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Hécatombe silencieuse: l’amiante tue

Maria Roselli est une petite femme tranquille, qui travaille d’arrache-pied, parfois dans un petit bureau débordant de documents, parfois sur le terrain. Elle est journaliste d’investigation. Elle est italienne mais parle aussi parfaitement l’allemand et le dialecte, et très bien le français. A Zurich, nous sommes toutes les deux membres d’un collectif de bureaux; nous y avons notre table de travail. Journalistes, petites ONG, artistes plasticiens, cinéastes, informaticiens… les professions les plus diverses se côtoient dans la maison. Maria et moi sommes sur le même étage, ce qui a favorisé les contacts.

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 Maria Roselli, journaliste et écrivain.

Cela fait huit ans que nous nous fréquentons. Et cela fait presque aussi longtemps que je la vois travailler sur l’amiante: elle a commencé à s’occuper du problème en 2001. Aussi puis-je vous dire de première main que quand cette femme-là, avec ses allures innocentes et parfois hésitantes, s’attaque à un problème, elle ne lâche plus: un vrai bouledogue.

Recherche des origines

«Toutes les cinq minutes, une personne meurt d’une maladie due à l’amiante, ou asbeste. D’après une étude de l’Union européenne, d’ici à 2030, un demi-million de personnes mourront en Europe d’un cancer de l’amiante. … Le nombre de victimes va même augmenter jusqu’en 2025, en raison du très long temps de latence des maladies qu’elle provoque.»

C’est ainsi que commence le livre de Maria Roselli, «Amiante et Eternit, fortunes et forfaitures», qui vient de paraître  en français (www.enbas.ch) et qui a paru il y a quelques mois en allemand («Die Asbestlüge…» www.rotpunktverlag.ch).

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Le livre vient de paraître en français.

«En 2001, raconte Maria Roselli, un médecin italien qui avait analysé le registre des décès par cancer dans le Frioul (région de forte émigration) s’était rendu compte qu’un nombre considérable des morts qui avaient succombé à une forme de cancer appelée mésothéliome, ou à un cancer du poumon, avaient travaillé chez Eternit à Niederurnen, où se trouve la centrale de ce que fut la production de l’amiante. Ce médecin s’était adressée à la Confédération des travailleurs italiens en Suisse (CGL), qui avait transmis sa lettre au syndicat suisse du bâtiment Unia, lequel s’était adressé à Maria Roselli, qui travaillait pour un des journaux syndicaux suisses alémaniques, Work.»

C’était au départ pour écrire un article. Et puis ça en a donné deux. Et puis… Et puis… Maria Roselli a enquêté sept ans durant. Envers et contre tous, notamment la famille Schmidheiny, dont une partie de l’histoire se confond avec celle d’Eternit, l’usine de matériaux à base d’amiante située à Niederurnen (Suisse).

Pour que les choses soient claires pour tous, voici la définition de l’amiante donnée par le dictionnaire Robert. «Silicate de magnésium et de calcium, dont les cristaux d'aspect feutré peuvent être travaillés en fibres; fibres extraites de ce minéral, résistant à l'action d'un foyer ordinaire, ne fondant qu'au chalumeau, et pouvant être tissées.. Fils, plaque d'amiante. L'amiante est dangereux pour la santé (asbestose, cancer...). — Tissu composé de fibres d'amiante. Combinaison en amiante. — N. m. Amiante-ciment : ciment auquel on a incorporé des fibres d'amiante. » On appelle aussi l’amiante de son nom savant «asbeste», qui signifie en grec «incombustible» - et c’est là la principale vertu qui a fait qu’on a tant utilisé l’amiante pour construire et isoler les bâtiments: il ne brûle pas. Sauf que cette vertu est totalement effacée par un défaut majeur: l’amiante est très dangereux pour la santé de ceux qui vivent à son contact.

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Lorsque l’amiante se défait et vient menacer non seulement la santé de ceux qui l’ont produit, mais aussi celle de ceux qui entrent en contact avec lui. (Photo François Iselin)

Le problème de l’amiante, c’est que comme les maladies qu’il provoque se déclarent des années plus tard, les responsables ont d’une part toujours nié que l’amiante fût dangereux, et d’autre part n’ont jamais été condamné car lorsque la maladie s’est déclarée, les faits qui auraient pu être délictueux étaient déjà prescrits.

