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J’ai mis de l’eau dans mon vin…
Autant l'admettre tout de suite, je ne supporte pas les deux rides que je vois, mois après mois, année après année, se creuser entre mes sourcils, verticales comme des points d'exclamation, un comble pour moi qui n'ai de cesse de m'interroger. D'accord (soupir), j'ai de la chance parce qu'elles auraient pu s'inscrire au coin de ma bouche et me donner l'air éternellement insatisfaite : n'empêche, elles sont là, de plus en plus là d'ailleurs et je me prends parfois à rêver d'un coup de baguette magique - comprenez "chirurgie esthétique"... à laquelle je n'aurai jamais le courage de recourir - pour me rendre un visage plus "jeune".

Je ne m'étendrai pas plus avant sur les "ravages" que le temps entraîne sur notre enveloppe charnelle, l'âge moyen des lecteurs de cuk étant suffisamment élevé pour que tout le monde me comprenne et suffisamment bas pour que nous puissions en plaisanter, le rire étant le seul antidote à l'âge que le marché des cosmétiques n'a jamais réussi à rendre payant et à commercialiser, au contraire des oméga, de l'acide de fruits ou autre collagène.

Mais.... même si je préfère mon visage quand il avait dix ans de moins, je reconnais que j'aime beaucoup mieux mon "cerveau" depuis qu'il a dix ans de plus ! Parce que j'ai appris, du moins la vie s'est chargée de me l'apprendre, que l'expression "mettre de l'eau dans son vin" ne signifie pas "boire du mauvais pinard" mais simplement "arrondir les angles" ou encore "élargir son angle de vision".

A seize ans, je clamais haut et fort que jamais, je ne coucherais le premier soir "faut être une fille facile pour faire ça !" Quelques temps plus tard, je me rendais compte de ce que ma vision avait de sexiste : pourquoi une fille serait-elle légère (qualificatif peu élogieux) tandis que l'homme serait simplement un "Don Juan"...(qualificatif qui, à défaut d'être un compliment, est du moins "goguenard"). Là, je mettais surtout de l'égalité dans les rapports, davantage que d'eau dans un vin quelconque : quoi qu'il en soit, le mouvement était amorcé.

Ensuite, j'ai raconté à qui voulait bien l'entendre que le mec qui aurait la mauvaise idée de me tromper, même une seule fois, il n'aurait pas besoin de préparer ses valises : elles seraient faites à son retour à la maison. Aujourd'hui, je n'en suis plus si sûre, non pas que la perspective d'être éventuellement trompée me paraisse agréable: je sais simplement que l'infidélité peut être un réel faux pas et que parfois, elle n'est que la traduction d'un couple qui va mal, de part et d'autre, sans qu'il y ait vraiment un "méchant" et un "gentil".

"Faut quand même singulièrement manquer de caractère pour ne pas divorcer d'un homme qu'on aime plus" a été longtemps mon credo, du moins jusqu'à ce que je réalise, petit à petit, qu'il faut parfois aussi beaucoup de force pour rester et que partir avec un ou des enfants "sous le bras", c'est peut-être un demain meilleur pour le conjoint qui s'en va mais pas forcément un modèle très facile pour les enfants.

Il m'a aussi fallu des années et bien des récits autour de moi pour prendre conscience que l'âme humaine peut être comme une jambe cassée : elle peut avoir besoin de béquille pour un certain temps, sous la forme d'antidépresseurs, sans qu'il ne soit question de facilité ou de faiblesse.

J'ai eu jugé sévèrement les parents qui, excédés, en arrivaient à hurler contre leurs enfants ou "pire" encore, à leur donner une claque : aujourd'hui, mère de deux enfants, je ne suis pas fière des trois fois où ma main est partie mais je sais maintenant que la perfection n'est pas de ce monde, même et peut-être surtout lorsque l'enjeu affectif est aussi présent.

Ces exemples, que je pourrais multiplier et même s'ils sont un peu caricaturaux, visent un seul objectif : dire que plus le temps passe, plus j'aime mes semblables. Plus le temps passe (et plus ma cellulite s'étend), plus j'accepte mes "voisins", à défaut de toujours les comprendre et je suis fort aise de ne plus être dans le "ou tout noir ou tout blanc", justement parce que j'ai mis de l'eau dans mon vin.

Remarquez, même si j'ai mis de l'eau dans mon vin, mon whisky, je le bois quand même toujours "sec" !

Fidèle à la "tradition", j'ai envie de terminer mon billet par une question : et vous, dans quel domaine avez-vous mis le plus d'eau dans votre vin ?

51 commentaires
1)
Théodore Besson
, le 18.02.2008 à 00:30
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Personnellement, j’essaie de “mettre de l’eau dans mon vin au sens propre” ;-)

Mais aussi, vitesse au volant, heure à laquelle je me couche (je me souviens encore de la fois où je suis aller voter un dimanche à 8h00 du matin avant de rentrer me coucher et (encore pire) des fois où j’ai levé les stores le “matin” et qu’il faisait déjà nuit ;-)

Dans un autre registre je dilue si possible mon impatience et ma mauvaise foi.

Deviendrait-on plus sage avec le temps?

Pas sûr!

Bonne nuit!

2)
fxprod
, le 18.02.2008 à 00:32
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j’ai envie de terminer mon billet par une question : et vous, dans quel domaine avez-vous mis le plus d’eau dans votre vin ?

j’en mets dans le pastis……

Par contre en commerce il y a 10 ans j’en mettais tous les jours, en me disant:”le client à toujours raison, même quand il a tord!!!”

Et maintenant c’est une philosophie de vie, je fais plus facilement ce mélange, me disant que cela ne sert à rien de stresser ou de s’énnerver, en plus.

3)
FT'e
, le 18.02.2008 à 00:35
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Je suis un fichu perfectionniste. Enfin, j’étais. Quoique.

J’ai mis de l’eau dans mon vin. J’étais pétri de belles idées sur la beauté du code et des architectures logicielles bien ficelées. La réalité économique m’a ramené dans le concret et j’écris aujourd’hui des logiciels aussi bons que possible sans exploser les budgets. Je m’efforce de prendre une marge dans les évaluations pour améliorer l’existant, sans que ce soit toujours possible. Mais même lorsqu’il faut faire vite et moche, j’ai du plaisir à faire ce que je fais, ce qui m’aurait paru inconcevable il y a 15 ans.

