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Mardi 9 février 2010
Cela s’appelait Newton — et ça venait de la Pomme

Disons tout de suite que je suis une grande voyageuse. Je vis à Zurich par choix, et jusqu’à récemment je travaillais régulièrement à Genève, à 300 km de là. Je fais le trajet deux ou trois fois par mois. En train. Je me suis débarrassée de ma voiture et de tous les soucis qu’elle me causait il y a longtemps, lorsque j’ai trouvé un appartement en plein centre-ville. 

J’emporte toujours mon MacBook Pro 15” (3 kg et des poussières avec étui et chargeur), les livres dont j’ai besoin, et je suis forcée de prendre une valise. En effet, il y a très longtemps, on m’a enlevé un des muscles pectoraux sur lequel il y avait une tumeur maligne. Je me suis très bien remise, j’ai compensé l’absence de ce muscle, et je peux tout faire. Néanmoins, cette épaule est restée délicate, et fait vite mal si je porte trop de poids. Voilà pourquoi, pour avoir mes textes, mes livres sous la main, je me suis résignée à la valise permanente. Je suis partie en chasse du petit, du léger. Je suis rapidement tombée sur la valise à roulettes, peu répandue à l’époque. Et j’ai attendu avec trépidation l’arrivée des premiers Macs portables. J’ai bien entendu été une cliente précoce de PowerBook, j’ai longtemps eu un PB 140, qui m’a servi de 1991 à 2000 — oui, toujours le même. 

Mais le véritable ami de mes voyages a été le Newton. Je ne me souviens plus de la date à laquelle quelqu’un m’a appris que désormais on pourrait brancher un clavier au Newton. Le lendemain, j’avais tout acheté, Newton et clavier.

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Il s’agissait d’un Newton 2000 fraîchement sorti, et pendant plusieurs années, je ne suis jamais allée nulle part en emportant autre chose que le Newton et ses accessoires — qui n’allaient jamais au-delà de 1,2 kg tout compris.

Il avait des piles rechargeables, mais si je me souviens bien, en cas de panne totale, on disposait d’un chargeur dans lequel on pouvait mettre des piles ordinaires.

J’ai fini par remplacer le PowerBook 140 et le Newton par un PowerBook 12” qui, outre le fait qu’il était beaucoup plus avancé sur le plan technologique (on était passés à l’OSX), avait l’énorme avantage d’être petit, je pouvais le mettre dans un tout petit sac à dos. Mais bien entendu, il pesait plus de 3 kg avec ses accessoires.

Le Newton, miniature à tout faire

Si je reparle du Newton, c’est à cause de ce qu’on dit de l’iPad depuis que sa sortie a été annoncée. 

La première question qu’il faut se poser est: qu’est-ce que je veux que mon portable fasse?

Entendu, c’est bien pratique de se promener avec son MacBook Pro et avoir ainsi tout sous la main, mais alors tout, tout, tout. On n’a même plus besoin de se demander pourquoi on l’emmène.

Mais l’expérience que j’ai faite avec le Newton m’amène à dire que, lorsqu’on part pour relativement peu de temps, l’indispensable c’est de pouvoir continuer à travailler. Le Newton me permettait de travailler.

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Voici le bureau du Newton

Je disposais d’un traitement de texte compatible avec celui du Mac (AppleWorks), d’un tableur tout aussi compatible. Je pouvais synchroniser mes rendez-vous, mes adresses, mes notes. Je pouvais imprimer. J’avais un modem pour communiquer. 

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Envoyer et recevoir du courrier électronique avec la carte modem, rien de plus facile. Il existait même déjà des cartes Wi-Fi

Je me souviens d’un jour, à la Biennale du film à Venise. Je faisais la queue à la salle de presse pour imprimer le texte que j’allais envoyer à ma rédaction, histoire de l’avoir lu avant de l’expédier. Les autres journalistes faisaient cette queue chargés de leurs portables bien en vue, et mon voisin condescendant me fait: «Vous savez, pour imprimer, il vous faut votre ordinateur.» J’agite ma main dans laquelle je tenais le Newton et je lui fais: «Il est là». Ça l’a tellement ému qu’il a pris à témoin la queue tout entière, ça a créé une sensation, j’ai dû finir par faire une démonstration. Si les gars de Apple n’avaient pas, à l’époque, été si maladroits et si mauvais commerçants, ils auraient pu faire un malheur, dans le monde des journalistes. Car avec le Newton on pouvait faxer, expédier et recevoir du courrier électronique, transmettre des documents par infrarouge, imprimer par infrarouge ou avec un cordon, on pouvait surfer (mais surfer était encore généralement lent, et pas particulièrement agréable avec le petit Newton — encore que l’écran fût 3 x plus grand que celui de l’iPhone actuel), on pouvait en fait tout faire, et avoir son ordinateur pas vraiment dans sa poche, sauf si elle était vaste (les poches de mon imper et de mon manteau suffisaient), mais certainement dans son sac à main ou dans une petite serviette. Le Newton 2000 avait un couvercle, et il fermait si bien, qu’il n’y avait même pas besoin d’un étui.

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Ce Newton avait été adapté sur mesure pour les médecins français, La fente sur le devant sert à lire la carte vitale. Les médecins avaient tous les dossiers des malades dans la poche. Son petit nom: Dr Watson. (Photo SirenCom)

Je ne m’attarde pas sur la reconnaissance de l’écriture: elle fonctionnait très bien chez moi, après un très court apprentissage de ma calligraphie, mais je ne m’en suis servie qu’épisodiquement, j’avais toujours mon clavier avec moi. On en a fait tout un plat, mais par rapport aux possibilités du Newton, c'était un gadget secondaire. De toute façon, il y avait un clavier virtuel.