C’est cela qui explique l’impunité des responsables et le laxisme des autorités. Mais tout de même, on s’étonne que ce ne soit que maintenant qu’on prend les choses en main avec une certaine énergie. Et ce n’est qu’en 2005 que l’utilisation de l’amiante a été proscrite en Europe. Or les premières démonstrations de la nocivité de l’amiante datent des années 1920.

Comment est-ce possible? Et qu’arrive-t-il aux victimes potentielles des maladies professionnelles provoquées par l’amiante?

Partie de ces questions simples, Maria Roselli s’est trouvée embarquée dans un carrousel infernal. Je l’ai vue revenir indignée de visites dans des villages italiens ravagés par les maladies qu’on associe à l’asbeste. Je l’ai vue pleurer devant les démentis répétés des industriels de l’amiante. Je l’ai vue travailler avec acharnement à la rédaction de son livre. Elle a fait le tour de la question, et en allemand où il circule depuis l’an dernier, «Die Asbestlüge» est considéré comme le nouveau classique sur la question.

Il m’est très difficile de rendre compte en profondeur de l’étude de Maria Roselli, que je vous encourage à lire pour votre compte: elle est aussi passionnante qu’un polar, les problèmes sont exposés d’une manière simple et claire, et les témoignages des victimes et des survivants sont poignants.

Je vais m’en tenir à un seul exemple, qui illustre assez bien les problèmes rencontrés tant par les victimes que par l’auteur du livre.

La jeunesse de Nadja Ofsjannikova

Un des chapitres du livre est consacré à l’expansion internationale des produits Eternit, commencée en 1929. Le texte et les documents qui l’illustrent (le livre est accompagné de nombreuses reproductions de ces documents - très parlants) montrent l’étendue de l’expansion, partie elle aussi de Niederurnen. Entre autres, Maria Roselli explique (et documente) quelques-uns des rapports entre Eternit et l’Allemagne nazie. La Deutsche Asbestzement Aktiengesellschaft (DAZAG) s’était établie à Berlin dès 1929. Son développement pendant les premières années du nazisme avait été très rapide. En 1938, sa part de marché était de 54%, et elle occupait 1’100 personnes. Quant au chapitre Deuxième guerre mondiale, c’est peut-être un des plus sombres de la sombre histoire de l’amiante. Pendant la guerre, à l’intérieur de l’usine berlinoise, nommée Eternit (des représentants de la famille suisse Schmidheiny, un des actionnaires principaux d’Eternit suisse, siégeaient au Conseil d’administration), deux camps hébergeaient des travailleurs forcés venus des pays conquis par le 3e Reich. Fin 1943, Eternit Berlin occupait 563 travailleurs, dont 263 étaient des “Ostarbeiter”, travailleurs forcés des pays de l’Est. L’emploi des travailleurs forcés est attesté par de nombreux documents.

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La DAZAG (ou Eternit) à Berlin, qui a fabriqué des produits en amiante de 1929 à 2003. (Photo Musée Neukölln)

Maria Roselli a réussi à trouver une survivante (la dernière peut-être), Nadja Ofsjannikova, une Bielorusse de 85 ans qu’elle a emmenée à Berlin, où l’usine (désormais vide) existe encore. Nadja a raconté son histoire, qu’on trouve in extenso dans le livre. Que je vous en donne une idée.

Après avoir été arrachées à leur village, après un voyage aventureux, où toutes leurs possessions avaient disparu, les femmes de son groupe son arrivées à Berlin, d’abord dans une usine qui fabriquait des uniformes pour l’armée puis, lorsqu’elle a été bombardée par les alliés, à la DAZAG.

