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Un petit voyage sur la planète Jazz, par Tristan Boy de la Tour

Vous vous souvenez peut-être que je vous avais parlé, il y a quelques mois de cela, du site de Tristan Boy de la Tour dédié à son travail, et à la photographie.

Il se trouve que cet excellent graphiste adore le Jazz, et qu’il m’avait promis, depuis quelques mois déjà, de nous offrir un article sur sa passion.

Il a tenu parole puisqu’il le fait aujourd’hui, qu’il en soit chaudement remercié.

Je te laisse la parole, Tristan.

Un petit voyage sur la planète Jazz, par Tristan Boy de la Tour

Aimez-vous le jazz? Je veux dire le vrai, le pur, celui qui est né dans les champs de coton du sud des États-Unis, pour se développer ensuite dans les caves enfumées de New York, Chicago ou Boston (je ne parle évidemment pas du SmoothJazz, cette espèce de guimauve qu’on vous sert dans les avions avant le décollage pour se rassurer!).

Et pendant qu’on y est, connaissez-vous Mac Coy Tyner? Non? Et pourtant c’est un géant du jazz, son œuvre est titanesque et sa contribution au jazz moderne est essentielle. Je fais partie de l’infime minorité des mélomanes qui écoutent cette musique, et si je me suis décidé à écrire quelques mots sur ce grand maître du piano jazz, c’est parce que je constate à regret que ce style musical est quelque peu oublié actuellement, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Dans les grands festivals de jazz, il est devenu incontournable d’y voir des stars du rock, rap, ou folk, et que sais-je encore, pour assurer la rentabilité de ces manifestations… Et pourtant, l’apport du jazz au développement de la musique improvisée a été une véritable révolution… Il faut dire aussi que les grands maîtres du jazz moderne se font vieux, et ont une fâcheuse tendance à disparaître ces derniers temps (Max Roach, Michael Brecker, Joe Zawinul, rien que pour ces deux dernières années).

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L’ombre de Coltrane

Je ne vais pas faire l’histoire du jazz, c’est trop long, mais je voudrais vous présenter ce pianiste génial , à la fois célèbre chez les amateurs de jazz, et très peu connu des mélomanes écoutant occasionnellement du jazz. Mac Coy Tyner (Alfred de son prénom) fait partie de ces musiciens qui ont travaillé longtemps dans l’ombre d’une superstar: John Coltrane en l’occurrence. Beaucoup de puristes pensent que le fabuleux quartet de Coltrane dans les années soixante était le temple absolu du jazz moderne et que rien n’existerait après… (Coltrane au sax, Tyner au piano, Jim Garisson à la basse et Elvin Jones à la batterie). Il faut bien souligner également que Mc Coy Tyner n’a jamais vraiment adhéré au star-system, comme Miles Davis, par exemple, un autre monstre du jazz… (il y a un nombre incroyable d’histoires sur les caprices de diva de Miles, plus ou moins vraies).

Je ne connais pas grand-chose de la vie de Tyner, sinon qu’il est né en 1938 à Philadelphie, que c’est un personnage discret et modeste, plutôt timide et avare d’interviews. À un journaliste d’une revue de jazz qui lui demandait pourquoi il ne s’intéressait pas aux claviers électroniques, il a répondu à peu près ceci: «J’en ai plein chez moi, mais c’est pas mon truc, c’est juste pour m’exercer avec un casque sur les oreilles, et ne pas déranger les voisins. Je suis bien obligé, je n’ai pas la place dans mon appartement pour un Steinway!»

Vous aurez compris qu’il n’habite pas une luxueuse villa à Beverley Hills, et qu’il préfère le Steinway au synthé, mais rassurons-nous, il gagne bien sa vie, et les portes de n’importe quel Steinway hall lui sont grandes ouvertes, s’il lui vient l’envie de se dégourdir les doigts!…

Les origines

Mac Coy Tyner est un musicien atypique; il est issu du hard bop, (rien à voir avec le hard rock, on n’est pas sur la même galaxie…) tout comme John Coltrane, Miles Davis, Ahmad Jamal, Chick Corea. Le hard bop est le style qui a succédé au be bop (Charlie Mingus, Thelonious Monk, Charlie Parker et bien d’autres); c’est un jazz basé sur une grande variété de rythmes et une technique virtuose de l’instrument. Le hard bop est souvent caractérisé par le jeu modal, un thème répété qui sert d’ancrage à des improvisations parfois délirantes. Le disque de référence de ce style est « Kind of blue », de Miles Davis (1959), si vous n’avez pas ce CD, courez vite l’acheter: émotions fortes garanties! Pour le piano chez Tyner, c’est sa virtuosité et sa puissance qui en font un style si particulier, avec une mobilité extraordinaire de la main gauche.

Mais il serait faux de limiter le style musical de Tyner au hard bop modal, il a abordé dans sa carrière à peu près toutes les tendances du jazz moderne: latin jazz, fusion, cool jazz, et souvent dans son jeu, un zeste de free-jazz. Et pour se faire une idée de son ouverture musicale, voici quelques noms de musiciens qui ont enregistré avec lui (depuis Coltrane): Ike & Tina Turner, Carlos Santana, Michael Brecker, Diane Reeves, Pat Metheny, Wayne Shorter, Freddie Hubbard, George Benson, ainsi que le jazzman aveugle Roland Kirk et ses deux, voire trois saxophones (en même temps, si, si!), et bien d’autres moins connus… La discographie est impressionnante, 80 albums à ce jour! (81 en fait car je viens d’apprendre la sortie imminente d’un album live avec Joe Lovano au saxophone) et je ne compte pas les collaborations sur des disques d’autres musiciens… Je dois l’admettre, j’ai beau être passionné, je ne les ai pas tous, loin de là, et pour 4 raisons:

  • D’abord j’aime bien découvrir cette œuvre petit à petit, comme ça, je ne risque pas de me lasser…
  • Il n’a pas produit que des merveilles, il y a même quelques ratés!
  • Dans les années soixante-70, les enregistrements jazz étaient souvent d’une qualité déplorable, cela frise même le scandale quand on vous vend Fr 60.– un double album enregistré en mono avec un magnétophone d’amateur! Mais certains enregistrements en studio sont tout aussi bâclés: piano désaccordé, batterie qui sonne comme une valise en carton bouilli! Enfin, il paraît que ça fait partie du charme, moi je suis perplexe.
  • Je m’intéresse aussi à d’autres musiciens de jazz, et également à divers styles musicaux, tels que le rock, le classique, la chanson française, et aussi certaines musiques folkloriques… ça fait beaucoup de CD’s!

Mais malgré tout, c’est un musicien de référence pour moi, et je pense que si ce n’est peut-être pas le plus grand jazzman de tous les temps, c’est en tout cas le meilleur pianiste. À la fois compositeur génial, interprète fabuleux, improvisateur hors pair, arrangeur de groupes, explorateur d’instruments et de sonorités inhabituelles, et surtout doté d’une capacité remarquable à ne pas trop se mettre en avant, de laisser la place à d’autres brillants solistes, ce qui n’est pas toujours le cas des grandes vedettes du jazz… Afin de se faire une idée, voici une vidéo d’un extrait de concert avec feu Michael Brecker, et une autre splendide démonstration de jazz modal avec le fabuleux vibraphoniste Bobby Hutcherson: attention, ça décoiffe!

Je suis graphiste, et comme je travaille seul, je peux écouter de la musique, c’est souvent le jazz qui me donne de l’inspiration quand l’angoisse de la page blanche (ou plutôt de l’écran blanc) guette…

Mais revenons au parcours de Tyner: comme je l’ai écrit plus haut, il a collaboré longuement dans les années soixante avec John Coltrane, et ce fameux quartet a été tellement mythique que le démarrage d’une carrière en solo a été très difficile. (Je rappelle que Coltrane est mort d’un cancer en 1967). C’est en 1972-73 que Tyner décolle vraiment, avec un fabuleux album, Sahara, récompensé par un Grammy award. Ce disque est intéressant car il résume un peu toute la palette de ce pianiste: piano solo (A prayer for my family), hard bop très puissant (Rebirth), sonorités et rythmes orientaux (Valley of life), et africains (Sahara).

Bien évidemment, un trublion pareil ne peut pas être commercialement ciblé, ça part souvent dans tous les sens, avec toutefois des coups de génie exceptionnels: il a résisté à l’électrification galopante, préférant développer sa technique et sa sonorité au piano. Il a également su s’entourer de musiciens géniaux jouant parfois des instruments très étranges dans le monde du jazz: harpe, violon, violoncelle, hautbois, marimba et j’en passe… Lui aussi a joué en complément au piano des instruments encore plus surprenants: claveçin, dulcimer, kodo (sorte de cithare japonaise). En revanche, il n’a hélas pas toujours su résister à la guimauve sirupeuse d’orchestres de violons pleurnichards (je déteste ça).

La période Blue Note

Récemment, un coffret consacré à McCoy est sorti, chez Mosaic records: 3 CD’s de ses meilleurs enregistrements chez Blue Note, de la période post Coltrane: beaucoup de recherche dans l’esprit free de l’époque, bide commercial complet…

Ce qui marque surtout ces enregistrements, c’est la recherche de l’Afrique originelle et du blues fondamental, et bien sûr la présence de musiciens fabuleux, comme Wayne Shorter au saxophone (Weather Report, ça vous dit quelque chose? Je me marre en regardant cette vidéo des années 70 à l’ambiance peace & love. Mais je dois avouer que je trouve Wayne Shorter beaucoup moins fabuleux dans cette soupe jazz-rock). Il y a aussi des thèmes étonnants, comme « Message from the Nile» et « Survival Blues », avec Alice Coltrane à la harpe. En écoutant ces morceaux, on voit se dessiner petit à petit son système modal, fortement influencé par la musique africaine, en même temps qu’une évolution vers une certaine sobriété. Vous l’auriez deviné, c’est le label Blue Note qui sera le principal promoteur du jazz modal.

