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« J’ai eu de la chance » et « c’est juste une vieille robe »…
Il y a quelques années, une de mes connaissances, institutrice, a fait une petite expérience avec ses élèves : elle leur a demandé de noter sur une feuille trois de leurs défauts et trois de leurs qualités.

Avec une certaine surprise, elle a réalisé que la colonne "défauts" se remplissait très vite, parfois au point de comporter quatre, voire cinq inscriptions. En revanche, celle des traits de caractère positifs.... là, certains élèves n'étaient tout simplement pas en mesure d'indiquer quoi que ce soit !

Triste constat selon moi : j'y vois la preuve que dans certains environnements, les reproches pleuvent et que l'avarice est extrême lorsqu'il s'agit de souligner les petites et grandes réussites de l'enfant. Qui, du coup, ne parvient même pas à poser un regard positif sur lui-même.

Remarquez, même lorsque les parents-système-scolaire-para-scolaire-extra-scolaire-au-sens-large complimentent Bambin et Adolescent pour ses progrès et ses dons, Adulte échappe rarement au syndrome du "oh, c'est rien, j'ai eu de la chance", lequel connaît la variante "merci mais elle est déjà vieille".

Pour qui ne comprendrait pas, j'illustre.

Je me revois encore, âgée de trente ans, à me dandiner d'un pied sur l'autre, à me demander ce que je pourrais bien faire de mes bras - qui me semblaient trop longs - à part les enrouler autour de mon visage que je sentais rougir : "votre plaidoirie d'examen était excellente, Madame, tant sur la forme que sur le fond". Devinez ce que j'ai répondu... Je vous le livre en primeur "vous savez, dans ce dossier, il était plus facile de représenter la partie civile que le prévenu, sans parler du fait que mon maître de stage occupait souvent cette position dans les différents procès que j'ai suivis à ses côtés".

A vrai dire, si j'avais été totalement honnête, j'aurais répondu un truc du genre "je vous remercie, il est vrai que je ne suis pas peu fière d'avoir résisté à la pression de cette session d'examens sans fin et d'avoir trouvé cette introduction qui a réussi à attirer votre attention, somnolente après avoir entendu déjà six fois le même sujet".

Seulement voilà, je ne l'ai pas dit. Pourquoi ? Parce que j'aurais eu l'impression d'être "gonflée", d'être prétentieuse : partie plaignante ou prévenu, c'est le hasard qui en a décidé dans cette plaidoirie d'examen nécessaire à l'obtention du brevet, pas moi.

Prenons donc un autre exemple, encore plus basique. Que vais-je répondre à qui me dirait "elle te va à ravir, cette robe" ? "Oh, merci, elle est vieille, cette robe". C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à dire "merci, je me sens moi aussi effectivement très à l'aise dans cet habit". Ce qui serait quand même plus sensé que d'évoquer l'ancienneté de ladite robe : le fait qu'une pièce de vêtement soit seyante ne dépend pas de son âge.

Si en tant que telles, mes robes ne sont effectivement pas un sujet de conversation passionnant, l'est davantage - du moins à mon avis - la question de savoir quel est ce mécanisme étrange qui me pousse, comme un très grand nombre de mes semblables, à minimiser une réussite, à ne pas accepter tout simplement un compliment.

Pourtant, je vous l'assure, je peux vous citer certaines de mes qualités sans aucun problème : je suis fidèle, en amitié comme en amour, je sais vulgariser et transmettre mes connaissances, je suis tolérante face à d'autres conceptions de la vie que les miennes.

Du coup, je serais bien tentée d'admettre qu'il n'y a aucun lien entre la connaissance de ses qualités et la capacité à accepter un compliment et une éloge. Admettons, admettons, ce qui conduit malheureusement à une nouvelle impasse : je sais, pour l'avoir souvent constaté, les gens qui ne savent pas quelles sont leurs qualités, ne savent pas non plus comment réagir à un compliment, ne disant généralement... rien du tout. Remarquez, ça vaut certainement mieux que mon stupide "j'ai eu de la chance".

Mon interrogation reste donc entière : pourquoi le compliment entraîne-t-il si souvent des comportements stupides ? Parce qu'il est lui-même stupide et inutile ? Peut-être : le prof aurait pu, il est vrai, se contenter de mettre, comme il l'a fait, la note maximale et passer à côté de moi sans rien dire. Toutefois, je l'admets volontiers : malgré ma réaction, dans ces moments de stress, ses paroles sont venues soulager un peu mon angoisse et je lui ai été reconnaissante de les avoir prononcées.