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Voilà Nadja peu avant sa déportation

«Ils nous ont logés dans les baraques qui se trouvaient sur le terrain de la fabrique. … Dans ce camp, le travail dépassait nos forces. Je devais sortir les plaques d’amiante-ciment terminées de la halle d’expédition pour les transporter dans le train … Nous portions des habits de cellulose et des souliers en bois. Il faisait terriblement froid. Le travail était très pénible, les plaques pesaient environ 20 kg. J’étais à deux doigts de craquer et parfois je ne désirais plus qu’une chose: mourir.» Après un certain temps, elle a été mutée dans un atelier. «Je devais poncer les moules d’amiante-ciment. Je passais la journée dans la poussière des pieds à la tête. … Toute la fabrique était entourée d’une barrière de barbelés. … Des hommes armés montaient la garde. C’était comme dans un camp de concentration, comme à Tempelhof, mais en plus petit. Nous portions aussi des numéros et devions sans cesse présenter notre carte. … Je ne sais pas comment j’ai fait pour survivre toutes ces années. Nous devions travailler même quand nous étions malades: douze heures par jour, six jours par semaine. Lorsque les Russes se sont rapprochés, le travail s’est intensifié.»

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Nadja dans les halles vides de l’ex DAZAG, raconte son histoire à Maria Roselli (photo Maria Roselli).

Ce serait trop long de recopier ici l’intégralité du récit, je vous renvoie au livre.

Disons simplement que dans son malheur, Nadja a eu de la chance: vers la fin de la guerre, l’amiante a été partiellement remplacée par d’autres fibres, et les ouvriers travaillaient le plus souvent en plein air, ce qui lui a épargné de souffrir d’une maladie due à l’amiante.

En 2000, Nadja entend parler des dédommagements auxquels ont droit ceux qui ont été forcés d’aller travailler en Allemagne pendant la guerre. Un médecin allemand de passage à Riga, en Lettonie, où elle vit, lui promet de l’aider. Il n’arrivera à rien. Eternit Berlin prétend que les documents du temps de guerre sont perdus, et qu’il n’y avait pas de camp de travailleurs forcés. Le témoignage de Nadja est un des rares qui existent - elle aurait pu tout inventer, même.

Mais dans les archives de la Croix Rouge et ailleurs, Maria Roselli a trouvé des preuves qui étayent le récit de Nadja, elle a même réussi à retrouver son livret de travail. Nadja n’avait rien inventé.

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L’ordre de construction des baraquements pour les ouvriers qui travailleront chez Eternit Berlin. (Musée Neukölln, photo Maria Roselli)

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Une note au dos confirme - si besoin était - que c’est bien pour héberger des prisonniers, auxquels on pourra faire appel à bien plaire, que ces baraques sont construites. (Musée Neukölln, photo Maria Roselli)

Disons pour conclure cette triste histoire que la DAZAG, ou Eternit Berlin, a repris la production dès juillet 1945, et que les Schmidheiny ont fait des affaires fleurissantes grâce à la reconstruction allemande, qui a avalé des millions de tonnes d’amiante. La famille Schmidheiny a vendu l’usine à un groupe belge en 1990, elle a été fermée en 2003.

Et Maria Roselli conclut par un constat amer.

«Qu’a à dire [Stephan Schmidheiny] sur cet épisode jusqu’ici peu connu de l’histoire de sa famille, lui qui a présidé dans les années 1980 le conseil de surveillance d’Eternit Berlin? Bien qu’il ait été interpellé personnellement, l’ancien entrepreneur de l’amiante-ciment n’est pas disposé à prendre position. Il laisse cette tâche délicate à son porte-parole, le conseiller en communication zurichois Peter Schürmann. Si on s’attendait à ce que ce dernier admette et déplore l’emploi de travailleurs forcés, dès lors qu’il est clairement attesté, on se trompe: Schürmann continue de mettre en doute ce sombre épisode de l’histoire de l’entreprise.»

C’est la politique de la famille Schmidheiny, qui, de père en fils, est en fait au cœur de la production de l’amiante depuis les années 1920: minimiser son propre rôle, ne rien reconnaître, et réagir le moins possible pour ne pas créer de polémiques.

Et les malades?

Le contact prolongé avec l’amiante provoque quatre types de maladies, reconnues aujourd’hui comme maladies professionnelles:- les plaques pleurales (poussières sur la plèvre)- l’asbestose (inhalation de poussières)- le cancer du poumon dit carcinome bronchique- le mésothéliome malin de la plèvre, la tumeur la plus agressive qui dans 80 - 90 % des cas, peut être attribuée à l’amiante.