Bon, évidemment, il faut supporter la qualité d’enregistrement de l’époque, mais ce n’est quand même pas si mal, quand on compare à certains vinyls de Coltrane…

Retour aux sources du Jazz

Il y a grosso-modo trois périodes dans l’œuvre discographique de McCoy Tyner, d’abord les années soixante avec une forte influence de John Coltrane, puis les années 70 très « Ethno-jazz », avec la collaboration de musiciens d’horizons différents, comme par exemple Carlos Santana (Looking out , 1982, un disque fabuleux malgré le fond sonore de violons synthétiques sur quelques morceaux), Et enfin, depuis le milieu des années 80, un retour aux sources du jazz, avec beaucoup de compositions de grands maîtres comme Duke Ellington ou Thelonious Monk, et une plus grande sobriété dans son jeu et ses arrangements, à signaler également une production considérable d’albums en piano solo. À écouter absolument l’excellent « Jazz roots », 2003, peut-être son meilleur disque… En tout cas génial pour ceux qui veulent s’initier au jazz!

Et surtout, depuis les années 90, enfin une qualité d’enregistrement vraiment à la hauteur: par exemple dans « New York reunion » et « Illuminations », (des CD’s qualité « super audio ») c’est vraiment impressionnant, presque trop parfait: on entend même cliqueter les clés du saxophone!

Les concerts

McCoy Tyner, vous l’aurez bien compris, ce n’est pas seulement les enregistrements en studio, c’est surtout les concerts, avec son style très spectaculaire: parfois une véritable avalanche de notes dans un rythme d’enfer, parfois très calme et romantique, dans ses interprétations de Duke Ellington. Comme il ne vient pas très souvent en Suisse, je ne l’ai vu que trois fois sur scène. La première c’était en 1983, au New Morning à Genève, la deuxième en 1996 au festival de Montreux (avec le génial Michael Brecker au saxophone, hélas décédé en 2006), et la troisième en 2005 au Victoria Hall à Genève. Et là, j’ai eu un choc, un McCoy Tyner vieilli, se traînant péniblement jusqu’à son piano, moins virtuose que d’habitude, même si son concert fut d’un très bon niveau; j’ai appris peu après qu’il était très malade, et qu’il avait failli mourir une année plus tôt. Eh oui, McCoy Tyner est un géant du jazz, mais un des derniers encore vivants, et pour combien de temps?… Mais je me rassure, je viens d’écouter sur une web radio un extrait de son dernier disque – pas encore disponible en Europe – et il semble que sa santé se soit améliorée, c’est le moins qu’on puisse dire!,

Mais le vrai problème, c’est le jazz: quelle espérance de vie sans relève, sans cet esprit de rébellion qui fait si cruellement défaut dans nos sociétés avides de succès faciles et de rentabilité immédiate? Malgré la domination des modes ultra-commerciales, je pense malgré tout que la musique improvisée a encore de l’avenir, malgré le fait que ce soit devenu une académie; il y a de nombreuses écoles de jazz à travers la planète, aussi sérieuses et exigeantes que les conservatoires classiques. Et c’est une bonne chose, même si on pratique de moins en moins le jazz dans les caves enfumées… (Je suis non-fumeur, mais la fumée dans une cave à jazz, me direz-vous, c’est comme le bruit de friture sur les enregistrements de Billie Holliday, on ne peut pas s’en passer!)

Tristan Boy de la Tour

68 commentaires
1)
François Cuneo
, le 01.12.2007 à 07:51
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J’ai un peu de peine avec le Jazz moderne.

Evidemment, quand j’écoute tes extraits, je trouve le Monsieur génial, mais ce n’est pas trop la musique que j’écouterais des heures.

Cela dit, je suis en boucle ces jours au travail sur Tok Tok Tok, et cet album love again.

Ceci dit, en allant voir le site du groupe que je viens de vous lier, je vois que leur formation s’est étoffée, faut que j’essaie leur dernier album.

Caplan m’a aussi fait découvrir Madeleine Peyroux que j’aime beaucoup.

Donc je peux aimer le Jazz, mais pas celui avec une “avalanche de notes” comme tu dis:-)

Pas celui qui est trop intellectuel non plus.

C’est vrai aussi que pour bosser, ce genre de musique est parfait.

2)
levri
, le 01.12.2007 à 10:12
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Merci de nous rafraîchir la mémoire, je me passe “The Soothsayer” que je n’avais pas écouté depuis des années …

Coltrane, “A love Supreme” reste classé dans mes albums de base, Miles Davis, Chick Corea, etc, que du solide tout ça ! :D.

J’avais “découvert” Weather Report à la sortie de “I Sing the Body Electric”, qui est tout sauf classique, et de fil en aiguille, j’avais écouté les albums des musiciens du groupe … que du bon ! Au piano j’aime bien certains albums de Keith Jarrett des mid 70’s.

A partir de la mi 70, j’avais trouvé une mine chez ECM, c’est du jazz moins “classique” mais on trouve chez eux quantité de perles musicales, une grande originalité et deux ingénieurs du son remarquables qui nous offrent cette musique dans toute sa plénitude.

Il y aurait aussi certains albums de John McLaughlin, Larry Coryell, Joachim Khun, Oregon, Robert Wyatt, qui mériteraient d’être écoutés. Mais la liste deviendrait trop longue pour être citée ici.

3)
Modane
, le 01.12.2007 à 11:23
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C’est vrai que quand on pense au jazz au piano, on a tendance à négliger ce musicien. Et c’est louable de ta part de nous rappeler sa musicalité, merci donc…

Sans être un vrai fan de jazz, j’ai quand même un faible pour les boppers, Parker, Gillespie, Mingus, Monk…

Et puis…

On a tous été bercé par des musiques de rencontre, émanant de télés en sourdine devant laquelle on papote sans regarder vraiment, ou de radios dans des arrière cour. De ces musiques marquantes mais indistinctes, il reste souvent une “définition” fantasmatique de ce que “doit être” réellement telle ou telle musique…

Alors, bien qu’aimant les boppers, je cherchais chez d’autres musiciens un son. Celui tellement typique de Mon jazz, ce son non répertorié résumant tant d’impressions, d’ambiances, et de souvenirs.

D’abord, c’était un sax. J’ai écouté Archie Shepp, Coltrane, les Brecker, Wayne horter, Stan Getz, Coleman Hawkins… Non…

Mais peut être m’étais je trompé, ou alors c’était un sideman? Alors écoutons derrière Miles, Chet Baker, Marsalis?… Rien. Que de la bonne musique… Mais pas ce son générateur de souvenirs, ni cette curieuse impression d’énergie mariée à cette délicate mélancolie…

Et puis un jour, réécoutant la Bande Originale du film de Tavernier,”Round Midnight”, je me souviens que l’acteur principal était un musicien, “plutôt méconnu”. Je fouille dans l’iTune Store, et je tombe sur le Monsieur en question. J’écoute un titre au hasard. Et là, avalanche de sensations, de souvenirs, de mots: c’était çà!

Ma Madeleine Proustienne et musicale, c’était la musique de Dexter Gordon. Tu parles d’un inconnu!…

4)
Argos
, le 01.12.2007 à 11:45
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McCoy Tyner nous renvoie à un des plus beaux quatuors de l’histoire du jazz, celui de John Coltrane à sa grande époque. Et à Love Supreme bien sûr. L’interprétation ultime de ce morceau est celle du festival de jazz d’Antibes, bien plus intense que le disque officiel. Le solo du bassiste Jim Garisson atteint des sommets. Et merci pour cet article qui évoque quelques grands moments de la musique du vingtième siècle.

5)
levri
, le 01.12.2007 à 12:12
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L’interprétation ultime de ce morceau est celle du festival de jazz d’Antibes, bien plus intense que le disque officiel.

Bin, c’est le début du deuxième CD de l’édition “deluxe” 2 CDs de “A Love Supreme” de 2002 … Ce qui ne m’empêche pas d’écouter le vinyl original quand je veux me faire un petit plaisir … le CD tue un peu la musique !

6)
pioum
, le 01.12.2007 à 12:27
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pourquoi une partie du jazz serais ‘intellectuel’? moi j’ai pas fait des hautes études de musique pour apprécier ces gens. c’est juste une question de gout pas d’intellectualisme. C’est vrai parfois. il faut un peu de temps pour apprécier, mais surement pas ‘réfléchir’. Parfois il faut laisser reposer qques années, et redécouvrir plus tard avec une oreille différente.

7)
Argos
, le 01.12.2007 à 12:38
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France Musique diffusait en direct la soirée d’Antibes où le groupe de John Coltrane livra sa vision d’A Love Supreme. Je l’avais enregistrée su mon Revox. Mais l’émetteur avait lâché pendant une dizaine de secondes peu avant la fin. il y a sept ans, entrant à Lausanne dans un magasin qui soldait ses CD, je le trouvais pour un prix dérisoire et il m’a suivi dans mes déplacements. Je ne connaissais pas de vinyle tiré de l’événement, mais y voir une supériorité ne s’apparente-t-il pas à cette désormais vieille querelle analogique-numérique ?

8)
Caplan
, le 01.12.2007 à 13:25
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Aimez-vous le jazz? Je veux dire le vrai, le pur…

J’aime bien Benny Goodman et Artie Shaw, par exemple. Mais les “puristes” considèrent vraisemblablement que ce n’est pas du jazz. Juste de la musique d’ascenceur… Pourtant, si on parle d’Artie Shaw, c’était un authentique virtuose de la clarinette.

Comme François, j’ai de la peine avec le jazz moderne: ces montées et ces descentes sur un rythme speedé, ça me tape sur les nerfs. Et l’impro ne me semble être que des divagations sans queue ni tête.

Franchement, je suis ouvert à beaucoup de styles de musique, mais là, je vois mes limites. Un peu comme avec Poulenc…

Pas très positif, aujourd’hui, le Caplan. Mais merci quand même pour cet article enthousiaste!

Milsabor!

9)
levri
, le 01.12.2007 à 13:25
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@ Argos, je ne connais pas de vinyl du live de Love Supreme, je parlais du studio. Le live est dispo sur le deuxième CD de l’édition de 2002 …

Je n’ouvrirais pas une polémique analogique vs numérique … Cependant un des arguments évoqué pour vendre des SACD … est qu’ils approchent de la qualité vinyl … no comment!