Bref, je crains ne point être capable de trouver une réponse, encore moins une explication. En revanche, comme tous les lundis en quinzaine, j'ai une question : quel est le compliment reçu qui vous a fait le plus plaisir ?

26 commentaires
1)
coacoa
, le 13.07.2009 à 02:35
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Le compliment qui m’a fait le plus plaisir, professionnellement parlant, c’est d’avoir vu une de mes idées de mise en scène réalisée par mon metteur en scène fétiche (Christoph Marthaler, pour info, bientôt à Avignon, génie Suisse qui n’aura pas été prophète en son pays, hélas). Même si bien sûr j’ai été un peu frustré (comment après ça reproduire la fameuse idée sans s’entendre dire “Ah oui, on a déjà vu ça chez Marthaler.”) j’ai été fier de sentir une de mes idées “validée” par quelqu’un que j’admire.

Pour le reste – c’est une question – l’attitude que vous décrivez, et que je reconnais parfaitement, n’est-elle pas une particularité helvétique ?

Je me réjouis de lire l’opinion de nos amis français et belges à ce sujet.

2)
Okazou
, le 13.07.2009 à 06:18
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« Il y a quelques années, une de mes connaissances, institutrice, a fait une petite expérience avec ses élèves : elle leur a demandé de noter sur une feuille trois de leurs défauts et trois de leurs qualités »

Franchement, une question pareille, on ne peut y répondre que par une page blanche, accompagnée ou pas d’un bras d’honneur. À moins, peut-être, si l’on est exhibitionniste et que l’on prenne plaisir à s’exposer.

Mes défauts et qualités ne regardent personne. Chacun peut les imaginer, c’est peut-être amusant, mais on aura plus vite fait de constater des faits de vie, tout simplement, pour notre famille ou nos amis. De là à en tirer une liste de qualités et de défauts…

Les meilleures qualités sont souvent cachées. Comme les pire défauts. Cela fait que l’attente d’une réponse sincère confine à la plus grande naïveté. Le mensonge est la qualité la mieux partagée et personne n’y échappe.

Quant à répondre à la question sur le compliment qui a le plus marqué, et pourquoi pas la critique la plus cinglante ?, là encore la meilleure réponse peut-être une page blanche. Ou alors la mise en pratique de la fameuse formule : » Il n’y a pas de questions indiscrètes, seule les réponses le sont. »  Ce qui laisse toute lattitude à qui le désire de poser la question qu’il veut et permet de ne pas avoir à y répondre

3)
mrG
, le 13.07.2009 à 08:54
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Tout d’abord Bonjour Mme Poppins,

Quel bel article ! et surtout combien vrai !

Je vais exposer les deux compliments que l’on m’a fait et qui m’ont fait le plus plaisir :

Le premier, personnel, on m’a dit que je ressemblais beaucoup à mon père (pas physiquement mais intellectuellement, etc.). Le second, professionnel, de mon ancien maître de stage (vieux routier du barreau) que j’avais été l’un de ses meilleurs stagiaires.

Si sur le premier compliment (et c’en est un énorme pour moi) je n’ai pu que répondre merci et bondir de joie intérieurement, le second a été plus dur à avaler dans la mesure où j’avais l’impression de n’avoir pas tout donner durant mon stage; mais ça c’est une autre histoire.

Sur ce, encore merci Madame Poppins !

bel été à tous.

G

4)
Tom25
, le 13.07.2009 à 09:12
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Bonjour Mme Poppins, vous êtes ravissante aujourd’hui, comme tous les autres jours d’ailleurs. Votre robe vous va à ravir, et je salue le talent de votre coiffeur qui a su écouter vos souhaits et mettre en avant votre si jolie visage.

Comment ça ça ne vaut pas ?! Si ça vaut, j’en suis sûr. À la lire régulièrement je l’imagine très bien Mme Poppins.

Okazou cette fois je ne suis pas d’accord avec toi, tu es très sûr de toi, même trop parfois. Mais beaucoup (trop) de gens de le sont pas, et c’est encore plus grave quand il s’agit d’enfants. La méthode qu’a employée l’institutrice me semble tout à fait louable pour justement repérer les plus mal à l’aise. Une page blanche est une forme de réponse, encore faut-il avoir posé la question.

Et pour répondre à ta question Mme Poppins, mes compliments, je me les fais moi-même, les autres laissent s’écouler bien trop de temps entre chaque éloge à mon égard.

