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A l’ombre des minarets et des clochers

 

J’hésite.

De quoi parler, aujourd’hui?

Il y a ce Bodega, dont parle un des commentaires il y a quelques jours, sympa, très utile et à peine sorti du four.

Il y a la mafia qui lâche Berlusconi, enfin on en arrive au lourd, au concret, car un mafieux qui lâche Berlusconi, même depuis sa prison, c’est avec l’assentiment des patrons, autrement il est mort au bout de quelques heures, même en prison — on saura d’où ça vient d’ici quelques jours si on ne nous annonce pas qu’il s’est pendu dans sa cellule ou quelque chose comme ça.

Il y a…

Il y a…

Rien à faire, il a beau y avoir trois cents choses dont je pourrais parler, ce ne sera pas pour aujourd’hui.

Aujourd’hui, il faut reparler de la Suisse et des minarets.

S’agissait-il vraiment des minarets?

Vous le savez, la Suisse a voté il y a dix jours contre la construction de nouveaux minarets. Il en existe déjà 4, dont un dans un quartier huppé de Zurich, construit il y a près d’un demi-siècle, et qui n’a jamais dérangé personne, au contraire serait-on tenté de dire. On peut lire son histoire ici. Vous verrez que bien que sur le site on parle non pas d’imams, mais de «missionnaires», en 1963 la Suisse se sentait si peu menacée que les autorités ont participé à l’inauguration. J’ai longtemps eu un médecin qui vivait à cent mètres de là, et je dois avouer avoir été assez fière, chaque fois que je passais par là, de penser que j’étais dans un pays  où une mosquée avait pignon sur rue.

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La mosquée de Zurich inaugurée en 1963. Elle fait partie du paysage. (Photo Adrian Michael)

Maintenant, j’en serais presque à craindre qu’on ne les démolisse…

Tournée des popotes

J’ai déjà eu l’occasion de parler ici de mon réseau de Stammtische, ces tables généralement rondes des bistrots de village ou de quartier où tout le monde s’assied et où la discussion est, d’un commun accord, générale, même si on ne connaît pas les nouveaux venus. On a fini par me connaître dans certains des bistrots, et les gens m’ont parfois fourni de très bonnes histoires sur la politique ou les usages locaux, pour la chronique que je tenais dans le quotidien lausannois 24 Heures.

Mercredi matin, j’ai écouté comme souvent France Inter de 07 à 10 heures, et j’ai constaté qu’entre 7.20 et 10 heures, il y avait été question sous une forme ou sous une autre de la votation sur les mosquées du dimanche précédent, quatorze fois. J’ai compté, et ce n’est qu’en entendant répéter la chose que j’ai eu l’idée d’ajouter des coches; sur les trois heures, les mosquées suisses (si je peux dire) ont été mentionnées près de vingt fois. Trois jours après les résultats. Quand on sait à quel point l’actualité est devenue volatile, il y a de quoi réfléchir.

Aussi, ai-je empoigné mon abonnement général et mon carnet, et je suis partie en tournée des popotes. J’ai fait une partie de «mes» bistrots entre 12 et 14 heures, une autre partie entre 17 et 20 heures. Il a fallu que je me contente de cette dizaine de bistrots-là, mais le résultat a été éloquent.

Pour la liberté religieuse

Personne, dans ces villages, ne mettait en question la liberté religieuse. La religion est une affaire privée, disaient-ils tous. Mais en Suisse, elle est presque partout religion d’Etat, rétorquai-je. Haussements d’épaules de tous côtés. C’est facultatif quand même — si tu ne vas pas à l’église, personne ne te persécute. Voilà ce qu’ils disaient. Le Hamas t’arrête parce que tu te coupes la barbe, les Iraniens te fouettent parce que tu ne portes pas le voile. La religion d’Etat, c'est ça.

Ils acceptent que dans nos pays, ce soit plus facile d’être chrétien que d’être juif ou musulman.

«Mais vous voyez que les bouddhistes thibétains ont trouvé refuge en Suisse, ils y ont leurs temples, leurs adeptes, mais personne n'a jamais protesté, parce qu’ils ne font pas de prosélytisme,» remarque un monsieur.

«Le problème avec les Musulmans, leur religion est impérialiste,» renchérit une dame.

«Ah bon?», dis-je, «parce que la religion chrétienne n’est pas impérialiste, elle?»

«Si, si», ils sont tous d’accord, mais ils nuancent: «Ceux qui veulent convertir, ce sont surtout les catholiques. Les protestants ont lâché depuis longtemps.» Les diverses nuances du protestantisme sont diversement prosélytes, celles qui se transforment en secte mis à part. Ils sont d'accord aussi qu'il ne faut pas mettre tous les musulmans dans le même sac.

«Mais», dit un jeune homme, «Les musulmans veulent conquérir le monde. Comme les catholiques, qui ont fait des guerres pour ça, et pas seulement du temps des Croisades. Eux, ils font du terrorisme.»

Du coup, les musulmans sont de nouveau tous dans le même sac...

Il faut pourtant préciser que, dans cette région plutôt protestante, on se méfie autant du catholicisme que de l’islam. On m’a rappelé plus d’une fois diverses déclarations du Vatican, par exemple celle comme quoi le Catholicisme est la seule vraie religion. Et comme pour confirmer, une jeune catholique aux yeux brillants de zèle déclarait oeu après que «l’oecuménisme c’est qu’on parle avec tout le monde, comme ça ils verront que le catholicisme est la seule religion valable». Sic, je vous assure!

«Vous ne comprenez rien», explose un grand baraqué dont je pense qu’il travaille dans le bâtiment, «nous n’avons rien contre les étrangers - musulmans, chrétiens, animistes, confucéens, on s’en fout: nous avons la rage parce qu’on s’en sert pour nous chasser de notre travail, parce qu’ils sont moins payés, et comme ça on peut moins nous payer, nous. En fait, c’est à ceux qui nous exploitent, qu’on en veut.»

Je ne fais pas le détail, mais de village en village, c’est toujours le même type de discussion. Dans certains villages dont les résultats dépassent les 60% de oui é l'interdiction des minarets, on m’a même dit se méfier de l’UDC qui a lancé l’initiative.

Bref, j’ai constaté que ce vote ne représente pas nécessairement, et même parfois pas du tout, en dépit de ce que disent certains, un plébiscite pour l’UDC, notre parti hypernationaliste, mais un mélange on ne peut plus confus de craintes, de révoltes et d’affirmations. 

Le village qui s’appelle Village

Un de mes collègues zurichois journaliste au quotidien Tages-Anzeiger est allé à Dorf (en français: Village), dans l’Oberland zurichois, le bled (645 habitants) qui a battu tous les records en votant à 75,6% contre la construction de minarets. L’article qu’il en a ramené diffère à peine de mes propres constatations. 

