Vous avez de l'odorat ?
Heuu, non, pardon, vous avez du flare ?
(pour les non–anglophones, ça se prononce comme « flair »)
Moi, oui, pas trop souvent, mais quand même...
Et bon alors, c'est quoi, ce flare ?
Je cite Wikipedia :
Le facteur de flare est une aberration optique due à une diffusion parasite de la lumière à l'intérieur d'un objectif. Cette diffusion entraine une baisse générale du contraste de l'image obtenue.
Ce facteur est quantifié au moyen d'une mire spéciale composée d'un carré noir sur fond blanc. Le facteur de flare correspond à la différence d'éclairement de la zone noire de la mire lorsqu'elle occupe l'ensemble du cadre et lorsqu'elle n'occupe plus que 10% du cadre1.
Les objectifs les plus touchés par ce phénomène sont le plus souvent ceux dont la formule optique comprend le plus de lentilles, chaque lentille offrant une nouvelle possibilité de diffusion de la lumière.
Les traitements anti-reflet sont l'un des moyens utilisés pour lutter contre ce phénomène dans les objectifs modernes.
Cet effet peut par ailleurs être voulu : il existe des systèmes tels que le varicon qui sont spécifiquement étudiés pour exploiter ce phénomène et faire baisser de façon contrôlée le contraste de l'image obtenue.
Par abus de langage, le flare est souvent limité aux halos qui se forment dans l'objectif lorsqu'une source lumineuse ponctuelle se trouve dans l'image ou aux abords immédiats du cadre. Ce sont les mêmes phénomènes qui entrent en jeu dans ces halos, mais de façon extrême.
Pour en savoir plus sur ce phénomène, vous pouvez aussi vous rendre sur l'excellent (mais parfois un peu complexe) galerie photo où l'on vous parle du flare ici et, plus en détail, là.
En image, c'est ça :
(je précise que j'ai choisi des images, non pour leur intérrêt esthétique, mais uniquement dans un but d'illustration de mon propos)
(je précise aussi que, comme toujours sur cuk, quand on clique sur une image, ça va l'ouvrir dans une nouvelle fenêtre en grand, et là, franchement, pour certaines images, c'est beaucoup plus compréhensible)
Origines Contrôlées (Mouss et Hakim) au festival Rock N Poche le 01/08/2009.Photo faite au D700, avec le Nikon 50 mm f:1.4 AFD Ø4,5 au 1/125e. L'image est molle, un peu surexposée et sans détails (bon je pense que la fumée agrave la chose).
Et à son stade paroxystique, on obtient ce genre de truc :
Les Ogres de Barbak au festival Rock N Poche le 01/08/2009.C'est ça, un fantôme, c'est une image fantôme de reflets parasites à l'intérieur de l'optique qui vient se superposer à l'image, en plus de la surexposition sus–mentionnée.
0,28 secondes plus tard, je déclenchais à nouveau, l'éclairage ayant bougé (mais pas mes réglages), on obtient ça :
Une sacrée différence, quand même !Une fois de plus, je vais lâchement profiter de ma chronique sur cuk.ch pour essayer de comprendre un peu mieux les tenants et aboutissants de ce problème qui me tracasse (pas tant que ça, quand même).
Un petit test, pour essayer de comprendre.
Méthodologie :
- Trouver une pièce assez sombre où la lumière du soleil ne viendra pas perturber l'expérience (bon, la salle de bain me parait appropriée à la chose, mais faudra pas que je m'incruste trop).
- Une feuille de papier au format A4, un stylo et une règle (mais où ai–je donc mis ce petit réglet en acier ? bon, cette équerre fera l'affaire...).
- On trace sur la feuille de papier une diagonale de 29,7 cm, puis un repère tous les bah, 3 cm, ça nous fera une dizaine de repères sur les 90° d'angle qui nous intéressent (précisément, 11), puis un trait, de l'angle vers l'infini, passant par chaque repère.
- Un boîtier sur son trépied avec le fameux 50 mm susmentionné, réglé sur f:8, le meilleur diaphragme possible.
- Une scène quelconque éclairée par un flash en TTL sans fil sur le canal A (avec un réflecteur de l'autre côté).
- Un second flash sur un pied exotique réglé en manuel au 1/128 de puissance sur le canal B (bon, le pied exotique –un très étrange Paillard Bolex– n'est pas indispensable, un trépied quelconque ferait tout aussi bien l'affaire ;o). Mais vous connaissez mon engouement pour les trépieds...
- Un mètre à ruban, pour bien positionner le deuxième flash, toujours à la même distance et en suivant le gabarit avec les angles placé à l'aplomb de la lentille frontale de l'objectif.
- Une très pratique petite télécommande sans fil (de chez Hama, bien moins coûteuse que la Nikon) pour pouvoir déplacer le flash à chaque image sans avoir à retourner au boîtier pour déclencher (on est paresseux où on ne l'est pas).