C’est très tendance de sortir une série limitée de vinyls lors de la sortie d’un nouvel album.

Même lors de la sortie du CD début 80’s, tous les professionnels en (très) haute fidélité s’accordaient sur la différence de qualité musicale entre le CD et le vinyl (et vu que le CD n’a pas changé, cette différence non plus).

La supériorité du CD : l’absence de bruit de fond, et, ce qui serait vrai si les enregistrements n’étaient pas de plus en plus compressés, une dynamique supérieure.

PS : le 10/12/1964, je n’étais pas en âge d’enregistrer le direct à la radio ;)

10)
levri
, le 01.12.2007 à 13:34
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Comme François, j’ai de la peine avec le jazz moderne: ces montées et ces descentes sur un rythme speedé, ça me tape sur les nerfs. Et l’impro ne me semble être que des divagations sans queue ni tête.

Mais non, y’a du jazz moderne très cool ! essaye les musiciens de chez ECM : http://www.ecmrecords.com/Startseite/startseite.php

si tu ne connais pas, contacte moi, je te ferai une petite liste, il y a des trucs excellents chez eux !

11)
David Klaus
, le 01.12.2007 à 13:39
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J’adore le jazz sous presque toutes ses formes. De Miles Davis à Colltrane pour les classiques en passant par le smooth jazz ou le jazz moderne. J’écoute un peu moins de jazz moderne que le reste car je ne connais pas des masses de groupe dans le domaine. Ce que je préfère, dans le jazz, c’est les live. J’adore les morceaux de 20 minutes où s’enchainent solo sur solo. Habitant à Montreux, j’ai quelques CD d’enregistrements effectués au Montreux Jazz Festival que j’adore, comme une version de “Mack the knife” lors d’une Jam Session de Oscar Peterson. Je trouve qu’il y a une “pêche” énorme.

Etant batteur, j’ai de la peine à faire comprendre aux autres le plaisir que j’ai à jouer ce type de musique et à en apprendre la technique. Beacoup de monde pense que plus ca va vite, plus ca fait du bruit, plus c’est compliqué. Ils devraient écouter plus attentivement la batterie de certains morceaux de jazz.

P.S.:[mode technicien]Dans ces vieilles vidéos de jazz, ça m’éclate toujours de voir le peu de micro qu’il y a sur une batterie et le son magnifique qu’il en résulte. Il y a vraiment des magnifiques enregistrements qui ont été fait avec peu de matériel mais la technique devait plus s’apparenter à un art à l’épqoque.

13)
pilote.ka
, le 01.12.2007 à 16:57
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ces gens. c’est juste une question de gout pas d’intellectualisme.

C’est aussi une question de disponibilité. Aujourd’hui notre vie est réglée de telle manière qu’on ne peut saisir que quelque chose de simple. J’ai toujours été plus disponible à un concert de jazz qu’à un morceau de jazz à la radio.

16)
Argos
, le 01.12.2007 à 17:34
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François, votre commentaire me semble bien réducteur, et les propos sur les intellectuels qui se la pètent à ce sujet me parait un peu déplacé. Je n’ai pas l’impression que la musique d’Ornette Coleman, Eric Dolphy ou Albert Ayler soit un truc pour intellectuels. Elle exprime bien autre chose, comme par exemple la révolte des ghettos noirs. Pour en revenir à la version d’A Love Supreme d’Antibes, Coltrane s’apparente dans certains passages largement au free jazz, à tel point qu’un critique de l’époque écrivait qu’on avait l’impression qu’ils se livrait à une série d’exercices dans sa salle de bains. On aura la décence de ne pas citer le nom du personnage. La perception d’une musique en rupture avec ce qui la précède est toujours difficile. Il m’a fallu très longtemps par exemple pour accepter Webern et je ne l’apprécie que depuis peu d’années. L’important est de garder l’oreille ouverte.

17)
levri
, le 01.12.2007 à 17:48
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Miles Davis est quand même génial.

Quand Bitches Brew est sorti, ce fut une révélation, et il est toujours dans mes albums de référence.

Ah je suis désolé.

Le free, c’est des intellectuels qui se la pètent et qui nous emm…

mmm d’abord tu(?) pourrais finir tes mots et écrire “emmerdent” en entier ! … et assumer tes opinions … ne sois pas “désolé” :P

Ensuite il ne faut quand même pas généraliser, il y a des exceptions, mais parfois je dis exactement la même chose … pas uniquement pour le free ;)

@ Argos : le problème pour le Free, c’est de se mettre d’accord sur ce qui l’est ou ne l’est pas … il y a à boire et à manger dans le Free … :D

Anton von ?

J’écoute Beginning de Keith Jarrett sur l’album The Survivors’ Suite (ECM)

pas mal de beau monde là dessus :

Keith Jarrett : Piano, Soprano Saxophone, Bass recorder, Celeste, Osi Drums

Dewey Redman : Tenor Saxophone, Percussion

Charlie Haden : Bass

Paul Motian : Drums, Percussion

18)
Argos
, le 01.12.2007 à 18:09
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Bien sûr qu’il y a à boire et à manger dans le free, comme dans n’importe quel genre. D’abord, il y a les bons et les mauvais. Fortner par exemple, dans le dodécaphonisme et, à mon point de vue, Jimmy Giuffre dans le fre. Maintenant, c’est bien de sortir des limites d’un genre. L’un des développements du deuxième mouvement de la sonate pour piano opus 111 de Beethoven est drôlement jazzy s’il est interprété psr exemple par Wilhelm Backhaus, le dernier mouvement de la quarantième de Mozart recèle une série qui nous envoie au dodécaphonisme, et certaines intervention de Charlie Parker se libèrent de la tonalité et annoncent déjà le free. Et ce free, en temps que tel, a aujourd’hui bien peu de descendants, mais représente un moment important.

19)
levri
, le 01.12.2007 à 18:33
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@ Argos : la musique, je marche au feeling. Je ne cherche pas à l’analyser à priori, je veux qu’elle me touche et crée des atmosphères qui m’ouvrent les portes de la perception …

Éventuellement, s’il y a du chant, que les paroles ne soient pas trop stupides … quoique, j’avais des amis qui faisaient de la collecte de chansons traditionnelles, et j’étais resté scotché sur :

“les rochers y sont de pierre, le soleil y les fond pas

Le soleil y les fond pas, non plus la lune ….

pas mal non ? :D

20)
Anne Cuneo
, le 01.12.2007 à 19:59
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Je lis ces commentaires et je me demande: y a-t-il un jazz “moderne”? Dans le jazz, à partir de l’instant où il se détache du blues (qui a pour moi quelque chose de “classique”, et encore…), tout est moderne. Il y a des styles divers, et chacun de nous préfère le sien.

Moi, mon coup de foudre absolu, à partir duquel toutes les formes de jazz m’ont plu, ç’a été un concert de McCoy Tyner, à Montreux, je crois. Je connaissais son nom uniquement parce que je savais qu’il avait joué avec Miles Davis et Coltrane. Son concert en solo m’a ouvert les portes du jazz. Je suis par conséquent d’accord avec Tristan – nous avons des références très semblables en la matière.

Quant à la distinction entre free et pas free… Après le premier morceau de Ornette Coleman ou d’Eric Dolphy, je ne comprenais rien. Vers la 4e fois, j’adorais. Ce n’est pas eux qui “nous emmerdent” ou ne nous emmerdent pas. C’est nous qui sommes réceptifs ou pas.

21)
Blues
, le 01.12.2007 à 20:41
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Weather Report, ça vous dit quelque chose?

Ah, moi c’est vraiment la grosse basse de Jaco Pastorius que j’adore… et vive le Punk jazz ;-)

Un petit coup d’oeil pour ceux qui ne connaissaient pas l’homme qui a changé la destinée de la basse moderne (jazz ou pas, rien à f..) autant qu’Hendricks l’a fait pour la guitare.

Dommage, comme souvent les grands génies, Jaco est devenu fou et il en est mort.

Merci pour cet article Tristan (il m’a rappellé de ré-écouter Jaco – entre autre sur le disque Hejira de Joni Mitchell)

PS: pour le “free” = j’aime écouter ce que je peux comprendre :-D

PS2: le dernier concert de jazz “moderne” où j’ai pris mon pied était un groupe régional romand “Acousma4” (Marc Juffer au saxo), la plupart des gens présents dans la salle n’étaient pas des “jazzeux” et le plus étonnant c’est que tout le monde a adoré (je suis sur que si François avait été là il serait resté jusqu’au bout, ;-) pourtant il y avait pas mal de notes !

22)
dem
, le 01.12.2007 à 20:47
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tu m’apprends le décès de Brecker… ça me bouleverse… profitons de la musique de ses amis vivants et qui lui ont rendu hommage à l’occasion de ses funérailles…metheny et Hancock… grands, grands, très grands génies…

23)
Tristanb
, le 01.12.2007 à 21:56
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Dans le domaine du jazz, il faut se méfier des préjugés sur tel ou tel style. Comme dans toute musique évolutive, le jazz s’est modifié en fonction du contexte historique et social, et c’est notamment l’apartheid au USA jusque dans les années 50 qui en a déterminé les voies. Je rappelle que dans les années 30, faire jouer ensemble des musiciens noirs et blancs était interdit! Cela a été un drame terrible pour de nombreux musiciens blancs talentueux qui n’ont pas pu se confronter aux grands maîtres qu’étaient par exemple Louis Armstrong ou Duke Ellington… Le free jazz a été, pendant un temps, l’expression d’une révolte des musiciens noirs, et il faut bien mettre ça dans le contexte de la campagne pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, même si c’est un peu réducteur. Mais il faut bien reconnaître que plus grand monde ne fait du free à l’heure actuelle… A l’opposé, la musique d’ascenceur hélas,a toujours été une menace latente dans le jazz, je ne pense absolument pas aux grands jazzmen du début, mais par exemple à McCoy Tyner lui-même dans le CD «Wat the wolrd needs now», adaptations de musiques de films des années 60: une horreur! Et je pense aussi à Herbie Hancok et au grand Miles lui-même, qui nous ont gratifié de quelques musiques technoïdes du plus mauvais goût au début des années 90! A cette soupe insipide, je le dis haut et fort: oui, je préfère le free!