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Un village typique et sans histoire, avec ses vignes et ses toits pointus, ses étrangers... et son clocher. (Photo PD)

Non, les habitants de Dorf n’ont jamais eu aucun problème avec les musulmans qui vivent au village, ils en ont même naturalisé. Mais bon, dans ce village vigneron il n’y a que quarante étrangers. Ils sont intégrés. Ici, tout le monde se tutoie. Tous les membres du conseil communal sont sans parti, et aucun des partis n’a ici de section.

Si l’on consulte les statistiques de la votation pour le canton de Zurich, on se rend compte que plus on s’approche de la grande ville, plus les gens acceptent l’éventualité de minarets, plus on s’en éloigne, plus le refus et les amalgames sont grands.

A Dorf, par exemple, une technicienne spécialisée (qui préfère taire son nom), déclare qu’elle est très heureuse que le village ait accepté l’initiative.

«J’ai souvent à faire à de ces hommes-là. Ils n’ont aucun respect pour les femmes. En votant, j’ai voulu dire: stop à l’islamisation rampante de la Suisse avec son cortège de comportements d’intolérance envers les femmes. Et stop à ces politiciens suisses qui ne prennent pas au sérieux les doutes de la population.»

Et pourtant, les statistiques démontrent que plus les gens sont formés, plus ils ont refusé cette initiative. Le résultat démontrerait-il donc que l’éducation civique n’est pas à la hauteur? Car de toute évidence, la technicienne mélange deux thèmes. La directrice de la Commission scolaire de Dorf, a voulu, elle aussi, en votant pour l’initiative, protester contre la manière dont l’Islam traite ses femmes. Ça n’a rien à voir avec la xénophobie, selon elle.

«Et puis, on a aussi interdit aux Juifs d’égorger les moutons, et ça fait partie de leur religion. Mais personne n’a rien dit. Alors…»

Le pasteur de Dorf a fait après la votation un sermon dont celles et ceux qui l’ont entendu disent qu’il était mémorable. A qui prétendait que ceux qui avaient lancé l’initiative étaient responsables du résultat, parce qu’ils avaient posé la mauvaise question, il a répondu: «Ce ne sont pas les milieux qui ont concocté cette initiative qui en sont responsables: c’est vous qui avez voté pour.» Et la persécution des chrétiens dans l’Islam, lui ont rétorqué ses ouailles. Là-bas, l’amour du prochain laisse pour le moins autant à désirer que chez nous. Certains disent avoir voté contre les minarets en Suisse pour cette raison, en quelque sorte par représailles.

Le monde en écho

Pendant que j’écris cet article, j’écoute d’une oreille France inter. Ce qui passe en ce moment, c’est «C'est demain la veille», les débats de la semaine. Quatre sujets brûlants dont discutent quatre personnalités. Ce dimanche, immanquablement, un des sujets est la votation sur les minarets en Suisse. Une minute, et hop, on est passé à l’identité nationale. Ici aussi, la confusion entre ce que quelqu’un a qualifié de «simple problème urbanistique» et toutes sortes de problèmes est évidente.

J’imagine que les lecteurs de Cuk auront vu comme moi, ces huit derniers jours, les courriers de lecteurs du monde entier qui débordent de «Bravo les Suisses!» sur tous les tons, et sous diverses formes.

Dans le Journal télévisé américain de Brian Williams, Nighly News, un des plus sérieux des Etats-Unis, la votation suisse a été citée plusieurs fois ces huit derniers jours, liée aux problèmes les plus divers, d’autant plus lorsque certains Suisses se sont mis à s’écrier que pour «expier» la votation, il fallait accueillir des prisonniers de Guantanamo. Ou interdire la bourka. Bonjour les hyperamalgames!

Bref, si dans un premier moment certains d’entre nous ont réagi par «j’ai honte d’être Suisse», je crois que, réflexion faite, ou du moins entamée, le résultat va bien au-delà de la xénophobie ambiante — éventuellement, on pourrait même dire que l’UDC est complètement dépassée, et qu’on a tendance à l’oublier, car partout, ce qui sous-tend le débat, c’est: nos gouvernants ne nous écoutent pas, alors si pour une fois on a l’occasion de leur faire un pied de nez, d’exprimer les injustices — la condition faite aux femmes, la politique de l’immigration et celle du travail — on ne s’en prive pas.

Et nous qui avons voté sans faire aucun amalgame, simplement contre cette initiative qui est en soi indécente, sommes en fait une minorité. Il faut réfléchir là-dessus.

De quoi se dire que ce sujet complexe est encore plus complexe et compliqué qu’on ne le pensait.

44 commentaires
2)
jibu
, le 08.12.2009 à 06:53
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N’empêche, le truc qui me fait peur dans cette histoire est de donner un bâton (une Grenade Swiss made en plus) aux tarés les plus dangereux de la planète. Je n’ai rien contre l’Islam et les islamistes n’y peuvent rien, mais on attaque de front Ben Laden là…

3)
Zallag
, le 08.12.2009 à 07:03
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Une chose qui m’a frappé, c’est la manière dont les votes ont pu être mis en catégories diverses (il y eut le vote laïc, contre toute surreprésentation d’attitude ou de signes religieux, voire contre toute religion. Il y eut le vote religieux, de la part de chrétiens, catholiques surtout, revendiquant par exemple fortement les racines chrétiennes de notre culture occidentale, qui vont se nicher jusque dans des expressions courantes. Il y eut bien sûr le vote basique et simpliste anti-étrangers, et ainsi de suite). Ce qui m’a frappé le plus, c’est l’importance du vote féminin.

Anne, vous avez décrit dans les premiers commentaires, votre première réaction, à chaud, comme hallucinée. Je comprends par là que vous étiez scandalisée et outrée de réaliser quelle avait été la réponse des urnes. Je pense vous exprimiez là une attitude qu’on peut attribuer plutôt à une personne qui vote généralement à gauche.

J’ai lu par contre, les jours suivants, l’avis de femmes qui, justement parce qu’elles étaient de gauche, avaient elles, voté en marquant leur forte opposition à la construction de nouveaux minarets.

Les raisons qu’elles donnaient étaient qu’elles craignaient qu’en donnant la main, on demandât ensuite de donner le bras. Elles disaient leurs inquiétudes pour d’autres femmes soumises à des pratiques discriminatoires, abaissantes, voire pire, qui seraient tolérées chez nous, qui apparaîtraient peut-être même dans nos lois, sous la pression de cultures étrangères à la nôtre, elles disaient leur solidarité avec tant d’autres femmes vivant sous la loi de l’islam (mot qui signifie « soumission »), et qui ont si peu de libertés. Elles disaient pourtant fermement qu’il était anormal pour elles de donner leurs voix à une initiative de l’UDC. L’une d’elles disait même qu’elle allait quitter le parti socialiste, qui avait été incapable de percevoir les craintes des gens de la rue, et des femmes, même les plus modérées.