Peut–être plus simple à comprendre en image...
- le réflecteur
- la nature morte
- le second flash et son trépied exotique
- le flash principal
- le mètre à ruban
- la télécommande
- le gabarit
- l'appareil
Bon, quelques dizaines de photos plus tard, essayons de voir quand ça commence à clocher (si jamais ça cloche).
Voilà notre image quelconque sans le flash secondaire, celui qui va nous faire du flare.
Image volontairement un poil dense par le sujet et le fond choisis, je pense que l'éclaircissement causé par le flare sera d'autant plus facile à voir...
Jusqu'à la cinquième image, aucun changement notable...
À partir de la sixième (angle de 40° du flash/flare par rapport à l'objectif), on note un léger déplacement vers la droite de l'histogramme, caractérisé sur l'image par un éclaircissement du fond en bas à gauche et des ombres moins marquées, ça reste subtil...
Sur la septième (angle de 48° du flash/flare par rapport à l'objectif), ça s'accentue, et le mur à droite de la brosse devient franchement plus clair, avec en plus quelques points de magenta.
Sur la huitième (angle de 56° du flash/flare par rapport à l'objectif), ça devient vraiment catastrophique, toute l'image est touchée, perte de contraste considérable, et la zone à droite de l'image (tout près de là où est le flash/flare) a perdu tous ses détails, le voile magenta est maintenant manifeste.
Hiiiii ! Un fantôme !
Bon sur la neuvième et les suivantes, l'image est franchement inexploitable, le flash secondaire dans le champ détruit presque complètement toutes les autres informations par une surexposition massive...
Et on peut rien faire contre ?
Genre, je ne sais pas, un paresoleil, par exemple ?
Test numéro 2 : le paresoleil.
Bon, maintenant que l'on connaît l'angle d'incidence à partir duquel ça devient vraiment gênant, libérons la salle de bain, et allons nous installer dans le salon...
Toujours le même procédé : une photo éclairée par un flash esclave, sans le second flash responsable du flare, une seconde avec le deuxième flash positionné à 48° sans paresoleil, et une troisième, toujours avec le second flash et le paresoleil monté.
Ça marche plutôt bien, ce truc !
Le paresolei ne rattrape pas complètement le contraste perdu, mais il permet quand même de gagner un demi diaphragme (à la louche et à vue de nez).
Et toutes les optiques sont–elles égales devant le flare ?
Bin oui quoi...
Test numéro trois : les cailloux.
Bon ce 50 mm f:1.4, il n'est pas mauvais, mais peut–être y a–t–il mieux. D'ailleurs, si j'ai choisi cet objectif, ce n'est pas seulement à cause des terribles fantômes que j'ai eu à Habère Poche l'été dernier, c'est aussi parce que c'est la focale dont j'ai pu me procurer le plus de modèles possibles en vue de les comparer :
Quatre objectifs avec exactement le même angle (tous fermés à Ø8)...
Donc toujours notre Nikon 1,4/50 AFD, un minuscule et tout plastique Nikon 1,8/50 AIS série E (à l'époque, Nikon se sentait obligé de marquer série E, pour « économique » sur ses premiers objectifs en polycarbonate, c'est vrai que ça faisait léger, par rapport aux objectif métal de l'époque –début 1980–), un magnifique Zeiss Planar 1,4/50 ZK (donc en baïonette Nikon, tout métal, lui, pour le coup, la finition n'a pas grand chose à envier à l'usinage allemand, bien qu'il sorte des usines japonaises de Cosina), et un petit AFS DX 3,5-5,6/18–70, zoom qui équipait de base les D70, pour un prix raisonnable, mais dont la réputation est plutôt bonne.
Sans vouloir faire ici un test exhaustif de ces quatre objectifs (mais ce sera peut–être pour une autre fois), on notera que le plus « mou » est le 1,4 Nikon, le plus contraste est le Zeiss et que de ce point de vue là, le petit zoom s'en sort assez bien (par contre, il est beaucoup moins « piqué »).
Voyons d'abord ça sans paresoleil :
C'est le petit Série E qui souffle le plus, suivi par le Zeiss, puis le Nikon 1,4, mais le plus surprenant, c'est quand même le zoom qui à l'air de ne pas broncher ! Quand même, ces nouveaux traitements muticouches, c'est quelque chose !
Maintenant, la même avec le paresoleil :
Apparement, c'est le paresoleil du 1,4 Nikon le plus efficace, mais on est encore loin du zoom !
Voyons maintenant comment se comporte chaque objectif dans les trois cas :
Avec le Nikon 1,8/50 AIS E, la perte de contraste est vraiment très importante, à peine rattrapée par le paresoleil.
Le Zeiss Planar 1,4/50 ZK perd beaucoup de son superbe contraste, même si le paresoleil diminue un peu les dégâts.
