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Un petit coin de paradis?

Deux incidents (appelons-les comme ça) ont fini, hier soir, par m’ôter le sommeil.

J’ai reçu de l’un de vous, que je ne nommerai pas parce que je n’ai pas eu le temps de lui demander l’autorisation de le citer nommément, le message que voici:

“Fervent lecteur du site Cuk depuis quelques années, et au courant du (triste) résultat des élections ayant eut lieu dans votre pays, je tenais à vous faire savoir que de nombreux Français (enfin moi déjà..) sont au courant que tous les Helvètes n’en sont pas pour autant xénophobes. Voilà, je mes suis dit qu’un soutien, aussi petit soit-il, ne pourrait que vous être bénéfique ;-)”

Avouons-le, on est reconnaissants de ne pas être confondus…

Et puis, en fin d’après-midi, j’ai reçu un coup de fil.

Il faut que j’explique que, pendant 12 ans (de 1995 à mars dernier) j’ai tenu, d’abord dans l’hebdomadaire suisse L’Illustré, puis dans le quotidien 24 Heures, une chronique hebdomadaire appelée “Vu du pont”. Il s’agissait de donner aux Suisses romands (francophones) quelques aperçus de la vie des Suisses qui vivent au-delà du pont de la Sarine, fleuve qui marque grosso modo la limite entre le français et l’allemand. Un article par semaine, et en dehors de l’actualité dont traite le correspondant habituel, ça demande de l’organisation. J’avais fini par prendre une initiative qui s’est trouvée être la meilleure de toutes.

Dans les bistrots de campagne, il y a presque partout une table ronde; le simple fait de s’y asseoir indique qu’on a envie de parler, qu’on peut s’interpeller. Aux autres tables, ce serait impossible, ou en tout cas extrêmement mal élevé, et par conséquent peu “rentable” sur le plan de la conversation. J’ai commencé à aller dans des villages reculés à travers toute la Suisse alémanique, à m’asseoir à la table ronde, et à me faire raconter des histoires locales. J’ai écrit des chroniques merveilleuses, avec ces histoires – non, non, je ne suis pas en train de vanter mes chroniques, mais les histoires, de ces choses que personne ne se serait donné la peine de publier, même dans la presse la plus locale (que je lisais aussi assidûment, à la recherche de sujets). De l’ethnologie, souvent, plutôt que des “news”.

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Dans certains de ces bistrots, on avait fini par me connaître, et on préparait des histoires pour le cas où je viendrais (je ne m’annonçais jamais). Certains, qui lisent le français, se sont même mis à lire mes chroniques. Car bien entendu, je travaille cartes sur table, et je n’ai jamais caché pourquoi j’étais là.

Bref, je rentrais d’Yverdon où j’avais fêté les 20 ans de Noé, lorsque j’ai reçu un coup de fil. C’était un paysan alémanique que j’ai connu autour d’une table ronde. J’ai dû lui promettre de ne pas donner son nom, je ne dirai donc qu’une chose de lui: il vit dans un canton autre que Zurich.

«Quand est-ce que vous venez nous voir?»

«Heu…», lui dire que 24 Heures avait décidé de supprimer la rubrique (selon le principe que les rédacteurs en chef savent mieux que leurs lecteurs ce qu’ils ont envie de lire – à voir le nombre de messages que j’ai reçus, la chronique leur manque, mais ça, c’est un autre discours)?

«On aurait voulu vous voir, on a pensé que vous pourriez écrire un petit quelque chose sur ce que nous éprouvons à la vue de la campagne et des résultats des élections.»

J’imaginais ce qu’ils avaient envie d’exprimer: le village est encore dominé par les paysans, bien que la moitié d’entre eux se soient reconvertis, le couteau de la nécessité entre les omoplates, et ces paysans-là ont longtemps été des piliers du Parti agrarien.

Or, la mal nommée Union démocratique du centre (U.D.C, en allemand le nom est plus honnête: Schweizerischer Volkspartei, Parti populaire suisse, ou S.V.P.) est le résultat de la fusion entre le Parti agrarien, et le Parti des artisans (je ne garantis pas absolument le nom d’origine, mais le contenu y est), et plus le nouveau parti est devenu xénophobe, plus il a été le porte-voix des industriels conservateurs, plus les paysans ont été mal à l’aise. Dans ce village-là en particulier, ils l’ont souvent exprimé en ma présence. Ils se sont souvent désolidarisés de “l’UDC de Blocher”.

Autour de la table ronde

J’ai donc vite posé mon sac de voyage, j’ai ramassé mon carnet et mon crayon de journaliste, et je suis allée les voir, en me disant que si c’était intéressant, il y avait Cuk.

Autour de la table, il y avait deux paysans. À cette heure-là, ils auraient dû être à leur boulot, mais ils avaient à tel point besoin de s’exprimer qu’ils s’étaient organisés. Il y avait un commerçant, qui avait fermé son magasin avec 20 minutes d’avance pour être là, deux retraités (un homme, une femme) et une employée communale.

Ils ont attendu que j’ouvre mon carnet et ils n’y sont pas allés par quatre chemins.

«Nous aimerions que vous disiez que nous ne sommes pas xénophobes. Ce que l’UDC a proclamé pendant toute la campagne, c’est surtout pour les gens de la ville qui ne connaissent pas notre réalité.»

Un des paysans:

«Je ne vais pas jouer au saint. J’ai employé au noir des demandeurs d’asile. Sinon je n’aurais pas tourné, à un moment donné. Il aurait suffi qu’on leur permette de travailler, et je les aurais déclarés.»

La retraitée:

«On s’est rendu compte que si les demandeurs d’asile devenaient criminels, c’est parce qu’ils étaient là à ne rien faire, sans argent. Il aurait suffi de les occuper…»

«Pas tout à fait», a répondu le commerçant. «Il y en a qui sont arrivés ici au bout de X années de guerre, comme en ex-Yougo, leur sens moral était devenu approximatif, on aurait dû commencer par les soigner.»

Ça a continué un moment comme ça, à relativiser la “criminalité” étrangère dont l’UDC avait fait son cheval de campagne, puis un des paysans a déclaré, avec une solennité qui m’a fait penser qu’il était le porte-parole des autres.

«Nous sommes dans une position impossible. Notre parti paysan a été kidnappé par le parti des artisans. Et le tout a été utilisé par les riches populistes de Zurich, qui utilisent le parti pour leurs fins. Nous sommes en désaccord avec eux.»

«Excusez-moi», me suis-je sentie tenue de dire, «mais il n’y avait pas besoin de l’UDC pour mettre au jour la xénophobie du pays: les initiatives contre les étrangers des années 1970 n’ont jamais passé, mais de justesse, près de 50 % de la population votait pour la mise au ban de tous les étrangers. Ce n’étaient pas les mêmes à l’époque, mais si la première de ces initiatives avait passé, moi je ne serais pas là.»

«Ouais, ouais, ça, c’étaient nos parents. Ils étaient xénophobes par ignorance, ils ne regardaient pas la télé, ils lisaient tout juste, et pas toujours, la feuille de chou du coin. Mais nous, on est dans un monde différent.»

«Mais vous votez pour l’UDC.»

«Non. Nous, depuis la dernière fois, on vote pour les démocrates chrétiens. J’suis d’accord, il y en a encore beaucoup qui n’ont pas compris. Mais ce n’est pas ce qu’on voulait vous dire. On voulait vous dire que tous les paysans suisses allemands ne sont pas d’horribles obscurantistes.»

«Pourquoi ne refondez-vous pas un parti agrarien sur des critères modernes?»

