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A la recherche du temps passé

Roumanie Ceux qui me connaissent un peu savent qu'un de mes dadas est l'Histoire des civilisations anciennes et que ce titre n'annonce aucunement le premier chapitre de mes mémoires à la manière de Marcel.

J'ai dit "dada" et non "passion", car cela galvauderait la notion contenue dans ce mot. Si c'était une passion, je passerais mon temps dans le désert de Nubie, les forêts du Yucatan ou les sommets des Andes à déblayer à la pelle des tonnes de sédiments ou à nettoyer au pinceau les derniers débris de la poterie mise à jour. Non, je me contente de parcourir les sites que d'autres ont découverts pour moi, les musées et les expositions thématiques où j'aime promener mes objectifs photographiques. Car j'aime ramener à la maison les images de mes souvenirs. Certains me diront que les ouvrages vendus par les musées ou les catalogues des expositions ont de bien plus belles images que les miennes. C'est vrai, mais... ce sont les miennes (je suis un peu exclusif sur les bords) et souvent LA pièce qui a fait tilt, vous savez cette petite statuette placée au fond de la vitrine et bien, celle-là, personne n'a jugé utile de la mettre dans le catalogue ! En plus, toutes ces belles images sont frappées d'un vice rédhibitoire : un petit © qui m'empêcherait de vous les présenter ! Cela dit, rassurez-vous, j'achète aussi les catalogues, pas tellement pour les photos que pour les textes qui les accompagnent qui sont souvent de haute tenue.

Ma quête du temps passé m'a amené ces derniers mois à m'intéresser à des domaines très variés.

Les Phéniciens à l'Institut du Monde arabe à Paris, exposition qui m'a profondément déçu

Rome et les Barbares au Palazzo Grassi de Venise. Un seul mot : grandiose. Pas de photo (cela devient de plus en plus la règle), mais un catalogue superbe en français. De plus, cette escapade à Venise m'a fait découvrir un petit bijou : la Fondation Peggy Guggenheim - rien à voir avec New York et Bilbao.

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Le profane et le sacré : les plus belles pièces du Musée Barbier-Müller de Genève, exposées au Musée d'art et d'histoire à l'occasion du 30e anniversaire de la Fondation. Un peu hétéroclite: je n'ai pas trouvéle fil conducteur. Toujours pas de photo, mais la direction du Musée m'a sur le champ gravé un cd avec les photos des 16 plus belles pièces exposées. Chapeau ! Je vous les montrerai sans doute à une prochaine occasion.

Toutankhamon à Zürich : une reconstitution de son tombeau tel que l'a découvert Carter : je n'y suis pas allé - réservée à Madame et notre petite-fille Mylène... fallait bien quelqu'un pour garder Ithia, notre chienne ! D'autant que je n'aime pas les reconstitutions.

Homère au Musée d'Histoire de Bâle. Celle-là, je l'ai ratée d'un jour, un comble ! Un coup de téléphone au musée me confirme, hélas, qu'aucune prolongation n'a été envisagée, mais que l'exposition se transportera à Mannheim en janvier. Ouf, on va pouvoir rattraper le coup.

Reste la dernière : le Néolithique roumain à Olten. Trois mots qui ne m'incitent guère à l'enthousiasme :

  • Olten  : petite ville du canton de Soleure, surtout connue comme important noeud ferroviaire, point de jonction des lignes Genève-Bâle, Berne-Bâle, Berne-Zurich et Zurich-Bâle. Cette petite ville a connu son heure de gloire le 11 novembre 1918 avec la publication du premier appel à la grève générale (Appel du Comité d'Olten), prémisse aux grandes négociations qui débouchèrent sur la fameuse "paix du travail" en Suisse. Mais bon, tout cela ne fait pas un grand centre d'exposition.
  • Néolithique : je suis peut-être féru des civilisations anciennes, mais pour moi, le terme néolithique évoque surtout des pointes de flèches (je les préfère en silex taillé plutôt qu'en pierre polie), quelques céramiques avec des dessins géométriques. Période assez vague sur le plan chronologique, débutant aux environs de -9000 dans certaines régions et se terminant entre -3500 (Sumer) et -2000 (Gaule - on n'était pas très en avance). Début de la sédentarisation, de la création des villes et donc des guerres !
  • Roumain : vous connaissez la Roumanie, vous ? Pas moi. Bon, quelques notions quand même : séparée de la Grèce par la Bulgarie, capitale Bucarest, parle une langue romane. Donc a dû être occupée pendant longtemps par les Romains et protégée des invasions slaves qui forment les peuples qui l'entourent. Est entrée dans notre quotidien futur le 1er janvier 2008 comme membre de l'Union Européenne. A citer parmi ses "grands hommes" : Ceaucescu et... Dracula.

