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Mardi 7 avril 2009
iAccro? Pas de problème: Freedom!

 

Je ne sais pas comment c’est pour vous, moi, côté ordinateur j’ai deux ou trois souvenirs inoubliables.

Le premier, c’est la veille du jour où je suis allée acheter mon premier. Une fillette de quatre ans, qui prétendait ne savoir ni lire ni écrire, m’a fait la démonstration d’un MacPlus. En une heure, j’avais compris que cette machine à écrire électrique là, il me la fallait.

Le second, c’est trois ans et de nombreuses activités plus tard (entre temps j’avais compris qu’un MacPlus n’était pas une machine à écrire), lorsque j’ai par hasard découvert Nisus. Word était certes plus confortable qu’une simple machine à écrire, mais il était assez ardu à éduquer à mes petites manies, tout de même. Or voilà que Nisus, tout frais arrivé de Californie sur quatre disquettes, avait d’avance pensé à tout ce dont je pouvais avoir besoin. Ç’a été le coup de foudre.

L’ordinateur, je ne pouvais plus m’en passer.

J’étais accro.

Etat des lieux

Mais bon, c’était une addiction mineure, ma dépendance n’a augmenté que graduellement: j’écrivais mes textes (correcteur automatique incorporé - wow! Moi dont l’orthographe est quelque peu approximative), faisais ma comptabilité, branchais un modem, commençais à chatter (oui, j’ai chatté en ligne dès le début grâce à mon compagnon qui travaillait pour le CERN et qui m’avait fait avoir une connexion avant l'existence de l'internet proprement dit, et grâce au forum de Computer Shop à Lausanne - disparu depuis), je scannais, je mettais en page, j’avais le Grand Robert au bout des doigts. Tout ça pour dire que peu à peu l’ordinateur a envahi mes activités, et mes loisirs. Je n’ai jamais fait de jeux en ligne, mais j’ai quelques jeux favoris sur mon disque dur. Je m’aperçois que je passe de plus en plus de temps sur, que je dépends toujours davantage de, l’ordinateur.

Le grand bond en avant est bien entendu venu avec Internet. On trouve tout (entre temps on trouve même trop) sur Internet. Ce qui fait qu’on cherche toujours là d’abord, et comme trouver devient de plus en plus complexe à mesure que les serveurs se gonflent sans jamais rien effacer, ça prend toujours plus de temps.

Le grand bond en avant du temps passé sur son ordinateur, et plus particulièrement sur internet, a par ailleurs été aggravé par l’apparition du Wi-Fi.

Symptômes

Maintenant qu’on peut se brancher partout, où que l’on soit, et qu’on peut passer beaucoup de temps en recherches en ligne, mais encore plus de temps, si on est enclin à ces choses-là, à faire des jeux en ligne - et à participer à des jeux collectifs en ligne - on commence à voir surgir une espèce nouvelle: appelons-les les accros conscients (vous savez, comme les fumeurs qui savent qu’ils devraient arrêter, qui veulent arrêter, mais qui n’y arrivent jamais complètement), qui travaillent volontiers ou par nécessité sur leur ordinateur, mais qui ont besoin qu’on les aide à ne pas se précipiter sur Wikipedia à la moindre provocation, ou à ne pas se connecter à tout bout de champ au premier casino ou au premier jeu collectif venu.

Vous croyiez, comme moi, être les seuls?

Détrompez-vous.

“Arrêtez l’Internet, je veux descendre!” crie une internaute, “libérez-moi des méandres de mon inattention!”

Le fait est que nous sommes des millions.

“En ces temps de perpétuelle connexion, un brin de liberté, c’est comme le trille d’un oiseau ou le gargouillement d’un ruisseau”, dit un accro compulsif qui aimerait cesser d’être accro.

Belle contradiction si on pense au député français qui aurait voulu, la semaine dernière, faire modifier une loi pour que le droit à l’internet pour tous soit ancré dans la constitution française!

Solution

Si des patches suffisent pour vous faire arrêter de fumer, si la première fois que vous devez faire face à des poursuites parce que vous n’arrivez pas à rembourser une dette de jeu vous quittez les casinos pour toujours, si la première fois que vous perdez la boule après un shoot de drogue vous allez dans un centre de désintoxication - alors, Freedom est fait pour vous.

 

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Freedom - liberté - vous libère du réseau pour une durée de votre choix.

 

Freedom est un petit programme concocté l’an dernier par un étudiant de l’université de Caroline du Nord, Fred Stutzman. 

Je lui cède la parole.

«Il y a quelques années», dit-il, «je jugeais de la qualité d’un bistrot par la vitesse de sa connexion wi-fi. Maintenant que je travaille sur ma thèse de doctorat, je suis constamment à la recherche désespérée d’endroits où travailler hors ligne. Dans cette ville universitaire, on trouve difficilement un endroit où étudier tout en évitant des nuages de réseau sans fil. Pour tenter de limiter l’intrusion du réseau dans les espaces de productivité, j’ai créé Freedom, une application Mac qui déconnecte votre ordinateur pour une période de temps de votre choix.»

Il y a bien un moyen d’interrompre l’exil réseautique forcé avant le moment stipulé: il faut redémarrer l’ordinateur. Comme c’est compliqué et que ça prend pas mal de temps, autant réfléchir avant… Bien entendu, c’est compliqué exprès, pour vous aider à ne pas être tenté.

Mode d’emploi

Bon, alors, on va sur le site de Fred et on clique comme indiqué par les flèches rouges.

 

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En quelques instants le programme est téléchargé. On le décompresse par la méthode habituelle, et on installe l’icône dans son dossier Applications.

Un double-clic et on se trouve confronté au premier dialogue. Comme il est en anglais, je le traduis pour les francophones invétérés.

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Freedom déconnectera votre réseau Apple pour un maximum de huit heures (480 minutes). Combien de minutes de liberté aimeriez-vous?

Donnez la durée en minutes, cliquez sur OK, et vous voyez alors paraître le deuxième tableau.

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Vous avez réglé Freedom de manière à être hors ligne pendant 60 minutes. Si vous avez besoin d'un accès à votre réseau local pour travailler, cliquez sur «Local Access», sinon cliquez sur «Normal Mode». Une fois le mode sélectionné, Freedom vous demandera votre mot de passe. Pour utiliser Freedom, il faut être administrateur.


Et voilà. J’ai testé, ça marche parfaitement.

Freedom est gratuit; vous pouvez faire un don, qui sera consacré à son développement. Le programme est en anglais, mais j’ai pratiquement tout traduit pour vous, alors si vous avez des tendances accros, son utilisation sera facile même si vous ne parlez pas cette langue.

Pour le cas où vous parleriez tout de même anglais, il y a un petit film qui fait la démonstration du programme, avec les explications de l’auteur, ici.

Coda

En passant, nous pouvons tous méditer un instant sur une situation où ce qui paraît être le symbole même de la liberté devient une forme d'esclavage psychique dont il devient nécessaire de se débarrasser - notamment par un programme baptisé, justement, Liberté!

 

Post Scriptum

Tout ce qui précède était déjà écrit, en ligne et prêt à paraître, lorsque j'ai, lundi matin, lu le billet de Mme Poppins. Ce petit mot final juste pour dire que nous ne nous sommes pas concertées - mais il me semble que plus ou moins en filigrane les deux humeurs posent une même question. Sur le plan humain, comment évaluer le bilan «temps dépensé» d'un côté de la balance, et «bénéfice retiré» de l'autre, pour ce qui est du temps que nous consacrons à internet?

 

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