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Mardi 11 mars 2008
Le tram, cet ami du citadin

Le tram, cet ami du citadin

Les trams ont failli disparaître. Heureusement, quelques villes, et non des moindres, se sont accrochées aux leurs, et cela a sans doute contribué à les faire renaître. Zurich est une de ces villes-là. Elle-même a inauguré récemment son musée du tram.

Cartes sur table: j’adore les trams. C’est peut-être parce que, vers l’âge de 10 ans, ayant été lâchée seule dans Milan pendant quelques semaines, je les ai découverts et, pour passer le temps, j’ai commencé à les prendre. Il en passait plusieurs lignes devant chez moi, dont une appelée “Circonvallazione” ou Périphérique. Elle tournait en boucle, et j’y ai passé des heures. J’ai gardé un souvenir précis de ces trams, d’autant plus que Milan n’a jamais remplacé ses vieilles voitures (elles datent des années 1920) par des neuves. La publicité du Service des transports de la ville de Milan dit, à juste titre, que son musée circule en ville tous les jours. Les voitures neuves sont venues s’ajouter aux vieilles, aussi ai-je l’occasion de prendre le tram de mon enfance (qui avait déjà été le tram de l’enfance de mes parents) chaque fois que je vais à Milan.

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A l’intérieur, deux banquettes qui se font face, en bois; lorsqu’on y entre, on est transporté en un autre temps. Les Milanais adorent ça.

Zurich a choisi un autre parti. Ici, les trams ont été remplacés à mesure, aussi des plus vieux il ne reste souvent que quelques exemplaires. Les autres n’ont pas été détruits. Ils ont été revendus, et on trouve des trams ex-zurichois en Amérique latine, en Asie, et dans certains pays d’Europe (le Portugal, par exemple, m’a-t-on dit). Ce qui roule dans la ville de Zwyngli est entre moyennement moderne et résolument à la pointe du progrès.

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Le tram dit “Cobra”, silencieux, confortable, convivial, un modèle de technologie de pointe, assurent les spécialistes.

Mais Milan et Zurich ont une chose en commun: elles se sont accrochées à leurs trams. Milan a tout de même cédé au métro, sans pour autant renoncer au tram. A Zurich, où des dépenses aussi importantes sont soumises au vote populaire, les citoyens se sont toujours accrochés à «leurs» trams, même lorsque la mode était à leur disparition. Et il faut dire que cela semble avoir été moins une. Le dictionnaire historique de la langue française Robert, qui date de 1992, en était à écrire que le mot tram était «devenu un mot historique marquant une époque des transports urbains».

Jusqu’à ce que le tram fasse son grand retour, j’ai toujours voté avec acharnement contre sa mise à l’écart, je n’ai jamais compris comment on pouvait préférer un autobus à un tram (ou un car à un train): c’est plus écolo, ça secoue moins, et personnellement ça me permet de lire, alors que le bus me donne mal au cœur.

Zurich, ville de trams

Zurich vient de fêter le 125e anniversaire de ses trams. Et pour l’occasion, elle a inauguré un musée situé dans un des plus anciens dépôts du monde encore debout. Et ce musée raconte toute une histoire.

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Le dépôt de trams du Burgwies, le plus ancien de la ville, construit en 1893, tel qu’il était en 1910…

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… et avant-hier après-midi, transformé en musée du tram

Or donc, il était une fois Zurich, on était en 1864. Et de hardis entrepreneurs ont décidé de créer un transport organisé pour mener les voyageurs de la gare, alors presque hors la ville, et le lac, qui était à l’époque le vrai centre des transports. Jusqu’à la voiture, disons-le en passant, les cours et nappes d’eau étaient les autoroutes du monde, rien n’était plus rapide. La première ligne de trams à chevaux a été mise en service en 1867 et a promptement fait faillite en 1870. Dix ans plus tard – entre temps Genève s’était lancée dans l’aventure du tramway – on s’est sérieusement remis à y repenser. On a encore perdu quelques années en luttes de concurrence entre un tram à chevaux et un tram à vapeur, mais les citoyens ont nettement refusé la vapeur en pleine ville. Et ainsi, le 28 septembre 1882, les deux premières lignes étaient mises en service: 20 voitures, 80 chevaux, race des Ardennes. Elles ne circulaient que sur la partie plate de Zurich, les pauvres bêtes n’auraient pas tenu le coup à la montée.