Les beaux principes de l’adolescence sont aussi bien loin. J’étais gonflé d’intransigeance envers les autres et envers moi-même, finalement encore cette perfectionnite à l’oeuvre. J’ai accepté ne pas être parfait et j’ai accepté que les autres ne le soient pas. Je prends les gens comme ils sont et basta. Si on peut s’entendre, c’est cool, et lorsque ce n’est pas possible – ça arrive – et bien tant pis.

Je me réjoui de lire les commentaires qui suivront. Ça promet d’être intéressant. :)

4)
levri
, le 18.02.2008 à 01:06
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Jamais d’eau dans le vin … et le whisky sec (mais dans des petits verres)

ça ne m’empêche pas cependant de faire preuve d’une certaine empathie et de discerner les gammes de gris. Mais les clients sont des tordus qui ont toujours tort :D

J’écoute Abyss de Tangerine Dream sur l’album Sorcerer

5)
François Cuneo
, le 18.02.2008 à 07:14
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Un peu partout, j’en ai mis, de l’eau, dans mon vin.

Cela dit, c’est aussi un peu triste…

Nous sommes peut-être moins chi… mais moins passionnés aussi, en prenant de l’âge.

6)
Caplan
, le 18.02.2008 à 08:32
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J’ai aussi mis de l’eau dans mon vin, dans certains domaines.

Mais, dans notre pays (la Suisse) où on cultive le consensus et la démocratie directe,je ne voterai JAMAIS pour un projet de droite et je soutiendrai TOUJOURS un projet de gauche, même s’il est mal foutu.

Ici, on voit très souvent nos dirigeants issus de différents partis se donner de grandes claques dans le dos avec un air de connivence. Je ne le supporte pas et, de ce côté, je ne mettrai jamais d’eau dans mon vin.

Milsabor!

7)
Gr@g
, le 18.02.2008 à 08:44
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J’ai accepté ne pas être parfait et j’ai accepté que les autres ne le soient pas. Je prends les gens comme ils sont et basta. Si on peut s’entendre, c’est cool, et lorsque ce n’est pas possible – ça arrive – et bien tant pis.

eh bien pareil…

Sinon, même si je suis plus tolérant voire compréhensif avec les autres quand ils ne partagent pas les mêmes opinions que moi, et que j’ai fait le deuil de mon pouvoir de persuasion, je peux être plus intransigeant qu’avant.

9)
Philob
, le 18.02.2008 à 09:12
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Mince, là j’ai un problème, je ne bois jamais de vin et je n’en ai jamais bu ; comment y mettre de l’eau ?

C’est peut-être pour cela qu’il m’a fallu longtemps pour arrondir certains angles. J’ai beaucoup de chance en fait, je ne suis quasiment jamais malade et je ne suis allergique à aucune substance (un peu à la bêtise, mais, heureusement, ça ne me donne même pas de l’urticaire) ; longtemps j’ai cru que c’était grâce à ma « bonne hygiène de vie » : pas d’alcool, pas de fumée, du sport, du plein air, un bon sommeil, bien rire ; aujourd’hui je pense que l’harmonie avec mon corps, mon esprit et mon entourage font partie de la recette, mais l’ingrédient principal est la chance. Encore faut-il savoir la reconnaître et la saisir quand elle passe, ou savoir « lire » les signes qu’elle nous montre.

De plus, d’origine montagnarde, je sais marcher régulièrement, mais longtemps, ce qui m’a souvent avantagé dans les « marathons » de ma profession (je travaille avec des personnes handicapées). Heureusement, j’ai enfin compris que ce que je peux faire facilement et qui me paraissait être « normal » ne l’est en fait que pour moi et que chacun a un seuil de normalité propre (là, bien sûr, je fais la comparaison avec mes collègues de travail et non pas avec nos « clients »). Je sais maintenant qu’il ne faut plus comparer en terme de productivité effective, car c’est une comparaison injuste.

Je ne suis pas naïf, les fainéants existent, mais nous avons à disposition des moyens efficaces de pouvoir fixer des objectifs personnels raisonnablement atteignables et de dépister les fainéants pour les encourager avec une appréciation : peu mieux faire.

Depuis que j’ai cette vision plus arrondie des choses, je comprends mieux mon entourage et surtout j’ai perdu cet esprit de compétition avec les autres pour me consacrer à la compétition avec moi-même. Alors, oui l’âge ou plutôt le nombre des années m’ont amené à mûrir et maintenant je suis serein, ça vaut largement mes cheveux perdus, mes rides et mon mal de dos.

Si les outrages de l’âge sont les signes extérieurs d’une certaine sérénité, alors il est plus facile de se voir dans le miroir.

10)
zit
, le 18.02.2008 à 10:28
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On apprends donc que:

  • Mâââme Poppins couche le premier soir…
  • Qu’elle estime pouvoir tromper son homme, puisqu’elle ne lui reprocherait pas la pareille…
  • Qu’elle n’a pas envie de divorcer…
  • Qu’elle prends du Prozac (et qu’elle boite)…
  • Qu’elle bat ses enfants (normal, quand on siffle son ouisky sec!)…
  • Qu’elle a de la cellulite (normal, l’alcool, c’est rien que du sucre!)…

;-)

Je ne met jamais d’eau dans mon vin! Parfois, quelques gouttes de vin dans un grand verre d’eau glacée (ça déssoiffe!). En fin de soirée, quand je me sent proche du verre de trop (celui qui va orner le tapis d’une magnifique “queue de renard argenté”), j’allonge mon ouisky ou ma vodka de 90% d’eau (comme le révélateur et le fixateur: dilution 1+9).

Mais effectivement, la vie, c’est comme la photographie: jeune, c’est contraste maximum noir profond et blanc cramé, avec le temps, on commence à percevoir la nuance, la finesse des niveaux de gris, une certaine douceur…

Mais je suis toujours aussi con qu’il y a 25 ans (ou plutôt, je manque de jugement, à en croire Georges Bernard Shaw).