«Politiquement, on n’aurait aucune chance, la paysannerie ne sera bientôt plus qu’un souvenir, ce qui est une folie, d’ailleurs, parce qu’avec tous les problèmes d’énergie, on va bientôt s’apercevoir que nous sommes une des solutions: si on mange ce qu’on produit chez nous, on économise toute l’énergie qu’on consomme pour importer légumes, viandes et fruits de l’autre bout du monde.»

«Bon alors, votre message?»

«Notre message, c’est que nous ne sommes pas solidaires de l’UDC, que ceux qui votent pour eux se trompent de cible, que ce parti s’est tellement focalisé sur une personnalité unique, celle de Christoph Blocher, qu’il pourrait bien se retrouver à zéro ou presque le jour où il disparaît. C’est qu’on se trompe de combat.»

J’ai encore tenté de leur expliquer que leur prise de conscience était une exception plutôt qu’une règle, que c’était en Suisse romande que l’UDC avait fait le plus de gains dimanche dernier, ils ont tenu mordicus à leur message. On pourrait toujours espérer que leur prise de conscience en provoquerait d’autres, n’est-ce pas.

Et nous, qui n’avons jamais été UDC?

Dans le bus et le train du retour, je repensais à mon enfance d’Italienne immigrée. Aux camarades de classe qui ne me parlaient pas parce que j’étais une “magut”, à l’ouvrier italien qui avait été tué par trois Suisses ivres vers 1970 tout simplement parce qu’il était italien. À l’époque nous n’osions même pas dire que nous étions italiens, c’est même pour ça qu’on a si bien appris le français ou l’allemand, pour disparaître dans la masse. Je me suis longtemps cachée derrière le nom suisse de mon mari. Aujourd’hui, c’est tout juste si les Italiens sont vus comme des étrangers, et l’UDC elle-même fourmille de fils et petits-fils d’immigrés devenus xénophobes.

Au fond, me suis-je dit, une fois de plus, les xénophobes, qui ne datent pas d’hier ou de la naissance de l’UDC, ont besoin d’un “étranger” pour battre la campagne et gagner des voix auprès de gens sans horizon. Qu’importe qu’il soit Italien, Espagnol, Portugais, ou qu’il soit Africain, Indien, Chinois? Tant que nous vivrons dans des sociétés égoïstes et claniques, il y aura des gens pour voir le monde divisé entre “eux” et “nous”.

J’ai donc décidé, en dépit de toute l’ambiguïté de leur idéologie, de leur démarche, de leur situation, de transmettre le message de ceux qui s’étaient donné la peine de venir s’asseoir autour de la table ronde. De dire à S. qui nous a envoyé le message de solidarité cité plus haut, à vous tous: il y a une Suisse qui réfléchit, une Suisse solidaire et consciente de la chance que lui offrent tous ceux qui viennent d’ailleurs, autant qu’une Suisse qui braille beaucoup (paradoxe) pour sauvegarder un immobilisme avec lequel l’avenir est borné. Voilà, c’est fait.

À vous.

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48 commentaires
1)
François Cuneo
, le 23.10.2007 à 12:37
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Il est midi 35, je n’ai jamais mis en ligne une humeur aussi vite…

Anne, c’est très beau cette histoire.

Ça laisse surtout de l’espoir.

Dimanche soir, j’avais décidé de garder le silence. Si lundi avait été un de mes jours, je crois que j’aurais fait une page blanche.

Comme tu l’écris dans cet article, la Suisse romande est touchée en plein cœur, je trouve ça terrible, et monstrueusement déprimant.

Merci de ta belle histoire, et surtout de t’y être mise si vite, avec ton talent, ce matin, après notre conversation.

2)
Karim
, le 23.10.2007 à 12:48
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Je n’ai qu’une amie Suisse, une “Rey” qui a toujours voté à gauche… et cuk.ch dont on connaît les positions au sujet de l’UDC. 100% de mes connaissances suisses font donc preuve d’un bel esprit de tolérance et de compréhension, pas d’inquiétude !;-) Merci Anne pour ces beaux texte et témoignages.

3)
Inconnu
, le 23.10.2007 à 12:59
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Deux incidents (appelons-les comme ça) ont fini, hier soir, par m’ôter le sommeil.

Moi pas, et pourtant, je suis un salodimmigréquibouffelepaindesbraveshelvetes.

ce n’est qu’UNE statistique, la Suisse ne vire pas a la dictature du jour au lendemain. Elle ne vire même pas a la Sarkozie et encore moins a la Bushie. Un vote ne définit pas une personne, juste une humeur momentanée.

Ils sont passés ? et alors ? regardez ce graphe:

Ils sont deja passes, ils repasseront. Le Pen a fait 20% avant de disparaître.

4)
coacoa
, le 23.10.2007 à 13:00
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Cette réaction, Anne, me touche beaucoup parce qu’elle me paraît sensée.

Elle illustre à mes yeux une manière “constructive” de faire avec le cataclysme plutôt que de hurler contre.

Faire avec ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’image que l’UDC se fait de la Suisse, “écrire”, ensemble, une nouvelle page plutôt que casser.

Ton texte porte cet espoir : l’espoir d’une frange de la population qui se rassemble et qui s’interroge. Il fut difficile de le faire lors de cette campagne où la confusion a été entretenue à coups de millions, mais nous avons quatre ans.

Quatre ans, ça commence aujourd’hui.

Ton geste est symbolique, une pierre pour reconstruire plutôt qu’un pavé lancé dans la mare (d’où personne ne peut, de toute façon, rien entendre).

Merci.

5)
François Cuneo
, le 23.10.2007 à 13:06
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Quatre ans dis-tu coacoa?

Huit plutôt, nous n’en sommes qu’au milieu, mais le pire est à venir. Alors construisons certes, mais ça va être duraille.

6)
Inconnu
, le 23.10.2007 à 13:20
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Tous les habitués de cuk.ch auraient pu envoyer le premier message mais ça va mieux en le disant. Au moment où mon parlement vote une loi honteuse je me remonte le moral en écoutant Mermet ou en lisant les résistants de RESF
Quand tu parles de ton expérience d’immigrée italienne en Suisse je ne peux m’empêcher de penser au film Pain et chocolat qui en traite avec humour.

7)
Le Zolive
, le 23.10.2007 à 13:25
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Ton texte me touche également, Anne, alors que je me prépare pour m’installer en Valais, moi, petit Français – parisien – qui s’attend à toutes les difficultés au monde pour faire son petit trou (pas là pour prendre le pain des autres, mais pour vivre en toute sérénité avec ma compagne adorée et développer mon activité photo…).

Et c’est un fait qu’aujourd’hui, il est tellement plus facile de stigmatiser telle ou telle “différence”, ne serait-ce qu’au niveau de l’accent…

Bon, on a les mêmes soucis de par chez nous, mais comme il y en a un (le spécialiste de la rupture, cherchez bien, ça commence par un N.S.!) qui s’amuse à brouiller les cartes, cela se voit peut être un peu moins (quoique…); j’avoue néanmoins ne pas être complètement rassuré quant à mon avenir en Suisse…

8)
The Fabulous F
, le 23.10.2007 à 13:29
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Je ne suis pas suisse mais j’aime bien les blogs suisses francophones. Comme je l’ai écrit dans un autre blog, on est toujours l’étranger de quelqu’un. Qd je vois toutes les difficultés que j’ai à faire un visa pour aller travailler aux USA (j’y suis invité par un labo), je me dit que c’est très décourageant. J’espère que la France et la Suisse vont vite se reprendre.