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La place de la Gare de Zurich en 1885; on distingue, de gauche à droite: le tram (derrière le réverbère), un transport de petites marchandises, genre camionnette, et un transport lourd, genre camion – mais les chevaux ne sont pas vapeur…

Ceux des beaux quartiers voulaient aussi leur tram, il a fallu que les ingénieurs se tortillent les méninges, et c’est ainsi que Zurich a fini par avoir son tram électrique. Peu à peu, toutes les lignes ont été électrifiées.

Transports publics zurichois

Toutes les lignes étaient, au départ, privées. Mais Zurich a compris très vite l’importance des transports publics. Elle a été la première ville d’Europe à les organiser, en 1896 déjà. Il a fallu attendre 1931 pour que toutes les lignes soient entièrement urbanisées (comme on dirait nationalisées…).

Le Musée des trams du Burgwies retrace toute cette histoire, et il le fait de la meilleure manière possible: avec des trams et leurs accessoires dans lesquels on peut monter, et qui même, occasionnellement, circulent encore en ville – l’écartement des rails est resté le même.

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Le vieux tram 1900 s’en va faire un tour en ville.

Un exemplaire du tram à chevaux se trouve au Musée des transports de Lucerne, le Burgwies n’en a pas, mais ses voitures remontent néanmoins loin. Celle-ci par exemple:

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Ce tram date de 1912, et il a circulé jusqu’en 1980.

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Le certificat de révision l’atteste: dernière révision: 10.09.1971; mise en service 12.12.1912.

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Monter à bord n’allait pas de soi; on vous donnait des consignes de sécurité: “Pour monter, agrippez-vous à la poignée de gauche.”

J’avais gardé le souvenir de l’éclairage de ces trams quand on circulait la nuit: un peu comme si on était chez soi, lumière chaude et intimiste, se reflétant sur les banquettes en bois. En voyant les lampes, j’ai compris pourquoi.

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Lampe d’un tram de 1912

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Lampe d’un tram des années ‘20

J’ai également été étonnée en revoyant la place du conducteur. J’avais en tête le poste de commande informatisé de nos traminots d’aujourd’hui:

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Le poste de commande d’un tram cobra: tout électronique

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… et le poste de commande d’un traminot d’hier: deux manivelles et un levier. Tout mécanique.

Dernier détail de cet adorable musée qui offre un maximum de voitures différentes qui vous permettent de voyager dans le temps: l’étage inférieur du dépôt, celui où les mécaniciens qui entretenaient le dessous des trams allaient travailler, a été conservé, et vous pouvez donc examiner les trams de vraiment tous les côtés.

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De dessus, avec le nom de toutes les pièces qui travaillent pour vous sous vos pieds…

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. … et de dessous, avec explications de ce qu’on y faisait.

Bon, j’arrête. Que voulez-vous, quand on parle de trams, je ne taris pas. C’est pour moi le moyen de transport le plus génial de tous. A Zurich, ils sont cadencés toutes les six minutes (depuis un siècle!) aux heures de pointe, toutes les 8 très tôt le matin, et toutes les 12 après 20.30. Mais ils vont partout, ils sont très confortables, presque ponctuels. C’est à cause d’eux que j’ai renoncé à la voiture. J’ai préféré habiter en ville avec un loyer un peu plus cher, de toute façon, abonnement général et loyer augmenté additionnés ne me coûtaient toujours pas autant que la bagnole.

Bref, si vous passez par là, et si vous aimez les vieux trams et leur histoire, je vous encourage à passer une heure ou deux au Tram-Museum du Burgwies, c’est instructif, amusant, et une fois n’est pas coutume pour un musée, on est encouragé à (presque) tout toucher.

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