Ne pas être anarchiste à seize ans, c’est manquer de coeur. L’être encore à quarante ans, c’est manquer de jugement.

J’ai même de moins en moins de tolérance pour la connerie et la méchanceté de mon espèce. C’est pas parce que je comprends que j’excuse! Encore moins, peut–être…

z (jeune con, je répêêêêête: qui devient vieux con)

11)
Madame Poppins
, le 18.02.2008 à 10:57
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Théodore, il est des âges où la votation à huit heures sans sommeil préalable, ça devient trop difficile : pour ma part, j’ai (malheureusement) atteint l’âge où j’ai besoin non pas d’une bonne nuit mais d’une bonne semaine pour me remettre d’une bonne foire !

fxprod, évidemment que cela ne sert à rien de s’énerver : juste dommage que je m’en souvienne toujours après… m’être énervée !

FT’e, c’est exactement ça : gonflé(e) d’intransigeance, envers soi et les autres ! Quelle énergie j’ai ainsi gaspillée !

Levri, je me vois en effet mal me verser un whisky dans un verre à eau 5dl ;-) Finalement, le gris, c’est bien aussi parfois !

François, je ne crois pas que je sois devenue moins passionnée, juste plus en mesure de ne pas “imposer” mes opinions et mon expérience aux autres. D’ailleurs, franchement, quand je te “vois”, je n’ai pas le sentiment que t’es devenu un “sans passion” ou un “non passionné” : sinon, cuk n’existerait pas ou plus !

Caplan, comme je suis d’accord avec toi : politiquement, je ne pourrai pas mettre d’eau dans mon vin, il est malgré tout des domaines auxquels je me refuse de toucher.

En revanche, je me vois encore, avocate-stagiaire, hurler toute seule dans mon bureau “mais elle est débile ou quoi, cette femme, de rester avec son mari qui la frappe tellement fort qu’elle a été hospitalisée durant des jours !” Je ne suis toujours pas en accord avec une telle décision mais je comprends et ne juge plus une femme qui reste malgré les coups…

Gr@g, dans quels domaines es-tu devenu plus intransigeant ?

JCP, au fait, pourquoi tu lis ? Attends simplement mardi….

Philob, tu le dis si bien, à chacun son seuil (de tolérance, de force, de capacité à faire ou ne pas faire) et c’est pas toujours évident, quand on est jeune, de ne pas s’impatienter lorsqu’on est soi-même en pleine forme…

Zit, faut pas écrire des trucs aussi drôles : quand je les lis au boulot, on se demande bien quel dossier je peux traiter pour être d’humeur aussi charmante !

Et c’est tellement joliment illustré :

Mais effectivement, la vie, c’est comme la photographie: jeune, c’est contraste maximum noir profond et blanc cramé, avec le temps, on commence à percevoir la nuance, la finesse des niveaux de gris, une certaine douceur…

12)
alec6
, le 18.02.2008 à 11:08
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Trop rapide Zit !
Damned… j’n’ai plus rien à dire moi…

Ha si ! Je n’ai jamais cru en dieu, mais espérais qq chose en l’homme… mais plus je vieilli moins j’y crois. Cette race animale n’a de cesse de foutre la planète en l’air depuis des lustres, une poignée de nantis en prend conscience et essaie d’agir à son petit niveau (nous et qq autres…), mais l’immense majorité qui a de moins en moins à becqueter n’en a rien à faire et on peut difficilement lui en vouloir ; quant à l’ultra minorité décidante et gouvernante, par intérêt, connerie et exceptionnellement cynisme, elle n’en a strictement rien à branler !

Conclusion, cette engeance dite humaine, supérieure, créatrice, création de dieu, demi-urgique plus qu’à son tour, non seulement cour à sa perte mais de plus accélère dans le dernier virage !
Tragique et pathétique à la fois ! Bon débarras !

En attendant… Carpe Diem

J’écoute H.S Bach, sonates pour violon… Que du bonheur !

15)
Gr@g
, le 18.02.2008 à 11:51
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Gr@g, dans quels domaines es-tu devenu plus intransigeant ?

plus que des domaines, c’est face à des personnes incapables de se remettre en question, ou à tolérer qu’une autre opinion est possible.

16)
Roger Cuneo
, le 18.02.2008 à 12:00
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Je ne comprends pas bien cette humeur.

Le vin, je connais, mais l’eau ? ça se boit?

Je croyais que ça servait à se laver…

On en apprend tous les jours sur Cuk…

17)
Smop
, le 18.02.2008 à 12:23
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Contrairement à Madame Poppins, plus les années passent, et plus je partage ta misanthropie alec6. Devenons-nous aigris ou simplement lucides ?

18)
fxprod
, le 18.02.2008 à 13:23
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simplement lucides ?

et avec le sucre ajouté on devient extraglucide….

19)
alec6
, le 18.02.2008 à 13:31
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Il n’est à craindre que nous ne devenions que plus lucides !
C’est là l’effet “retroactif” de la société d’information et d’internet dans laquelle nous sommes… Il devient de plus en plus difficile de nous rouler dans la farine, même si on peut en discuter quant aux déviances et arnaques toujours possibles…

D’ailleurs à ce propos, 61% des français (au moins…) sont de plus en plus lucides !

J’écoute maintenant Titi Robin “Ciel de cuivre”. Pas mal non plus !

20)
alec6
, le 18.02.2008 à 13:35
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@ Fxprod, heureusement, les filles “un peu sucrées” n’ont jamais donné le diabète !

21)
levri
, le 18.02.2008 à 14:13
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@ alec6 : ptêtre un tit peu phallo ça …

j’écoute To Try For The Sun de Donovan sur l’album Fairy Tales

22)
Tartopom
, le 18.02.2008 à 14:28
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Personne n’est responsable de ce qu’il est.

Personne n’est responsable de ce qu’il fait (ou presque).

Tout ce que nous croyons être des choix sont la conséquence de nos gênes, des influences que nous avons subies, du contexte dans lequel nous évoluons. C’est très difficile à accepter cette idée, qui est insupportable au fond, mais quand on l’a acceptée, ou du moins quand on a intégré l’idée que notre soit-disant “liberté” est infime voire nulle, on est beaucoup plus tolérant avec les autres, moins méprisant et donneur de leçons.