J'en étais là dans mes hésitations lorsque je suis tombé sur ces images

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Deux statuettes en terre cuite, environ 12 cm. Celle de gauche, dite "Le Penseur de Cernavoda" figure d'ailleurs sur toutes les affiches et dépliants de l'exposition et constitue la couverture du catalogue.

Cette culture d'il y a plus de 10.000 ans qui produit des chefs-d'oeuvre pareils m'a rappelé que la "Roumanie" actuelle n'est que le nom moderne de l'antique Thrace grecque qui nous a donné Orphée et son fils... Musée, a servi de lieu de détention de Prométhée, puni pour nous avoir donné le feu contre l'avis de Zeus et qui, à ce titre, se faisait "bouffer le foie" tous les jours par les vautours divins. Plus près de nous, les Daces ont mené la vie dure aux légions romaines pour s'opposer ensuite avec succès aux envahisseurs Goths, Ostrogoths et autres Huns. Décidément, cela valait bien un petit voyage outre-Sarine.

Et je n'ai pas été déçu. Si je n'ai pas pris la peine de visiter Olten, j'ai quand même appris que son musée historique renfermait la plus grande collection d'objets néolithiques de Suisse. En plus, un petit avis vous accueille à l'entrée vous informant que les photos sans flash sont autorisées. Un exemple dont devrait s'inspirer le Musée d'Art et d'Histoire de Genève qui arbore fièrement dès la porte d'entrée le classique pictogramme de l'appareil photo barré !

Alors, je vais essayer de vous faire partager un peu de mes émotions en une dizaine de photos, sans doute pas les plus belles pièces de l'exposition, mais mon 350D même équipé de son 50/1.8 avait de la peine avec la lumière et prendre des photos au 1/8" à pleine ouverture n'est pas ce qu'il y a de mieux pour éviter le flou du bouger.

La céramique et la poterie sont bien sûr les arts majeurs de cette période :

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Deux types d'artisanat très classiques avec dessins géométriques. On retrouve ce genre de poterie dans toutes les régions du monde.

 

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Celles-ci sont déjà moins classiques
Masque funéraire ou cérémoniel ?
Impossible de répondre, il ne figure pas dans le catalogue officiel, ce qui illustre bien mon propos
Modèle de sanctuaire
Projet d'un architecte (?) ou ex-voto pour la divinité ?

Quelle que soit la région du monde que l'on considère, le corps féminin est et reste le thème d'inspiration de tous les artistes de toutes les cultures. Le néolithique roumain n'échappe pas à cette loi universelle, que ce soit sous des formes stylisées ou plus réalistes

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Deux représentations féminines très stylisées
Ornement en or représentant sans doute la grande déesse mère Représentation stylisée d'une femme enceinte, avec une attention particulière à la chevelure

 

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Statuette polychrome très réaliste. La femme porte ceinture et baudrier, ainsi que peut-être des peintures guerrières. Se rappeler qu'on n'est pas loin du territoire des Amazones Femme assise. Une autre image, ratée, représentait la même femme tenant dans ses bras un enfant.

 

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A gauche, un corps asexué; à droite, un vase anthropomorphe avec de grandes oreilles ! Ce qui rapproche ces deux objets, ce sont les décorations qui parsèment tout le corps. Au point qu'on peut imaginer que nos ancêtres pratiquaient la scarification à l'instar des peuples maoris.