J’ai bcp rigolé qd j’ai vu “Le jour d’après” sur France 2, dimanche.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il y a une vague de froid sur l’hémisphère nord et les USA décrètent un exode de la population vers les sud et le Mexique. Manque de pot, le Mexique ferme ses frontières. Bref, les US annulent la dettes de tous les pays d’Amérique du Sud et tout rentre dans l’ordre.

9)
cerock
, le 23.10.2007 à 13:30
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Et quand nous pensons que l’UDC est un parti libéral… c’est incompressible de voir des monsieur et madame tout le monde soutenir les gros industriel que sont Blocher et son équipe.

11)
crocro
, le 23.10.2007 à 13:40
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J’écris de France, de Bordeaux et c’est important.

Notre parlement vient de voter une loi inique, honteuse, sur l’utilsation de tests ADN pour reconnaître la filiation d’étrangers en vie d’un regroupement “familial”, au mépris de toutes les évolutions de la “famille” depuis des lustres, aucune reconnaissance de lien autres que ceux du sang, négation du divorce et des familles recomposées et j’en passe. Même le Vatican reconnaît l’adoption, plus la France…

Cet amendement est la première tâche apparente de la contamination de notre culture par les idées d’extrème droite.

A Bordeaux nous avons une histoire métissée: les romains dont les ruines apparraissent de ci de là y compris dans le tracé des vieilles rues et dans l’emplacement des plus beaux monuments, les anglais plus tard, beaucoup de rues portent le nom d’anciens maires trés british et de nombreuses maisons de vins ne peuvent renier leur ascendance, les colonies par l’opulence des hôtels particuliers et la façade des quais que l’esclavage a permis d’édifier, les républicains espagnols ont en grande partie construit le stade où s’est déroulée la coupe du monde de rubgy, tous ont marqués la ville d’une empreinte indélébile.

Il est effrayant à l’heure de l’Europe de constater la montée de nationalismes, le repli sur soi de communauté frileuses et apeurées: il serait peut être bon pour les Suisses d’accepter de participer à ce qui les entoure, l’Europe, mais d’aprés ce que j’ai lu et entendu ces jours ci vous n’en prenez pas encore le chemin.

Bref si je ne suis xénophobe je préférerai de beaucoup les Suisses aux Turcs :-)

12)
Modane
, le 23.10.2007 à 14:34
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Quand nous sommes arrivés à Gennevilliers, une petite ville du nord de Paris, nous avons failli reculer tellement sa réputation était mauvaise. Mme Modane avait même téléphoné pour savoir si nous devions acheter, on nous l’avait formellement déconseillé.

Il faut dire que ce quartier où nous arrivions était le dernier reliquat des bidonvilles de Nanterre, où l’on faisait vivre les immigrés maghrébins “invités” à travailler par nos entreprises, dans les années soixante.

L’épicier du coin de la rue, lui, nous avait dit : “Vous pouvez venir… Dans la rue de la cité, à côté, les gamins font des conneries. Mais dans votre rue, y’aura jamais rien…” On l’a cru…

Nous y habitons maintenant depuis douze ans, sans heurts, et sans rien qui puisse appeler un milliardaire à prendre le pouvoir en s’appuyant sur des rumeurs et des interprétations fallacieuses de chiffres instrumentalisés.

Comme l’épicier nous l’avait dit, dans les poches urbaines où survivent ceux qui n’ont pas pu s’intégrer d’eux même, et qu’on n’a pas aidé, en les cachant, ou en les regardant pas, la troisième génération erre, se cherchant des modèles et ne les trouvant pas. Malheureuse vie…

Mais à bien regarder, ils ne sont pas si nombreux, même si c’est déjà trop, et bien mal parti.

Pour dire à quel point nous avons besoin d’un pouvoir fort, à Gennevilliers-la-pauvre: lors des violences urbaines d’il y a quelques temps, les voitures ont brûlé dans les banlieues.Et j’ai entendu dire un futur ministre de l’intérieur, l’actuel, “qu’il y avait des endroits à nettoyer, comme Saint Denis, Gennevilliers….”

Nous avons fait le compte des dégâts dans la ville : la poubelle en plastique du parc d’à côté. Par contre, à Asnières, ville bourgeoise tenue d’une main ferme par une droite “au moins ferme”, les studios de TF1 ont brulé… Rumeur et propagande sont les deux mamelles de la droite dure.

Quelque chose me rassure, dans ce qui vous arrive. Il y a un moment où les populistes se retrouvent seuls: c’est quand ils sont obligés, pour gagner les derniers points de sondage, soit de se “démocratiser”, soit de se durcir. C’est le moment où leur électorat remet les pieds sur terre, soit déçu, soit apeuré. Et c’est aussi bien comme çà… Ils font peur, mais ne passent pas.

13)
viph
, le 23.10.2007 à 14:51
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que l’Europe s’UDCise, se Sarkoze ou s’Horteufisent ne change rien au fait que les gens de bonne(s) volonté(s) existent partout sur terre… donc en Suisse aussi. Tout les EtatsUniens ne sont pas pro-Bush (surtout ces jours-ci) et je veux croire que l’éducation conduit les gens du genre humain à mieux se comprendre donc se respecter. Il reste encore beaucoup à faire :-) en terme d’éducation, that’s it.

15)
chrisb
, le 23.10.2007 à 15:29
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Merci beaucoup pour ce super article !! Néanmoins il y a quelque chose qui me dérange. Si je fais un parallèle avec l’autre coté du pont… Le Blick personne ne l’achète, personne ne le lit, tout le monde le dénigre…mais… c’est le journal le plus vendu en Suisse et tout le monde sait ce qu’il y a dedans. Bin l’UDC c’est pareil. Ils n’ont pas fait leur score tout seuls entre eux, ou bien ? Au lieu de les montrer du doigt en permanence et donc de leur faire leur pub pourquoi personne ne se pose la question comment on en est arrivé là ??? Pourquoi ne pas montrer les autres partis du doigt ? Parce que finalement s’ils avaient fait leur boulot correctement il n’y aurait certainement pas eu de place (en tout cas pas dans ces proportions)pour l’UDC. Si “tout va bien” on ne vote pour Le Pen ou alors c’est très grave. Même la mauvaise herbe a besoin d’un terrain favorable pour se développer. Qui a préparé ce terrain ?? Qui a mis de l’engrais ?

16)
Anne Cuneo
, le 23.10.2007 à 15:54
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chrisb, tu as raison – c’est d’ailleurs pour cela que j’écris que j’ai été d’accord de relayer le message en dépit de l’AMBIGUITE. Et je m’en voudrais de ne pas rappeler qu’avant les Maghrébins, les Africains ou les Chinois, les étrangers des Suisses, c’étaient les Italiens, les Espagnols etc qui étaient les “sales étrangers”, plus criminels, plus ignorants, plus voleurs, plus… plus… plus tout ce qui est négatif. M. Bortoluzzi, fils (ou petit-fils) d’immigré, grand responsable de l’UDC zurichoise, était alors aussi discriminé que le dernier Malien venu.

17)
chrisb
, le 23.10.2007 à 16:11
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oui c’est malheureusement vrai.

mais sans vouloir verser de l’huile sur le feu, surtout ne pas aller dans le sens de ce parti, les choses ont quand même, un chouillat, changés. Les origines des flux ne sont plus les mêmes donc choc des cultures plus forts et difficulté d’intégration. Tout ce qui est européen a été intégré et assimilé et digéré (ça a pris son temps…) La quantité a varié également La criminalité est devenu plus violente aussi (avec des flux venant de pays en guerre Tout ça pour dire que, avec un peu d’aide des médias, eh bien voilà le résultat.