Le problème, c’est que ces maladies se déclarent des années après avoir été contractées, et que bien entendu les faire reconnaître comme maladies professionnelles dues à l’amiante, cela représente souvent un véritable parcours du combattant. Comme le cancer du poumon peut aussi avoir d’autres causes, les responsables nient autant que possible qu’il soit dû à l’amiante. Maria Roselli a rencontré dans certaines localités italiennes des dizaines de personnes, ex-travailleurs de l’amiante ou survivants de morts par cancer - des villages entiers sont sinistrés. Sans oublier les victimes suisses: il y en a, et il y en a eu, un bon nombre.

On trouvera leur histoire aussi dans le livre de Maria Roselli.

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Le rapport entre importation d’amiante et maladies en Suisse (Source: SUVA 2008)

L’amiante aujourd’hui

L’utilisation de l’amiante est désormais, depuis trois ans, interdite en Suisse. On désamiante (défloque) à toute allure. Cependant, Maria Roselli constate qu’en 2007, la Suisse a encore importé 3,4 tonnes d’amiante, 4,4 tonnes de produits contenant de l’amiante, 4803 tonnes d’ouvrages en amiante-ciment, cellulose-ciment ou similaire. Et par ailleurs, dans le monde, l’utilisation d’amiante, loin de diminuer, augmente. Dans les pays en développement (Asie, Amérique latine, Afrique), ce matériau est encore utilisé très largement. Sans parler de problèmes comme ceux posés par des navires comme le Clémenceau de triste mémoire, qui contiennent des tonnes et des tonnes d’amiante, et qu’on envoie assainir en Inde par exemple. L’amiante continue donc à faire des victimes dont les maladies se déclareront dans dix, vingt ou trente ans.

De nombreux spécialiste dans le monde mettent aujourd’hui en garde contre les dangers de l’amiante, à niveau national et international, et avec des groupes citoyens ils luttent pour que l’amiante, cet assassin silencieux, soit interdit partout dans le monde. Le livre de Maria Roselli est une contribution importante à cette lutte - qui est loin d’être terminée.

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Ce graphique le montre: si l’importation en Suisse a presque, mais pas tout à fait, cessé, la production d’amiante dans le monde est en hausse (Sources production mondiale: USGS et autres; importations en Suisse: Registre des douanes suisses).

Si vous avez envie de lui poser des questions personnellement, je signale aux Suisses romands que Maria Roselli présente son livre le lundi 29 septembre à la Salle des Vignerons (dans la Gare de Lausanne), à 19.30. Vous pourrez la voir et l’entendre - cela vaut la peine. Ce sera plus complet et mieux informé que l’esquisse simplifiée à l’extrême (et très incomplète) de son travail que j’ai donnée ici.

21 commentaires
1)
François Cuneo
, le 16.09.2008 à 11:22
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Oulalalalalalalalalala!

11h15: pas encore eu le temps d’aller sur Internet… Ça c’est grave! Alors que je suis au bureau depuis… l’aube!!

Et pas d’humeur ce jour-là, parce que j’ai oublié de mettre sur 4 l’état de l’article, qui est retenu s’il n’atteint pas ce chiffre!

Oh que je suis désolé…

2)
François Cuneo
, le 16.09.2008 à 11:48
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Bon.

Eh bien je savais qu’Eternit était telle que les cigarettiers, qu’elle niait tout à propos des maladies, ce que je trouvais déjà scandaleux.

J’ignorais leurs accointances avec les Nazis.

Décidément, plus rien ne m’étonnera entre les rapports de nos prédécesseurs avec l’Allemagne, à certaines époques.

Lamentable.

Certains parmi nous feraient-ils mieux?

Mais alors vraiment pas sûr.

C’est ça le pire.

3)
pioum
, le 16.09.2008 à 12:09
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Et ce n’est qu’en 2005 que l’utilisation de l’amiante a été prescrit en Europe.

Ca serait pas plutôt proscrit?

4)
benoit
, le 16.09.2008 à 12:48
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Là ou il s’installait l’amiante était source de richesse. La demande était tellement forte que la moindre usine de transformation était une aubaine pour toute une région. En France, dès qu’un scientitfique s’élevait contre cette prolifération et ses dangers pour la santé, il n’était pas rare de voir les syndicats s’associer aux dirigeants pour défendre leur outil de travail et les emplois liés.

