme si une langue pouvait être “nulle”…. en revanche, ce que je sais, c’est que les préjugés sont nuls ! A leur décharge, difficile d’apprendre l’allemand quand on sait qu’à 50 km de chez nous, on cause… suisse allemand !

Saluki, pour certains, le déclic, c’est les BD, chez moi, ça a été l’anglais, le prof nous apportant toujours plein de musique !

JPO1, interdire à un enfant de parler une langue, c’est pour moi une représentation atroce, une forme de violence insupportable : on ne peut pas faire taire des mots qui ont été appris petit !

FMter, des cours de suisse allemand, certes mais lequel ? Bernois, zurichois, bâlois ?

François, tu sais, cela demande beaucoup d’énergie de parler une langue “étrangère” à ses enfants : tout le monde autour de nous parle français, les copains, les profs, les voisins, la boulangère, le pédiatre…. et il m’arrive de glisser vers le français lorsque je me trouve dans une assemblée francophone. Mais je me reprends généralement parce que j’aimerais qu’à défaut d’être bilingue comme moi, ils puissent au moins comprendre cette langue. Et arrête de dire que t’es nul : t’as juste pas eu les bons profs, la bonne méthode ou les bonnes raisons de l’apprendre !

Pioum, c’est joliment résumé ! Et le polonais, c’est pas fréquent !

Gute Nacht !

20)
Ellipse
, le 25.05.2010 à 08:02
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En lisant vos témoignages, je me sens tout petit et je me dis que vous en avez de la chance.

Le bonheur d’avoir des parents multilingues, je ne le connais pas. Ils ne parlent que le français. Ils m’ont cependant toujours forcé/encouragé à les apprendre, non sans succès parce que j’arrive à me débrouiller en allemand, en anglais et en espagnol, mais sans plus. J’ai essayé le vietnamien, j’arrive à en comprendre quelques mots.

Je me sens un handicapé linguistique et je me rends compte à quel point, cela me pose même des problèmes dans ma langue maternelle, manquant de répartie dans les moments de stress, de recul face aux difficultés.

Ma principale faiblesse dans le domaine est que je n’aime pas apprendre par coeur, disons pas trop, je suis paresseux pour cela. Concrètement, je détestais apprendre mon vocabulaire de base allemand, par contre j’aimais bien la grammaire de cette langue et j’ai apprécié, modestement, la beauté de certains textes.

Paradoxalement, je suis curieux pour les langues, je regarde tous les films en VO (avec sous-titre évidemment), écoute les conversations dans d’autres langues en essayant de comprendre, mais simplement je ne suis pas assez doué et surtout motivé.

Avez-vous quelques idées pour faire grandir cette motivation dans ce domaine ?

21)
isell
, le 25.05.2010 à 10:27
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Pour ceux qui n’ont pas la chance (c’est mon cas) d’avoir des parents bilingues : ne désespérez pas ! Il est tout à fait possible de devenir “fluent” dans une langue étrangère, même très différente de notre langue maternelle, et ce sans passer une seule seconde dans l’environnement de cette langue étrangère.

Bon je ne dis pas que c’est facile hein … Mais juste que c’est possible si on s’investit totalement. En fait j’étudie le chinois depuis pas mal d’années, mais de manière très (trop) sporadique, ce qui fait que même après 6-7 ans, je suis tout au plus capable de demander mon chemin, commander à boire et à manger, ou d’avoir une discussion très basique dans cette langue.

Ayant envie, depuis peu, de “passer la 2ème” pour atteindre un niveau “fluent” dans cette langue, sans avoir besoin d’aller vivre en Chine parce que ce n’est tout simplement pas possible en ce moment, j’ai fait pas mal de recherches sur le web concernant l’apprentissage d’une langue étrangère en autodidacte. On voit de tout, ça prend énormément de temps, il existe une multitude de méthodes, mais laquelle choisir ? Des cours en groupe ? Des cours privés ? Des bouquins genre Assimil, Bellasen ou autres ? Toutes ces solutions ont bien fonctionné pour moi, en tout cas ce sont ces méthodes qui m’ont amené à mon niveau actuel que je qualifierais de “basique”. Mais pour devenir “fluent” … Ca ne marche tout simplement pas.