18)
Saluki
, le 23.10.2007 à 16:18
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Je suis heureux de t’avoir lue, Anne.

La xéno a souvent des formes plus subtiles que celles affichées par l’UDC mais est bien plus répandue qu’on ne le croit, selon l’adage : “Frère tant qu’on peut, mais beau-frère JAMAIS”.

Comme tu le signales à propos de M. Bortoluzzi, je connais pas mal de fils de ritals, comme moi, qui votent pour “le borgne invectivateur”, pas comme moi, alors qu’ils sont ingénieurs ou médecins: nous étions ensemble à l’Ecole Communale, et évidemment tête de classe. Ils avaient envie de s’en sortir, père ouvrier ou manœuvre sans qualif’, mère au foyer. Ils ont réussi, ils ont oublié ou fait refluer leurs souvenirs.

J’ai quand même quelque crainte à vous apporter des andouillettes pour la prochaine cukday, en espérant que le moteur… et le blocheur…

19)
Blues
, le 23.10.2007 à 16:21
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Merci Anne, tu peux pas savoir à quel point ton article me fait du bien :-*

Moi aussi, qui pensais (comme souvent on essaye de nous le faire croire) que les paysans reculé du fin de la brousse Suisse sont en majorité des gros carrés xéno… j’espère juste que ceux que tu as rencontrés soient bien les représentants d’une majorité.

je retiens bien ceci: … nous sommes dans une position impossible. Notre parti paysan a été kidnappé par le parti des artisans. Et le tout a été utilisé par les riches populistes de Zurich, qui utilisent le parti pour leurs fins… l’UDC, que ceux qui votent pour eux se trompent de cible, que ce parti s’est tellement focalisé sur une personnalité unique, celle de Christoph Blocher, qu’il pourrait bien se retrouver à zéro ou presque le jour où il disparaît.

Depuis les dernière votations sur les étrangers je me sentais déjà mal, mais là depuis ce WE c’est la totale :-(

Vivement dans 4 ans, pour savoir comment la situation pourrait (éventuellement) se retourner, car pour moi c’est une certaine fierté d’être Suisse qui est train de disparaitre. Mais d’ici là, comme je suis 50% d’une autre nationalité, je m’attends tout prochainement à la fameuse initiative demandant à tous les bi-nationaux de laisser tomber leur 2ème origine. Si une votation de ce type passait, je pense que laisserai tomber plutôt la nationalité Suisse, tellement cela me déprimerait !

Encore merci pour ton reportage Anne 8-)

_________

– @ chrisb, à propos de choc des cultures plus forts + violence, etc…

C’est pas forcément vrai… Perso dans ans les années 60 et 70 en tant qu’enfant et ado 50% étranger, j’ai vécu un vrai racisme avec de vraies bagarres, ainsi que des problèmes d’intégration, tout à fait comparables à ceux d’aujourd’hui… Non, moi je pense que la progression de la violence et du reste, viennent en grande partie : du manque de travail (surtout, car quand tout le bosse et bouffe et s’amuse “à sa faim, c’est connu que) de la violence déclenchée par les médias, la TV, etc.. (avec un taux de mauvaises nouvelle avoisinant les 90%) les jeux videos, le Web, etc… donc pour moi uniquement un problème de société… ceci étant valable autant pour les bons p’tits Suisses que les peuples venant de pays en guerre.

20)
Ant
, le 23.10.2007 à 17:04
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Dimanche noir…

Mais je dois avouer que quelque chose me dérange:

Tout au long de la campagne, tous les partis se sont focalisés (d’accord pas seulement, mais beaucoup) sur l’argument: NON BLOCHER!!! Ca n’a pas marché malheureusement!

Eh bien… Quel est le constat? La première chose est que l’UDC avait beaucoup plus d’argents que les autres (entre autre le PS)! C’est pas un peu facile?

Les verts avaient encore un budget moindre, et ils ont plutôt cartonné, non?

Depuis ce dimanche, je me bats (à mon niveau: jeunes socialiste, groupe d’amis), pour que l’on puisse à gauche dire “On y est aussi pour quelque chose dans cette débacle”! Je vous assure que c’est pas facile… Visiblement la gauche estime qu’elle n’y est pour rien!!!

Comme dit un proverbe: “Il est plus facile de voir une écharde dans l’oeil du voisin, que la poutre dans le sien”

Mais je continue de voter à gauche (un peu pour les verts également) car j’y crois, mais…

REVEILLEZ-VOUS LA GAUCHE!

21)
Anne Cuneo
, le 23.10.2007 à 17:05
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chrisb, je ne voudrais pas en ajouter une couche trop épaisse, mais je te signale que vers 1955, il n’y a donc pas SI longtemps, mes camarades d’école me demandaient encore si nous autres Italiens, qui comme tout le monde le savait ne nous lavions jamais, utilisions nos baignoires pour cultiver nos épices. La pizza était considéré comme “un plat de sauvage” (sic), exotique pour les moins négatifs. Les Italiens étaient tous des fainéants et tous des voleurs. J’ai été mise à la porte d’un cours parce que quelqu’un avait volé la caisse, et que ça ne pouvait être que moi, il a fallu que je découvre la voleuse moi-même, et quand j’ai amené sa tête on m’a dit, puisqu’elle était suisse, que c’était ma mauvaise influence qui l’avait corrompue. Des italiens étaient battus et même tués parce qu’ils étaient italiens. Toutes choses qu’on retrouve aujourd’hui, reportées sur les Yougos (dont beaucoup arrivent après avoir vécu des années de guerre où la morale a été la première victime), les Africains du nord et du centre, etc.

Je crois que le choc des cultures n’est pas plus fort aujourd’hui que hier. Simplement, l’Italie a fini par s’imposer en quelque sorte, aussi parce les 2es générations se sont intégrées. Mon facteur actuel, noir comme l’encre (il est malien), parlant avec le plus épais des accents zurichois, ne se distingue que par la couleur de sa peau, mais toute sa gestuelle, son parler, son humour, tout ça est profondément zurichois.

Le monde a changé en ceci: autrefois, l’Italie c’était déjà loin, alors l’étranger était déjà italien. Aujourd’hui même l’Angola ou le Brésil sont proches, alors le regard porte plus loin, et les étrangers des xénophobes sont pris à plus grande distance. A mon avis il suffirait d’un rien pour que “les autres” cela redevienne nous.

22)
colonel moutarde
, le 23.10.2007 à 17:08
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Pour dissiper un peu le brouillard brun qui plane sur la Suisse ces jours, n’oubliez pas que plus de 70% des suisses N’ONT PAS VOTÉ UDC !

23)
Anne Cuneo
, le 23.10.2007 à 17:28
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Pour dissiper un peu le brouillard brun qui plane sur la Suisse ces jours, n’oubliez pas que plus de 70% des suisses N’ONT PAS VOTÉ UDC !

C’est vrai qu’on a tendance à l’oublier… Le seul problème, c’est que les 25 à 30 % qui ONT voté pour l’UDC colorent toute la politique du pays. Leur chef est Ministre de la Justice.