Tristan Boy de la Tour

24)
Argos
, le 01.12.2007 à 22:01
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A propos, Keith Jarret, c’est pas ce pianiste de bar qui a réussi à jouer à la Scala ?

26)
François Cuneo
, le 01.12.2007 à 23:23
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Quant à la distinction entre free et pas free… Après le premier morceau de Ornette Coleman ou d’Eric Dolphy, je ne comprenais rien. Vers la 4e fois, j’adorais. Ce n’est pas eux qui “nous emmerdent” ou ne nous emmerdent pas. C’est nous qui sommes réceptifs ou pas.

Alors disons que je ne suis pas réceptif.

Cela dit, je parle des années 70, les copains de mon papa qui faisaient du Free (pourtant Dieu sait si c’étaient de bons musiciens) faisaient des choses épouvantables de type “prise de tête”.

Cela m’a insupporté et dégoûté pour des années.

27)
Inconnu
, le 01.12.2007 à 23:35
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Ce n’est pas eux qui “nous emmerdent” ou ne nous emmerdent pas. C’est nous qui sommes réceptifs ou pas.

C’est aussi ce que je me suis dit la première fois que j’ai entendu le “Eric Dolphy Memorial Barbecue” de Zappa (dans “Weasels ripped my flesh”)… Et j’ai compris que c’était du plaisir.

28)
levri
, le 02.12.2007 à 01:46
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@ Mirko : The Eric Dolphy Memorial Barbecue … c’est pas du free !!! … juste du Zappa :D

@ François : ma mère, une excellente pianiste, a de même reussi à me dégoûter de Mozart, et du piano, quand j’étais petit !

Ceci dit dans le free, et n’importe quelle musique, ou “art”, il y a des mecs qui se la pètent grave. Les meilleurs musiciens ou “artistes” sont ceux qui parlent le moins de leur “art” … la chose parlant d’elle même … si elle reste muette, ça ne vaut de toute façon pas le coup de perdre son temps à en faire une analyse explicative à usage des ignorants que nous sommes …

Le piano, c’est un de mes petits copains qui a soigné le mal, Mozart a du attendre pour que j’écoute sans stresser :D

j’écoute My Guitar Wants To Kill Your Mama de Frank Zappa sur l’album Weasels Ripped My Flesh

… Zappa le stakanoviste de la production … une petite centaine d’albums officiels, plus un nombre invraisemblable de bootlegs …

29)
levri
, le 02.12.2007 à 02:00
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… et puis la musique, ça n’est pas simple ! le pépère Grapelli était un cool de l’archet, Jean Luc Ponty qui a étudié avec lui est très technique, mais me laisse froid, il a joué avec le John McLaughlin’s Mahavishnu Orchestra, mais je n’aime pas trop cette période, préférant celle de Jerry Goodman, moins bon technicien, mais jouant avec plus de feeling. Après il a corrigé le tir dans Shakti avec shankar.

Et puis y’a des mec écoeurants, qui prennent n’importe quel instrument, même pour la première fois … et en sortent des sons … qui sont de la musique avec une âme. La sensibilité, ça existe, et ça ne s’apprend pas à l’école je crois.

J’écoute Opening d’Oregon sur l’album Music Of Another Present Era

… et pour faire bonne mesure j’enchîne avec Blues For The Muse de Incredible string Band sur l’album 5000 Spirits

30)
Okazou
, le 02.12.2007 à 07:38
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Merci, Tristan, pour cette contribution vraiment très intéressante. Parler de jazz, dans cette époque (transitoire) de surconsommation, c’est à la limite de la provocation et c’est très bien ainsi.

Sans m’attarder spécialement sur Mac Coy Tyner, j’aimerais dire que le jazz, plus que tout autre genre musical, est l’étendard de la liberté en musique (d’ailleurs pas seulement en musique, c’est un état d’esprit, une façon de voir le monde). Aucune autre forme musicale n’est plus ouverte que le jazz et tout le monde peut trouver dans le jazz un style, un genre, une période, des instruments, des interprètes qui lui conviennent. Lorsque j’entends, et ça arrive régulièrement : « Le jazz, je n’aime pas ça », je sais que j’ai face à moi quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle. Contrairement aux autres musiques populaires, le jazz n’est pas formaté, il est protéiforme, c’est ce qui fait sa force et assure sa pérennité, car il en va du jazz comme de l’éternité, je n’ai aucune inquiétude à ce sujet. Le jazz est la musique vivante par excellence et comme toute musique vivante il faut l’écouter prioritairement en concert, le jazz en boîte ne sera jamais aussi bon qu’en concert même si la prestation enregistrée est excellente.

Des concerts, il y en a partout et tout le temps même si, en France et comme pour le reste, Paris est la ville qui en profite le mieux. Par exemple, Sonny Rollins, le colosse, jouait à Pleyel hier soir (soit dit en passant, toujours à Pleyel et hors jazz, les Arts florissants de William Christie donnent un concert le 6 ; baroque et jazz, deux musiques venues de l’improvisation). Pour celui qui aime le jazz et qui habite la province, il y a toujours quelques lieux de jazz en ville, de petits lieux, souvent des cafés, mais aussi de belles salles au programme alléchant où se côtoient ou se croisent jazz américain et européen.

Du ragtime au jazz contemporain en passant par le be-bop, la bossa-nova, le free, le funky et la fusion (j’en oublie un paquet), le jazz ne cesse de s’inventer et d’offrir à son public une musique de grande qualité rendue par de grands instrumentistes.

Les musiciens cités par Tristan et dans les contributions sont souvent des jazzmen « historiques » et encore plus souvent des jazzmen américains. On parle aussi beaucoup de « jazz moderne » !? Personnellement, sans rien oublier du passé, je préfére m’intéresser au jazz d’aujourd’hui et aux « jeunes » musiciens qui ne manquent ni en Europe, ni aux USA, ni dans le reste du monde mais dont la presse parle moins, probablement par manque d’intérêt (!), le jazz n’étant pas une denrée follement commerciale (on ne le regrettera pas). Le jazz contemporain a pourtant atteint un niveau musical et de jeu de l’instrument exceptionnels. Écouter aujourd’hui Paolo Fresu plutôt que Miles Davis ce n’est pas perdre son temps ; comme écouter Miles Davis en son temps plutôt que Louis Armstrong. Écouter aujourd’hui Stefano Di Batista ou Steve Coleman plutôt que Charlie Parker est parfaitement réjouissant. Écouter aujourd’hui N’Guyên Lê, Marc Ducret ou Sylvain Luc plutôt que Django Reinhardt est totalement satisfaisant. Et eux, ils sont vivants !
Si vous avez aimé Miles Davis, vous aimerez Paolo Fresu qui, lui-même, aime Miles Davis. Si vous avez aimé Charlie Parker vous ne pourrez faire autrement qu’aimer Di Batista et Coleman. Si vous aimez vraiment la guitare, alors vous gagnerez au change à écouter N’Guyên Lê, Sylvain Luc et Marc Ducret plutôt que Django Reinhardt.

Ce ne sont que quelques exemples de musiciens de très haut niveau. On peut parler aussi de Louis Sclavis (avec ou sans son compère Portal le mozartien), de Trilok Gurtu (qui vous amènera naturellement à la musique indienne), de Ricky Ford (qui vous rappellera étrangement Coltrane), Yves Robert ou Glenn Ferris (pour redécouvrir le trombone), Mina Agossi (dont quelqu’un parlait ici il y a peu), etc. Si ces anges porteurs de lyre passent à votre portée, allez les voir de confiance, vous n’aurez pas perdu votre temps.

Le jazz est vivant, en évolution permanente et ses serviteurs se relaient en ajoutant leur talent au talent de leurs maîtres. Il est là et n’attend que votre curiosité.

P.S. : J’allais oublier un de mes multisaxophonistes préférés : John Surman. On l’écoute et l’on est au paradis sans passer par la case religion. Du nanan !

31)
Okazou
, le 02.12.2007 à 07:45
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« Franchement, je suis ouvert à beaucoup de styles de musique, mais là, je vois mes limites. Un peu comme avec Poulenc… »

Poulenc, pourtant… Tu m’aurais dit Xenakis, bon… Quoique, Eonta de Xenakis…

Nous avons tous nos limites, sans doute, mais il est toujours bon de rappeler que Bach composait chaque semaine une cantate pour la messe du dimanche et que l’église était pleine. Que Mozart, que Chopin remplissaient les salles. Tous ont révolutionné (pas seuls) la musique de leur époque et le public les suivait.
On dirait que depuis qu’on parvient à mettre la musique en boîte on est moins curieux de la musique de son temps.
Quand la musique était vivante, elle était gourmandise et satisfaction sensuelle et intellectuelle. Après Bach, plus personne ne jouait Bach (on le redécouvre au début du XXe siècle), la période classique s’est imposée, puis le romantisme chasse le clacissisme, et ainsi de suite. Depuis qu’elle est prise dans la gelée des CD et qu’elle n’est plus un bien périssable, qu’on peut la thésauriser et s’en réserver un droit d’écoute à domicile, la musique de notre temps évolue en dehors de son public qui se fige, avec sa curiosité, dans sa propre gelée.

J’ai suivi, il y a peu, une semaine de musique contemporaine (électroacoustique, vocale et instrumentale) et ce furent des soirées aussi agréables qu’enrichissantes autour des univers sonores de Stockhausen, Berio, Ligeti, Leroux et Cage. Qu’on me croie sur parole, ça valait le déplacement ! Quelques jours plus tard, j’étais spectateur d’une soirée « spoken word » (textes dits, sans scansion mais pas sans rythme, sur une musique de jazz) qui m’a laissée par terre. Un superbe spectacle ! Des textes ciselés d’une exceptionnelle écriture qui rendaient le plus grand hommage qui pût être à la langue française. Quand on sait avec quelle vulgarité s’exprime le voyou qui nous gouverne et que ces jeunes auteurs interprètes, tous des jeunes de banlieues d’origines diverses et variées, se trouvent bien malgré eux dans la ligne de mire des karchers de la présidence, on n’a pas de mal à imaginer où se trouve l’avenir réel du pays. Cette haine du pauvre on la trouve déjà chez un Thiers. Tu sais ? Adolphe !

