Un grand merci à Françoise Nayroles, fidèle lectrice et commentatrice de Cuk.ch et qui de temps en temps nous propose un article.
Je lui cède immédiatement la parole, ou plutôt le clavier.
Vocation d'écrivain, formation littéraire, cécité totale, pas de Braille, aucune connaissance informatique:
Et si j'achetais un Mac ?
Ce fut la question d'une amie. Trente ans d'informatique
professionnelle ne m'avaient pas préparée à ce choc!
Après bien des recherches et pas mal de découragement, le
miracle est arrivé : la vidéo d'Anne Robertson : "avec mon mac
le travail est un plaisir", signet "communauté",
voir les vidéos.
Elle y montre comment une traductrice professionnelle peut
travailler avec un Mac sans la vue et sans braille. Nous nous
sommes donc lancées!
Nos achats
- Un MacBook sous Léopard minimum, car l'utilitaire indispensable VoiceOver est intégré à ce système, alors qu'il fallait l'acheter pour Tiger. Mieux vaut Snow Leopard qui apporte des grandes améliorations.
- Les voix françaises InfoVox Ivox pour 99 dollars environ, car seules
les voix anglaises sont fournies par le système.
On peut les prendre en version démonstration pour une quinzaine de jours. (attention le package comprenant aussi les langues scandinaves est beaucoup plus cher) - un disque externe pour les sauvegardes.
Réglages minimums
- Il est bon de vérifier que le son est réglé convenablement.
- VoiceOver est activé ou désactivé à l'aide de la combinaison de la touche de fonction F5 et de la touche COMMANDE. Une équivalence est donnée dans préférence système: Accès Universel, Vue. Essayez, vous entendez le message de bienvenue énoncé par un anglais à l'accent fort prononcé! Il faut donc indiquer à VO qu'il doit parler français.
- Choix d'une voix
On ouvre VO , réglage "parole" ; un menu déroulant affiche les voix disponibles. Parmi les cinq voix françaises, Alice, Bruno, Claire, Julie et Margaux, je choisis Bruno par défaut (hé hé! le seul homme!) Je peux régler aussitôt ses paramètres débit, ton, volume, intonation. Et mon amie de s'extasier sur la beauté de la voix, rien à voir avec l'horreur synthétique qui lui inflige sa montre ! Plus tard chaque voix pourra avoir une tâche différente. - Verbosité
Ce réglage règle la quantité d'informations lues par VO. - Démarrage du Mac
La session de mon amie s'ouvre automatiquement sans mot de passe, VoiceOver est déjà lancé, le dock comprend iTunes, TextEdit et quelques autres applications pour l'étoffer à titre éducatif.
Première approche
Il est indispensable de savoir trouver sur le clavier les
touches:
CONTROLE, ALT, COMMANDE, SPACE, RETURN, F5, D (dock), M
(menu), K (comme klavier!)
Les touches F et J sont munies d'un petit ergot qui permet le
repérage des mains sur le clavier.
Les commandes de VoiceOver se font en maintenant les deux
touches CONTROLE et ALT (dites touches VO) et en activant la
touche correspondant à la commande.
Le clavier d'un MacBook étant réduit, les touches de fonction sont affectées pas défaut à luminosité, son etc… Il est bon alors de les libérer pour l'usage de VoiceOver en décochant la case : "utiliser comme touches de fonction standard" dans préférences-système-clavier. On retrouve les fonctions standard en appuyant simultanément sur la touche choisie et sur la touche de fonction "Fn", en bas à gauche du clavier.
L'apprentissage du clavier
L'aide au clavier s'obtient à tout moment par la commande VO+K (ce qui signifie qu'on appuie sur K, peu importe la casse, en maintenant les touches ALT et CONTROLE). Toute action sur le Mac est suspendue, et Bruno lit simplement le nom des touches que vous tapez. La même commande permet de reprendre le travail sur le Mac comme s'il n'y avait pas eu d'interruption.
Le curseur VO
C'est un petit cadre visible ou non que l'on peut déplacer sur différents objets dont le nom est alors énoncé. Il est bon de le visualiser grâce au réglage "effets visuels" de VO. Petit, il sera matérialisé par un cadre noir discret, plus gros, il devient une loupe qui intéresse les mal-voyants. Je l'ai choisi petit, c'est à moi qu'il sert quand je regarde mon amie travailler. On le déplace avec les flèches horizontales associées évidemment aux touches VO.
Exemple simple : lancement d'une application depuis le dock
On atteint le dock par VO+D, on s'y déplace (VO+flèches horizontales), Bruno lit les noms rencontrés. Quand je trouve TextEdit, une commande très simple (VO+SPACE) le lance ou le réactive. Je peux alors accéder aux menus de TextEdit (VO+M).
Je vous entends déjà : c'est l'enfer, ces deux doigts
immobilisés par VO! Oui , il existe une commande qui évite de
tenir les touches, mais il faut alors bien faire la
différence entre les raccourcis habituels du Mac qui ne
fonctionnent pas tant que cette commande reste active, ce qui
peut embrouiller les débutants. Les raccourcis système ou VO
qui font la même action pose parfois problème.
À ce stade mon amie a pu écrire et lire avec TextEdit.
J'avais enregistré "D'or et d'oublis" sous TextEdit, ce fut
sa première grande lecture, un grand merci à Anne!
Nous avons affiné les réglages : au début chaque lettre était énoncée, puis le mot entier après le séparateur ; rapidement nous n'avons gardé que l'énoncé des mots. Le menu Apple déclenchait la diction "aple", pénible !!! J'ai pu régler la prononciation en le priant de prononcer "appeul". J’ai également choisi d'utiliser des voix différentes : l'une lit le texte, l'autre les caractéristiques de la fenêtre contenant ce texte. J'ai pu diminuer le niveau de verbosité ( la quantité d'information énoncée) et régler le volume et la rapidité d'élocution des voix.