24)
6ix
, le 23.10.2007 à 17:36
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Finalement, ce que l’on remarque aujourd’hui, c’est que les voix de l’UDC sont diversifiées: les personnes proches de la “partie agraire” du parti, qui continuent de voter UDC, la partie “libérale” de l’UDC, sans pour autant être xénophobe et raciste, le vote “coup de gueule” face à une gauche parfois un peu molle, le vote “de l’ignorance”, là où l’UDC arrive à faire passer un message de soi-disant “parti proche du peuple, aidant les plus pauvres”, alors qu’il sert essentiellement les gros entrepreneurs…

Depuis quelques années, l’UDC joue essentiellement sur les étrangers, cette soi-disant peur d’un autre qui nous mangerait tout, à nous bons suisses que nous sommes, mais ne met que très peu en avant le reste. C’est bien connu, pour résoudre les problèmes locaux, rien de tel que de désigner son voisin comme coupable et d’aller taper sur l’étranger. N’oublions pas que Blocher est un gros entrepreneur avant d’être un “tueur de moutons noirs”…

En tout cas, ton histoire, Anne, montre que la réflexion est possible, qu’il faudrait peut-être parfois certaines remises en question et un peu de courage pour envisager les choses autrement.

25)
Joël (exGlimind)
, le 23.10.2007 à 17:48
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Super article, merci bien…

Ce qui est dommmage, c’est que la tribune d’un tel article ne soit que (désolé, y’a rien de méprisant là-dedans) cuk.ch. Il mériterait largement plus grande audience… Mais la presse romande…

26)
Okazou
, le 23.10.2007 à 17:55
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Je compatis.

Comme chrisb-15 je pense qu’il faut secouer les partis qui n’ont pas, contrairement à l’UDC, fait leur travail.

Je connais mal la situation suisse mais, comme chez nous, le problème réside certainement dans la mièvrerie du comportement et du programme de l’opposition. où le jeu n’est plus de proposer, avec fierté, courage et détermination, des idées auxquelles on croit fermement sur des valeurs profondément humanistes mais de gagner les élections, quitte à abandonner son âme, sa raison d’être, son identité, quitte à glisser vers les principes défendus par l’autre bord au lieu de s’en démarquer. Sinon, on vote pour des ectoplasmes, autant dire pour personne et surtout pour rien.

On peut être démocrate ou pas mais si on l’est on sait que la démocratie que l’on désire et qu’on défend c’est d’une bonne opposition, une vraie et solide opposition qu’elle a besoin. Et c’est valable quel que soit le parti en place.

Pour être vraie et solide, une opposition doit se démarquer clairement de l’adversaire d’en face, les seules valeurs communes étant les exigences démocratiques. Cela permet d’éviter les alliances contre nature et les programmes quasiment incolores, inodores et sans saveur qui ne mènent qu’à l’échec, même si on gagnait les élections.

Cherchez les valeurs communes, les méthodes communes, les outils communs et les actions communes aux partis de gauche et de droite et vous avez la clef.

Cherchez la cause et cessez de constater l’effet et vous avez la serrure.

Cessez de croire que les gens sont naturellement xénophobes. On les fait xénophobes. Ce qui est fait peut être défait.

En démocratie, on ne laisse pas ses élus sans contrôle. Quand ils s’endorment, on les réveille. Quand ils s’égarent, on leur montre la voie. Quand ils dérapent ou fuient leurs responsabilités, on s’en sépare. Quand ils sont sourds, on vote ailleurs.

Quand avez-vous rencontré votre élu pour la dernière fois et que lui avez-vous dit ?


Un autre monde est possible.

27)
Okazou
, le 23.10.2007 à 17:58
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« Pour dissiper un peu le brouillard brun qui plane sur la Suisse ces jours, n’oubliez pas que plus de 70% des suisses N’ONT PAS VOTÉ UDC ! »

Alors tout va bien dans le meilleur des mondes !

Ne changeons rien et ne faisons pas notre mea culpa.

28)
Iris
, le 23.10.2007 à 18:45
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Anne, je suis une grande fan des chroniques “vu du pont” et je trouve bien dommage qu’elles aient disparu. J’appréciais beaucoup ce petit trait d’union qui nous rendait les suisses-allemands si humains ;-)) Donc, j’ai également bien apprécié le texte d’aujourd’hui.

Et comme Ant: Réveillez-vous la gauche!

29)
colonel moutarde
, le 23.10.2007 à 18:46
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C’est le verre à moitié plein et à moitié vide…

Au contraire. Faisons tout pour changer cet état de fait et ne plus avoir Blocher sur le dos. Il n’a “que” 67 ans et encore quelques années potentielles de nuisances.

Tiens, si l’on lançait un référendum pour que les conseillers fédéraux et les politiciens prennent leur retraite à 65 ans ?

31)
ysengrain
, le 23.10.2007 à 21:19
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Pierre Desproges a dit que les racistes sont des gens qui se trompent de colère. Dit de cette manière peut sembler anodin, mais il l’a dit face à face avec notre crétin à nous Français, Le Pen. L’autre minus du neurone a réagi avec une sourire amer que je ne lui avais jamais vu. On n’empêchera jamais des inculturés de la synapse de réagir de manière épidermique. C’est ce que font les gens de l’extrême droite partout où ils surfent toujours à la limite de l’ordurier (Le Pen: “les chambres à gaz d’Auschwitz sont un détail de la 2ème guerre mondiale”). Il faut leur expliquer et leur expliquer encore et sans cesse à quel point les positions tenues sont vides de sens, sans fondement. Ce n’est pas une affaire de gauche ou de droite, c’est affaire d’éducation et de formation. Je n’aime pas les Juifs, Docteur m’a dit un jour une dame de 70 ans. Je suis juif lui répondis je. je ne dis pas ça pour vous Docteur, pensez bien. Pour qui alors ? Les autres. Ce sont mes frères Madame.

Quinze jours plus tard: La Dame: vous m’avez fait réfléchir. J’ai été sotte toute ma vie avec ce racisme imbécile. Elle était veuve. 2 ans plus tard, elle a pris pour mari un Monsieur Aaron Rosenberg. Ils ont vécu 5 ans mariés. La Dame est morte. A faire lire à votre ridicule en chef suisse.

32)
Madame Poppins
, le 23.10.2007 à 22:36
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Et dire que samedi, nous faisions les concierges en regardant par la fenêtre… Et j’aime les fenêtres ouvertes, sur le monde et sur les autres, au-delà du “leasing qu’il n’a de toute façon pas les moyens de se payer”, même si je ne comprends pas toujours l’autre : l’important, c’est d’aller à sa rencontre.

Merci pour cet excellent billet !

33)
Zallag
, le 23.10.2007 à 23:21
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Je lis dans plusieurs journaux suisses des articles qui disent en gros ce que les commentateurs précédents disent aussi, mais permettez-moi de vous donner à méditer sur de petites citations ou extraits tirés du journal Le Temps. On en trouverait bien d’autres qui disent un peu la même chose.

Ce ne serait rien si, en face, le Parti socialiste ne subissait un recul aussi sévère. Le PS est en panne de destin, comme ses alter ego français et allemand. A force de ne pas choisir entre ses ailes sociale et centriste, entre la défense des petites gens et celle des «bobos» de la classe moyenne et supérieure, il perd sur les deux tableaux.

Mais ce glissement de terrain n’explique pas tout. Et les socialistes paient également comptant leurs propres faiblesses. De l’aveu même de son secrétaire général Thomas Christen, le Parti socialiste «n’est pas parvenu à convaincre suffisamment son électorat». Il apparaît notamment que le parti a déçu en n’abordant pas assez les thèmes qui sont les siens, à savoir la sécurité sociale.