Pour ces femmes de gauche, les heures de piscine réservées aux femmes, les dispenses d’heures de sport pour les filles et autres requêtes confirment l’impression que ceux des musulmans qui sont les plus sensibles au discours intégriste voudraient constituer une société parallèle régie par ses propres lois.

Il est évident que chacun connaît près de chez lui des musulmans qui vivent paisiblement leur foi sans songer à nuire à quiconque. Mais ce que chacun peut observer des réalités de la rue arabe et de l’instrumentalisation politique qui est faite de l’islam pèse plus lourd. Et ce ne sont pas les paroles rassurantes de quelques intellectuels très médiatiques qui y changeront grand-chose. Affirmer que l’islam est une religion de paix et d’amour ne convainc pas. Chacun voudrait plutôt en voir la démonstration concrète dans les pays où l’islam est majoritaire.

Il faut faire la distinction entre les simples croyants et l’islam politique.

Votre conclusion résume exactement tout cela.

4)
Anne Cuneo
, le 08.12.2009 à 08:46
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@ Zallag

Le fait politique sec, c’est que l’Union démocratique du centre populiste et à droite toute a voulu faire un coup politique, cela n’avait rien à voir avec le féminisme, et disons en passant que le«féminisme» de l’UDC n’est pas piqué des vers. Voter pour cette initiative, c’était ne pas s’apercevoir qu’on faisait marcher les gens qui ne voyaient pas les implications politiques de ce vote. J’en veux beaucoup aux autres partis de ne pas avoir fait une véritable campagne dans laquelle le sens de ce vote serait vraiment expliqué clairement. Les derniers jours avant la votation, ces partis qui s’indignent maintenant et font même par moments de la surenchère étaient tout bonnement absents.

Il suffit de comparer avec la campagne contre l’initiative sur l’exportation d’armes, faite par l’industrie lourde, pour comprendre la différence: ils ont martelé sans cesse leur message, et l’initiative a été balayée: on continuera à exporter des armes. Cette initiative avait peu de chances de toute façon, mais là, on a été capables de mobiliser. Contre l’initiative sur les minarets, cette mobilisation n’a pas eu lieu.

5)
6ix
, le 08.12.2009 à 09:43
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Le fait de vouloir faire « passer un message », notamment aux autorités, est assez fréquent, même en Suisse où l’on vote souvent. Et il est donc important de comprendre toutes les raisons qui ont poussé la population à répondre oui (ou non). Mais si crier « j’en ai marre de ça » est une chose, le mettre dans la Constitution en est une autre. Et il y avait mille autre moyens de traiter ce sujet. Peu ont argumenté en ce sens, laissant le champ libre à ces cris de révolte.

D’une manière plus générale, l’UDC est très souvent critiquée, mais j’ai l’impression que les autres partis ont peur, peur de jouer le même jeu, peur d’aller sur le même terrain, sous prétexte que « l’on n’est pas comme eux, n’agissons pas comme eux ». Résultat ? D’un côté un parti qui soulève des problèmes (même si en l’occurrence, le sujet n’était pas directement un problème, mais en soulevait de nombreux), avec des solutions radicales et extrêmes, de l’autre des partis qui restent vagues, minimisent, et ne donnent donc pas de solution concrète. Facile à comprendre pourquoi celui qui veut se faire entendre finit par choisir le premier…

Peut-être que si la gauche s’aventurait sur le terrain de l’UDC (entre autres) pour mieux s’en démarquer, il en serait autrement. Ne pas dire « mais non il n’y a pas de problème, ne faisons pas de généralités, etc…» mais écouter et dire « d’accord, ce sujet vous préoccupe, il y a effectivement certains problèmes, et voici notre solution ». Le jour où la personne en face de Freysinger lui dit « t’as raison de soulever le débat, nous aussi on veut améliorer les choses, sauf qu’on a une autre solution », il n’aura plus de quoi se victimiser et retourner le sujet en sa faveur: son seul moyen sera de démontrer que sa solution est meilleure qu’une autre solution. Et pas simplement que lui a une solution là où personne n’en donne. Mais pour l’instant, le discours est plutôt du genre « méchant Monsieur, ce que tu dis est horrible, tu n’as pas le droit, bouh pas bien… ». Et c’est dommage…

6)
Jérémie
, le 08.12.2009 à 10:00
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Merci pour cet article, Anne. Une bonne analyse du terrain, avec recul et finesse. Je poste avant que les commentaires ne partent dans tous les sens, parce que je préfère garder un bon souvenir de ton article.

Je conseille toutefois de visionner le reportage de Mise Au Point sur le sujet à La Roche. Les propos y sont saisissants! Mise Au Point

7)
Marcolivier
, le 08.12.2009 à 10:28
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Intéressant article. La question est effectivement bien plus subtile que “gentils” vs. “méchants”. Je me demande d’ailleurs si, et dans quelle mesure la votation ne refléterait pas inconsciemment l’attachement de la population suisse à ses valeurs et à son histoire chrétiennes.

Cela dit, si “les statistiques démontrent que plus les gens sont formés, plus ils ont refusé cette initiative”, c’est généralement parce que plus les gens sont formés, plus leurs revenus sont élevés, plus ils sont mobiles, et plus ils peuvent aller vivre ailleurs en cas de problème. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que la grande majorité des “élites” intellectuelles, politique, économiques et médiatiques vivent dans de beaux quartiers. Il n’y a que les gens simples qui ne peuvent que difficilement déménager et qui sont confrontés aux problèmes concrets de la rue…

@ 6ix: très bonne remarque qui s’observe également en France ce me semble. En Angleterre par contre, c’est la gauche (Labour) qui semble maintenir le monopole des propositions.

En Suisse, et à Lausanne, nos politiciens du centre et de gauche ont tellement peur pour leur image qu’ils perdent tout courage à représenter (leur rôle premier) leur électorat et ses préoccupations. A droite, c’est également le cas, où représenter des lobbies est plus sexy que les basses préoccupations populaires. C’est tout de même honteux que l’UDC soit dans une large mesure le seul parti de proposition à soulever des problèmes concrets préoccupant la population. On aurait presque tendance à accuser les autres partis politiques de tenir la population suisse en otage de l’UDC, parce qu’ils ne représentent que les “élites”, sont obsédés par leur image, et qu’en conséquence, plutôt que de prendre le risque de passer pour “méchants” au regard de leur audience habituelle (“élites”), ils préfèrent leur complaire, donc rester sans sel, neutre, et insipide. Ce qui ne pourra que faire le succès de l’UDC, comme l’histoire récente nous le montre…

8)
ysengrain
, le 08.12.2009 à 10:48
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J’imagine que le résultat de la votation en Suisse contre l’édification des minarets représente l’amalgame entre la représentation basique d’un symbole religieux et l’activisme islamite. Truisme: tous les croyants ne sont pas des activistes.