5)
fxc
, le 13.07.2009 à 09:32
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un compliment et une éloge

Je ne vous fais donc point un éloge de n’avoir pas regardé votre dico….

sans rancune c’est juste pour un bon mot.

pour ma part:

Que vous n’en eussiez pas articulé le quart

De la moitié du commencement d’un, car

Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

en une phrase “on n’est jamais mieux servi que par soi-même”,

6)
Soheil
, le 13.07.2009 à 10:57
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Il me semblerait plus juste de parler de traits de caractère, plutôt que des qualités ou des défauts d’une personne. Bien souvent nous avons les défauts de nos qualités, les mêmes traits de caractère devenant, selon l’usage que nous en faisons, tantôt des qualités et tantôt des défauts.

De la fierté à l’orgueil, de la prudence économe à l’avarice ou encore de la compassion (ou empathie) à la charité condescendante, il n’y a parfois qu’une différence de degré, de style ou de domaine d’application. C’est sans doute ce que voulait dire Alain quand il constatait qu’il y avait plus de rapports entre la manière particulière qu’une personne a d’être calme ou en colère, qu’entre deux personnes calmes ou deux personnes en colère.

Quant au fait de minimiser ses mérites, cela fait partie du jeu social dont personne n’est dupe, je crois. Ce jeu a le mérite de donner plus de légèreté à nos relations avec les autres. D’ailleurs, il n’est pas totalement faux de reconnaître le rôle que joue le facteur chance dans toute réussite: même si on est particulièrement doué ou si on a beaucoup travaillé, la chance est indispensable au succès, et d’autres personnes peut-être plus douées que nous, ou ayant fourni un plus gros effort, n’ont pas forcément obtenu la reconnaissance qu’elles auraient mérité parce qu’il leur a manqué l’indispensable petit coup de pouce du hasard. Vous ne croyez pas? Une auto-dérision légère est une qualité précieuse, me semble-t-il, tant qu’elle ne tourne pas à l’auto-flagellation… qui est un défaut.

7)
Marcolivier
, le 13.07.2009 à 10:58
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Pour ne pas répondre à la question de Mme Poppins, une amie me disait qu’elle détestait qu’on lui dise qu’elle est belle. Pourquoi donc? Parce qu’elle n’y pouvait rien, parce qu’elle n’y avait aucun mérite (elle acceptait par contre les compliments sur son travail professionnel).

Si nous n’acceptons pas les compliments ou que nous les minimisions, ou difficilement, n’est-ce pas parce que nous croyons que nous ne le méritons pas – on aurait pu faire mieux, n’est-ce pas mrG, on ne veut pas être le centre d’attention, d’autres sont bien aussi, etc.?

Il y a donc l’idée qu’il faut mériter pour recevoir. Et qu’en fonction de la perception de sa propre valeur, nous acceptons de recevoir un petit ou grand compliment. C’est un peu comme si nous mettions un prix sur notre qualité humaine. Et si on nous offre plus que ce prix, on se sent un peu voleur.

S’il est vrai qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, c’est également vrai que c’est plus difficile de recevoir que de donner. Recevoir demande de l’humilité. En fait, cela demande d’être suffisamment fort pour se mettre “à la merci” de la bonté de l’autre (si nous découplons compliment et mérite, que reste-t-il? Le don total, inexplicable, impossible à payer en retour).

N’accepter que les compliments qu’on estime mériter, c’est notre manière de vouloir garder le contrôle. Superbe illusion reflétant notre désir de puissance et notre mauvaise conscience. C’est également le plus sûr moyen de se couper de son prochain et d’assurer son propre malheur.

Ainsi donc, si la terre n’est pas une marchandise, de même n’est pas l’homme. La philosophie matérialiste tend à ne valoriser que les choses mesurables (et si possible en espèces monétaires). Pourtant, les qualités intrinsèques d’un beau panorama ne se limitent pas aux cash-flows qu’il peut dégager en l’exploitant à des fins touristiques. De même, la valeur d’un homme ne se limite pas à ses titres, fortunes, revenus, situations sociales, fréquentations, habitudes alimentaires ou de transports. N’est-ce pas merveilleux de savoir que triste ou heureux, riche ou pauvre, vélo ou 4X4, je peux être aimé pour moi, et non pour quelque chose que je fais ou suis? Réussir à accepter cela, quel chemin, mais quel soulagement!