Une fois encore, la démonstration fut apportée du fossé entre l’establishment politico-médiatique et le peuple. Tout ce qui compte en Suisse a dénoncé, fustigé, condamné un parti qui recueille à lui seul 28,8% des suffrages selon les dernières estimations! Pourtant, les responsables de partis n’ont pas fait leur mea culpa, ni le moindre aveu d’avoir fait fausse route en diabolisant Christoph Blocher et son parti, ce qui les a renforcés. Non, car tous ces politiciens, Pierre-Yves Maillard et Christophe Darbellay en tête, affirment que c’est l’argent insufflé dans la campagne par l’UDC qui explique son succès. A leurs yeux, les citoyens suisses sont donc susceptibles d’être achetés. Quel mépris! Ils invoquent aussi le discours simpliste de l’UDC, mieux à même selon eux d’être compris par le bon peuple que le leur, évidemment plus profond. En clair, le peuple est donc idiot! Mais ces beaux messieurs réalisent-ils que leurs injures mettent directement en cause notre système démocratique, au bénéfice d’un vote censitaire ou d’une bonne dictature! Seul le radical valaisan Léonard Bender a rappelé que le peuple a toujours raison et que les perdants devraient commencer par faire leur autocritique. Bravo à lui.

Et ainsi de suite…

Pareil dans d’autres organes de presse.

Il n’est pas étonnant que l’UDC progresse, puisque l’on n’a parlé que de Christoph Blocher, selon la stratégie choisie par son parti… et soutenue par les adversaires, qui ont été totalement réactifs sans se rendre compte que c’était à leur détriment.

On oublie qu’il y a huit ans, on disait en Suisse romande que le phénomène de l’UDC n’avait aucune chance de «prendre» comme en Suisse alémanique. On s’aperçoit qu’on s’est totalement trompé et que l’UDC peut entretenir l’espoir de poursuivre encore sa progression. Parce que personne n’offre de réponses adéquates aux questions qu’elle soulève et que les autres partis minimisent depuis quinze ou vingt ans: insécurité, criminalité, abus. Pourtant, ces problèmes existent, et les gens simples, honnêtes et travailleurs y sont sensibles! Et, justement, l’UDC leur donne l’impression qu’elle fait corps avec eux et qu’elle est décidée à agir. Tandis que la gauche, en rejetant toujours la faute sur la société – «s’il y a des trafiquants, c’est parce qu’il y a une demande» –, accrédite un sentiment d’impunité et laisse l’UDC faire appel à la responsabilité individuelle et incarner les valeurs auxquelles s’identifient les couches populaires. Autre exemple, le patriotisme: depuis des années, on le ridiculise («700 ans, ça suffit!» «La Suisse n’existe pas»), et ça, les gens ne le digèrent pas.

Il est très grave pour la crédibilité des journalistes qu’ils versent dans une diabolisation de Blocher. Ils devraient devenir davantage anthropologues, aller voir M. et Mme Tout-le-monde, leur vie et leurs problèmes, plutôt que suivre leurs fantasmes intellectuels et politiques. Toutefois, certains font très bien leur travail, et il serait faux de dire que la progression de l’UDC est imputable aux médias: ils n’ont pas créé les problèmes qui préoccupent les électeurs de l’UDC; mais ils les ont amplifiés.

Je trouve que cela doit être une piste intéressante que de prendre conscience que lancer des anathèmes, parler de son adversaire plus que de ses propres actions, brasser des idéologies, souvent intellectualiser à outrance, se soucier avant tout des “travailleurs” (qui sont les autres?) revient, en pratique, à laisser un boulevard grand (trop grand) ouvert à des adversaires.

Et je me rassure : la Suisse, avec près de 20% d’étrangers, est le pays qui en a le plus. Comprenne qui pourra…

34)
henrif
, le 23.10.2007 à 23:49
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Ici dans ma petite ville du var, les vrais habitants qui sont d’ici considèrent les marseillais (Marseille est à 40 km) qui s’installent comme des étrangers et sous entendu peu fréquentables, sinon des voleurs. Pourtant une bonne partie de ces familles vraies ont des origines italiennes. Vu la pression démographique sur le département, les mentalités évoluent un peu, mais le FN a plus de 30% c’était la normale jusqu’à hier, maintenant c’est l’UMP à près de 70 %. Les thèmes de l’immigré délinquant, les tests ADN ou les tueurs de mouton noir c’est pain bénit pour cet électorat. L’étranger ce n’est pas une affaire de distance, de couleur de peau ou de religion. L’étranger c’est la différence, c’est la peur de l’autre. Ca dure depuis la nuit des temps, c’est humain et ça ne changera pas demain !

35)
Caplan
, le 24.10.2007 à 00:21
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Joli papier, Anne!

L’UDC est un parti populiste qui utilise toutes les ficelles du populisme, en particulier la xénophobie.

Franchement, je n’ai pas encore compris les desseins de Blocher, dans tout ça. Il a noyauté le parti des paysans. Il fait mine de rouler pour le “peuple”, mais c’est un exploiteur de première. Sa position xénophobe est un stratagème classique pour attirer les mouches à merde dans ses rangs. Dans quel but? Prendre le pouvoir? Faire finalement défiler des chemises brunes?

Le problème, face à ça, c’est que la gauche est au-dessous de tout…

Milsabor!

37)
Argos
, le 24.10.2007 à 08:48
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Cela serait tout de même bien de relativiser. En Pologne, le parti fort proche de l’UDC, celui des frères Kaczinski, a obtenu plus de 30 pour cent des voix. On parle de défaite électorale. En Suisse, l’UDC obtient moins de 30 pour cent des voix. On parle de victoire électorale. Il serait temps que les partis qui représentent plus de 70 pour cent des voix des électeurs suisses se ressaisissent et prennent une décision logique: le mouton noir du Conseil fédéral, dehors. Je sais, tous les commentaires vont dans un autre sens, Parfois les moutons préfèrent se jeter dans l’abîme.

38)
donmarlon
, le 24.10.2007 à 09:09
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Bonjour et un petit complément au papier d’Anne. Je suis un journaliste romand qui vit et travaille depuis 2000 à Zurich. J’étais relativement fier que la Suisse romande échappe au phénomène UDC. Je dois dire que la réaction des paysans rencontrés par Anne est également répandue sur les bords de la Limmat: ils ont le sentiment de s’être fait voler leur parti, qui n’a plus d’agrarien que le nom. Et cette impression de dépossession se double d’une rage de ne plus être correctement représenté! Mais ils continuent pour la plupart à voter UDC! Pourquoi? Parce que leur sentiment d’être abandonné par la Confédération (qui les soutenait fortement auparavant) est encore plus virulent, et comme l’UDC est le seul parti à avoir un discours stigmatisant la politique de l’Etat, les paysans s’y retrouvent avec dans leur âme un sentiment profond de victimes et d’injustice. Alors en effet, les paysans alémaniques ne sont pas racistes et/ou xénophobes mais ils ont l’impression de ne plus compter. Et leur rancoeur profite à l’UDC… Bonne journée quand même

39)
alec6
, le 24.10.2007 à 11:10
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Merci Anne pour ton superbe article.

De notre côté nous versons de jour en jour vers une France pas sympa du tout, dirigé par un apprenti fasciste encore moins sympathique…

40)
Anne Cuneo
, le 24.10.2007 à 12:05
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Il n’est pas étonnant que l’UDC progresse, puisque l’on n’a parlé que de Christoph Blocher, selon la stratégie choisie par son parti… et soutenue par les adversaires, qui ont été totalement réactifs sans se rendre compte que c’était à leur détriment.

Soyons clairs: les partis opposés à l’UDC ont certes été réactifs au lieu d’être actifs. Mais que dire des médias: ils ont fait un lit de roses à Blocher & Co. Ils les ont mis en une, en prime time, en couverture sans discontinuer. Tout ce que pouvaient faire les autres ne les intéressait que modérément. Seule la mouche du coche retenait leur attention, le coche ne méritait pas plus d’un coup d’oeil en passant. J’aurais de nombreux exemples, mais ça ne changerait rien au discours.