Je ne vais pas pouvoir donner de recommandations en français, simplement parce qu’après des semaines de recherches, je suis tombé sur LE site qui allait changer ma vie. C’est l’histoire d’un gars, un jeune américain, qui a décidé de passer du niveau zéro à “native” en seulement 18 mois … Et qui y est parvenu, et ce sans quitter les US. Ca paraît fou, jour 1 il ne parle pas un mot, et 18 mois plus tard il passe un entretien 100% en japonais et il décroche un job au Japon ! Tout cela en terminant, en même temps, ses études universitaires … Ca paraît impossible, mais sa méthodologie est relativement simple, et ceux qui y ont mis le coeur, l’énergie et … le temps ! ont obtenu de très bons résultats.

Je ne vais pas détailler ici sa méthodologie, je vous renvoie à son site web, malheureusement en anglais :

All Japanese All The Time

En (très) gros, ce qu’il préconise c’est une immersion totale dans la langue étudiée, en changeant de manière RADICALE notre façon d’aborder les informations qui nous entourent : il s’agit d’écouter les news, regarder des émissions, écouter des chansons, bref, TOUT écouter dans la langue étudiée. Ca paraît très difficile voire impossible, mais il donne sur son site des recommandations (parfois un peu exagérées à mon goût, mais le garçon est assez sarcastique, difficile de savoir si c’est du lard ou du cochon parfois) pour mener à bien ce projet (exemple : virer de son iPod TOUTE la musique qui n’est pas dans la langue étudiée, afin de n’écouter QUE des chansons dans la langue étudiée, c’est juste un exemple, il y en a beaucoup plus sur son blog).

Donc voilà, je vous renvoie à son site, mais pour ceux qui ne parlent pas anglais et que cette méthodologie intéresse, n’hésitez pas à commenter voire à prendre contact avec moi ! Je précise que cette solution peut selon lui s’appliquer à TOUTES les langues étrangères, il a testé avec le chinois (cantonnais) et le japonais. L’idée n’est pas ici d’ouvrir un débat pour savoir si c’est possible ou pas, je n’ai pas testé, mais je vais le faire sous peu … Je souhaitais juste transmettre l’info, après vous en faites ce que vous voulez !

22)
XXé
, le 25.05.2010 à 12:14
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Intéressant article, une nouvelle fois.

De mon côté, c’est un peu comme pour François. Mon père, italien, est venu en France et il a toujours estimé que c’était à lui de s’adapter et non l’inverse, comme on le voit parfois (souvent ?). Il a donc toujours mis un point d’honneur à parler français. Je ne sais donc que bafouiller quelques mots dans ma langue… paternelle. Pour le reste, l’allemand, qu’il fallait apprendre (je suis Lorrain) car ça allait me servir n’est jamais vraiment rentré et ne m’a jamais servi. L’anglais, je m’y suis fait grâce à l’informatique. Le latin… à par conjuguer aimer… ;-)

grrrrrrrrr, encore un truc à imprimer pour demander de l’aide à Ping !

Essaye donc ça

Didier

23)
Jérémie
, le 25.05.2010 à 22:02
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Miss Pop’s, je suis plus que d’accord sur la question des préjugés. Je regrette aujourd’hui de n’avoir pas bien croché pendant les cours d’allemand. ça aurait été une corde de plus à mon arc… Pour le moment, ce n’est pas un manque qui se fait ressentir, mais dans l’absolu, je sais que je me suis coupé des ponts.

Quant à Ada, C et C++, ce sont des langages de programmation. En les découvrants, je suis étonné de retrouvé des concepts bien connus : syntaxe, structure “grammaticale”, etc… Ce n’est vraiment pas pour rien qu’on parle de langages de programmation. A ceci près qu’aucune erreur n’est tolérée : le forme et le sens sont vraiment étroitement liés.