Et dès qu’on touche à l’appartenance religieuse …. deux exemples ? Au coeur le plus profond des Cévennes, dans un village de disons 50 habitants, il y a un cimetière, à flanc de petit coteau. Il est séparé en deux par un sentier bien marqué. Et pourquoi donc ? Simple: les protestants d’un côté, les catholiques de l’autre. Là aussi !!! incroyable.

Dans le même village, un couple a monté une auberge, il y a maintenant 30 ans. Ils sont catholiques, non pratiquants, mais disons d’appartenance. Peu après sa naissance, leur premier enfant a eu besoin d’un médecin. Ne connaissant personne, parce que récemment arrivés, ils ont choisi le premier médecin de l’annuaire. Mauvais choix, Madame, Monsieur, c’était un protestant !! comment avez vous pu ?

Mon épouse s’est fait faire une chaine de cou qui porte une main de fatma, une étoile de David, une croix huguenote et une croix catholique. Dans le métro parisien, elle s’est fait traitée de salope pour avoir mélangé les symboles religieux.

Je trouve assez étonnant de constater que des gens peuvent se laisser traîner dans la boue, malmener par exemple par un employeur sans broncher alors que dès qu’on aborde le sentiment religieux … pourtant de nos jours et dans nos régions de moins en moins exprimé !!! J’ai du mal, là oui, vraiment.

9)
Tom25
, le 08.12.2009 à 10:53
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Assez d’accord avec ce qui s’est plus haut. Comme je l’ai dit dans l’autre humeur, le petit bourgeois non confronté au problème qui traite de facho celui qui l’est ne calme pas le débat.

Mais je reviens sur mes arguments de l’autre humeur. Je ne vois pas de hauts parleurs sur ta photo. Si le minaret n’en a pas, et ne fait qu’être le clocher de la mosquée ça me dérange déjà beaucoup moins.

Et quand je vois la photo de ton petit village, même si je ne suis pas croyants, je préfère largement y voir une église au milieu qu’un mosquée. Et d’ailleurs, ça va dans le même sens que de garder les traditions locales, apprendre le breton aux petits bretons etc. Chaque région du monde a sa culture.

Là, sous prétexte d’intégration de tous les habitants de la terre, chaque village doit avoir son église, sa mosquée, sa synagogue, son fast-food, son stade de foot, son … sinon c’est un village de fachos qui refuse une religion, quelle qu’elle soit.

10)
Eniotna
, le 08.12.2009 à 11:17
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Bon, il est temps de reposer les pieds sur terre et de respirer un bon coup, calmement, froidement, avec quelque recul.

Or donc, nous voilà debout jusqu’aux chevilles dans le torrent déversé par les urnes l’autre dimanche (ça porte bonheur de marcher dedans paraît-il…), hélas sans fierté aucune citoyens de cette Confédération hermétique. Hurler au vote démocraciste? Je n’en ai même plus envie. Pas question de dénier à la démocratie son caractère indiscutable, irremplaçable – formidable, c’est le mot. Parce que dans ce formidable, il y a aussi sa vieille acception de redoutable, terrible, effrayant. Mais pour que ce kratos offert au demos fonctionne au mieux, il lui faut un cadre, un support, une intelligence. Or, tout peuple souverain qu’on soit, s’en remettre à ses seules tripes pour fonctionner n’a jamais rien produit de particulièrement subtil. Ni d’intelligent.

Venons-en donc à cet instrument si précieux mais parfois si cruel de l’initiative populaire. L’intitulé des dernières initiatives acceptées en date est éloquent, outre celle de dimanche dernier sur l’interdiction de la construction de minarets: «Pour l’imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine» en 2008, «Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables» en 2004. Or il s’avère justement que ces trois textes, bien que dûment reconnus techniquement non contraires à la législation fédérale par les deux Chambres, et dès lors autorisés à passer en votation populaire, restent de facto inapplicables du fait qu’ils contreviennent aux lois et traités internationaux supérieurs, soit en l’espèce, notamment, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le moindre recours devant la Cour européenne pourrait donc en principe les invalider. Comment peut-on laisser subsister ce trou béant dans notre tissu législatif?

Mais que faire? La solution, ce serait peut-être que la Suisse se dote enfin d’une Cour constitutionnelle, chargée de vérifier la validité des objets soumis à votation en amont du processus législatif, ou à tout le moins que le Tribunal fédéral soit doté de compétences dans ce sens. Ce ne serait pas faire injure au peuple ni lui restreindre ses droits que de lui éviter des dérives comme celle que nous venons de connaître. Et, accessoirement, cela limiterait d’autant les risques de pourrir les réunions de famille ;-) On peut toujours rêver…

11)
ysengrain
, le 08.12.2009 à 11:35
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Juste pour un peu détendre l’atmosphère

…. Je ne vois pas de hauts parleurs sur ta photo. Si le minaret n’en a pas, et ne fait qu’être le clocher de la mosquée ça me dérange déjà beaucoup moins.

Mais il s’agit du Coran électrique non ?

12)
didi44
, le 08.12.2009 à 12:14
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Merci de cet article fait avec un peu de recule et une Analyse plus approfondie et moins tous des cons. Peut-être rajouter : peut de temps avant en Italie le bannissement des crois dans les écoles du à …, cela fait partie de l’Italie, c’est sa culture, cela commence comme ça et ça fini où ? La bourca, c’est pas encor ? un problème, c’est ce que j’ai entendu à la radio dixit la conseillère Fédéral Widmer. Je ne suis pas d’accord. A Londres au zoo, mes enfants remarquent dans un coin sur un banc des tissus noir avec un petit rectangle grillagé à hauteur d’yeux, la question qui tue, c’est quoi ça, la liberté d’expretion de la femme, elle se batte encor en Suisse pour être traitée à salaire égale. Oui, il y en a peu et c’est déjà trop, il faut réagire avant d’être en retard ou d’être dépassé, la preuve pour les minarets, pour ou contre. Moins loin, en Suisse, crèche sans sapin ni crèche sous le dit sapin (Noël égale Chrétienté !) à la demande de direction, sur réclamation de personne …, où cela va s’arrêter ? Encore en Suisse, un Imam reconnu par les siens comme extrémiste, la justice Suisse?, à juste prix ou à peur, qui sait ? Je ne suis jamais allé dans une mosqué et n’irrai certainement jamais, architequturalement parlé c’est autant joli qu’une église, mais en quelle langue est elle donné? Oui cela vient d’une minorité, mais cette minorité se fait plus entendre que la majorité intégrée. Salutations

13)
alec6
, le 08.12.2009 à 14:10
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Je suis peut-être un tantinet simplificateur, voire simpliste, mais j’ai le sentiment que le problème peut se résoudre facilement. Comme l’écrivait je ne sais plus qui dans la précédente humeur, un minaret n’a aucune existence urbanistique ou architecturale. Sa construction répond à des normes et des règlements d’urbanisme ou pas. Là se situe l’essentiel de la question (hauteur, largeur, matériaux…), à l’instar de n’importe quel édifice. Son affectation religieuse ou pas est une autre histoire.