Franchement, je n’ai pas encore compris les desseins de Blocher, dans tout ça. Il a noyauté le parti des paysans. Il fait mine de rouler pour le “peuple”, mais c’est un exploiteur de première. Sa position xénophobe est un stratagème classique pour attirer les mouches à merde dans ses rangs. Dans quel but? Prendre le pouvoir? Faire finalement défiler des chemises brunes?

Je ne suis pas certaine de ma réponse, mais pour avoir passé du temps à proximité immédiate du monsieur dans le cadre de mon métier, il m’a semblé sentir chez lui une soif de pouvoir, une sorte de “Blocher a toujours raison” qu’il faut prouver encore et encore – et qui se traduit, en termes politiques, par une soif de pouvoir destinée à la fois à sa satisfaction personnelle, à confirmer son appartenance et à mettre de son côté la classe de nantis qu’il vise comme “milieu naturel” (mais qui ne l’est pas vraiment au départ), et par un plaisir non dissimulé devant l’adulation populaire – il faut avoir participé à une des réunions à l’Albisguetli à Zurich, avoir vu Blocher parler devant une audience conquise d’avance, l’avoir vu provoquer les applaudissements, pour comprendre.

Je me trompe peut-être. Tout comme je me trompe peut-être en voyant quelque chose de semblable chez Sarkozy (il y a des années qu’il me semble voir la similitude). Le fait est que, quelle que soit la stratégie, tant que Blocher est là, elle est gagnante. Reste à voir ce qui se passera ensuite. Mais (et je me répète) ne faisons pas, nous aussi, l’erreur de tout focaliser sur Blocher: les campagnes xénophobes qui se sont passées avant qu’il n’existe ont TOUJOURS remporté près de 50% ders suffrages.

leur sentiment d’être abandonné par la Confédération (qui les soutenait fortement auparavant) est encore plus virulent, et comme l’UDC est le seul parti à avoir un discours stigmatisant la politique de l’Etat, les paysans s’y retrouvent avec dans leur âme un sentiment profond de victimes et d’injustice. Alors en effet, les paysans alémaniques ne sont pas racistes et/ou xénophobes, mais ils ont l’impression de ne plus compter. Et leur rancoeur profite à l’UDC…

Je suis très contente, soulagée même, de voir qu’un collègue fait les mêmes constatations que moi. Ce qui m’a toujours étonnée, c’est qu’on ne parle pas de cela dans les médias. On en revient à ce que j’écrivais plus haut: on parle toujours de Blocher, mais on fait l’impasse sur ceux de son parti qui sont en désaccord avec l’UDC, et il ne s’en sentent que plus négligés.

J’ai toujours pensé que la détresse des paysans, que l’UDC au gouvernement laisse tomber autant que les autres partis, venait aussi de ce que les Verts, qui auraient tant d’intérêts à défendre avec eux, n’ont pas (ou espérons – pas encore) trouvé le langage qu’il fallait pour faire une jonction indispensable. Les Verts, en dépit de quelques exceptions comme M. Cuche – député neuchâtelois paysan -, n’ont toujours pas réussi (pas voulu?) à cesser de penser dans des schémas essentiellement urbains, et à se pencher sur les problèmes de l’environnement du point de vue paysan. Je suis sûre que quelque Vert va se dresser ici pour me dire qu’ils l’ont fait. Mais, résultats à l’appui, la méthode n’a pas vraiment réussi jusqu’ici. Une grande majorité des paysans vote encore UDC – contre ses propres intérêts, donc, peut-être parce qu’elle ne sait pas où voter ailleurs. J’ai été très frappée autour de ma table ronde l’autre soir que l’alternative à l’UDC pour tous ces gens, c’étaient les Chrétiens sociaux. Les Verts n’ont pas été mentionnés une seule fois.

41)
Claude Mouginé
, le 24.10.2007 à 19:30
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Bonsoir à tous.. Ceux qui affirment que ce sont les partis “démocratiques” qui font le lit des partis “extrémistes” ont raison. Je l’ai vécu “en live”. Voici l’anecdote. Il y a quelques années, j’habitais Maisons Alfort, ville proprette et bourgeoise du 94. Il a un quartier qui s’appelle Charentonneau, qui était composé d’immeubles anciens (maias pas insalubres) occupés en grande partie par des retraités. Un jour la municipalité annonce que ce quartier va être rénové, qu’on va construire des immeubles de bureau, que ça va créer des emplois, etc, etc.. Sur le marché, les gens étaient plutôt en colère, de même que ceux que je cotoyais au bistro. Un soir, on sonne à la porte. Un homme et une femme propres sur eux m’expliquent qu’il font signer une pétition contre les expulsions à Charentonneau, qu’ils ont déjà n milliers de signatures, que c’est une honte, etc, etc.. Je signe sans l’ombre d’une hésitation. Forcément, j’étais d’accord avec eux. Et c’est comme ça que j’ai signé une pétition du Front National, moi qui suis socialiste… Lequel Front national a été le seul à se bouger.. Cherchez l’erreur.. Allez bonne soirée à tous et haut les coeurs, amis Suisses.. on a bien eu Le PEn au deuxièle tour de la présidentielle en 2002, et aujourd’hui il pèse 5 % des voix… Tout n’est pas foutu

42)
Inconnu
, le 24.10.2007 à 19:39
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on a bien eu Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en 2002, et aujourd’hui il pèse 5 % des voix… Tout n’est pas foutu

Pas de quoi se réjouir, ses idées nauséabondes ont contaminé l’UMP

43)
j.beguin
, le 24.10.2007 à 23:47
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Merci Madame pour vos lignes. Elles m’ont touché… mais ce n’est pas facile de comprendre ce qui est écrit et d’entendre ce qui est dit… Bref, l’homme montre les dents avant d’écarter les oreilles! Ce n’est pas nouveau mais que faire? Attendre et voir? JaBe

44)
Nihao
, le 25.10.2007 à 12:29
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Salut tout le monde, j’ecris aussi de France. Avec Cuk j’ai appris que, ouf, en Suisse c’est comme en France il n’y a pas que des “fachos”. C’est vrai qu’on a eu Le Pen au deuxieme tour, c’est vrai qu’on se tape Sarko maintenant mais heureusement tout n’est pas foutu a l’interieur on ne se laisse pas faire non plus. Cher Cuk continuez a nous parler de la politique de votre pays, ca interresse tout le monde. La democratie c’est aussi pouvoir parler de politique, de defendre des idees, pour ma part j’ai mis en place une maniere a moi de contester sans violence contre Sarko et sa politique-spectacle :

Resistez, montrez que vous avez honte Je vous souhaite, a vous et a tous les suisses un bien bon courage. Tchao.

45)
Sparhawk
, le 26.10.2007 à 00:09
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J’interviens un peu tard, mais il me semble que certaines choses ne sont pas comprises. Tout d’abord, je tiens à préciser que mon profil politique smartvote (www.smartvote.ch) est on ne peut plus centriste, exactement au centre par rapport à la droite et la gauche et par rapport à une attitude libérale ou conservatrice. J’ai voté suivant les recommandations smartvote des candidat(e)s correspondant le plus à mes idées et ça a été un sacré panachage: j’ai voté pour des candidats de tous les partis qui se présentaient. Excusez cette longue intro, mais je n’ai pas envie de me faire allumer pour ce que je vais dire et me faire traiter de facho.