Plus je prends de la bouteille et plus je me dis que la curiosité et la liberté d’esprit sont des qualités à cultiver chaque jour qui passe. Même s’il faut parfois se pousser un peu. Je ne serais pris dans la gelée (des conventions, des habitudes…) que lorsque je ne pourrai faire autrement.

32)
Okazou
, le 02.12.2007 à 07:52
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« Le free, c’est des intellectuels qui se la pètent et qui nous emm… »

De mauvaise humeur, le François, aujourd’hui. Pure provoc’ pour me faire sortir du bois ?

Il faut sortir, François, pour apprécier le monde à sa juste valeur. Il faut sortir et aller au concert !
Quand je suis allé voir Sun Ra (nom pléonasmique en diable) et son énorme Arkestra dans une salle de 1200 places comble, c’était au début des années 1970, il régnait une joie que tu ne peux imaginer nulle part aujourd’hui. Du free, et du plus époustouflant ! Redoutable machinerie que ce surpuissant Arkestra emmené par son pharaon solaire. Les meilleurs musiciens au service d’une musique simplement déjantée mais tout baignait dans l’huile. Un exploit que de rendre synchrones cette paquetée d’instruments dans ce qui aurait pu paraître aux moins attentifs comme un gigantesque boxon musical. Le free jazz a eu sa raison d’être et le jazz en est sorti, comme presque toujours, enrichi. Le jazz d’après le free était plus libre, son horizon s’est élargi. La liberté, c’est une sacrée énergie.

Aujourd’hui, on vit, hors le jazz, une période musicale morne, coincée, racrapotée dans un cocon social de moins en moins confortable, de plus en plus mesquin et égoïste, formaté au pognon, de plus en plus commercial. Minable. La liberté est atteinte, on ne pense qu’à la restreindre et on commence même à le dire. Sale temps pour les mouches. Même les intellos (heureusement pas tous) se sont vendus au plus offrant. L’intellect se béhachellise en même temps que l’imagination se stérilise et que la liberté se mue en servilité. Le free, une musique d’intellos ?

Les années 60-70 ont été un sommet d’humanité. Mingus, Dolphy, Ornette Coleman, Giuffre et ce ténor débordant d’humanité qu’est encore aujourd’hui Archie Shepp, non seulement représentaient le meilleur de l’Amérique mais effectuaient leur travail de musicien dans une révolution permanente et ne pouvaient imaginer un instant une déconnexion entre leur art et l’évolution de la société. De purs intellos (c’est-à-dire des hommes) soucieux de l’autre et attentifs à son destin.

Où sont aujourd’hui, hors le jazz et le rap, les interrogations, la recherche, la quête sociale ? Aujourd’hui, ce sont les petits bourgeois qui voudraient donner des leçons. Encore faudrait-il qu’ils en aient les moyens ! « Les intellos sont des cons qui nous emmerdent ; 68 n’a rien apporté et tout emporté ; “Che” Guevarra était un tortionnaire et Chavez un futur dictateur puisqu’il réclame ce dont aujourd’hui Sarkozy et quelques autres disposent, le droit de se présenter devant les électeurs après deux mandats ; les fonctionnaires et les étudiants sont des privilégiés ; la voyoucratie règne sur les banlieues ; la planète n’est pas en danger ; les OGM peuvent cohabiter avec les plantes bio ; la gauche doit s’unir avec la droite dans une union dominée et contrôlée par les affairistes et il faut travailler plus pour gagner plus. » Et mon cul, c’est du poulet javelisé ?

Les intellos du free avaient au moins une certaine honnêteté intellectuelle, une certaine épaisseur et un certain poids. Nous étions avec eux et nous le sommes encore.

Décidément, le niveau baisse.

Écoute Argos-16, quand il écrit : « L’important est de garder l’oreille ouverte », il a tout dit.

34)
Okazou
, le 02.12.2007 à 07:54
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« @ Mirko : The Eric Dolphy Memorial Barbecue … c’est pas du free !!! … juste du Zappa :D »

Mais du Zappa inspiré par le free de Dolphy.

35)
Argos
, le 02.12.2007 à 08:44
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Finalement, ma petite pique sur Keith Jarret n’a pas provoqué trop de rejets. Merci, Levri, je n’ai pas besoin de Wiki pour connaître le personnage. Il m’est arrivé de dîner avec lui, et c’est l’un de mes très mauvais souvenirs de repas. Assez imbu de lui-même, intolérant, le musicien m’a tout sauf fasciné. Son interprétation des concertos de Mozart fait partie de ce qu’il y a de pire. Et ses hommages à Gurdheff, le pseudo-philosophe, sont plutôt pénibles. Bien, le concert de Cologne laisse quelques bons souvenirs, mais c’est il y a longtemps. En très grande partie d’accord avec Okazou et ses excellentes interventions. La plus grande inventivité en musique classique se révèle aujourd’hui dans la réinterprétation de la musique ancienne. Fabio Biondi et quelques autres réussissent à nous faire aimer Vivaldi, transformé en soupe quelques années plutôt. Et hier j’écoutais pour la première fois les musiciens de Ferrare de la fin du seizième siècle, tout juste redécouverts. Sublime. Dans ce que l’on nomme le contemporain, le sectarisme dodécaphonique -en dehors il n’y avait point de salut – a longtemps regné en France. On en est heureusement sorti, comme l’avait fait depuis longtemps Ligeti. A propos, c’est amusant d’assimiler le charmant Poulenc à de la musique contemporaine. Enfin, Okazou, que pensez-vous du jazz manouche d’aujourd’hui?

36)
François Cuneo
, le 02.12.2007 à 10:05
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Okazou, pourquoi les églises étaient pleines quand Bach composait ses cantates?

Pourquoi Mozart et Chopin remplissaient les salles?

Parce qu’il y avait une âme.

Allez j’ose? Une mélodie.

Dans le free dont je parle, il n’y a rien.

Pourtant de la musique, qu’est-ce que j’en ai fait. De différents styles.

Mais qu’on soit bien d’accord: les extraits que nous montre Tristan, ce n’est pas le free dont je parle. Là, j’apprécie (pas des heures, mais j’apprécie), j’y vois bien une âme et quelque chose de très intéressant.

Je te parle de ces (oui) soixante-huitards de la musique, qui mettaient des notes n’importe où sur leur contrebasse et leur piano, surtout pas dans un rythme, faut pas pousser, les yeux tellement fermés que peut-être eux avaient la chance de dormir.

Moi je ne pouvais pas, trop stressé.

Et je suis allé les voir, ces concerts!

37)
François Cuneo
, le 02.12.2007 à 10:13
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Autre exemple tellement rigolo!

Nous étions, avec le groupe Rhésus (un groupe qui marchait fort en Suisse à l’époque), invités au festival de Jazz de je ne sais plus quelle ville en Suisse-allemande.

Un gros truc.

Le groupe qui passe avant nous: un de ces trucs qui fait des notes dans tous les sens, mais sans aucun sens.

Je vois les gens dans la salle qui prennent leur pied

Toujours les yeux fermés, en branlant de la tête, ça fait bien de fermer les yeux et de branler la tête.

Je me dis ouuuuh, je la sens mal celle-là!

Il devait y avoir 300 personnes dans la salle quand nous avons commencé à chanter et à jouer.

Au bout d’un quart d’heure, je me rappellerai toujours!:-)

Le pianiste, qui était près de la sortie, disait “au-revoir Messieurs dames” à tous ceux qui sortaient.

À la fin, nous étions plus que nous sur la scène, et les techniciens.

C’était un peu embêtant parce que le concert était enregistré pour la Radio suisse alémanique. Niveau applaudissement, j’espère qu’ils en ont rajouté quelques-uns.

Tout ça pour dire que nous avions peut-être un peu trop de mélodie, de simplicité pour ces gens.

Cela dit, qu’est-ce qu’on a rigolé!

38)
levri
, le 02.12.2007 à 11:28
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@ 34 Okazou : sur “The Eric Dolphy Memorial Barbecue” et Zappa, c’tait une joke tsais !

… et je dirais plus une dédicace ou un hommage qu’inspiré par … :)

@ 35. Argos : j’ai déjà entendu parler du caractère “spécial” de Jarrett, et de ses caprices de diva. Je ne le connais pas, alors je m’en tape, j’aime juste certains aspects de sa musique …

En général, pour les gens que je ne connais pas, je me tape de savoir s’ils ont bon caractère ou pas, et je ne lis pas les potins mondains. Pour les gens que je connais, pour certains, je me suis intéressé à leur musique, parce que je les aimais bien, et pour d’autres que j’adore en tant qu’individus, je ne vais au concert que backstage … c’est à dire pour dire bonjour, pas pour écouter leur musique !

allez, en l’honneur d’Okazou, j’écoute Houdouth de Anouar Brahem sur l’album Thimar

(Anouar Brahem, John Surman, Dave Holland) comme je disais précédemment, chez ECM il y a des musiciens vivants…

et pour changer j’écoute Are You Experienced? de Patti Smith sur l’album Twelve … je n’aime pas vraiment cet album, drôle d’idée de sa part de faire un album avec uniquement des reprises de ses morceaux favoris de jeunesse … ici Jimi Hendrix

39)
Anne Cuneo
, le 02.12.2007 à 11:55
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Okazou, pourquoi les églises étaient pleines quand Bach composait ses cantates?