Ce qui n’empêche pas de lutter contre l’injustice, la méchanceté, la bêtise, la sienne propre d’abord, mais permet de voir le monde et les gens avec beaucoup plus d’empathie. Et si vous lisiez Henri Laborit?

Pour revenir au sujet, je dois dire que je me suis reconnu dans beaucoup de changements d’opinions avec le temps de MMe Poppins! Sans doute parce qu’avec le temps, on développe, si on ne l’avait pas avant, une qualité d’empathie ou du moins de compréhension qu’on n’avait pas à 20 ans.

23)
levri
, le 18.02.2008 à 14:59
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@ Tartopom :

Quels que soient les gênes, le milieu socio-culturel etc, chaque individu dès la naissance a l’opportunité de faire des choix. Ces choix sont évidemment dépendant du contexte, mais ça fait quand même une tapée de choix différents possibles au bout d’un moment. Ces choix détermineront la personnalité de chacun.

Donc, oui chacun est responsable de ce qu’il est et de ce qu’il fait !

24)
pat3
, le 18.02.2008 à 15:03
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Il y a toujours eu de l’eau dans mon vin, tellement qu’il n’ya pas de vin: j’en bois pas :-)

C’est marrant ta question, Mary: j’ai arrêté de boire à 18 ans, de fumer avant et après jusqu’à ce que ce soit définitif, et au début, j’étais carrément anti-buveur et fumeur; aujourd’hui, je conçois qu’un p’tit verre, ça puisse être convivial, mais je vois venir la murge à 20 bornes (celles des autres, je ne bois toujours pas), et elle reste très peu conviviale… si t’es pas aussi murgé. Quant aux fumeurs… bon ok, je => ;-)

Au début, j’étais animateur, et je trouvais les parents débiles: comment faisaient-ils pour être aussi cons, être aussi loin de leurs enfants. Et puis j’ai eu les miens, et puis j’ai arrêté l’animation, parce qu’élever les enfants des autres et élever les siens, ça devenait difficilement compatible. Aujourd’hui je regarde les animateurs avec respect (et, toujours, avec un peu d’envie, le virus est resté malgré les vaccins), et les parents avec empathie: c’est encore plus dur d’être parents, surtout quand on veut aussi être autre chose (et on doit, sinon, c’est la cage dorée assurée pour nos mômes – Boris Vian dans l’Arrache-cœur). Je me dis d’abord et toujours, devant un acte parental que je ne comprends pas: il y a une raison, laquelle? Avant de condamner, même si je condamne après.

Je me disais aussi, tout jeune: mais c’est quoi ces gens qui ne veulent pas d’enfants? Et aujourd’hui: t’en veux pas, n’en fait surtout pas, et surtout, ne te ravise pas ! Vaut mieux bien vivre sa vie de célibataire endurci jusqu’au bout, que mal une vie de parents malgré soi.

Avant, je me foutais un peu de mon apparence physique, mais j’avais l’avantage qu’elle travaillait pour moi; aujourd’hui, faut que je fasse un peu gaffe, et je me suis rendu compte que c’était non seulement important pour moi, mais aussi pour mes proches, et même, pour mon entourage; peu importe la taille, le poids, ce qui compte, c’est de ne pas se laisser aller, c’est d’avoir, toujours, un peu d’allure. J’aurais pas dit ça il y a 10 ans.

Avant, j’étais flemmard, j’aimais la glandouille, enfin, je croyais, vu ce que je suis devenu :-) Autour de moi, personne ne me croit quand je dis que je suis un flemmard qui s’ignore, ou encore: un flemmard orgueilleux (comprend qui peut, vous me comprenez, non?)

Aujourd’hui, c’est comme ça que je conçoit les vacances: se poser dans un endroit sympa, et rien, mais rien foutre du tout. Ramper jusqu’à la plage, si plage, il y a, et y dormir, mollement se baigner. Se faire une rando sympa (surtout pas 25km à 25° de dénivellé, le matin à 3h, pour aller rater un lever de soleil pour cause de brouillard) qui se termine dans un resto sympa en plein air.

Aujourd’hui, les vacances, c’est repos: le boulot, c’est pour… le travail :-)

Reste l’entre-deux: le loisir, où on peut bosser par pur plaisir (faire son petit site familial, s’arracher sur texte, un tableau, un meuble, ses tomates, un carelage, n’importe quoi (ravoir ses poubelles propres comme au premier jour, si si, j’en connais), parce qu’on a envie de le faire, et qu’on a du temps libre pour ça…

Il y a toujours des choses qui me rendent fou:

– les glandeurs au boulot (restez chez vous, les gars!),

– les râleurs tout le temps (c’est comme la pluie, ça tombe toujours quand tu peux pas t’en protéger),

– les “24h du mans en ville” (on meurs si vite, pourquoi accélérer la mort des autres?)

Et il y a des choses dont je me suis lassé, en douceur (celles pour lesquelles j’ai mis tellement d’eau…):

– le milieu associatif et ses faux-semblants,

– la langue de bois (tous milieux confondus),

– le débat emporté (il n’en sort rien – chacun s’est donné chaud, mais chacun reste sur ses positions),

– la passion! (je mets à dessein le gras et le point d’exclamation) – ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il en reste quand ça retombe… et quand ça ne retombe pas, je lui donne un autre nom: l’enthousiasme, la foi, le besoin…

Je ne crois plus, comme Alec6 et autres, aux humains, mais toujours à l’humanité qui peut émaner de chacun, à la rencontre, aux bons moments, aux enthousiasmes partagés, à ces moments du vivre ensemble qui chatouillent le cœur et l’âme.

J’ai vraiment acquis cette philosophie que j’essaie d’appliquer tous les jours, et que jadis je résumais en cette phrase: tout ce que je sais, je l’ai appris de quelqu’un, et je peux l’apprendre à quelqu’un d’autre.

Ma version “eau dans mon vin” d’aujourd’hui: ce qui est bon pour moi ne l’est pas nécessairement pour les autres, et vice-versa; mais ce qui est bien chez moi, je peux le donner à quelqu’un d’autre, qui saura peut-être en faire mieux que moi.