Pour ce qui concerne la France, la loi de 1905 de séparation des églises et de l’État, matinée de la déclaration des droits de l’Homme répond à cet aspect : liberté de culte dans la mesure où l’on emm… pas le voisin. Et basta !

Idem pour le problème du foulard, des dérogations à la piscine, au sport ou aux cours de biologie… En l’absence de certificat médical, pour l’élève absent(e) c’est 0/20. Point. L’éducation nationale (laïque et républicaine) n’a pas à prendre en compte les pratiques religieuses des uns et des autres. Certains n’aiment pas le cochon ou les épinards… même remarques, vous mangerez mieux chez vous ce soir.

Que vous soyez croyants ou athées, c’est un problème entre vous et votre conscience, mais en aucun cas un sujet public.

Trop simple ?

14)
bordchamp
, le 08.12.2009 à 18:33
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Je suis d’accord en tous points avec votre analyse, Madame Cuneo. Les anathèmes, c’est un peu trop facile.

Poser les bonnes questions et y apporter des débuts de réponse est autrement plus difficile.

Vous y avez largement contribué.

15)
Saluki
, le 08.12.2009 à 21:08
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@ Anne Cuneo

Pourquoi les journalistes de votre qualité sont-ils ridiculement minoritaires dans la masse des media, toutes sensibilités, marquages politiques, obédiences confondues ?

Est-ce que les lecteurs, z’auditeurs, voyeurs n’ont que ce qu’ils méritent?

Ah, j’allais oublier : Merci !

16)
Sparhawk
, le 08.12.2009 à 21:46
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Bravo, votre analyse est vraiment pertinente, je rejoins Saluki dans son commentaire qui précède le mien.

17)
ToTheEnd
, le 08.12.2009 à 22:46
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Saluki: les journalistes ont des devoirs… garder leur job et faire des ronds. En fin de compte, un journaliste et une rédaction n’est pas différente d’une marque de clopes! Faut vendre, gagner des parts de marché, garder les clients, etc.

Si on résume l’affaire du jour, il est urgent de réfléchir… un concept tout helvétique.

T

18)
Anne Cuneo
, le 08.12.2009 à 23:59
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Au coeur le plus profond des Cévennes, dans un village de disons 50 habitants, il y a un cimetière, à flanc de petit coteau. Il est séparé en deux par un sentier bien marqué. Et pourquoi donc ? Simple: les protestants d’un côté, les catholiques de l’autre.

Au coeur le plus profond de la Suisse, il y a un très petit canton, moins de 100’000 habitants. Depuis 412 ans, il est séparé en deux par une frontière bien marquée. Et pourquoi donc? Simple: les catholiques d’un côté (Appenzell Rhodes Intérieurs), les protestants de l’autre (Appenzell Rhodes Extérieurs).

19)
Anne Cuneo
, le 09.12.2009 à 00:06
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les journalistes ont des devoirs… garder leur job et faire des ronds.

Je vais donc m’employer, en toute abnégation, à

a) garder mon job. Je vais faire un peu de lèche auprès de François pour qu’il ne me foute pas à la porte. Déjà que je me censure à mort quand j’écris, tellement je tremble devant Son Autorité;

b) faire des ronds. Si je ne t’invite pas pour te faire visiter la piscine, dans le jardin de la villa que je me suis construite avec mes cachets de journaliste, TTE, c’est parce que je n’invite jamais les gens qui ne pensent que par clichés fatigués.

20)
ToTheEnd
, le 09.12.2009 à 01:04
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Nous pourrions disserter longuement sur la responsabilité des médias dans ce vote. Malheureusement, c’est un peu comme de demander à un médecin qui a commis une faute professionnelle de s’auto-évaluer, voire se juger.

Les villes dans l’ensemble on rejeté cette initiative… c’est la “campagne” avec 66% des votes qui a fait basculer cette votation.

Pourquoi? Je ne pense pas que le campagnard soit plus con qu’un citadin; de loin pas. Toutefois, à la différence du citadin qui voit tous les jours que l’étranger (arabe, italien, musulman, etc.) n’est pas un “problème”, le campagnard n’a que deux sources d’information que je résume ainsi: le café du commerce et les médias.

Dois-je préciser que c’est les médias qui fournissent le grain à moudre des cafés du commerce?

Récemment, j’ai lu une étude que je n’ai vue reliée dans aucun média. Pourtant elle était intéressante à plus d’un titre avec une conclusion révélatrice. En deux mots, le tableau final classait les professions dans le sens des professions les plus respectées et qui bénéficiaient de la confiance des gens.

En queue de placement il y avait: politicien et juste derrière, à la dernière place, journaliste. A mon humble avis, il y aurait pas mal de choses à disséquer dans ce constat mais les médias semblent être occupés à autre chose.

Voilà, j’espère ne pas avoir trop dérangé ou été trop agressif car en fin de compte, tout ceci m’importe assez peu en ce moment.

T

21)
Pierre.G.
, le 09.12.2009 à 02:22
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J’ai lu tout cela avec intérêt, la seule chose qui ne soit pas vraiment mentionnée est l’avis des musulmans eux-mêmes, pour avoir eu l’occasion de passer deux mois avec un musulman turc pratiquant l’été passé, et être ami depuis 1986 avec un albanais musulman lui aussi pratiquant, ce sont deux personnes très croyantes et qui m’ont toujours expliqué avec beaucoup de patience leur religion, et ce sont aussi deux personnes dont la religion ne demande pas de minaret pour sa pratique quotidienne. Pour eux, la seule demande, qui est satisfaite à ce jour, est le respect vis-à-vis de leur croyance, aucun des deux n’a pris ce vote comme une agression. Par contre, ce que je ressens comme une atteinte à la démocratie, c’est ces personnes qui veulent faire annuler le vote du peuple sous un couvert de respect des autres, le premier respect est précisément celui du choix de ceux qui ont voté. Un truc amusant aussi, comme par hasard, il y a tout d’un coup plein de monde qui a voté contre?