Lorsque j’écrivais un roman et que j’étais en route, j’écrivais avec le Newton, puis j’importais dans le Mac ou je m’envoyais le texte électroniquement, et je faisais du copier-coller dans mon traitement de texte préféré (Nisus, déjà). Ce qui manquait à l’époque au Newton, c’était la capacité d’importer des photos et de la musique. Mais pour le reste, tout y était. Si vous étiez dans une profession qui demandait que vous écriviez beaucoup, vous aviez ce qu’il fallait, dans une profession qui demandait que vous calculiez beaucoup, idem. La mémoire était extensible, par ailleurs, grâce aux cartes-mémoire. Des fichiers spécifiques étaient prévus pour les professions qui vous forçaient à vous promener avec une grosse documentation, et pendant tout un temps, les médecins français ont eu la possibilité de travailler en nomades avec un modèle spécialement fait pour eux. 

Ah! J’oublie: il y avait des jeux pour tous les goûts.  Et 24 heures (oui, vingt-quatre) d'autonomie.

Je me demande si c'est juste de parler du Newton au passé: il y a des amateurs qui ne l'ont jamais quitté. Voyez plutôt.

 

L’iPad, descendant du Newton

 

J’en ai toujours voulu à Steve Jobs d’avoir donné la fameuse réponse qui a blessé tous les Newtoniens à tel point qu’elle resurgit régulièrement dans les récits de la fin du Newton. A un aficionado qui, à la présentation des nouveaux iMac, lui a demandé: Que va-t-il advenir du Newton?, il a répondu: Vous pouvez vous le foutre au cul. Je suis vulgaire, mais je ne fais que traduire littéralement. Ça m’enrage encore aujourd’hui. Il dispose d’un engin génial, éminemment utile, Apple nous l’a fait payer cher (quelque 2’000 francs suisses, si je me souviens bien), et on nous invite à le jeter! Au moment où il était en train de devenir un vrai assistant de poche. Des bricoleurs informatiques ont continué à créer des applications et des usages pour le Newton, ils prouvent le potentiel qui a été jeté là - ou mis en sommeil. Pour tout savoir sur le Newton, sur son présent comme sur son passé, je vous conseille ce site très sympathique et très bien informé. C'est là que j'ai pris quelques-unes des images qui illustrent ce texte.

Une fois ma rage passée et, à l’achat de mon PowerBook 12”, une fois le Newton relativement abandonné (mais je l’ai utilisé jusqu'à il n'y a pas si longtemps, le mail fonctionne toujours, en voyage j'écrivais et m'envoyais les textes), je me suis dit que ce n’était pas possible: Jobs disposait d’un engin tellement merveilleux, il allait s’en inspirer!

C’est venu peu à peu, et je trouvais qu’au traitement de texte près, on y était assez bien arrivés avec l’iPhone et l’iPod touch, auxquels il ne manque qu’un pilote qui permette d’utiliser un clavier Bluetooth pour pouvoir vraiment l'utiliser comme on a pu le faire pour le Newton.

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Hello iPhone - Hello Newton! Je ne suis pas la seule à voir les analogies… (photo Blake Patterson)

En voyage on pourrait, en cas de nécessité, se passer d’ordinateur. L’écran est petit, mais une fois encore: ni le Newton, ni l’iPhone ne sont des ordinateurs de bureau miniaturisés. Ils offrent l’essentiel, mais le travail lourd doit se faire sur une machine plus importante.

Cela dit, j’ai déjà écrit de longues lettres sur l’iPhone, c’est simplement barbant de constamment devoir passer d’un clavier à l’autre. Et quand on est pressés, c’est si petit qu’on tend à taper à côté de la lettre.

Mais quand je pense à l’iPad promis, je crains que je ne serai pas capable attendre l’arrivée de l’iPad 2, qui sera sans doute encore meilleur. Mon épaule douloureuse voudra tout de suite le No 1.

Dans une humeur récente, François ne voyait pas à quoi ça pourrait servir, cet iPad, et quelqu’un parlait de l’absence de magie. Pas plus tard que hier, François faisait de nouveau part de sa non-envie. Pour des raisons tout-à-fait compréhensible, c'est vrai. Il fait partie des critiques qui n’ont cessé de déplorer les possibles manques de la machine. 

Chers amis, si vous voulez remplacer votre ordinateur de bureau, ou même votre portable, à mon avis vous faites fausse route. Tel que l'iPad est décrit, il est un appoint, du moins pour l'instant.

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Clavier virtuel en cas de manque de place...

Mais sur le plan strictement utilitaire, il offre tout de même pas mal de choses. Je vais:

— disposer d’un traitement de texte, d’un tableur, de mes adresses et de mon calendrier;

— d’une liaison qui me permet de surfer, de lire mon courrier et d’aller sur mon disque dur externe mac.me;

— d’un clavier interne et d’un clavier externe (sans souris, il va sans doute falloir rapprendre à naviguer avec les flèches — quelle horreur, mais je parie que la souris ne va pas tarder à suivre);

— de lire tous les livres que j’ai téléchargés en .pdf et dont j’ai épisodiquement besoin pour mon travail. Ils seront TOUS là;

- d'avoir sous la main ma musique et de mes podcasts;

— et d’avoir tout ça pour un total impressionnant, tout compris, de 1,1 à 1,2 kg.

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... et clavier physique si on en a besoin.

Et en plus, je vais disposer des 140’000 applications développées pour iPhone et iPod, et notamment de celles que j’ai déjà achetées, de ma musique et de mes photos.

Quelle misère! Je me demande comment je vais survivre avec une machine aussi déficiente. Même pas magique. Quelque chose me dit que mon esprit de sacrifice est suffisamment développé pour que je m’en accommode.

 

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