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Lundi 13 juillet 2009
"J'ai eu de la chance" et "c'est juste une vieille robe"...
Il y a quelques années, une de mes connaissances, institutrice, a fait une petite expérience avec ses élèves : elle leur a demandé de noter sur une feuille trois de leurs défauts et trois de leurs qualités.

Avec une certaine surprise, elle a réalisé que la colonne "défauts" se remplissait très vite, parfois au point de comporter quatre, voire cinq inscriptions. En revanche, celle des traits de caractère positifs.... là, certains élèves n'étaient tout simplement pas en mesure d'indiquer quoi que ce soit !

Triste constat selon moi : j'y vois la preuve que dans certains environnements, les reproches pleuvent et que l'avarice est extrême lorsqu'il s'agit de souligner les petites et grandes réussites de l'enfant. Qui, du coup, ne parvient même pas à poser un regard positif sur lui-même.

Remarquez, même lorsque les parents-système-scolaire-para-scolaire-extra-scolaire-au-sens-large complimentent Bambin et Adolescent pour ses progrès et ses dons, Adulte échappe rarement au syndrome du "oh, c'est rien, j'ai eu de la chance", lequel connaît la variante "merci mais elle est déjà vieille".

Pour qui ne comprendrait pas, j'illustre.

Je me revois encore, âgée de trente ans, à me dandiner d'un pied sur l'autre, à me demander ce que je pourrais bien faire de mes bras - qui me semblaient trop longs - à part les enrouler autour de mon visage que je sentais rougir : "votre plaidoirie d'examen était excellente, Madame, tant sur la forme que sur le fond". Devinez ce que j'ai répondu... Je vous le livre en primeur "vous savez, dans ce dossier, il était plus facile de représenter la partie civile que le prévenu, sans parler du fait que mon maître de stage occupait souvent cette position dans les différents procès que j'ai suivis à ses côtés".

A vrai dire, si j'avais été totalement honnête, j'aurais répondu un truc du genre "je vous remercie, il est vrai que je ne suis pas peu fière d'avoir résisté à la pression de cette session d'examens sans fin et d'avoir trouvé cette introduction qui a réussi à attirer votre attention, somnolente après avoir entendu déjà six fois le même sujet".

Seulement voilà, je ne l'ai pas dit. Pourquoi ? Parce que j'aurais eu l'impression d'être "gonflée", d'être prétentieuse : partie plaignante ou prévenu, c'est le hasard qui en a décidé dans cette plaidoirie d'examen nécessaire à l'obtention du brevet, pas moi.

Prenons donc un autre exemple, encore plus basique. Que vais-je répondre à qui me dirait "elle te va à ravir, cette robe" ? "Oh, merci, elle est vieille, cette robe". C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à dire "merci, je me sens moi aussi effectivement très à l'aise dans cet habit". Ce qui serait quand même plus sensé que d'évoquer l'ancienneté de ladite robe : le fait qu'une pièce de vêtement soit seyante ne dépend pas de son âge.

Si en tant que telles, mes robes ne sont effectivement pas un sujet de conversation passionnant, l'est davantage - du moins à mon avis - la question de savoir quel est ce mécanisme étrange qui me pousse, comme un très grand nombre de mes semblables, à minimiser une réussite, à ne pas accepter tout simplement un compliment.

Pourtant, je vous l'assure, je peux vous citer certaines de mes qualités sans aucun problème : je suis fidèle, en amitié comme en amour, je sais vulgariser et transmettre mes connaissances, je suis tolérante face à d'autres conceptions de la vie que les miennes.

Du coup, je serais bien tentée d'admettre qu'il n'y a aucun lien entre la connaissance de ses qualités et la capacité à accepter un compliment et une éloge. Admettons, admettons, ce qui conduit malheureusement à une nouvelle impasse : je sais, pour l'avoir souvent constaté, les gens qui ne savent pas quelles sont leurs qualités, ne savent pas non plus comment réagir à un compliment, ne disant généralement... rien du tout. Remarquez, ça vaut certainement mieux que mon stupide "j'ai eu de la chance".

Mon interrogation reste donc entière : pourquoi le compliment entraîne-t-il si souvent des comportements stupides ? Parce qu'il est lui-même stupide et inutile ? Peut-être : le prof aurait pu, il est vrai, se contenter de mettre, comme il l'a fait, la note maximale et passer à côté de moi sans rien dire. Toutefois, je l'admets volontiers : malgré ma réaction, dans ces moments de stress, ses paroles sont venues soulager un peu mon angoisse et je lui ai été reconnaissante de les avoir prononcées.

Bref, je crains ne point être capable de trouver une réponse, encore moins une explication. En revanche, comme tous les lundis en quinzaine, j'ai une question : quel est le compliment reçu qui vous a fait le plus plaisir ?
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