24)
Madame Poppins
, le 25.05.2010 à 22:40
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Ellipse, c’est vrai qu’apprendre par coeur, c’est pas tellement mon truc non plus. J’essaie donc d’associer un mot à une image, à faire des associations d’idées qui me permettent de retenir plus facilement. Et généralement, ça marche.

Pour faire “grandir cette motivation”, moi, je n’ai rien trouvé de mieux que de toujours garder à l’esprit qu’il y a des auteurs tellement mieux en VO qu’en traduction, il y a des chansons que je peux mieux comprendre et que je peux mieux comprendre le pays, les gens. Mais autant l’admettre, la “motiv suprême”, à 18 ans, c’est de tomber amoureux ;-) Par la suite, c’est de voyager autrement qu’un dictionnaire à la main.

Isell, j’écoute déjà des chansons en chinois mais franchement, c’est basique http://www.youtube.com/watch?v=BfRUtYJ1rBU on l’a apprise par coeur, Junior et moi ! Cela dit, l’exploit de devenir pour ainsi dire “native speaker” est d’autant plus admirable que les Américains sont, du moins pour certains, guère portés sur les langues étrangères. Je me réjouis d’en apprendre davantage sur votre propre expérience : ne nous oubliez pas, ok, le moment venu ?

XXé, trop bien, ce truc : j’ai pu faire traduire les deux phrases de Marcol et de J-C, merci beaucoup !

Jérémie, y a un truc super avec les langues : même en faisant des erreurs, on peut être compris. Une machine, c’est très frustrant : si on oublie une virgule, elle plante !

Merci pour vos commentaires, votre partage d’expérience. A bientôt,

25)
Ellipse
, le 26.05.2010 à 07:56
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Madame Poppins, merci pour les petits trucs auxquels j’adhère, à part que je n’ai plus 18 ans ;-), mais que ce n’est pas vraiment un obstacle lorsqu’on aime.

+Jérémie, c’est pour cela que la traduction automatique ou la reconnaissance vocale sont très complexes à réaliser. Dans les grandes lignes ça fonctionne assez bien, mais dans le détail, actuellement, c’est loin d’être maîtrisé et ne le sera sans doute jamais par le fait même des ambiguïtés inhérentes aux langues.

Et puis, un programme qui présente des erreurs (sémantiques) ne plante pas forcément, il fait autre chose que ce qu’on lui demande. Un mot mal placé dans une phrase, ça peut aussi engendrer une incompréhension.

26)
jvi
, le 26.05.2010 à 09:18
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J’ai lu attentivement les commentaires précédents et tous m’ont vraiment intéressé, à part les idéogrammes chinois évidemment.Bravo donc à Madame Poppins !

Mon rapport avec les langues est une série de “je t’aime, moi non plus” que je vais résumer ici pour conclure qu’on peut toujours apprendre une langue, même la plus rebutante.

Mes parents étaient effectivement tous deux d’origine espagnole, mais parlant français dans et hors la maison, en Algérie alors française. Le français a donc été ma langue maternelle et demeure ma langue préférée, d’autant plus que je suis un lecteur boulimique et que cela m’a donné un vocabulaire que je n’aurai jamais ailleurs.

Arrivé en sixième, on m’a mis arbitrairement en arabe classique alors que j’avais demandé anglais ! Quand ma mère est allé contester, le censeur lui a répondu qu’il fallait aussi de bons élèves en arabe (j’étais second au concours d’entrée en sixième d’oranie). Et c’est ainsi que j’ai fait six ans d’arabe classique, alors qu’à l’extérieur on ne parlait que le dialectal qui n’avait pas grand chose à voir. Et qui mieux est, seul européen dans cette classe d’arabe, ça vous fait réfléchir sur l’arbitraire dans la société quelques années plus tard.

Bref, le prof d’arabe, le même pendant les six ans, disait que ce n’était pas la peine d’apprendre le vocabulaire (il y avait les dicos pour ça), et donc je n’ai retenu que quelques mots cinquante ans après. Première stupidité pédagogique d’enseignant.

Même erreur avec le latin. Mais de lui je garde un bon souvenir.