8)
ysengrain
, le 13.07.2009 à 11:10
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Ta copine institutrice et son questionnaire à la c… pffff !!!

la question de savoir quel est ce mécanisme étrange qui me pousse, comme un très grand nombre de mes semblables, à minimiser une réussite, à ne pas accepter tout simplement un compliment

1- Il me semble que comme un grand nombre de mes semblables, j’applique ce que mes parents m’ont inculqué, lesquels ont, comme leur semblables ….

2- sans esprit partisan, il me parait que cette prise de position qui fait la part belle au signes négatifs et moins aux aspects positifs est influencée par une morale judéo-chrétienne. Connaissant les autres encore plus médiocrement, je n’en dirais rien. S’agit-il ici de ne pas déclencher de trop grande émotion positive chez le récipiendaire ? J’en doute, puisque la réciproque n’est pas vraie et qu’il n’y a aucune hésitation à faire courber la tête, voire l’échine.

même lorsque les parents-système-scolaire-para-scolaire-extra-scolaire-au-sens-large complimentent Bambin et Adolescent pour ses progrès et ses dons, Adulte échappe rarement au syndrome du “oh, c’est rien, j’ai eu de la chance”,

C’est l’exemple type où on ne laisse pas l’émotion prendre sa place normale, et on la dévie vers un système normatif, plus objectif, mais tellement plus castrateur !!!

Enfin, pour répondre à la rituelle question finale, j’ai reçu, ou je ne me souviens pas avoir reçu, enfant, des compliments, des félicitations. Quand je suis allé à la fac voir les résultats du dernier examen faisant de moi un spécialiste “officiellement reconnu”, j’avais la certitude absolue d’être reçu. Pourtant, accompagné, déjà, de la dame de mes pensées, nous sommes allés boire une bière sur les bords de la Seine, et je pensais pourtant que la vie ne faisait que commencer.

10)
Philob
, le 13.07.2009 à 12:05
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Oui, j’aime être flatté ou déjà simplement remarqué, sans pour autant me croire remarquable.

Mais surtout je fais très attention à dire à ma collègue de travail : “Tiens tu as changé de coiffure”; sans effort (l’habitude peut-être), je remarque ce genres de changements et je le dis chaque fois.

Oui, je fais l’effort de féliciter et de complimenter l’autre, car j’aime autant donner que recevoir et, sincèrement, je m’intéresse à l’Autre par curiosité et chaque foi j’ai un peu plus l’impression d’exister moi-même; j’aime vivre avec les autres et pas à côté des autres.

Mais je déteste l’hypocrisie et parfois mes paroles peuvent blesser, j’en suis triste mais je ne peux pas l’empêcher.

11)
Leo_11
, le 13.07.2009 à 12:11
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Tout le monde a besoin de reconnaissance… alors si nous n’avons jamais de compliments et/ou de flatteries on se sens dévalorisé et on doute fort de nous (nos capacités)

Comme tous, d’après ce que j’ai compris, je n’ai pas reçu de compliments de la part de mes parents étant enfant… alors lorsque mon père m’a dit qu’il était “surpris” et fier de mon parcours professionnel ça m’a touché… fort…

Une fois alors que je postulais pour une place de travail… le RH m’a demandé trois qualités et trois défauts me caractérisant… dans les défauts je lui ai dit que j’étais un monumental flémard… gros yeux étonnés du RH… rire intérieur de ma part… explications et j’ai eu le poste…

12)
Saluki
, le 13.07.2009 à 12:28
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Comme d’hab’ je vais répondre à côté.

Tout d’abord le Sieur Caplan m’a grillé, mais j’aurais dit à fxc qu’il …s’enferrait tout seul.

La question sur la qualité/défaut, est récurrente dans les entretiens d’embauche. Il faut avoir SA réponse toute prête, de manière à ce que le défaut soit …une autre expression de la qualité. Par exemple si l’on est « tenace » le défaut est « enrager de ne pas pouvoir achever ce que l’on a entrepris, parce que attribué à un autre ». Ce n’est bien entendu qu’un exemple.

Belle et bonne journée à tous et chacun.

13)
fxc
, le 13.07.2009 à 12:32
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Et moi, celui de n’avoir pas regardé votre Conjugueur!…

Se relire avant de poster est une obligation, je suis con…fus.

Merci je corrige avant d’être fustigé par l’auteur du billet de ce jour.

P.S Caplan, merci du lien je le glisse dans mes favoris

15)
Tom25
, le 13.07.2009 à 12:57
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Il faut faire gaffe avec les compliments. Par exemple quand on félicite une femme pour son ventre arrondi alors qu’elle n’est pas enceinte.