22)
guru
, le 09.12.2009 à 09:59
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Bons baisers de Belgique où, d’après un sondage du Soir, les belges sont globalement d’accord (à 59% ?) avec le résultat de la votation suisse…

Et oui, ce n’est pas simple! Merci pour l’article Anne.

23)
Zallag
, le 09.12.2009 à 13:47
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Au fond, la démocratie, ce serait un régime politique bien plus simple s’il n’y avait pas le peuple…

25)
Papymou
, le 09.12.2009 à 16:17
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C’est quoi ces “fanatiques de la démocratie directe”. C’est pitoyable cette façon qu’ont certains, dans nos pays “démocratiques”, de respecter le vote du “peuple” quand il va dans le bon (?) sens, et de le rejeter quand le résultat de plaît pas.

En France on sait comment contourner ce problème ! Une partie de la classe politique a fait un tel boucan, suite à la votation dans votre pays, que le français de base (qui a dit pléonasme ?) n’ose plus donner son avis personnel. Ceux qui ont simplement quelque chose à dire sur ce problème sont des salauds de racistes, donc le “peuple” même majoritaire, se tait. Et ce même si ce qu’il veut n’est pas la mise au piloris de telle ou telle religion.

Le politiquement correct a encore frappé, et il n’ aura, de nouveau, pas de discussion raisonnable et sereine sur ce sujet.

26)
Anne Cuneo
, le 09.12.2009 à 17:48
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Le politiquement correct a encore frappé, et il n’ aura, de nouveau, pas de discussion raisonnable et sereine sur ce sujet.

(J’adore ce pseudo…)

Je trouve que la chronique de Joelle Kunz n’est qu’un joli blabla assez érudit – tout ce qu’on apprend vraiment, c’est qu’elle était contre l’initiative des minarets.

Confondre le peuple de l’an 600 avec celui d’aujourd’hui, c’est un saut que je n’oserais tenter. Tout comme de dire que les responsables de ce vote, ce sont les médias. Toujours commodes, les médias, exactement comme «le peuple».

Le malaise est général, à tous les niveaux – il n’est pas créé par les médias, mais par le système dans lequel nous vivons, qui… non, je ne vais pas m’étendre là-dessus maintenant. En tout cas, tout le monde est paumé, peut-être parce que la société de l’information immédiate encourage une tendance qui est humaine depuis la nuit des temps: à généraliser à partir de sa propre expérience. Or, notre expérience ne tient pas compte d’un grand nombre de choses qui se passent en coulisse (et dont, justement, personne ne parle) et qui aboutissent à des crises mondiales.

Si l’homme et la femme de la rue ne maîtrisent pas les mécanismes sociaux, ce n’est pas parce que les médias ne leur en parlent pas (ou leur en parlent mal), mais parce que la société a négligé une éducation sérieuse de la population, préférant en faire des consommateurs (quand la consommation baisse, c’est la crise, vous avez remarqué? Il n’y a pas d’autre alternative pour bien vivre qu’acheter, encore acheter). On souhaite qu’ils ne comprennent pas tout à fait comment ils votent – autrement dit, on en fait des personnes manipulables, qu’on manipule, après quoi on a beau jeu de dire: c’est le peuple, c’est eux qui décident.

27)
Hervé
, le 09.12.2009 à 19:22
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Hélas, Anne, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas beaucoup de différence entre ceux qui ont
– condamné Socrate à la ciguë,
– frappé Alcibiade d’ostracisme
– préféré Barabas à Jésus
– élu Napoléon III empereur des Français
– donné le droit de vote aux femmes en 1971
– mis 40 ans à approuver une assurance maternité
– décréter l’internement à vie de certains “présumés dangereux”
etc., etc.,

Lorsque les sujets qu’on lui propose sont émotionnels, le peuple vote avec ses tripes. Lorsqu’ils sont rationnels, il vote le plus souvent avec sa tête. Cela dit, j’adore que ce soient des Français qui viennent faire l’apologie d’un système démocratique qui n’est pas le leur, donc, dont ils ne peuvent guère mesurer précisément les avantages, ni, surtout, les inconvénients.

28)
Tom25
, le 09.12.2009 à 20:44
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Je ne suis pas sûr de comprendre les “inconvénients” dont tu parles Hervé. C’est d’avoir à “faire avec” le vote de certains “ignares” ?

30)
Anne Cuneo
, le 09.12.2009 à 23:30
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Lorsque les sujets qu’on lui propose sont émotionnels, le peuple vote avec ses tripes. Lorsqu’ils sont rationnels, il vote le plus souvent avec sa tête.

Je ne dis pas autre chose. J’ajouterais un troisième cas de figure: lorsqu’on lui propose des sujets rationnels avec des arguments émotionnels, le manque d’éducation politique suffisante peut l’amener à voter avec ses tripes (je n’oublierai jamais la première fois que je me suis intéressée aux votations: je devais avoir 14 ans, les Vaudois ont voté contre une troisième semaine de vacances, après une campagne tout entière basée sur a) vous vous ennuyerez à mort pendant cette troisième semaine, et b) vous allez ruiner l’économie – problème rationnel traité par des arguments émotionnels, et faux en plus).

31)
Inconnu
, le 10.12.2009 à 00:20
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Anne, très bien tout ça, mais ça remonte à loin tt ça.

Malheureusement, si la suffisance des Suisses vis-à-vis de l’étranger (en temps qu’individu ou pas) leur permet d’accepter le fait de voter sur un sujet dont les implications sont si vastes et subtiles juste pour faire la nique à leurs élus et à l’illuminé lybien, ils doivent accepter aussi l’idée qu’ils se comportent de manière terriblement minable et surtout irresponsable. Force est de constater qu’au moins depuis la votation de l’EEE, les Suisses se comportent comme une amicale de vieux sous-off au carnotzet pour qui le monde existe entre l’aube et le crépuscule et se limite au chemin parcouru entre le siège de la maison et le siège de ladite amicale. On accepte les magouilles des off tant qu’on a à bouffer et surtout à boire à pas cher, et pour être sûr de pouvoir être de bonne foi quand il faudra dire qu’on a rien vu et rien compris.

J’ai eu chaud, mais je me suis heureusement trouvé un deuxième passeport grâce à un ancêtre récent.

32)
ToTheEnd
, le 10.12.2009 à 00:44
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Ainsi donc, la société n’éduque pas bien ses concitoyens… pas assez d’école, pas assez de bon programme, pas assez de discernement, pas la bonne méthode, pas les bons principes, etc.

Comme c’est commode de dire que c’est les autres et ne pas remettre en question ne serait-ce que 2 secondes autre chose.

C’est les autres, toujours les autres.