Et aujourd’hui que ma pépette est née, j’ai franchement tendance à trouver le monde rose (eau+vin?)… je redescends lentement sur terre, en flottant sur un nuage.

J’ai envie de crier comme l’autre dans Titanic: “je suis le roi du moooooooonde!”

26)
ysengrain
, le 18.02.2008 à 18:21
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Non, je ne mettrai pas d’eau dans mon vin à propos (en vrac) – d’interprétation musicale. Certains musiciens ont oublié la passion, l’analyse, la raison. Ils font de la musique mais ne sont pas musiciens. Karajan exigeait 9 contrebasses dans le Philharmonique de Berlin. Pourquoi 9, et pas 8 10 ou 132 ? l’immense crétin (ancien nazi de plus, inscrit au parti dès 1934) – de la connerie immense, sans faille de dirigeants d’entreprises qui tuent leur boite sous prétexte de titre: Monsieur le Président, Madame la Directrice … – de l’insouciance des politiques face à la misère totale que vivent certains. Je pense à Étienne le clochard qui vivait près de la clinique où je travaille et qui a disparu, à titre d’exemple – des ordures: tortionnaires d’enfants, d’animaux, d’épouse, les cogneurs – de la logique comptable qui préside de plus en plus aux destinées du service de santé – des micro-neuronés roulant en 4×4 en ville consommant 40l/100 sous prétexte de frime imbécile -des racistes de tout bord – du système économique mondial qui privilégie à tout prix “l’imbécillité capitaliste du profit le plus immédiat possible, sans se soucier des conséquences” – de tout ceux qui sans cesse, jours après jours confondent conviction et certitude, parce que, aussi micro-neuronés, ils n’ont pas compris qu’avoir raison n’a aucune importance

Peut-être que pour le reste, à bientôt 62 ans, je pourrais réfléchir, mais faut voir.

27)
Okazou
, le 18.02.2008 à 18:41
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Dans ce genre de chose chacun voit midi à sa porte, chacun fait selon l’idée qu’il se fait de la vie, selon ses moyens. Pas de règle universelle, donc, mais cela n’empêche pas de s’interroger sur l’évolution personnelle.

Mettre de l’eau dans son vin n’est rien d’autre qu’éviter les excès. Lesdits excès concernant, évidemment, nos défauts, pas nos qualités. Mettre, au fil du temps et de son âge, de l’eau dans le vin de sa bonté, de sa conscience de l’autre, de son amour de la justice, de son honnêteté, de son attachement aux valeurs fraternelles de partage et de solidarité, ce serait faire un bras d’honneur à l’humanité, à notre raison d’être, régresser jusqu’à nier l’essentiel.

Bref, mettre de l’eau dans le vin des convictions généreuses de son adolescence – si tant est que l’on ait éprouvé un jour de telles convictions – c’est atrophier un sens de l’humain en peau de chagrin, s’embourgeoiser.
Voir la vie comme un toboggan, quelle erreur !

Ces valeurs humanistes, indicateurs de notre personnalité profonde, il faut au contraire, au fil de l’existence, les faire plus exigeantes. Chasser les excès comme on se débarrasse du superflu pour fixer l’essence de ses valeurs.

Intransigeant avec soi, exigeant avec les autres. Pour entretenir et conserver l’estime de soi et des autres.

28)
marcdiver
, le 18.02.2008 à 18:53
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Bonsoir à tous ! Longtemps que je ne me suis pas à nouveau exprimé sur une humeur… quelques mois ! Et je ne sais pas pourquoi, car je les lis tous les jours sans faute ! J’ai eu envie de me retirer un peu, ce qui n’a pas dû causer une grande perte car mes commentaires n’étaient pas très fréquents ! Là j’ai eu envie de mettre mon grain de sel. C’est le commentaire 26, d’Ysengrain qui m’a réveillé ! J’avais envie de dire qu’à l’aube de la quarantaine, je refuse de mettre la moindre eau dans mon vin en ce qui concerne la musique : je dirige un très bon choeur ainsi qu’un autre ensemble composé lui de chanteurs amateurs et professionnels. Si je suis toujours prêt à accepter les limites individuelles des personnes dans mes ensembles (y compris les miennes…) je n’accepte plus tout ce qui concerne le manque d’engagement ou d’attention… je veux susciter le meilleur de chacun pour obtenir le meilleur. C’est grâce à l’attitude de chacun que l’on obtient vraiment de la musique. Evidemment on est toujours face à ses propres limites, mais plus je grandis en âge, et moins je tolère le tourisme… Aller à l’essentiel c’est aussi se donner les moyens d’y arriver…

30)
jibu
, le 18.02.2008 à 20:23
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Pas d’eau pour moi… peut-être plus tard, mais pour l’instant ce serait plutôt l’inverse et je ne parle pas de boissons. merci pour ce lundi, mme poppins, même si il était bizarre avec l’humeur précédente, je n’aime pas voir un avis de décès sans les raisons.

31)
zouzou
, le 18.02.2008 à 20:37
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Ouais, alors là, je dois dire que c’est du grand art… Je lis avec attention les commentaires à cette humeur Poppinesque. Et je fais de la philosophie !

Tout à l’heure, en allant chercher mon chat dans la campagne (une imbécile qui a le feu aux fesses), je me suis curieusement fait la réflexion suivante : “Marrant comme avec l’âge, certaines choses procurent du plaisir (la promenade, ndlr)”. J’ai aussitôt dû enchaîner : “Ouais, mais y’a aussi des trucs qui me font de plus en plus tartir”. Et c’est en lisant ces commentaires que j’ai pu lister quelques choses qui me perforent le séant (me trouent le c.., ndlr toujours). La pollution en tête, car elle est le signe évident d’un manque de respect pour la nature. Et comme on y vit, c’est un peu nul. C’est comme les gars qui laissent leur chien faire une belle fleur sur le trottoir et qui ne ramassent pas. Mais debleu, ils n’ont jamais marché dedans ? C’est tellement évident, ça tombe tellement sous le sens, il ne faut tout de même pas être si intelligent que ça pour piger, non ?