Permettez, chers François et Okazou, à une historienne (= journaliste du temps passé) de vous signaler qu’il n’était PAS QUESTION, du temps de Bach (le domestique d’un prince qui ne se faisait pas faute de l’humilier régulièrement, sourd à son “âme” sans doute) de ne pas aller à l’église le dimanche. Les villes de l’époque étaient, autant que les villages, des communautés tissées serrées, où quelqu’un qui manquait le culte (dans le cas de Bach, mais idem pour la messe) du dimanche était aussitôt désigné du doigt, et dans certaines pays on états passible d’amende ou même de prison. Cela dit, presque personne ne s’avisait de manquer l’église, non par peur de l’amende, mais par peur de la punition du Ciel. Une sorte d’assurance éternité, pour ainsi dire…

Pourquoi Mozart et Chopin remplissaient les salles?

J’aimerais te signaler, cher François, toujours dans le souci de l’exactitude historique, qu’une fois que Mozart n’a plus été “le petit Wolfi”, et qu’il est devenu un musicien ne se distinguant pas physiquement des autres – juste un génie qui mettait en notes des sentiments et des sensibilités si universels qu’aujourd’hui aucun jour ne se passe sans que des heures de Mozart ne soient diffusées partout – bref, quand Mozart est devenu adulte, il a vécu beaucoup d’expériences comme celle que tu as eue avec Rhésus. Le succès pour lui n’est venu qu’avec La Flûte enchantée, quelques semaines avant sa mort.

Je ne dis rien sur Chopin, je n’ai pas étudié sa vie dans le détail.

Allez, je vais t’offrir quelques morceaux d’Albert Ayler, et après avoir écouté deux ou trois fois, tu me diras s’il n’y a toujours “rien”.

PS pour Levri: oui, moi aussi, on m’a dégoûtée de Mozart, et de Chopin, quand j’étais enfant, tout comme on m’a dégoûtée de Shakespeare, de Montaigne et même de Stendhal à l’école. Mais une fois qu’on est libéré des vapeurs de l’enfance, on réexamine, il me semble… Cela a en tout cas été ma manière de faire.

40)
Atypo
, le 02.12.2007 à 12:09
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Pour celui qui aime le jazz et qui habite la province, il y a toujours quelques lieux de jazz en ville, de petits lieux, souvent des cafés,

Tout à fait. Ici, nous avons « Le 3 pièces » où tous les vedrendis et samedis soir passent des orchestres locaux pas mauvais du tout dans une cave comme au bon vieux temps. Pas d’entrée à payer, juste les consos, bière ou caipirinha, comme on veut.

Quand je suis allé voir Sun Ra (nom pléonasmique en diable) et son énorme Arkestra dans une salle de 1200 places comble, c’était au début des années 1970, il régnait une joie que tu ne peux imaginer nulle part aujourd’hui.

C’était les années 70. Tu as dû connaître aussi les soirées free à l’American center vers Raspail (Mal Waldron, Steve Potts, Albi Cullaz, Les frères Escoudé et bien d’autres… J’aimais bien aller aussi, un peu plus tard au « Dunois » et les dimanches aux puces de Saint-Ouen où il y avait deux bars, dans l’un un groupe BeBop et dans l’autre les Manouches. J’allais de l’un à l’autre au gré des pauses. La belle vie, quoi…

41)
Caplan
, le 02.12.2007 à 12:13
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Aimez-vous le jazz? Je veux dire le vrai, le pur, celui qui est né dans les champs de coton du sud des États-Unis,…

Pour revenir au début de cet article, je pense que le blues, le rhythm and blues ou la soul ont plus à voir avec la musique des cueilleurs de coton d’antan que le jazz actuel qui est devenu une musique “haut de gamme”. Les musiciens sont parfois noirs, mais le public est (presque) toujours blanc…

Milsabor!

42)
Blues
, le 02.12.2007 à 12:14
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Patti Smith sur l’album Twelve, je n’aime pas vraiment cet album

Perso je l’ai acheté les yeux fermés ce CD, et je le trouve justement plutôt réussi.

J’aime particulièrement le son épuré / sans artifices: simple et efficace… on sent qu’elle a du se faire plaisir. Mes préférences: Changing of the Guards (Dylan), Gimme Shelter (les Stones) et Within You Without You (Beatles-Harisson)

Extraits sur ITunes pour ceux qui veulent se faire une idée

43)
Argos
, le 02.12.2007 à 12:26
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Que n’a-t-il été écrit au sujet de Mozart. Mort quasiment dans la misère et enterré dans une fosse commune, empoisonné par son rival Salieri, etc. Il s’agit de légendes. En réalité Mozart, à plusieurs tournants de son existence, fut fort riche, mais ses gains, il les perdait au jeu. Alors, il lui fallait vite une nouvelle composition. A Prague, ses oeuvres obtinrent d’immenses succès, comme Don Giovanni. Et, à propos de Don Giovanni, une anecdote que Casanova n’a plus eu le temps raconter dans ses mémoires, l’un des grands écrits du dix-huitième siècle. Casanova était à Prague lors des derniers préparatifs de Don Giovanni. Da Ponte, le librettiste, qui le connaissait bien, le présenta à Mozart parce que lui-même devait s’absenter. Après tout, il s’agissait d’un expert dans le domaine. Casanova fit un certain nombre de suggestions dont certaines, semble-t-il, furent retenues par Mozart. Quelques parcelles de l’esprit de Casanova se sont donc glissées dans l’oeuvre. Fellini, qui a réalisé Casanova, s’était mis à haïr le personnage pendant le tournage. Un jour, il a jeté les Mémoires par la fenêtre d’un train. Malgré l’admiration qu’on porte à l’auteur de la Dolce Vita, force est de constater qu’il est passé à côté du personnage et d’un grand film.

44)
Tristanb
, le 02.12.2007 à 12:29
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François, quel aveu! Ainsi tu as été humilié publiquement par un public d’intellos qui branlent la tête en fermant les yeux… Tu aurais dû te lancer dans le free et connaître enfin la gloire!:-) Ceci dit, la dernière fois que je suis allé à un concert de free jazz, c’était il y a plus de 10 ans, un pianiste Anglais au Sud des Alpes à Genève. Le concert avait bien commencé, mais au bout d’une demi-heure, le public a commencé à quitter la salle pour aller au bar juste opposé à la scène. Très rapidement, le brouhaha des buveurs de bière a couvert le piano qui a finit par s’interrompre. J’étais triste pour le mec, mais j’avais aussi l’impression que ce style de recherche musicale était arrivé au bout du rouleau. Ceci dit, méfions nous des références au succès des grands classiques; Mozart n’a pas toujours rempli les salles, il y en même qui trouvaient qu’il y avait “trop de notes”! Voici quand même, pour ceux qui ont de l’aspirine sous la main, un pianiste intéressant: Cecil Taylortitre . On peut ne pas aimer ce style, mais admirer la technique…

45)
levri
, le 02.12.2007 à 12:33
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pour Levri: oui, moi aussi, on m’a dégoûtée de Mozart, et de Chopin, quand j’étais enfant, tout comme on m’a dégoûtée de Shakespeare, de Montaigne et même de Stendhal à l’école. Mais une fois qu’on est libéré des vapeurs de l’enfance, on réexamine, il me semble… Cela a en tout cas été ma manière de faire.

… Même avant ça, mais comme je l’ai déjà dit, je me suis soigné ! :D

… les vapeurs de l’enfance ? curieux comme expression. Les enfants dont la personnalité n’a pas encore été figée dans le moule de la “normalité” sont plus “incisifs” et directs que “vaporeux”. Quand on les prend à rebrousse poil, ils ont tendance à charger à fond dans la direction opposée (le principe de réaction ?) … mais nombre d’adultes aussi. Par contre, vapeurs dans le sens de malléable, ça pourrait aller, je trouve que c’est plutôt une qualité à opposer à la “sclérose” de la majorité des adultes.

L’école française ne m’a pas dégoûtée de Shakespeare … nous avons la meilleure littérature du monde, quel serait l’intérêt d’étudier des bardes étrangers ? Je l’ai découvert alors que j’avais une quatorzaine d’années avec le film de Zefirelli, et comme je suis tout sauf excessif, je me suis aussitôt procuré ses oeuvres complètes pour approfondir …

@ 42. Blues : pour Twelve, j’ai du mal à m’y faire, je connais tous les morceaux dans d’autres interprétations, et je trouve que patti ne se lâche pas des masses la dessus. Possible que ça vienne de l’enregistrement, il faudrait voir en live…

j’écoute Children Of The New World de Daevid Allen sur l’album Good Morning

46)
Anne Cuneo
, le 02.12.2007 à 13:06
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vapeurs dans le sens de malléable, ça pourrait aller, je trouve que c’est plutôt une qualité à opposer à la “sclérose” de la majorité des adultes.

Oui, oui, j’entendais par “vapeurs de l’enfance” les réactions de l’enfant – sans connotation (ni positive, ni négative, d’ailleurs). Je voulais simplement dire que lorsque nous sommes enfants, nous n’avons pas encore une vision TOTALE, par manque d’expérience. Pas de pensée négative, donc. Je suis la première à dire qu’il faut puiser dans l’enfant en soi pour être un artiste une fois qu’on n’est plus enfant soi-même.

47)
levri
, le 02.12.2007 à 13:37
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@ Anne : ça mériterait une discussion plus approfondie, mais ce serait off topic … ;)

Y a-t-il un adulte qui puisse se targuer d’une “vision totale” ?

… l’enfant est il un adulte en devenir, ou l’adulte est il un enfant ayant renoncé à évoluer ? :D

j’écoute To Try For The Sun de Donovan sur l’album Fairy Tales

48)
Okazou
, le 02.12.2007 à 19:44
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« Parce qu’il y avait une âme.
Allez j’ose? Une mélodie. »

Depuis quand la musique se caractérise-t-elle par la présence d’un rythme (sous-entendu régulier, je suppose) et d’une mélodie ? Bien sûr, si l’on commence à parler de la musique sur de tels présupposés, le free est exclu d’emblée.