Heureusement aujourd’hui cela change mais trop tard pour de trop nombreuses vies. Je pense à mon père qui s’est battu bien longtemps malgré la maladie pour la faire reconnaitre comme maladie professionnelle et qui a reçu l’accord de la secu le lendemain de son décès.

5)
alec6
, le 16.09.2008 à 14:01
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L’amiante, la clope, les gaz d’échappement (micro particules, oxydes variés…), les OGM, les édulcorants de synthèse (aspartames…), la trop grande quantité de sel et de sucres dans les plats préparés, les antennes GSM, les pesticides, insecticides, fongicides, engrais azotés et j’en passe, la liste n’est malheureusement pas exhaustive…

Et tant que le crime profitera à notre système économique :

CIRCULEZ ! Y-A RIEN A VOIR !

6)
mouloud2005
, le 16.09.2008 à 14:15
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aujourd’hui cela change ? Ce serait bien. Mais le même problème nous attends avec quantité d’autres produits. Les scientifiques alertent depuis longtemps sur les dangers de tout un tas de substances qu’on trouve partout, et pourtant, elles ne sont pas interdites. Avec en première ligne, les traitements chimiques pour l’agriculture. Voir sur ce sujet le documentaire Nos enfants nous accuserons , qui va bientôt sortir en france.

Et aussi, un peu plus ancien, le livre et le documentaire Le monde selon monsanto Vous y verrez les mêmes fautes que pour l’amiante (sans les nazis, quand même), répétées en toute impunité. Il y a des extraits visibles sur YouTube

9)
Guillôme
, le 16.09.2008 à 14:56
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Mes études supérieures dans une ancienne usine comme locaux, bardés d’amiante : mais mon bon monsieur, y’a aucun risque, ici l’amiante n’est pas en poussière, allons, allons, arrêtons la parano!

Une partie de ma vie professionnelle dans la tour montparnasse à Paris avec les plafonds et la structure gorgée d’amiante : Mais mon bon monsieur, y’a aucun risque, l’amiante de la tour est un amiante gentil, pas un amiante méchant.

Rendez-vous dans 30 ans… mais avec un peu de chance, comme le dit alec6, on sera mort d’autre chose.

10)
Anne Cuneo
, le 16.09.2008 à 18:44
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@ Ploum

Ce serait proscrite que ce serait encore mieux.

J’ai corrigé. Merci, les correcteur, le doigt m’a fourché, et la distraction s’est mise de la partie par là-dessus. Mais vous avez compris tout de même (ouf!) que le problème de l’amiante est un des grands scandales du XXe siècle. Il y a certes toutes sortes de produits dangereux, alec6, mais quand on vous dit “Circulez il y a rien à voir” un siècle durant, ou presque, c’est particulièrement hideux. Vous me direz que la cigarette… OK, quelque part c’est semblable, mais il est possible d’arrêter de fumer par un acte de volonté, certes très dur. Pendant longtemps, personne n’a pu se soustraire à l’amiante, tout simplement parce qu’on ne nous disait rien.

11)
chtito
, le 16.09.2008 à 19:10
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Le titre de cet article est très trompeur ! L’amiante ne tue personne d’autre que ceux qui y ont été exposés en de très grande quantité. C’est d’ailleurs ce qui est dit dans cet article : on ne parle ici que de maladies professionelle.

(C’est pareil pour tout. Pour la cigarette c’est pareil : aucun effet n’est observé en deçà d’une certaine quantité (environ 200 000 cigarettes, quand même !).)

La vérité là dessus c’est que c’est plus facile aux politiques de faire voter des lois anti-amiante qui les protègent au cas où il y aurait un ou deux décès prouvés.

Il faut garder la tête froide et ne pas céder aux alarmiste. Il ne faut pas respirer de l’amiante tous les jours pendant des années, mais vivre dans un bâtiment isolé à l’amiante ne présente aucun danger observé.

Comme disait Jancovici : tout est question d’ordre de grandeur !

12)
alec6
, le 16.09.2008 à 19:11
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Je t’avouerai, chère Anne, que je n’arrive même plus à m’offusquer de quoi que ce soit concernant l’humain et ses agissements… J’ai à cet “optimiste” (!) propos, relu cet été le livre d’Yves Pacalet (que j’ai manqué croiser d’ailleurs quelque part en montagne vers Briançon) L’humanité disparaîtra, bon débarras.