Ah, l’imbécilité (oui, j’ai le droit d’écrire avec un seul “l”, avec la nouveauE orthografents), y compris la mienne, c’est dur.

32)
mff
, le 18.02.2008 à 22:28
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mais moins passionnés aussi, en prenant de l’âge.

Bah! Ne t’en Fais pas François, il me semble qu’il t’en reste encore pas mal ;)

33)
XXé
, le 19.02.2008 à 00:18
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Ah ben, moi qui pensais être une exception !
En fait, je me rends compte qu’on est nombreux à avoir évolué dans le même sens.

Je termine presque ma quarantaine et si je regrette quelques avantages des années précédentes, je dois dire que jamais je ne me suis senti aussi bien que maintenant. Au moins dans ma tête.
En grande partie parce que j’ai mis aussi de l’eau dans mon vin.

En fait, j’espère juste vivre encore suffisamment (pensée pour Cédric ) pour évoluer dans le même sens encore beaucoup. Parce que je me dis que finalement, y a pas de raison que je ne puisse pas encore m’améliorer.
Ceci étant dit sans aucune prétention, y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

Merci pour mettre si bien mes pensées par écrit, Madame Poppins…

Didier

34)
ekami
, le 19.02.2008 à 00:30
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– J’ai cessé de vouloir changer les autres : entre autres, je ne fais plus de prosélytisme pro Apple depuis belle lurette, je ne veux plus convaincre qui se soit d’arrêter de fumer, etc…

– Et la quarantaine venue, j’ai du finir par admettre que certaines choses ne peuvent être changées, même en y consacrant toute mon énergie. Je me concentre donc sur ce qui peut être changé à un moment donné. Et souvent, de petites causes ont de grands effets ;-) J’ai fait mien un proverbe bouddhiste : Si un problème a une solution, il n’est pas besoin de s’inquiéter; il faut chercher la solution. Et s’il n’a pas de solution, s’inquiéter ne sert à rien.

– J’ai du admettre que comprendre et accepter sont deux choses différentes.

– Le plus dur est d’admettre que tout prend toujours plus de temps que prévu. J’ai beau le savoir, j’ai gardé une certaine impatience de jeunesse. Surtout quand je vois la possibilité d’améliorer certaines choses rapidement sans que j’en aie le pouvoir.

– Mais plus je vieillis et MOINS j’accepte la violence, la mauvaise foi, le mensonge et la manipulation. De ce côté là, hors de question de mettre de l’eau dans mon vin. Mais je ne “rentre dans le tas” bêtement, je dis calmement les choses : “ceci est un mensonge, et on ne se ment jamais qu’à soi même”.

– Disons que j’essaie de penser ce que je dis et pas l’inverse ;-)

Et parfois, je mets même un peu de vin dans mon eau, ça dessoiffe bien l’été ;-)

35)
ToTheEnd
, le 19.02.2008 à 01:01
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Et bien, tout ça me laisse bien perplexe.

Personnellement, j’ai le sentiment que c’est ça qui tue un peu notre monde. Le renoncement, accepter ce qu’on aurait jamais accepté parce qu’on s’habitue à ce qu’on voit ou entend.

Je pense qu’il est important, si ce n’est pas essentiel, de garder le vin dans son verre et l’eau dans l’autre.

Bien sûr, il faut parfois arrêter le rouge pour entamer le verre d’eau… mais le mélange n’est jamais très bon.

Bref, je garde des avis biens tranchés sur certains sujets, je suis toutefois moins virulent qu’avant et un jour, probablement, la société m’aura et je me plaindrai des étrangers qui font du bruit et des gamins qui hurlent.

A bien y réfléchir, je n’ai jamais apprécié ces gamins qui hurlent!

T

36)
Soheil
, le 19.02.2008 à 01:24
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Je n’ajourerai pas mon grain de sel ici, mais celui de Chris Marker: “Après quelques tours du monde, seule la banalité m’intéresse encore” (Sans soleil). Ce n’est pas exactement mettre de l’eau dans son vin — ce serait plutôt aller puiser l’eau à sa source — mais ça va quand même dans le sens de cette humeur, je crois.

37)
jibu
, le 19.02.2008 à 06:54
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t: A bien y réfléchir, je n’ai jamais apprécié ces gamins qui hurlent!

Après quelque jours sans les voir, je n’attend que ça des gamins qui hurlent :-)

38)
Madame Poppins
, le 19.02.2008 à 07:05
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C’est amusant de constater que pour certains, “mettre de l’eau dans son vin”, ça veut dire “renoncer, baisser les bras, accepter avec résignation”.

Pour moi, mettre de l’eau dans son vin, c’est ne plus juger justement, comme je l’ai déjà dit, cette femme qui reste malgré les coups graves que lui envoie son mari : quand on est originaire d’un petit village turc, être divorcée, c’est un peu comme être morte socialement et économiquement (en tant que femme) : comme mentionné, lorsque j’étais avocate stagiaire, j’ai hurlé “contre” cette femme “non mais quoi, elle est tarée de rester ?”. Aujourd’hui, je suis juste très très triste qu’elle doive rester ou décide de rester mais je ne la juge plus, je ne condamne plus son comportement.

Ce qui ne veut pas dire non plus que je ne condamne pas le comportement dudit mari : je le condamne encore beaucoup plus “férocement” qu’il y a dix ans : rien ne justifie de frapper sa femme, point.

A la fac, il y a avait une fille qui ratait systématiquement ses examens. Je me disais (en simplifiant) “bordel, secoue-toi, c’est quand même pas sorcier et arrête de nous faire la scène du douze avant chaque examen, t’es pénible”. Aujourd’hui, je suis juste compatissante avec les gens qui sont tellement tétanisés par les examens et me dis qu’elle a été forte de se représenter à chaque fois, pour finalement réussir (avec le double de sessions d’examens que moi).

Ce qui ne veut pas dire non plus que je ne condamne pas le glandouilleur qui bouffe une place sur les bancs au détriment d’un autre.