Un vieux copain marocain, lorsqu’il est arrivé en France pour finir ses études, m’avait fait la réflexion que ce qui l’avait le plus déconcerté lorsqu’il écoutait la radio, c’était d’y entendre autant de musique militaire. Il parlait du rock.
À ses oreilles habituées aux musiques arabes, le rock était d’abord un rythme régulier pour marcher au pas. La musique arabe, et la musique indienne, et bien d’autres musiques du monde, n’ont pas la grossièreté d’imposer des ryhmes binaires bien lourds aux oreilles de leurs auditeurs. Ces musiques subtiles et complexes, qui ne s’arrêtent même pas à n’offrir que des demi-tons à ceux qui les écoutent, sont des musiques à part entière et des meilleures.

Il y a quelque chose d’ethnocentré dans ta remarque mais pas seulement car dans nos musiques occidentales complexes (je ne parle toujours pas du rock) on retrouve les mêmes enchaînements de rythmes variés pour composer les longues pièces. Les ruptures de rythme sont une subtilité en musique.

L’absence de rythme et de mélodie ne sont en rien opposés à l’écoute de la musique. En musique concrète, par exemple, on déploie des masses sonores (sans rythme et sans mélodie mais appuyées sur un scénario, une histoire) qui se rencontrent et s’échappent, qui circulent, vous caressent l’échine avant de filer à l’autre bout de la salle. C’est vraiment très sensuel et cette utilisation pleine du volume d’une salle, cette musique en trois dimensions qui se faufile et se défile, c’est bel et bien de la musique. Sans mélodie, sans rythme et même sans notes. Même quand elle sort d’un gros G5 vers une vingtaine de Cabasse. Essaie donc de vivre l’expérience à l’occasion, on ne peut y être insensible.

Il y a bien là un formatage de l’oreille par les musiques anglosaxonnes et un travail d’ouverture à effectuer, pour compenser, auprès des enfants pour les ouvrir à la musique, non pas les enfermer dans des formes qui ne sont d’ailleurs pas les plus intéressantes, loin s’en faut.

« Je vois les gens dans la salle qui prennent leur pied
Toujours les yeux fermés, en branlant de la tête, ça fait bien de fermer les yeux et de branler la tête. Je me dis ouuuuh, je la sens mal celle-là! »

Eh bien, voilà, on tient l’explication.

Si tu te dis, à la vue de branleurs de tête (et plus si affinités…) : « ouuuuh, je la sens mal celle-là! » :-))), c’est mal barré pour aller plus loin. Les portes sont fermées d’entrée de jeu. Voilà bien un a priori, dont tu es victime, qui te ferme à ce que donnaient ce jour-là les musiciens.

Tiens, pour te détendre, une musique en direct d’Iran (le pays du Diable !). Juste une flûte (un ney) et un tambour (un tombak) mais deux maîtres de la musique : Hossein Omoumi et Madjid Khaladj

Écoute les rythmes et écoute les mélodies.

50)
bernie14
, le 02.12.2007 à 21:09
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bravo de me rafraîchir mes souvenirs. Oui, comme Anne, j’ai été subjugué par le concert de McCoy Tyner à Montreux, il y a très longtemps. Et je retouve à l’instant un vieux vinyl du même McCoy: 2 LP REEVALUATION: The impulse years. Cela date de 1962-1966 avec les Coltrane, Elvin Jones, …

Et la musique, cela touche le sentiment, la mémoire, le souvenir, et parfois free jazz ou non, ce n’est pas l’important; ce qui touche le plus a plus à faire avec “la madeleine de Proust”, qu’avec un quelconque jugement réducteur…

Bernard

51)
Marcolivier
, le 02.12.2007 à 21:13
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Jazz. Quelle discussion dis donc. Et quels ébats lyriques.

Ma foi, c’est assez vrai, le jazz, on aime ou pas. Un peu comme beaucoup d’autres choses inhabituelles, il faut se faire l’oreille. La musique classique, combien de personne n’en écoutent jamais, par manque d’occasion puis, par mauvaise réputation (musique de vieux, prise de tête, long, pas fun).

Quelqu’un a mentionné plus haut le fait que le jazz demande du temps. Le temps de se faire l’oreille. Que la musique ne s’écoute pas uniquement pour passer le temps ou fournir un fond sonore, mais qu’il est aussi possible, bien calé dans un fauteuil confortable, de passer une heure ou deux à écouter des digressions musicales, sans rien faire d’autres. Quoi, ne rien faire, et en plus en écoutant de la musique? Fou, non?

Mais foin de tout ça. La relève jazz n’est pas là? Mmmm, peut-être. Et pourtant… Connaissez-vous Gianluca Petrella (trombonne)? Musicien extraordinaire que j’ai découvert au travers de Enrico Rava , un autre fou furieux (trompette). Découvrez-les dans un magnifique album, Easy Living (2004 – Enrico Rava). Fantastique. Un jazz très aérien et d’une suprême beauté.

Et un autre, pianiste celui-là, incroyable dans sa variété comme dans son feu, le très simple et très doué Malcolm Braff, qui, pour ceux qui connaissent, est un habitué du splendide Caveau des Vignerons du Cully Jazz Festival (en Suisse).

52)
François Cuneo
, le 02.12.2007 à 22:04
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Depuis quand la musique se caractérise-t-elle par la présence d’un rythme (sous-entendu régulier, je suppose) et d’une mélodie ? Bien sûr, si l’on commence à parler de la musique sur de tels présupposés, le free est exclu d’emblée.

Et pourtant oui, c’est bien ça la musique. En tout cas en grande partie.

Un vieux copain marocain, lorsqu’il est arrivé en France pour finir ses études, m’avait fait la réflexion que ce qui l’avait le plus déconcerté lorsqu’il écoutait la radio, c’était d’y entendre autant de musique militaire. Il parlait du rock. À ses oreilles habituées aux musiques arabes, le rock était d’abord un rythme régulier pour marcher au pas. La musique arabe, et la musique indienne, et bien d’autres musiques du monde, n’ont pas la grossièreté d’imposer des ryhmes binaires bien lourds aux oreilles de leurs auditeurs. Ces musiques subtiles et complexes, qui ne s’arrêtent même pas à n’offrir que des demi-tons à ceux qui les écoutent, sont des musiques à part entière et des meilleures.

Il y a quelque chose d’ethnocentré dans ta remarque mais pas seulement car dans nos musiques occidentales complexes (je ne parle toujours pas du rock) on retrouve les mêmes enchaînements de rythmes variés pour composer les longues pièces. Les ruptures de rythme sont une subtilité en musique.

Mais tu te trompes à mon sujet: il se trouve que j’adore toutes les musiques orientales.

Donc tu vois…

Si tu te dis, à la vue de branleurs de tête (et plus si affinités…) : « ouuuuh, je la sens mal celle-là! » :-))), c’est mal barré pour aller plus loin. Les portes sont fermées d’entrée de jeu. Voilà bien un a priori, dont tu es victime, qui te ferme à ce que donnaient ce jour-là les musiciens.

Mais pas du tout! Je n’étais que modeste batteur, je n’ai pas pu fermer les portes tout seul… Au contraire, j’osais espérer que ce public pouvait malgré tout se faire à la simplicité de musique simple et… mélodique.

53)
François Cuneo
, le 02.12.2007 à 22:07
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Ceci dit, la dernière fois que je suis allé à un concert de free jazz, c’était il y a plus de 10 ans, un pianiste Anglais au Sud des Alpes à Genève. Le concert avait bien commencé, mais au bout d’une demi-heure, le public a commencé à quitter la salle pour aller au bar juste opposé à la scène. Très rapidement, le brouhaha des buveurs de bière a couvert le piano qui a finit par s’interrompre. J’étais triste pour le mec, mais j’avais aussi l’impression que ce style de recherche musicale était arrivé au bout du rouleau.

Ah ben tout de même, il y a de l’espoir.:-)

54)
Argos
, le 02.12.2007 à 22:29
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Bien, maintenant fermez les yeux et essayez d’imaginer. Vous êtes dans une sorte de salon, avec une assistance assez huppée. Ei il y a un type qui entre, bourru, chevelu, un vrai soixante-huitard avec des taches sur son costume. Il s’assoit au piano et se met à improviser. Pendant deux heures. Personne n’a entendu quelque chose de semblable. A la fin, l’assistance, après un silence, lui fait une ovation. C’était aux alentours de 1800, à Vienne, le type s’appelait Ludwig van Beethoven, et à côté, plus tard, un certain Franz Liszt pouvait toujours se rabiller. Et oui, c’était aussi ça, Beethoven, un improvisateur génial, et comme l’enregistrement n’existait pas encore, en n’en a pas conservé une miette. Et cent ans avant, un certain Jean-Sébastien Bach faisait à peu près pareil. Le jazz alors, c’était la musique classique.

55)
Anne Cuneo
, le 03.12.2007 à 07:49
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Et cent ans avant, un certain Jean-Sébastien Bach faisait à peu près pareil. Le jazz alors, c’était la musique classique.

Eh oui, mais on a toujours de la peine à se remettre dans la perspective. Je me souviens des messages plus ou moins scandalisés que j’ai reçus après avoir expliqué ici même, pour la compréhension des choses, que Dowland, c’était le John Lennon de son époque, ses chansons les “tubes Beatles” de son temps… ;~)

56)
flagman
, le 03.12.2007 à 09:37
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Merci beaucoup pour ce très bon article. Je constate, étant un passioné de jazz, que je ne suis pas seul;) Le jazz est tellement vaste que chacun peut y trouver quelque chose à se mettre sous l’oreille. Il est vrai que le free jazz demande un certain temps d’adaptation au début, mais, comme lors de la dégustation d’un bon vin, il faut laisser les arômes se développer petit à petit. Pour reprendre un commentaire lu plus haut, il faut garder l’oreille ouverte, surtout à une époqe où la musique invent ou innove de mons en moins. Parfois j’ai l’impression qu’on ne fait que du recyclage…

57)
Argos
, le 03.12.2007 à 09:44
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Anne, j’avais particulièrement apprécié “Le trajet d’une rivière” et la manière vivante dont vous évoquiez la musique élisabéthaine. Le récit est un magnifique sujet de film. Avec les livres d’autres auteurs suisses francophones, il est fort apprécié par les lecteurs de la médiathèque située en plein Caucase que je fréquente.