Je ne le souhaite évidement pas, mais force est de constater qu’on en prend le chemin et que notre crasse prétention ne manquera pas à la beauté et au silence de l’univers. Ceux qui nous observent à l’autre bout de la galaxie (à supposer, bien sûr…), ne se doutent pas en voyant les premiers feux de nos ancêtres, de toutes les conneries dont nous serons capables cent mille ans plus tard !

13)
alec6
, le 16.09.2008 à 19:14
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@ chtito… c’est effectivement la quantité qui fait le poison, mais, car il y a un mais… c’est oublier les effets cumulés de tel poison additionné à tel autre et tel autre encore…
Le cumul de faibles doses peut aussi être délétère.

15)
Anne Cuneo
, le 16.09.2008 à 20:55
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@chtito Un titre, c’est juste un titre – l’amiante tue, c’est hélas un fait démontré par beaucoup de chercheurs entre temps. Ensuite on entre dans le détail, et plutôt que de discuter tes affirmations, très appriximatives et, me paraît-il, assez épidermiques (le fait que les politiques votent des lois anti-amiante ne dispense pas les responsables de s’occuper des malades professionnels, ce sont deux choses différentes), je t’invite à lire le livre dont je parle.

Quant à ton invitation à garder la tête froide – je te trouve bien sûr de toi. Encore une fois – on en reparle après lecture?

16)
bgc
, le 16.09.2008 à 21:14
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Merci Anne.

C’est important.

Pour Crifan, et, bien sûr, les autres, ce lien paru aujourd’hui.

Mais aussi au JT, ce soir, TF1 ou A2, on parlait de certaines cantines scolaires qui se mettaient au bio, sans que cela ne coûte plus cher. Et les enfants appréciaient, surtout le goût.

Etc… la liste serait longue. Souhaitons qu’il y ait une prise de conscience de masse avant que….

17)
Tom25
, le 17.09.2008 à 09:03
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Ben … Je suis super énervé maintenant que j’ai fini de lire de ton article Anne, mais merci de l’avoir écrit, c’était très instructif. Et je me calme déjà, à défaut d’avoir ces personnes en face de moi.
Ce qui m’agace dans tout ça, c’est qu’on nous bourre tellement le mou avec le travail, la production et la consommation, que ça devient normal de les défendre quels qu’en soient les coûts (humain, pas financier). L’héritier Schmidheiny se décharge de toute responsabilité, nie tout en bloc. Mais n’importe qui répondra que c’est normal, que c’est humain de défendre son bifteck. On a placé tellement haut ces valeurs (production, profit etc.) qu’elles légitiment de mentir effrontément. Heureusement, pour l’instant ça ne donne pas le droit de commettre des actes dégueulasses, ça ne donne “que” le droit de les nier même s’ils sont prouvés. Ca fait parti du jeu de tricher tant que les risques de se faire prendre sont moindre que ce que ça peut rapporter.
Ca me fait penser à ce film Américain sur les défauts de freinage de bagnoles. Ca coûtait X de toutes les rappeler et de corriger le problème. Statistiquement il y aurait Y accidents, chaque victime demanderait Z en indemnité. On sort sa calculette et on trouve X > Y.Z , donc on laisse comme c’est.
Le principe de calcul ne doit pas être si loin de ce qui s’est fait pour l’amiante.
Qui a dit que les affaires étaient compliquées ?

18)
Tom25
, le 17.09.2008 à 09:08
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Sinon, j’ai travaillé 8 ans dans l’expertise. Après un sinistre (incendie) d’un bâtiment contenant de l’amiante il fallait tout démolir avec le plus grand soin (ouvriers en combinaison, masque etc.). Car l’amiante n’est dangereuse que friable, soit très vieille, soit fragilisé par le feu ou autre accident. Mais il n’y a pas de risque avec un produit fini en bon état.
En tout cas c’est ce que j’ai toujours entendu dire pendant ces 8 années.

19)
zit
, le 17.09.2008 à 09:52
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Merci, Anne pour cet article édifiant, beuaaark !