Les questions genre vos qualités et vos défauts dans les entretien d’embauche me gonflent énormément. Je comprends qu’on pose la question à des gosses dans le but de repérer des problèmes et/ou de leur apprendre à se jauger, à s’auto-critiquer, à se remettre en cause. Ce n’est pas le but dans un entretien d’embauche, là le but est de tourner ça de manière à se vendre, ce qui n’a pas du tout le même intérêt.

16)
rolando
, le 13.07.2009 à 14:20
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Bel article et belle question. A mon sens, la majorité des gens ont plus de difficultés à remplir la colonne des qualités en grande partie à cause de notre culture judeo-chrétienne (ce n’est pas un jugement, mais une hypothèse).

La religion catholique majoritaire dans mon pays et dans la culture qui m’entoure repose entre autres sur la stigmatisation des défauts, des interdits, des comportements négatifs… On nous apprend donc vite à identifier les défauts et déviances par rapport à une doctrine. Du moins, plus fort et plus clairement que le positif (même s’il est présent). Ne doit-on pas confesser ses péchés ? Les commandements (paroles en réalité) sont pour la plupart sur le registre ‘tu…. feras point’. D’autre part, il est souvent perçu comme prétention (un défaut) dans cette même culture d’exprimer soi-même ses propres qualités. Voilà à mes yeux, une importante raison de ce comportement. Quant aux entretiens d’embauche, avec un brin d’esprit Jésuite ;-), il est aisé de présenter ses qualités et ses défauts avec des qualificatifs qui les pondèrent et font penser qu’on a un regard sur soi juste et modeste. Personnellement, je combats mes qualités. Elles me demandent beaucoup trop d’efforts.

17)
Modane
, le 13.07.2009 à 15:41
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De par mon éducation, français que je suis, je minimise les qualités aussi. Enfin… Je minimisais, passé!… Car j’ai trouvé un truc qui m’empêche de rougir et de me tortiller : je dis : “Oh! Merci!”.

Et qu’est ce qui m’a fait pivoter ainsi? Je dis clairement aux autres les qualités que je leur trouve! Ainsi, nous restons bons amis : tu m’en voies une qualité dans la face, je te retournes du respect. Et tout le monde est content!

18)
Tom25
, le 13.07.2009 à 17:49
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Une blague que je viens de lire sur mon télémagazine

Une femme toute nue est debout devant son miroir. Elle dit :
— Je suis horrible à voir, toute grosse et laide. J’ai besoin d’un compliment!
Le mari répond :
— Tu as une bonne vue!

19)
Jerome974
, le 13.07.2009 à 21:28
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Je trouve un compliment souvent un peu déstabilisant, plus qu’une critique.

Je fais quelque chose bien. Une personne me complimente. Le compliment me fait plaisir.

Le problème, c’est quand ensuite je refais quelque chose de similaire, je pense au compliment, et je ne peux m’empêcher d’en souhaiter d’autres !

Ce qui fait que j’ai l’impression ensuite de faire ce que je fais POUR avoir des compliments, ce qui me parait bien superficiel.

Je n’ai pas trouvé mieux que Modane, un simple merci: pas de fausse modestie et quand on l’a dit c’est plus facile de passer et penser à autre chose :)

20)
Marcolivier
, le 13.07.2009 à 22:47
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Quelqu’un a mentionné plus haut le besoin de reconnaissance, ce qui m’amène, en plus des remarques faites au commentaire no. 7, à la réflexion suivante.

Si nous sommes plus ou moins tous en recherche de la reconnaissance d’autrui (un bel esclavage envers le regard des autres, d’ailleurs), le fait que nous n’acceptons souvent pas les compliments des uns et des autres ne serait-il pas le reflet que nous sommes en attente, en attente de certains compliments spécifiques, des compliments qui nous valoriserait selon notre orgueil, notre désir, notre manque de confiance en nous, ou encore notre besoin d’être rassuré, grands adulescents que nous sommes?

Ce qui m’amènerait à suggérer, manière d’enrichir mes remarques préalables, ceci: n’accepterions-nous que les compliments que nous attendons, les autres n’étant que du vulgaire crottin indigne de notre ego? La preuve en serait le mépris que nous accordions au compliment, aussi sympathique et sincère soit-il, sur notre robe, notre plaidoirie, notre tarte à la rhubarbe, notre article, notre photo, nos enfants, notre douceur ou que sais-je.