T

33)
CHD
, le 10.12.2009 à 01:32
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Inutile de se voiler la face (sans jeu de mots). J’ai vécu suffisamment longtemps en Suisse (5 ans pour mes études supérieures) pour ne pas être surprit par ce vote. Pour résumer, disons que c’est très facile de trouver un suisse allemand qui se sentira en tout point supérieur à un “fainéant” (je ne fais que citer) de suisse romand qui lui même se sentira supérieur à un “ivrogne” de valaisan qui lui même se sentira supérieur à un “connard” de frouze qui lui même… Un tel complexe de supériorité peut vite faire perdre de vue l’essentiel et permettre ainsi de tenir (en toute sérénité) des raisonnements totalement immoraux comme celui qui en son temps avait légitimé la mise en place du secret bancaire pour des raisons “humanitaires”, ou actuellement celui qui voudrait bien faire porter la responsabilité du réchauffement climatique sur les pays en voie de développement …

34)
Anne Cuneo
, le 10.12.2009 à 08:00
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@ CHD Cette litanie de supériorités – moi mieux que «l’autre» – n’est hélas pas un apanage exclusif des Suisses – n’étant Suisse que par mariage, je peux te parler des Romains qui se sentent supérieurs aux Bolognais, des Bolognais qui se sentent… etc. etc.Et les Londoniens qui ont fréquenté Oxford parlent des employés de £Birmingham comme de pauvres mecs, et les gens de Birmingham… Bon j’arrête.

@ TTE T’es hargneux, on a compris. Pas la peine d’insister.

@ paxmundi Moi aussi, j’ai été assez contente d’avoir deux passeports après le vote de l’EEE. Mais le réflexe hypernationaliste ne date pas de là. Jusqu’à après la 1e guerre mondiale, la Suisse avait une attitude différente envers les étrangers. En cherchant, j’ai constaté que ça date de la fin des années ‘20, t’as beau dire que c’est loin tout ça… Justement, en 80 ans, c’est devenu un réflexe.

35)
ToTheEnd
, le 10.12.2009 à 09:08
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Je suis aussi hargneux que tu es à même de faire de l’introspection sur ta branche d’activité.

La prochaine étape c’est quoi, les noms d’oiseau?

Pour toi, le résultat de ce vote c’est la faute à la société qui “néglige une éducation sérieuse de la population”. Je te demande simplement c’est qui la société? C’est les profs à l’école? C’est le législateur? C’est les tribunaux? C’est les politiciens qui sont élus par le peuple?

Je partage la vision d’une société trop consumériste et bien sûr, il faudrait changer des choses sur ce point. Toutefois, d’ici à ce qu’on arrive à ta chimère du tout gratuit, je pense qu’il faudra beaucoup de temps et des changements en profondeur qui auront forcément des incidences sociales majeures.

Est-ce que le tout gratuit réglerait les problèmes de cette société? Franchement, j’en sais rien, quand on voit ce que les journaux gratuits balancent tous les jours, c’est à se demander si on ne finirait pas tous avec un syndrome de Down.

Bref, du haut de ma hargne et de mon capitalisme, je suis ouvert à d’autres façons de penser même si je suis pessimiste sur un quelconque changement. A l’inverse, pour les médias, aucune responsabilité, aucune remise en question, aucun devoir, aucune culpabilité, aucune faute.

A la vue de ce qui précède, j’ai la conviction qu’on aura encore des votes incompréhensibles et que les gens seront toujours plus divisés et intolérants… à cause des autres bien sûr.

T

36)
ptinutz
, le 10.12.2009 à 09:57
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Je rejoindrais beaucoup de monde en disant : Merci, excellent article!

J’ai été comme beaucoup une peu sur le cul, mais plus la faute au sondage contradictoire à la veille de ces élections, qui ne nous y préparaient pas, je suis une grande naive…

Personnellement, où j’ai été le plus choqué, c’est lors de la réunion de l’UDC le week end suivant où un de leur charmant représentant a simplement dit, si vous n’êtes pas content avec les choix du peuple, vous n’avez qu’à aller voir ailleurs, sympathique de rejeter 40% de leur population. Après c’est cette même UDC qui se plaint de la fuite des cerveaux… mais ne sont ils pas dans ces pauvres 40%?

Et juste pour répondre à TTE, à mes yeux, c’est la faute de tout le monde, de ceux qui était tellement sur que le oui passerait parce qu’on avait confiance dans les sondages, de ceux qui ont votés non en faisant l’amalgame entre voter contre l’interdiction d’une construction et vouloir faire passer un message et tout ceux qui ne sont pas aller voter, même si pour une fois, on a été plus nombreux que d’habitude.

Enfin les querelles de clochers ne datent pas d’hier en Suisse, sauf que les symboles à leur extrémité ont changé.

37)
Inconnu
, le 10.12.2009 à 10:08
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Anne, l’attitude différente avant c’est très discutable, mais comme c’était dans les moeurs je n’en discute pas (demande aux vieux savoyards et Italiens de Genève par ex, si tu en trouves encore). Le problème est que les Suisses se sont comportés comme le reste du monde tant qu’ils étaient des crève-la-faim comme tt le monde. Depuis les trente glorieuses, les Suisses, autant les anciens que les tous frais, raisonnent comme si leur richesse venaient de leur vertu et de leur travail, en temps que peine à l’ouvrage, d’où leur suffisance.

Remarque, c’est humain, les Espagnols sont en train de créer avec fierté le permis de saisonnier pour les extra-communautaires, d’autres pays européens veulent suivre…comme quoi la roue tourne

La Suisse était exemplaire pour son art du compromis, aujourd’hui force est de constater qu’elle est gouvernée par des gens médiocres, élus par des raisonnements médiocres (j’ai pas dit des gens). Evidemment , il ne peut en sortir que du médiocre.

Quant aux journalistes, c’est trop facile de leur tirer dessus, il y en a des excellents et des minables comme partout. Il faut prendre le temps de lire les supports où les bons ont l’occasion de parler.

La libre entreprise qui résoud tout? Il faut admettre que la Suisse est un pays hyper-corrompu (le meilleur exemple est la Lamal et ses lobbies, bien plus efficace que Swissair ou l’armement!) n’en déplaise à bcp. Même les pays les plus pourris auraient plus de peine à cacher les dessous d’une telle affaire!