XXé, hein ouais, on est bien…. dans nos neurones ? ;-)

Bonne journée, à bientôt,

40)
rolando
, le 19.02.2008 à 07:46
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A près de 42 vendanges, l’eau que je verse est d’attendre que les choses soient terminées pour leur attribuer un jugement définitif. Et encore !

Globalement et sans originalité, j’ai appris la richesse de la nuance. J’ai aussi cessé de combattre avec prétention la médiocrité. Pas par renoncement, par réalisme. Je dirais même que je lui prête un certaine sympathie. Tout d’abord parce que je suis moi-même médiocre dans un nombre certain de domaines et ensuite parce que je crois que la médiocrité est une matière première inépuisable pour les activités humaines. Un monde sans problèmes serait un monde sans solutions. Parfait, le bonheur total. Sauf que le bonheur n’est pas drôle.

Enfin, je dis ça, c’est après quelques verres de bon vin. Sans eau. Parce qu’à table, mon eau et mon vin font toujours verre à part.

41)
ysengrain
, le 19.02.2008 à 08:07
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C’est amusant de constater que pour certains, “mettre de l’eau dans son vin”, ça veut dire “renoncer, baisser les bras, accepter avec résignation”.

Pour moi, mettre de l’eau dans son vin, c’est ne plus juger justement, comme je l’ai déjà dit, cette femme qui reste malgré les coups graves que lui envoie son mari

Ne plus juger cette femme qui reçoit des coups graves de son mari et tu appelles ça comment sinon renoncer ?

42)
Madame Poppins
, le 19.02.2008 à 08:43
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Comment puis-je la juger ? Je juge son mari, pas elle, la différence est importante : je ne peux pas porter à sa place le projet de divorcer et de se retrouver sans autorisation de séjour en Suisse, de rentrer dans un pays dans lequel elle n’est socialement plus rien en tant que femme divorcée. Si elle n’a pas la force, le courage de partir, je ne peux pas la juger de rester : qui serais-je pour dire qu’elle a raison ou tort ? Je peux mettre à disposition les moyens qu’offre le législateur pour ces femmes mais je ne peux pas lui imposer la décision de quitter cet homme. Le jour où elle est décidée à partir, je pourrai l’aider, je ne peux pas faire les valises à sa place. Je peux la soutenir dans une procédure dirigée contre son mari mais je ne peux pas lui imposer de porter plainte, je peux mettre en oeuvre mes connaissances pour que l’homme soit condamné le cas échéant mais je ne peux pas lui dire qu’elle doit supporter les questions de ses enfants vingt fois par jour “mais il est où, papa ?” lorsqu’elle est effectivement partie une fois.

Le fait que JE supporterais la procédure pénale dirigée contre mon mari ne signfie pas qu’elle, elle soit aussi en mesure de le faire. JE partirais mais je ne peux pas lui imposer de le faire.

Chacun a un seuil, comme cela a été évoqué et le mien n’est pas forcément celui des autres, mes priorités ne sont pas forcément celles des autres et ma conception du bonheur n’est pas celle des autres.

Si je jugeais cette femme qui reste malgré les coups, que devrais-je dire aux gens qui sont devenus alcooliques ? “Arrête de boire, t’es con de te foutre en l’air ?” Si c’était aussi simple, il n’y aurait plus de gens détruits à cause de l’alcool par exemple.

Non, définitivement, ne plus juger une personne qui n’a pas les ressources pour changer quelque chose, ce n’est pas renoncer. Refuser l’aide lorsqu’elle est demandée, ça, oui, ça serait renoncer mais dans certaines situations, je pense que c’est la personne concernée qui doit être porteuse du projet, pas l’entourage, aussi bienveillant soit-il.

43)
Saluki
, le 19.02.2008 à 09:21
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L’eau dans le vin… Quelle idée !

Le propos est ambigu car il recouvre à la fois le renoncement et la pondération, un défaut et une indéniable qualité.

Où classer celui-là:
“Ne pas Subir”
Devise du maréchal Jean-Marie de Lattre de Tassigny

44)
alec6
, le 19.02.2008 à 10:16
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A bien y réfléchir et à la lecture de ce qui a été dit, au delà de l’expression “mettre de l’eau dans son vin”, il s’agit avant tout d’une distance physique qui nous sépare des problèmes. Pour ma part la distance est inversement proportionnelle à ma capacité à pondérer et temporiser.

Concernant les petits problèmes situés autour de mon nombril, il m’est assez facile de passer outre et d’aller au delà des goûts et habitudes de chacun. Certains de mes amis aiment le foot, d’autres possèdent même des katkats… voire chassent ! Je n’en connais aucun qui cumule les trois ! là faut pas pousser ! mais ils connaissent mon incompréhension à leur passion, n’essayent pas de me convaincre pas plus que je ne passe du temps à les harceler sur la vacuité de ces “passes temps”. Alors oui, avec l’âge, on met de l’eau dans son vin.

En revanche les problèmes environnementaux, géo-politiques et politiques au quotidien me concernent de jour en jour d’avantage car il s’agit là de l’avenir de mes enfants et au delà de l’humanité toute entière, même si ma misanthropie bien partagée me la fait détester de plus en plus. Ceci étant la conséquence de cela !

45)
henrif
, le 19.02.2008 à 16:37
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Ben voilà une humeur qui m’attriste…

Loin, très loin les émotions et les rêves d’enfants, volatilisée la fraîcheur des vingt ans, dissoutes les dernières résistances à la violence du monde adulte de la trentaine.

La moitié est consommée, l’autre moitié annonce le lent déclin.

Plus d’inaccessible étoile….

46)
pat3
, le 19.02.2008 à 16:55
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à te lire alec6, je crois comprendre que j’ai finalement renoncé à la mysanthropie :-)

Les gens sont comme ils sont, mais ils sont les gens (euh… tu me comprends là?) Dit autrement, pour ne pas être emmerdé par quelqu’un, il n’y a que deux solutions: être seul, ou être absent à soi-même (si tant est que parfois, on est sa propre source d’emmerdements).

L’homme étant un animal social (pas forcément sociable), il faut penser avec cette constante: nous sommes fait, qu’on le veuille ou non, pour vivre les uns avec les autres. C’est cette donne qu’il faut avoir en-tête pour, comme dit Mary, “mettre de l’eau dans son vin”.