Vision assez égoïste, solitaire, vide et plutôt démoralisante, vous ne trouvez pas?

Pour redonner espoir, pourquoi ne pas écouter pour une fois ce que les autres ont à dire (de bien) sur nous, plutôt que de rechercher en eux ce qu’on voudrait qu’ils disent de nous?

21)
MarcelPahud
, le 14.07.2009 à 06:53
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Intéressant cet article comme ces commentaires… c’est une question que je me suis déjà posé un certain nombre de fois, en particulier dans le cadre de ma formation où l’on doit régulièrement faire notre auto-critique. Je m’étais vu reprocher (gentiment) par un formateur que j’avais toujours tendance à mettre en avant ce qui n’allait pas avant ce qui fonctionnait. Modestie ? Peur de se mettre en avant ? N’est-ce pas là une forme de consensus qui nous pousse à nous faire tous petits…

Paradoxalement, comme l’on dit plusieurs ici, même sans les accepter explicitement, nous sommes en attentes de compliments (de reconnaissance). Même après un spectacle qui a donné lieu à une standing ovation de la part de 800 personnes, j’ai de la peine à accepter les compliments alors, là aussi je me justifie, je dis que c’est du boulot quand même, que tout n’est pas là par hasard (ce qui est vrai…) mais aux yeux des autres, notre performance sur scène à quelque chose de remarquable…

Pour cette raison, en tant que futur enseignant, j’aimerais essayer de faire du compliment (sincère hein, pas juste pour le faire) un élément du quotidien parmi mes élèves, qu’il vienne naturellement et qu’il soit accepté par chacun. Peut-être que ça ne fonctionnera pas parce que même à 8 ans, ils sont probablement déjà habitués à ce qu’on voit plus souvent leurs faiblesses que leurs forces…

Pour répondre à la question de Madame Poppins (oh, quelle jolie promenade avec Maaaaarie…. pardon, je me reprends…) : tout récemment, lors de la défense orale de mon travail de diplôme, le prof qui m’a suivi m’a dit : “J’aimerais savoir écrire comme vous. Vous avez la faculté de retranscrire par vos mots des théories complexes pour qu’elle soit intelligibles à chacun”. Un “merci” était, là aussi, ma seule réaction extériorisée… à l’intérieur par contre, ça fait des gili-gili au ventre…

22)
Madame Poppins
, le 14.07.2009 à 07:54
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Décidemment, je ne me lasserai jamais de rédiger mes billets pour cuk : vos commentaires sont enrichissants et intéressants, comme chaque fois. Et souvent, je repars, avec dans mon baluchon bien des nouvelles questions et des nouveaux angles de vue.

Quant à mon erreur :-)))) le soir même, en rédigeant, prise d’un doute, j’ai choisi la mauvaise option “dis, chéri, c’est un ou une éloge ?” Vous le voyez, la flemme ne paie pas !

Je reviens plus tard pour davantage de détails, faudrait quand même que je me bouge un peu, ce matin !

23)
archeos
, le 14.07.2009 à 09:41
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+1 Marcolivier.

ça se rapproche d’une analyse de la société capitaliste que je ne retrouve pas malheureusement, à savoir que dans un monde capitaliste on demande, on reçoit et on prend, comme le courtisan du mariage de Figaro. Dans les sociétés traditionnelles fondées sur le don et le contre-don, on donne, on reçoit (on est obligé de recevoir) et on rend. Le rendu peut avoir une valeur sans rapport aucune avec le donné (par exemple, le “merci” à un compliment).

Ne pas savoir accepter un compliment signifie que le modèle de relations entre personnes des classes possédantes percole dans les classes populaires, où normalement la common decency d’Orwell domine.

Edit : c’est un article de Michéa, “De quoi le libéralisme est-il le nom ?”, paru dans la revue du Mauss.

24)
bgc
, le 14.07.2009 à 10:21
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Franchement, une question pareille, on ne peut y répondre que par une page blanche, accompagnée ou pas d’un bras d’honneur

Ben pourquoi ne pas avoir mis une réponse “blanche” ?

Lorsque l’on nous fait un compliment, pourquoi ne pas dire simplement “Merci”, comme lorsque l’on reçoit un cadeau ?

25)
pilote.ka
, le 15.07.2009 à 17:13
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pourquoi le compliment entraîne-t-il si souvent des comportements stupides ?

C’est pas l’effet que me font les compliments. Il faut dire que je suis particulièrement modeste et que je préfère ne pas enfoncer mon interlocuteur