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Mardi 5 janvier 2010
Migrations

Pour ne rien vous cacher, j’avais l’intention, aujourd’hui, de vous parler d’un petit programme que j’ai découvert pour transférer des textes de l’ordinateur à l’iPhone, pour les faire migrer: CyberDuck. J’avais tout préparé, fait je ne sais combien de captures d’écran pour faire un de ces tests dont François a le secret — et puis, à la dernière seconde, j’ai eu l’idée de vérifier les archives de cuk.ch. Et voilà-t-il pas que, en 2007, 6ix avait déjà testé CyberDuck, qu’il n’y a pas grand-chose de nouveau à en dire (à part que ça marche aussi avec iPhone), pas de quoi refaire un test, en tout cas, et pfff, mon ballon était dégonflé.
Comme ça en dernière minute, je ne trouverai pas un autre test Mac à produire avant 00 heure 00 minute. Je vais donc parler d'autre chose. Je reste d’ailleurs dans le sujet, puisqu’il s’agit aussi de migration, mais d’une migration d’un tout autre genre. Je l’illustre, mais entendons-nous bien: ce n’est pas pour vous donner à voir des prouesses photographiques inexistantes, c’est juste parce que les images, même au Leica D-Lux4, parlent souvent plus que des mots.

La cérémonie de Nouvel An

Je me souviens d’une certaine époque, il y a une douzaine d’années à peine, où si l’on sortait dans les rues de Zurich autour de minuit le 31 décembre, elles étaient vides. Les restaurants débordaient de monde, toutes sortes de fêtes et de bals se déroulaient un peu partout, mais on trinquait à la nouvelle année à couvert.
Une année, je me suis trouvée seule le 31 décembre à minuit: j’avais travaillé jusque tard, et n’avais pas eu la possibilité d’aller réveillonner avec des amis. Pas de problème, me suis-je dit. J’ai pris ma bouteille de champagne sous le bras, je suis sortie et suis allée sur un pont au bord de la Limmat, dit le Pont aux Légumes (Gemüsebrücke). Je me suis assise sur un des cubes de béton placés là pour les pique-niqueurs, et j’ai attendu minuit. J’avais embarqué trois verres, au cas où…
Vers minuit moins dix, un inconnu a zieuté ma bouteille en passant, et je l’ai invité à partager mon champagne. Il a ri, a sorti une bouteille de la poche de son manteau, et s’est assis à côté de moi. Dans les cinq minutes qui nous séparaient de minuit, nous avons été rejoints par une demi-douzaine d’autres personnes — nous avons accueilli la nouvelle année dans la meilleure humeur, nous félicitant mutuellement de l’originalité de notre démarche. Nous nous sommes donné rendez-vous pour l’année suivante.
J’y étais, quelques-uns des autres aussi, mais pour finir, nous étions bien cinquante (et le champagne coulait à flot, chacun de sentait obligé d’en amener une bouteille).

La migration se dessine

Je ne sais pas si c’est cette année-là ou la suivante, mais le fait est que parmi les fêtards du Pont aux légumes il s’est trouvé un hôtelier. Il a aimé l’ambiance, et s’est dit qu’on pourrait en faire quelque chose. Il nous l’a dit, et cela ne nous a pas enthousiasmés. Je ne sais trop ce qui s’est passé par la suite, mais le fait est que, en 1999-2000, l’Association des hôteliers et la ville de Zurich ont décidé d’organiser un feu d’artifice. Grandiose, bien entendu, Zurich ne fait jamais les choses à moitié.
Et maintenant…

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Voici l’embouchure de Pont aux légumes cette année, à minuit moins dix.

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Il y a encore beaucoup de monde dans les bistrots, mais il y a encore plus de monde dans les rues. Une migration de masse. Tout le monde marche en direction du feu d’artifice.
Je n’ai pas pu photographier la foule du Pont aux légumes: pas la possibilité d’y entrer. Je me suis rabattue sur le pont suivant, qui est à deux cents mètres et qu’on peut voir depuis le parvis de la cathédrale, qui surplombe le pont.

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Je n’aurais pas pu pénétrer dans la foule non plus.


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C’est là que minuit a sonné. 2010 a frappé à la porte, il est entré.

 

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On trinque, l’oeil fixé sur l’horizon.



Et voilà, enfin, les fameux feux d’artifice, dont je n’ai vu qu’un coin, il y avait entre temps dans les rues qui menaient aux bords du lac des centaines de milliers de personnes.

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J’ai tout de même fait ma petite enquête, du genre micro-trottoir.
«Pourquoi je suis dehors? Parce que les autres sortent, et je n’avais pas envie de rester dedans toute seule», me dit une fille rigolarde. Et cela résume la migration générale. Les uns y vont, les autres suivent.

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«Ça vous a plu?», je demande.
«Beaucoup», dit un jeune homme, en criant pour se faire entendre. «Les fêtes en commun, c’est plus reposant qu’en famille. A Noël, chez mes parents, c’est tout juste si on ne s’est pas entre-tués. Ici, c’est paisible.»
Les cris et les chants couvrent presque sa déclaration.Comme quoi les mots sont toujours relatifs.

A minuit et demi, la grande migration de Nouvel An disparaît en quelques minutes, ne laissant derrière elle que des poubelles débordantes et des canettes vides aux coins des rues.

Ce déplacement en foule pour voir dans un froid glacial un éphémère spectacle, le sentiment d'être un parmi cent mille autres spectateurs, est un phénomène qu'un anthropologue - mettons - antillais, ou congolais, pourrait étudier, pour tenter d'expliquer les rituels, les us et les coutume des autochtones de cette drôle de tribu dont une branche habite la Suisse.

Bonne année!

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