Et iTunes?
J'avais transféré ma bibliothèque musicale sur son Mac et elle était si tentée qu'elle a essayé seule. Elle a réussi à entendre des morceaux, mais s'est trouvée incapable de les choisir. Nous devions aborder une nouvelle étape.
La grosse difficulté
Dans une arborescence classique comme les menus et dossiers,
il est facile de déplacer en utilisant simplement les
flèches, avec ou sans VO. Mais une fenêtre ne se réduit pas à
une arborescence simple.
Elle est plutôt une collection d'objets plus ou moins
complexes : le bouton rouge de fermeture est un objet simple,
la barre d'outils est un objet complexe puisqu'elle contient
une collection d'objets qui sont eux même simples ou
complexes, le nom d'un fichier dans le Finder est aussi un
objet complexe puisque composé de lettres modifiables. Le
déplacement courant du curseur amène VO à énoncer les titres
des objets de même niveau, mais très vite nous tournons en
rond ; impossible d'entrer dans la barre d'outils sans une
commande spécifique (interagir avec cet objet) qui
permet de changer de niveau et par exemple de relever le
courrier dans Mail ou d'imprimer dans TextEdit. Là encore,
nous tournerons en rond dans la barre d'outils si nous ne
pensons pas à remonter d'un niveau (cesser d'interagir
avec) pour nous retrouver au point de départ.
Réflexion sur un exemple
Si vous avez atteint ce point avec ou sans aspirine, je salue
votre courage et je vais encore en abuser!
Pas de technique, simplement une réflexion sur l'utilisation
de votre fenêtre "home" où figure le raccourci "documents"
dans la colonne de gauche. Vous le sélectionnez, il passe en
surligné et l'arborescence du dossier s'affiche à droite,
c'est très simple!
Maintenant imaginez-vous les yeux bandés devant cette
fenêtre :
VO trouve le "tableau des raccourcis" (notre colonne), mais
il ne rentre pas cet objet complexe si nous ne le demandons
pas ; il nous faut donc "interagir" avec ce tableau
(VO+MAJ+flèche basse). Quand il énonce "documents",
nous y sommes et nous savons que la partie droite de la
fenêtre affiche le contenu désiré. Pour accéder à cette zone,
il faut sortir du tableau sans perdre la sélection (pas
de mouvements intempestifs du trackpad) c'est-à-dire
"arrêter l'interaction" dans ce tableau (VO+MAJ+flèche
haute) et reprendre les promenades habituelles avec les
flèches.
Cette gymnastique intellectuelle est réellement difficile pour le débutant qui se concentre à la fois sur les indications vocales, les touches, les ordres VO, et son but personnel.
Premier bilan
Passé ce stade, le plus dur est fait, car toutes les fenêtres ont la même structure quelle que soit l'application, alors les progrès vont vite. Mon amie utilise bien Mail et iTunes.
Maintenant qu'elle a l'ADSL, je peux gérer son Mac à
distance, c'est bien précieux les jours de neige!
Nous n'avons pas encore travaillé avec le Web, mais
puisqu'ils y arrivent tous… nous nous y mettrons bientôt.
Le forum CECIMAC
Jetez un coup d’œil ici.
Des guides divers sont téléchargeables, mais vous chercherez en vain les messages des membres. Tout se fait par courrier, il suffit d'être inscrit comme utilisateur pour recevoir tous les messages, ce qui incite vite à gérer sérieusement son courrier.
Le premier qui se sent compétent répond, Anne et Archie supervisent, l’ambiance est aussi sympathique et amicale que sur Cuk et les membres aussi variés : débutants, chevronnés, transfuges de PC (Ah ! vous retrouvez le sourire!).
Pourquoi cet article ?
Il m'a semblé que cette application du Mac mérite d'être connue et il faut bien une réponse à la question si souvent posée : "Mais comment font-ils ?"
Mais ma motivation la plus forte, c'est la notoriété de CUK, tout ce qui s'y passe est répercuté sur d'autres forums, tout est indexé et retrouvable sur Internet. J'ai eu tant de mal à les trouver ces renseignements, je pense à ceux qui ne savent pas ou qui n'osent pas ; et qui sait si en vieillissant notre vue ne s'amoindrira pas?
Conclusion
Sans les yeux, c'est possible.
Plus ou moins difficile, mais vraiment possible puisque mon
amie qui ne savait rien au départ y arrive. Le plus important
c'est la motivation, pour mon amie c'est l'usage du mail qui
a déclenché les progrès les plus rapides.
Félicitons Apple qui a développé dans Snow Leopard un outil
magnifique pour les mal voyants ; remercions Anne et Archie
qui ont créé Cecimac, l'animent avec compétence et
gentillesse et encouragent les éditeurs de logiciels à
assurer la compatibilité avec VO.
L'article est un peu austère, mais "l'aventure informatique"
que je vis avec mon amie est passionnante.
Merci pour votre patience. J'ai essayé de ne pas sombrer dans
la technique et de donner simplement une idée du travail à
faire pour utiliser le Mac sans la vue.
Finissons sur deux notes plus amusantes:
Récemment je riais toute seule : ma souris sans fil m'avait lâchée et plutôt que d'en chercher une autre, j'ai spontanément lancé VO, trouvé les préférences système et relancé la connexion de la souris.
Je riais moins le jour où j'ai lancé par mégarde la commande "rideau noir" qui laisse le Mac actif sans écran visible. Je n'ai su que redémarrer proprement. J'avoue manquer de courage pour tester ainsi mes connaissances …
Françoise Nayroles (Soizic)
(Ceux qui souhaiteraient en savoir plus peuvent me contacter par message privé)