En quatrième donc, je vais en anglais. Là, à la troisième séance, le prof me fait lire, et sur le mot “pupil” voilà qu’il se moque publiquement de mon accent anglais mâtiné d’accent pied-noir… Deuxième absurdité pédagogique.

Au diable donc l’anglais et cette langue de charretiers où il faut apprendre non seulement un mot mais aussi sa prononciation, sine qua non ! Même en arabe on sait prononcer n’importe quel mot nouveau.

Je suis donc allé en espagnol dès le lendemain, et là je me suis régalé, avec un prof qui nous interrogeait sur ce qu’on avait fait la veille, vocabulaire compris. Cinquante ans après je suis toujours capable de discuter en espagnol, langue que j’entretiens par plaisir avec “Muy interesante” que je recommande.

Mais, assistant à l’Université, il a bien fallu que que je me mette à la langue de charretier. A trente ans, et en six mois, avec Assimil, j’ai réglé le problème de la lecture en anglais scientifique. Mais quant à le parler, c’était moins simple…

Il y a donc quatre ans, à 62 ans, j’ai décidé de régler définitivement ce problème d’expression orale dans cette satanée langue. J’ai acheté successivement cinq methodes d’anglais différentes en CD, et dans mon Scénic (avec commandes au volant) j’ai pratiqué ces méthodes deux fois chacune pendant les trois quarts d’heure d’aller et de retour quotidiens, sur l’autoroute. Plus d’un automobiliste me doublant s’est demandé pourquoi je parlais tout seul, haut et fort au volant ! Pour le fun, j’ai acheté aussi “Se perfectionner en espagnol”, pour constater que je n’en avais toujours pas besoin.

J’ai parallèlement acheté tous les livres “Lire en anglais”, où les mots nouveaux sont expliqués en anglais sur la page de droite, puis pas mal de bilingues mais avec moins d’efficacité que les précédents. J’ai maintenant des livres en anglais sur mon chevet, à côté du français ou de l’espagnol.

Bref, la méthode “Scénic quotidien”, en une année, m’a permis de m’exprimer enfin sans appréhension lors de mes exposés de conférence en anglais.

Mais je termine toujours avec “I apologize for my English, pero es una lastima de tener que hablar en esta lengua cuando se lo puede hacer en francès o en español !”, ou quelque chose de ce genre. Et il apparaît que les anglophones me comprennent maintenant très bien.

Mais, rien à faire, je n’aime toujours pas l’anglais (sans majuscule) ! Peut-être une survivance de l’atavisme anti-Anglais au tréfonds de l’inconscient des français…

27)
Madame Poppins
, le 26.05.2010 à 17:44
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jvi, apprendre l’arabe classique alors qu’il ne s’agit pas de la langue de la rue, ça doit être un peu comme pour un Romand apprendre l’allemand et se rendre compte qu’à 25 km, on parle… le suisse allemand ! Je suis une fois de plus attristée de lire qu’un prof peut faire de tels dégâts dans la motivation d’un élève, par des remarques tellement pas pédagogues !

Bon, j’ai le CD de mandarin, reste plus qu’à acheter le Scénic ;-))) Bravo pour la persévérance !

28)
Blues
, le 26.05.2010 à 20:33
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Perso de par ma mère j’ai appris le grec dès mon enfance (langue maternelle en même temps que le français) et le maitrise couramment (dommage ça ne sert pas tous les jours), un anglais suffisant pour se débrouiller et un peu d’italien en instinctif. Par contre j’ai toujours eu de la peine avec l’allemand (j’ai d’ailleurs horreur des sons produits par les “dialectes” suisses – le “bon” allemand c’est déjà mieux -)

J’ai pu constater que les personnes qui ont eu la chance d’engranger plusieurs langues dès leur enfance ont beaucoup de facilité à en apprendre d’autres par la suite. Ma voisine par exemple de mère Suédoise et de père Tchèque, à 23 ans parle non seulement couramment ces 2 langues mais en plus d’un allemand et d’un anglais bien maitrisés, se débrouille plutôt bien en russe (qu’elle a pris en option à l’uni). Bref, pour certain(e)s c’est du gâteau !