Alec6, je plussoye.

z (et aussi “L’humanité disparaîtra, bon débarras”, je répêêêêêêête, je plussoye aussi, ciao les humains)

20)
humptius dumptius
, le 18.09.2008 à 00:39
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L’amiante, c’est une vieille histoire. Je cite, sans traduire, pas le temps, _L’Idea dell’Architettura Universale_…, VII-iii, de Vicenzo Scamozzi, 1615 :

« La pietra Amianto (che per la nobiltà sua connumeramo ne’marmi) nasceva in Cipro : simile all’Allume : della quale per esser di natura arrendevole se ne facevano fila, & ordinansi tele, e vestimenta de’Re morti, con lequali abbrucciavano i corpi, & in esse serbavano le loro ceneri, & i Filosofi Indiani se ne facevano vestimenta, per lasciar dopò morte memoria alla posterità. Di questa potra gli antichi facevano anco i lucignoli nelle lucerne, e lampade, i quali son si consumavano mai se non mancava ad essi la materia dell’oglio ; come cavamo da Disocoride, e da Plinio, e da Hierocle, & altri Auttori. Ella si pettina, si fila, e tesse, e si lava, & anco si purga col foco : e di natura venosa come il legno, di mediocre peso di fuori hà il color verdiccio, & Endego scuro, ò come l’Agata ; mà di dentro hà del aurato declinante alla Poroporina argentata.»

… et était donc classée parmi les pierres précieuses. Quelque part ailleurs, encore, de mémoire, on construisait des maisons à Chypre avec cette matière, dans Pline peut-être…

Rappelons que Vitruve, dans son De Architectura, VIII-vi, (entre -32 et -22 avant J.C.) condamnait l’usage du plomb pour transporter les eaux destinées à la consommation, lesquelles causaient le feu intérieur, etc. « Etiamque multo salubrior est ex tubulis aqua quam per fistulas, quod per plumbum videtur esse ideo vitiosum, quod ex eo cerussa nascitur ; haec autem dicitur esse nocens corporibus humanis. Ita quod ex eo procreatur, <si> id est vitiosum, non est dubium, quin ipsum quoque non sit salubre.»

Vite traduit, si le plomb produit des matières malsaines (la céruse), nul doute qu’il ne soit lui-même contraire à la santé, ce que l’on voit au teint have des plombiers. La suite dit approximativement que les vapeurs produites par sa fusion pénétrent dans le sang et dessèchent le corps de ceux qui le travaillent. Et conseille donc la terre cuite si l’on veut une eau salubre, il nous a fallu quand même 20 siècles pour entériner.

Mon grand-père était un Steinhauer, carrier en grès, lequel est certes une fort belle pierre, mais dont le grain est si fin qu’elle cause une silicose. A une époque où les assurances maladie en France n’étaient encore qu’une lueur dans l’œil des syndicats, politiques et autres, 7 ans d’agonie.

21)
chtito
, le 22.09.2008 à 12:52
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@Anne: d’accord, j’ai été un peu présomptueux et je n’ai pas lu le livre. Je réagis surtout aux divers commentaires du genre : “je travaille dans un bâtiment isolé à l’amiante, je vais mourir d’un cancer prématurément”.

D’après ce que j’ai compris, ton article ne parle pas du danger de l’amiante autrement qu’en tant que danger professionnel, c’est à dire pour les gens qui manipulent de l’amiante toute leur vie. Est-ce que je me trompe ?

Les effets dangereux sur la santé sont, dans deux autres cas au moins, non linéaires. Ça veut dire qu’aucun danger n’est prouvé en deça d’une certaine dose. C’est le cas pour les cigarettes et c’est le cas pour les expositions à des radiations.

Pour autant que je sache il en est de même pour l’amiante, à moins qu’on ne me montre une étude prouvant le contraire.

C’est pourquoi j’invite à garder la tête froide. Je préfèrerais que les lecteurs de ce blog soient terrorisés à chaque fois qu’il montent dans une voiture, parce que là ils risquent vraiment d’y laisser leur peau. Mais qui a peur lorsqu’il monte dans sa voiture ? Personne. Par contre on s’émeut du wifi ou de l’amiante. C’est ça que je trouve un peu agaçant.