58)
tioneb
, le 03.12.2007 à 10:43
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sea……sax and fun…

merci pour cet article…et à cuk pour ces débats qui me redonnent le sourir le lundi matin!!!

b.

59)
levri
, le 03.12.2007 à 13:05
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une époque où la musique invente ou innove de moins en moins. Parfois j’ai l’impression qu’on ne fait que du recyclage…

J’ai eu aussi cette impression, et en suis venu à me demander si je n’étais pas en train de devenir un “vieux con”…

Ayant discuté avec quantité d’amateurs de musique, il semble que nombre d’entre eux aient abouti au même constat.

Partant du principe que tout se soigne, j’ai demandé à des djeuns de me conseiller. J’ai écouté pleins de trucs, dont certains sont écoutables, et en retour, je leur ai fait écouter des vieux trucs, dans la mouvance de leurs goûts musicaux, par exemple des groupes de “kosmische music” (les débuts de la musique électronique européenne) aux amateurs d’électro. Je fus assez surpris de voir qu’ils appréciaient et en redemandaient !

Il y a eu de nouveaux chemins à exploiter avec l’avènement des instruments électriques, quel sera la prochaine révolution? la musique fait corps avec son temps, nous vivons une époque de consumérisme forcené, de rentabilité économique, et la “qualité” d’un “musicien” est plus fonction de sa notoriété “people” que la qualité de sa musique … nous récoltons ce que nous avons semé.

J’en suis réduit à faire la chasse aux indies :D

PS : quand Janis Joplin chantait “Mercedes Benz”, c’était une critique humoristique … maintenant ce serait une revendication légitime … :P

“Oh Lord, won’t you buy me a Mercedes Benz ? My friends all drive Porsches, I must make amends. Worked hard all my lifetime, no help from my friends, So Lord, won’t you buy me a Mercedes Benz ?…”

j’écoute Pass the Hatchet, I Think I’m Goodkind de Yo La Tengo sur l’album I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass

60)
Madame Poppins
, le 03.12.2007 à 13:46
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Je suis un tout petit peu hors sujet mais j’ai envie de profiter une fois de plus des vastes connaissances des lecteurs de cuk : sachant que le “jazz”, pour moi, ne dépasse pas Glenn Miller (que j’écoute avec plaisir même si très rarement), je voudrais lancer le défi “le jazz pour les nuls, par où commencer ?”, sachant que ce que vous semblez qualifier de free-jazz, c’est pour moi comme le suédois, à savoir totalement incompréhensible.

Des pistes à me proposer ?

61)
levri
, le 03.12.2007 à 14:17
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@ Maame Poppins :

Mais non, vous n’êtes pas hors sujet ! … et puis je crois savoir que vous écoutez le Kôln concert aussi? non ?

Le free jazz, c’est selon, il y a des trucs que je considère comme des classiques, et quelqu’un entre et me sort “bééé, t’écoutes du free, toi!” (avec un air dégoûté).

Je n’aime pas étiqueter, je classe en gros en deux catégories: “j’aime” et “j’en ai rien à cirer” … et encore!

Et puis les frontières sont mouvantes, jazz, mitigé de rock(ou l’inverse), avec un zeste d’orient. Pourquoi classer?

Je te (vous?) proposerais bien quelques écoutes parmi mes musiques numérisées, mais il semble que “ça ne se fait pas ici”, Madame.

Parce que, la musique c’est ceux qui en causent le moins qui en profitent le plus … :D

PS : c’est vraiment une réponse pour ne rien dire ça ! j’ai hésité sur “Envoyer” … bon j’assume ma connerie ..

62)
flagman
, le 03.12.2007 à 14:35
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Par où commencer le jazz…. Difficile à dire tant le sujet est immensément vaste, mais, d’expérience, je dirais chronologiquement en commençant par le tout début en prenant des artistes emblématiques de chaque époque et style. Certes, cette approche est très empirique et ne correspond pas forcèmement à ma vision sentimentale du jazz mais il faut bien commencer quelque part:)

64)
Madame Poppins
, le 03.12.2007 à 15:36
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Levri,

Le concert de Cologne, c’est classé sous jazz ? Et ohhh oui, je l’écoute : je pense, spontanément, que c’est le CD que je prendrais sur une île déserte ! Dommage que “ça” ne se fasse pas ici… (et “Madame, tu” ça me va très bien ;-)))

Flagman, justement, “l’artiste emblématique de chaque époque”, c’est pas aussi avant tout subjectif ?

Je vais aller voir ce lien, Blues, merci.

65)
levri
, le 03.12.2007 à 16:42
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@ Mme Poppins : ouf ma mémoire ne m’avait pas trahi !

Tu remarqueras que “Koln Concert” (que tu classeras comme tu veux) est commercialisé sous la marque “ECM” qui est spécialisée dans ce type de musique depuis le début des 70’s.

En général ils publient des musiques issues du free, mais privilégiant l’ambiance et la mélodie au rythme, ils ont un catalogue assez important, trouve un disquaire près de chez toi et demande à écouter des disques ECM … tu devrais trouver ton bonheur!

J’aime assez leur production des années 70, les monstres actuels étaient encore dans leur période expérimentale de grande créativité. Ils publient également de nouveaux artistes, et même des gens comme Robin Williamson qui vient d’Incredible String Band …. une espèce de “free folk”, j’aime assez le violoniste Shankar, qui jouait avec Shakti (dont les trois premiers albums méritent d’être écoutés, mais que tu trouveras chez CBS, je pense)

des suggestions :

Keith Jarrett – The Survivors’ Suite (avec Dewey Redman,Charlie Haden & Paul Motian)

Gary Peacock – Tales of Another (avec Jack DeJohnette et Keith Jarrett)

Jan Garbarek – Dis (avec Ralph Towner, un groupe de cuivres sur un morceau .. et en guest une harpe éolienne)

Ralph Towner – Solstice Sound And Shadows (avec Jon Christensen et Eberhard Weber)

Ce ne sont que quelques exemples, il y a vraiment quantité de disques merveilleux chez eux …

j’écoute Paper Nut de Shankar & Jan Garbarek sur l’album Song For Everyone … et j’enchaîne avec Lady L de Shakti sur l’album A Handful Of Beauty

PS : ça ne se fait pas ici, mais tu peux toujours risquer un PM, c’est ailleurs …

PS2 : le “tu”, je n’étais pas certain de la manière dont c’est perçu en Suisse, j’ai habité Genève … mais la personne chez et avec qui j’habitais était de nationalité américaine … et le milieu que nous fréquentions était “tu systématique”

Edit : il n’y a pas que chez ECM qu’il faut chercher, dans un style totalement différent l’album “Third” de Soft Machine par exemple mérite certainement un petit détour buissonier… et dans cette mouvance “Hopper Tunity Box”, “Matching Mole” et les albums de Robert Wyatt

Edit2 : pour du Jazz plus classique chez Blue Note tu chercheras…

66)
Argos
, le 03.12.2007 à 18:17
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A ce que j’ai compris, Madame Poppins aimerait partir de Glenn Miller. Alors, après ça pourquoi pas Duke Elington, Take the Atrain par exemple, qui conduit à Ella Fitzgerald. Et passage chez Billie Holiday, dont le Strange Fruits remue les tripes. Retour à Elington en trio, avec Mingus et Roach, de là chez Thelonius Monk et on est prêt pour l’un des plus grands disques de l’histoire du jazz, le concert au Messey hall de Toronto, avec Gillespie, Parker, Bud Powell et co. On enchaîne avec Miles Davis, pourquoi pas directement chez Tutu et on est prêt pour n’importe quelle expérience. Le choix est évidemment sujet à toutes les critiques, mais je trouve que c’est une belle approche.

67)
Madame Poppins
, le 03.12.2007 à 20:42
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Levri, Argos, ah, que je les aime, vos propositions : Noël approche et quand on va me demander “qu’est-ce qui te ferait plaisir pour les Fêtes ?”, je saurai quoi dire ! Merci beaucoup : je me réjouis de ce “voyage” dans un monde dont j’ignore (presque) tout.

Merci pour cet article, Tristan : j’espère qu’il sera suivi de beaucoup d’autres !

68)
zit
, le 09.12.2007 à 00:34
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Oulla, ça s’écharpe dur sur le jâââze!

Ça m’a fait vraiment tout drôle de lire que pour David Klaus Miles Davis et Coltrane sont des “classiques”… Pour ma part, ça serait plutôt Armstrong, Johnny Dods, Fats Waller, Lionel Hampton et Benny Goodman et éventuellement un peu d’Ellington (et bien sûr aussi Artie Shaw, Caplan), en fait, tout le jazz d’avant le saxophone. Pour moi, la rupture est là, pendant longtemps, j’en ai même détesté le sax, au son gras et “sale” tellement moins élégant que celui clair et pur de la clarinette… Puis j’ai fini par apprécier le baryton de Maceo Parker dans la version “uncut” de “papa’s got a brand new bag”, mais on s’éloigne beaucoup du jazz, là.

A l’instar de nombreux d’entre vous, je suis complètement incapable de comprendre (et donc d’apprécier) les “élucubrations” masturbatoires qui pour moi ont commencé avant les “classiques” susmentionnés par des prodiges tels que Dizzie Gillespie et Charlie Parker: ces déluges de notes m’assomment instantanément!

J’avoue par contre prendre beaucoup de plaisir à écouter le “jazz moderne” et ses virtuoses tels que Stephano di Battista ou Mina Agossi qui proposent des morceaux plus courts et incisifs et du coup, les solos ne durent pas trois plombes, mais quelques secondes de pur plaisir… Le rock et le punk sont passés par là, et écouter les reprises de Jimi Hendrix que propose Mina Agossi dans chacun de ses albums est pour moi comme pour mes copains “pas jazz du tout” un grand moment de bonheur… A côté de ça, il se trouve encore des musiciens comme Ingrid Lucia and the Fliyng Neutrinos pour produire de fabuleux disques de New Orleans, de “jazz hyper méga classique”.

z (pas assez intelligent pour écouter du bibop ou du free, je répêêête: pas assez intelligent pour utiliser un ordinateur sous windoze)