La solution? La Suisse s’y attèle déjà: se rabaisser au reste du monde pour comprendre ce qu’elle est en train de perdre…Un environnement ouvert exceptionnel, avec des équilibres sociaux et économiques exceptionnels mais de loin pas parfaits, et non pas une vitrine du plus beau train électrique du monde, avec montagnes en carton (le tout construit avec des trains allemands et des des mains italiennes et espagnoles)

38)
CHD
, le 10.12.2009 à 12:43
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@ Anne Mais tout de même, la Suisse y va fort de café ! Par exemple, alors que je venais chercher mon permis de séjour et que je lisais un dépliant sur la démographie du canton, j’ai découvert que l’on allait jusqu’à faire la différence entre les “bourgeois” et finalement tout le reste, y compris ceux du même canton et ceux de la même nationalité (rien que des méchants pas beaux aliens). La suite m’a fait comprendre que ce n’était pas des blagues: une des toutes premières préoccupations de cette “police des étrangers” (rien que le nom…) est, sous couvert de fiscalité, de connaître votre religion. Et bien évidement, il n’y a même pas de case pour distinguer l’agnosticisme de l’athéisme (et on ne critique pas le formulaire sinon on passe pour un frouze – quoique pour le coup j’assume pleinement le titre de connard qui va avec).

Alors pour une histoire de minarets… En fait, la seule question que je me pose est de savoir s’il y a un risque de représailles économiques et qu’elle serait alors la réaction des suisses, mais aussi des européens, etc.

39)
Avenger
, le 10.12.2009 à 12:45
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Je ne comprends pas pourquoi le résultat de cette votation est choquant. Partout, en Europe de l’ouest, je vois que, pour ne pas choquer les communautés d’autres religions, on fait tout pour cacher nos origines chrétiennes. On retire les croix/crucifix des écoles, on n’ose plus trop mettre des sapins de Noël ou des crèches dans les institutions publiques. En Belgique, on se pose la question s’il ne faudrait pas interdire les croix sur les tombes, dans les parties communes des cimetières! Quand je vois tous ces changement, qui nous pousse à nier/oublier nos origines chrétiennes, cela me choque que les communautés musulmanes pratiquantes aimeraient avoir leurs minarets! C’est juste une question de logique, de bon sens. La tolérance doit aller dans les 2 sens. Et quand je lis que certains suisses, qui étaient pour ces constructions, ont maintenant peur de “représailles” du monde islamique, suite à ce refus, cela prouve bien la peur que l’Islam représente. Etonnant pour des personnes qui prônent la tolérance. Chers amis suisses, à travers ce refus, il faut juste y voir la volonté de défendre les valeurs historique de votre pays. Parler d’intolérance et de racisme est un raccourci tellement facile, à l’heure actuelle.

40)
Tom25
, le 10.12.2009 à 18:38
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@ Hervé, ok mais ça veut tout de même dire que des gens votent mal. Mais après on dit quoi ? Qu’il faut réserver le droit de vote à certains ? C’est vrai que le vote émotionnel amène de mauvais vote, mais je ne trouve pas ça pire que celui qui vote avec sa calculette. Comme en France aux dernières élections, les notaires qui sont majoritairement de droite ont tous reçu un appel à boycotter Sarko car il allait faire baisser leurs honoraires etc.

@ Anne, je connaissais les Polonais, les Bolognaises, mais pas les Bolognais .
C’est à ce point là en Suisse les tensions entre régions ? Je ne savais pas

Moi je vois un autre truc tout simple à tout ça, c’est que chacun se rend compte qu’il vivra sans doute plus mal qu’il a vécu. Alors bon, on va me répondre que je suis TRES Français et que c’est très Français d’être déprimé et défaitiste. Je gère mes comptes depuis l’age de 18 ans. Et je vois bien ce qui rentre et ce qui sort. Je vais moins au restau qu’il y a 10 ans, je vais moins au ciné, je me déplace moins pour aller voir des amis, je pars une semaine au lieu de 2 l’été, j’ai la télé que j’avais il y a 10 ans, la précédente je l’avais gardé moins longtemps. Je suis en concurrence dans mon travail avec 2 milliards d’autres humains, avant je n’en avais que 10 qui convoitaient mon poste. Je vais devoir faire beaucoup plus attention à mes déchets etc.
Attention, je ne critique pas le fait de devoir le faire, ni que ce soit nécessaire, je dis juste que tout ça nous tombe dessus aujourd’hui. Et qu’un gars qui se sent menacer (dans son travail pour le coup) et se voit de plus en plus être mis à l’écart est sans doute moins enclin à faire des efforts.

41)
Blues
, le 11.12.2009 à 14:20
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Je suis en concurrence dans mon travail avec 2 milliards d’autres humains, avant je n’en avais que 10 qui convoitaient mon poste.

Personne n’est irremplaçable, c’est connu …. Mais, si autant de personnes ont potentiellement les compétence pour faire ton job (ou pourraient le convoiter en sachant le réaliser), c’est qu’il est tellement trop facile qu’il ne faille pas ou si peu d’expérience-formation pour le faire à ta place que tu te sentes “si” menacé ?

J’ai de la peine à imaginer pour quel job type 2 milliards d’humains auraient les compétences intrinsèques pour le réaliser “comme ça” si facilement ?

42)
alec6
, le 11.12.2009 à 14:50
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Bonnes remarques Tom… moins qu’hier, plus que demain !

Voilà 40 ans qu’on nous vend les vertus de l’ultralibéralisme, de la mondialisation, de la délocalisation, du toujours plus, du “travailler plus pour gagner plus” pour consommer plus et être heureux plus ou du pouvoir d’achat et ce d’un bout à l’autre de l’échiquier politique…

Mais voilà ! ÇA NE MARCHE PAS COMME ÇA ! n’en déplaise aux chantres de l’économie de marché conquérante ! Après l’Islande, l’Irlande et les pays Baltes, la Grèce… et demain ? La Grande Bretagne et les USA comme le laissent supposer certains économistes ? Too big to fall ? nous verrons bien… mais si vous regardez autre chose que le JT de 20h vous en aurez une idée plus précise…

Dans ce beau contexte on comprend mieux la remarque de Tom et par là les réactions que l’on pourrait qualifier d’extrême en n’y prenant garde.

Il est du vote contre les minarets comme de celui du FN en France, il traduit un malaise auquel la classe politique de gauche en particulier ne répond pas… et dans lequel s’engouffre la droite classique et a fortiori populiste pour gagner les élections.

43)
Tom25
, le 11.12.2009 à 14:57
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Non non j’ai mis je, mais là ça va dans mon job, je n’ai pas de soucis à part un faible salaire. Je faisais allusion aux sempiternelles menaces de délocalisation.

Ensuite, ta remarque aurait pu être extrêmement vexante pour un ouvrier fondeur par exemple qui vient de se faire lourder au bout de 30 ans de boîte suite à une délocalisation.

Et je fais remarquer que nombre de personnes hautement qualifiés dans notre pays usent de tout leur poids afin d’éviter la concurrence d’autres professionnels d’autres pays. Voir même d’autres professionnels du même pays.

44)
Blues
, le 11.12.2009 à 15:31
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ah, ok … lié la délocalisation, pas sur la même longueur d’ondes, s’xuse me.