Pour terminer ce petit voyage dans le temps, voici deux des photographies qui, je vous l'avoue, vont trouver place dans mon catalogue "Coups de coeur"

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Quel événement a bien pu inciter l'artiste à nous modeler ce vase en forme de pied ou de chaussure d'enfant. Une naissance proche et un vase pour fleurir la maman? Je vous laisse à votre imgination.

Mais, ma préférée, c'est la suivante :

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C'est un hymne à la joie de vivre qui éclate avec cette danseuse figurant sur un fragment de poterie. Le mouvement est gracieux et bondissant, on imagine même le fou-rire qui illumine son visage.

Si ce voyage dans le temps vous a plu et que vous désirez en savoir plus, je vous signale que l'exposition est toujours ouverte à Olten jusqu'au 5 octobre. Ensuite, nos amis du Nord pourront aller s'y plonger à Bruxelles aux Musées royaux d'art et d'histoire.

Crédits photographiques : toutes les photos sont de moi, sauf le Penseur et sa compagne qui ont été repris du catalogue (pas moyen d'en faire une photo acceptable sur place) publié aux éditions arte,m - ISBN 978-88-569-0002-6 (en français !)

8 commentaires
1)
François Cuneo
, le 25.09.2008 à 06:59
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Je trouve les deux photos de statuettes en terre cuite d’un modernisme incroyable. Les “nouveaux” n’ont rien inventé!

3)
Argos
, le 25.09.2008 à 08:13
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Les deux statuettes me font penser aux oeuvres de Brancusi, le grand sculpteur roumain mort en 1957. Drakula s’appelait Vlad Tepes et sa maison natale existe toujours à Sigisoara, au nord de la Transylavanie. Prométhée n’a pas subi son châtiment en Roumanie, mais nettement plus à l’Est, de l’autre côté de la Mer Noire, en Cholchide, l’actuelle Géorgie, sur une paroi du Caucase.

5)
Inconnu
, le 25.09.2008 à 17:54
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Article intéressant et belles illustrations, Les Daces ont effectivement mené la vie dure à Trajan qui après sa victoire a fait réaliser la première bande dessinée de l’Histoire sur une colonne !

6)
zit
, le 26.09.2008 à 08:52
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Merci Hervé, effectivement, les deux statuettes en terre cuite du début sont jolies.

Mais l’archéologie, bof, je ne comprends pas vraiment l’intérêt, aller déterrer des vieilleries et s’extasier sur le dessin d’une lunette de toilettes de 5000 ans… Dans quelques millénaires, que diront les archéologues en déterrant une moto :

Superbe sculpture dédiée au culte de la fertilité.

un tournevis :

Superbe sculpture dédiée au culte de la fertilité.

Un aspirateur :

Superbe sculpture dédiée au culte de la fertilité.

z (Enfin bon, Hervé, “nothing personal”, hein, je répêêêêête : juste, je comprend pas ;o)

7)
levri
, le 26.09.2008 à 10:50
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@ zit : mon cher, j’ai l’impression que tu t’es gourré dans tes légendes !, il fallait lire :

1) Superbe extension phallique primitive (vu l’encombrement de la chose l’adepte était fixé sur l’engin, une controverse non résolue à ce jour : était ce un booster ou un substitut à la virilité ?)

2) Représentation abstraite de la divinité de la propriété (d’après les rares informations parvenues jusqu’à nous le possesseur de cet objet mystique pouvait s’approprier tout ce qu’il arrivait à ouvrir avec… admirez le galbe de la parie charnue et le dépouillement symbolique de la partie fine)

3) Superbe sculpture représentant la féminité (certains l’assimilent par erreur à une représentation religieuse de la fertilité)

J’écoute Proto-Minimalism de Frank Zappa sur l’album You Can’t Do That On Stage Anymore Vol 5

8)
Hervé
, le 26.09.2008 à 17:55
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C’est vrai, Zit, l’archéologie ne sert à rien, comme – l’histoire – la philosophie – la poésie – la photographie – la recherche fondamentale

C’est qu’il y en a des choses inutiles dans ce monde, à commencer par les humains. C’est vrai, quoi, à quoi pouvons-nous bien servir ?