La grosse surprise, le 3,5–4,5/18–70 AFS Dx ne perd même pas un tiers de diaphragme à cette focale...
Bon bin je crois que c'est clair, tous les objectifs ne sont pas égaux devant le flare, et apparemment, les traitements multicouches modernes font vraiment des miracles.
D'ailleurs...
À ce sujet...
Ça me fait penser à un « N » aperçu depuis peu sur certaines optiques...
Et le traitement Nanocristal, ça marche vraiment ?
Proposé par Nikon sur ses objectifs professionnels depuis le 2,8/105 Micro–Nikkor AFG VR, ils en parlent mieux que moi chez Nikon, mais est–ce un nouvel artifice de la mercatique ou une avancée révolutionnaire ?
Vous en saurez plus en lisant la suite de notre article :
Test numéro quatre : le traitement Nanocristal.
Bon, toujours le même sujet, et deux objectifs de même focale, le Micro–Nikkor 2,8/60 AFD et le Micro–Nikkor 2,8/60 AFG N, « N » pour Nanocristal, c'est le moins cher des objectifs bénéficiant de ce traitement...
Bon, à 48°, du fait que l'angle de champ est 20% plus serré que sur un 50 mm, le résultat n'est pas flagrant, mais quand même, l'ancien perd un poil de contraste, alors que le nouveau ne bouge pas d'un cheveu.
Essayons encore...
Maintenant, avec des angles de Flash/Flare de 56° et de 62°, la différence est spectaculaire, surtout à 62° (le flash est presque dans le cadre).
Ça marche vraiment bien, ce truc, pas encore parfait, mais quand même beaucoup mieux ! C'est d'autant plus impressionnant quand on voit la construction mécanique des deux optiques : le vieux à sa lentille frontale à presque deux centimètres de profondeur, on la croirait mieux protégée des lumières parasites, alors que sur le nouveau, elle affleure.
Et au grand angle, alors ?
Bon, c'est bien beau, tous ces tests avec des 50 mm ou des 60 mm, mais j'ai entendu dire que le flare était vraiment très sensible avec un grand angle...
Test numéro cinq : le grand angle.
Bon je sens que je vais finir par lasser les plus assidus, si je continue comme ça. Déjà qu'au fond de la classe j'en vois des tas qui roupillent...
Mais c'est vrai, c'est quand même très sensible avec un grand angle, le flare.
Même problème, même procédure de test, j'ai juste rapproché le trépied de mon sujet avec un Nikon 2,8/20 AIS pour commencer :
Bon, dès 40°, des fantômes apparaissent, ça fait peur...
Voyons voir le 2,8/14–24 AFG N (N, comme quoi, encore ? oui, vous au fond, là !) :
Un tout petit fantôme dès 32°, mais ils sont bien plus petits qu'avec le 2,8/20 AIS.
Comparons, pour être bien certains :
Encore une fois, le traitement Nanocristal fait la preuve de son efficacité redoutable.
Et sur film, j'ai entendu dire que le flare était plus sensible avec les capteurs, du fait que la surface en est plus brillante ?
Bin oui, quoi, et sur film ?
NOOOOOOON, STOP ! t'as bien vu que tous ceux qui ne sont pas encore partis dorment, ça suffit maintenant !
Et puis nous n'avons ni le temps, ni le budget...
Bon, d'accord, alors...
Concluons.
Voilà, un petit tour d'horizon (non exhaustif ;o) au sujet du flare et des fantômes qui s'achève. Je suis assez content d'en savoir un peu plus sur la question.
Premier point : le paresoleil, même en intérieur, est IN–DIS–PEN–SA–BLE ! Il permet, dans le meilleur des cas, de ne presque rien perdre, et, de toute façon, il protège l'objectif.
Deuxième point : les traitements modernes des optiques ont vraiment beaucoup progressé dans le bon sens, sans même parler du « N », le petit 18–70 en est la preuve flagrante.
Troisième point : pour ne pas souffrir du flare, et si vous avez peur des fantômes, faites des photos avec le soleil dans le dos ! ;o)
Allez, une petite dernière pour la route :
La table à la fin du test.
- 2,8/14-24
- 2,8/20 AIS
- Flash/Flare
- 1,4/50 AFD
- 1,4/50 Zeiss
- 2,8/60 N
- 3,5/18-70
- 1,8/50 E
- 2,8/60 AFD
- gabarit avec émetteur de la télécomande
... le mètre à ruban, un stylo et de quoi noter, c'est qu'avec toutes ces photos identiques (ou presque), impossible de s'y retrouver sans ça.
Bon, allez, vraiment la dernière :
Firewater, le Chatô Dô à Blois, le 06/11/2009.
Le 2,8/14-24, à Ø5,6 et à 14 mm, vraiment bizarre, mais pas forcément désagréable, ce fantôme circulaire...