J’ai beaucoup aimé l’article d’Anne, mais le noyau de “cukiens”, très porté à gauche ne voit pas une chose. Par rapport aux étrangers, l’UDC s’oppose surtout aux étrangers criminels et aux “faux” requérants d’asile. La gauche transforme cela en opposition envers tous les étrangers. Certes, leur message est véhiculé par des moyens contestables (affiches, etc. nous sommes tous d’accord sur ce point) L’électeur moyen doté d’une certaine dose de jugeote le comprend et voit aussi qu’il y a des problèmes avec certains étrangers (la presse s’en fait assez le relai). La gauche passe alors pour une menteuse et hop, ils votent UDC. Mais le débat se focalisant sur cette question des étrangers et sur la xénophobie, cela eclipse tout débat sur les autres points du programme électoral UDC, qui ne sont pas forcément réjouissants: démantèlement des droits des travailleurs et du service public par ex.

La gauche doit se remettre en question et vite. Car autant je n’aimerais pas que la Suisse soit dirigée par la gauche, autant je n’aimerais pas que l’UDC ait les coudées franches au gouvernement. Ce qui a été admirablement défendu par Mme Calmy-Rey lors du dernier Infrarouge (http://infrarouge.tsr.ch/ pour les lecteurs étrangers) ou elle a superbement défendu notre système de concordance unique au monde. Je discutais l’autre jour avec un élu socialiste au sujet de cette élection et en parlant d’un fait divers du canton de Vaud, l’affaire des tags racistes à Bex et de l’opposition envers le centre de réfugiés et il m’a dit en substance qu’en effet, le gars qui a fait ces tags était un sombre connard, mais qu’il pouvait comprendre sa réaction en voyant que le même requérant arrêté 3x pour trafic de drogue et relâché aussitôt se baladait toujours en ville de Bex. Il est aussi d’avis que certains étrangers criminels n’ont rien à faire en Suisse. Pour ma part, je trouve que c’est très lucide. La gauche devrait cesser son discours genre “tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil, sauf les patrons évidemment”. Il y a des cons de patrons (ou de capitalistes) qui ne cherchent qu’à s’enrichir au dépends de leurs employés, mais il y a aussi des patrons bien rénumérés qui méritent amplement leur salaire par la valeur ajoutée et les places de travail qu’ils procurent. Il y a aussi des étrangers qui ne sont en Suisse que pour profiter de notre bon filet social et ils n’ont rien à faire ici.

La xénophobie existe partout et elle n’est pas forcément innée. Elle dépend entre autres du taux d’étrangers dans le pays. Quand on dépasse un certain taux, des gens auparavant non-xénophobes le deviennent. Et de ce côté-là, la Suisse, avec ses 20% d’étrangers est encore un modèle de non-xénophobie car chez nos voisins français par exemple, la xénophobie est devenue relativement forte dès qu’on a dépassé 10-12% d’étrangers, alors que dans leur cas, il s’agissait en grande partie de personnes provenant de leurs colonies.

46)
Anne Cuneo
, le 26.10.2007 à 09:38
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Mon cher Sparhawk,

Il y a un tel mélange (par moments même une telle confusion, me permettrai-je de dire) dans ce commentaire, que je ne peux malheureusement, faute de temps, commenter à mon tour sur tout.

Cependant une remarque: il faut soi-même avoir été forcé de quitter son pays, de partir vers un destin qu’on espérait meilleur mais dont on ignorait tout dans un pays dont on savait peu de chose, pour comprendre le frémissement que l’on peut ressentir à la lecture d’expressions du genre “faux requérants d’asile”, ou même “étrangers criminels” sans autre description. Comme le disait quelqu’un dans un commentaire, de là à: “Je n’ai rien contre les juifs (les Noirs, les Chinois…) mais je n’aimerais pas que ma fille en épouse un” le glissement est léger. Ce n’est donc pas étonnant que l’attention se focalise là-dessus, d’autant plus que l’UDC l’a fait aussi par sa première campagne d’affichage, celle des moutons.

Le noyau des Cukiens – j’en connais bon nombre entre temps – n’est pas “très porté à gauche”, contrairement à ce que vous pensez, il est même très centriste. Il est peut-être un peu à VOTRE gauche, mais si j’avais le temps, je pourrais vous démontrer que nous sommes tous très modérés – il ne faut pas confondre gauche politique et générosité ou humanisme, svp, car c’est exactement cela que font les droites extrêmes.

A part cela, d’accord avec vous avec le fait que la gauche doit se remettre en question, sur l’imposition des bénéfices du capital – cela défie l’entendement qu’ils ne soient pas ou qu’ils soient très peu taxés, ça résoudrait presque tous les problèmes financiers des états sans plumer personne de besogneux.

Hélas, encore une fois, le temps me manque, le travail appelle… Je m’en tiens donc là.

47)
Zallag
, le 26.10.2007 à 14:43
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A propos de ces deux derniers messages, je déplore que beaucoup de personnes confondent la xénophobie (qui, de plus, veut dire étymologiquement crainte, cause de préoccupations, de soucis, et non pas haine des étrangers) avec le racisme, qui est bien autre chose, parfaitement horrible et détestable bien évidemment.

Exemple d’une telle xénophobie au sens où je l’ai définie plus haut, et où je la comprends :

Pour enrayer l’important afflux de requérants en provenance d’Erythrée, le ministre de la Justice estime que les déserteurs et les réfractaires au service militaire ne doivent plus être automatiquement considérés comme des réfugiés.

Christoph Blocher veut corriger le plus rapidement possible les effets qu’il juge néfastes d’un jugement de l’ancienne Commission de recours en matière d’asile, aujourd’hui intégrée dans le Tribunal administratif fédéral. Fin 2005, cette dernière avait estimé que les requérants d’asile en provenance d’Erythrée qui avaient déserté ou refusé de servir devaient se voir reconnaître la qualité de réfugiés.

De 159 en 2005, le nombre de requérants d’asile érythréens est alors passé à 1201 en 2006, soit 11,4% de l’ensemble des demandes d’asile. Il atteignait 1881 à fin septembre 2007. Les demandes ont été admises dans une proportion à peu près identique, passant de 80 en avril 2006 à 679 à la fin du mois dernier.

Aucun autre Etat européen n’a connu un afflux de requérants d’asile érythréens de cette ampleur, a souligné Christoph Blocher. Entre 2005 et 2006, l’accroissement atteignait 655% en Suisse, alors qu’il diminuait de 37% en Allemagne, avait déjà souligné le Conseil fédéral ce printemps dans sa réponse à une motion de la démocrate du centre saint-galloise Jasmin Hutter.

Le chef du DFJP entend donc réagir. Il s’agirait de supprimer l’octroi automatique du statut de réfugié à ceux qui ont déserté ou refusé de servir dans l’armée pour rétablir une appréciation au cas par cas de la réalité du risque de persécution.

Cela n’exclut donc pas que des déserteurs ou des réfractaires puissent se voir accorder la qualité de réfugié pour cette raison, mais ce ne sera plus systématique, a précisé devant la presse le directeur de l’Office fédéral des migrations, Eduard Gnesa.

Bon, si un socialiste, par exemple, ose aller à contre-courant de son “conditionnement” partisan et empoigner ce problème ou tant d’autres, je ne demanderais pas mieux… Ça viendra peut-être et ce serait très intéressant à mon avis.

48)
Anne Cuneo
, le 26.10.2007 à 16:43
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Cher Zallag,

Je vous renvoie à mon commentaire No 46, je n’ai rien d’autre à répondre à votre message.