Je pense, en fait, que loin de renoncer, c’est au contraire devenir, enfin, constructif – et c’est TRÈS difficile.

Parce qu’au fait: pour toutes ces choses qui vous énervent et pour lesquels vous restez intransigeants, lesquelles ont été productives (au sens non productivistes de constructives)?

Dans l’exemple dont parle Mary, c’est vrai qu’extraire cette jeune femme de l’influence néfaste de son mari, c’est le premier réflexe. Mais c’est peut-être la jeter dans les bras de pire encore, parce qu’elle n’aura pas fait le choix de partir et n’aura peut-être de cesse de retrouver situation similaire (on voit, hélas, souvent le cas; c’est comme, même si le parallèle est à nuancer, sevrer un toxicomane de force). Il recommencera…

Tiens au fait, Mary, une histoire similaire à celle que tu racontes est le point de départ d’une série télé US: Shark. Tu l’as vue?

47)
alec6
, le 19.02.2008 à 17:38
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Comme je l’ai peut être mal expliqué, ma misanthropie ne s’applique pas à ceux qui n’ont pas les mêmes goûts ou intérêts que moi, mais envers ceux qui sont dangereux, que ce soit pour ma vie, celle de mes enfants ou proches ou d’une manière globale envers ceux qui par leurs choix et comportements irréfléchis sont nuisibles pour la biosphère… soit l’ensemble du vivant du kryll antarctique à l’humain.
En d’autres termes, j’ai la prétention peut-être, ou du moins le sentiment de n’être pas seulement une merde consommante à la surface de cette planète extraordinaire paumée en périphérie de notre Voie Lactée, mais de participer à un niveau infime certes, mais non négligeable, à sa bonne santé ou à sa destruction…

J’ai, encore, la naïveté de croire que si j’ai cette conscience là, 95% des humains devraient être capable de l’avoir aussi !

48)
gbuma
, le 19.02.2008 à 18:09
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Il n’y a qu’en approchant de nos limites (limitations, faiblesses) qu’on peut rire ou à défaut comprendre celles des autres. En vivant passionnément on touche assez rapidement nos limites (surtout si on a des enfants…).

J’en suis venu à apprécier de me sentir nul, d’avoir crié, d’avoir dit des conneries, d’avoir argumenté mordicus sur un sujet que je ne maîtrise pas, d’avoir été impatient, de mauvaise humeur, fuyant, etc. Chaque fois, ça m’aide à accepter les mêmes tares chez les autres, c’est cool.

Vive nous, vive les nuls !

49)
ToTheEnd
, le 19.02.2008 à 22:27
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Bon, je ne veux pas faire de la provocation mais mes 39 degrés de fièvre commence à me taper sur le système.

J’ai pris un peu pour moi la remarque sur le renoncement… et j’aimerais donc répondre parce que pour moi, tu résumes assez bien les choses avec tes exemples.

Quand on trompe quelqu’un, avant d’être la traduction d’un couple qui va mal, c’est avant tout un acte prémédité qui répond plus à une échappatoire facile qu’à une confrontation directe suivi d’une rupture ou non avec l’autre.

Quand quelqu’un bat son conjoint, c’est aussi un signe désespéré et un exemple concret que les mots ne sont plus de mises…

Avec ce dernier exemple, je souhaite surtout démontrer que la facilité l’emporte toujours.

Frapper l’autre ou ses enfants c’est mal, mais curieusement, on l’accepte et on le comprend tout de suite mieux quand on le fait soi-même. Comme par hasard, c’est là qu’on arrête de juger les autres.

Maintenant je fais un peu de provoque exprès (la fièvre): ce raisonnement c’est un peu comme de mettre des jurés dans un procès d’assise qui ont tous un passé criminel identique au prévenu.

Je parie ma bécane que 9 fois sur 10 ce dernier ne serait pas condamné car les jurés seront immanquablement amener à faire un parallèle avec leur expérience.

Moralité?

Mode déconne et fièvre: on met une balle dans la tête de tous ceux qui trompent, frappent les enfants et battent leur femme. Du coup, plus de problème de logement et donc beaucoup moins de tension à la maison et du coup… on arrête de donner des coups.

T

50)
Madame Poppins
, le 19.02.2008 à 23:32
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TTE, comprendre qu’un homme frappe sa femme ? Ca, JAMAIS ! Comprendre et “accepter” que ladite femme n’ait pas la force de quitter cet homme, c’est autre chose, à mon avis : à 20 ans, je l’aurais “critiquée”, durant mon stage d’avocate à 28 ans, je hurlais toute seule dans mon bureau “mais quelle conne, elle attend quoi pour partir !” Aujourd’hui, je sais que si JE partirais, je sais aussi que ma position serait “facile” : je suis dans mon pays, avec un large tissu social, une bonne éducation, une excellente formation et des ressources personnelles, humaines qui me permettraient de faire face et surtout, je sais que je ne peux pas juger une personne qui n’a pas la force de réagir.

Quant à tromper son conjoint…. Choix oui parce que celui qui trompe pourrait ne pas tromper mais est-il pour autant le “méchant” ? Que s’est-il passé en “amont” de cet écart ?

Et tu sais quoi ? J’ai entendu des juges laïcs mettre la parole d’un enfant en doute pour le seul motif que eux, ils ne feraient jamais ce genre de trucs et envisager l’acquittement pour le seul motif que “franchement, moi, je ne mettrais jamais de lego dans le vagin d’une enfant !”… Moralité, pas sûr que le prévenu serait acquitté si le jury était composé par des gens au passé criminel !

Mais parier ta bécane, tu ne devrais pas : j’ai cru comprendre que tu l’aimais bien ;-)

51)
gbuma
, le 20.02.2008 à 08:57
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De nouveau on mélange l’acte et l’auteur. De toute manière, on condamne l’acte, lorsqu’on en est l’auteur ou non. Par contre on ne condamne pas unilatéralement l’auteur d’un acte si on comprend l’état émotionnel qui a amené à ce dérapage.

On peut très bien affirmer “il crie sans arrêt sur ses enfants, ça va pas” puis ajouter “il doit être épuisé”.