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Balade au Pays-d’Enhaut

Albert est un ami de longue date, vaudois grand teint émigré à Genève, grand fan de Mac devant l'éternel et lecteur assidu de cuk. Comme je lui avouais être un peu à la traîne et en panne pour écrire ma prochaine contribution, il m'a gentiment proposé de vous faire partager une de ses découvertes faite lors d'une balade dans son canton d'origine. Alors, suivez-le....


Balade au Pays-d’Enhaut

De Bulle à Rougemont, en passant par Gruyère et La Tine, sur les traces ancestrales des Comtes de Gruyère, nos pas aboutissent d’abord à Château d’Oex, Chef lieu du district du Pays-d’Enhaut. A Château d’Oex, on côtoie, à peu de distance les uns des autres, les souvenirs du passé au Musée du Vieux Pays-d’Enhaut et une des activités des plus modernes, apanage des aérostiers.

Chalet
Chalet typique conservé à côté du Musée du Vieux Pays-d’Enhaut à Château d’Oex.
Gonflage

Préparatifs de gonflage d’un ballon ...

Ballon

... Et son envol quelques minutes plus tard de l’endroit même d’où est parti Bertrand Piccard pour son tour du Monde à bord de Breitling Orbiter 3 le 21 mars 1999.

Prolongeons notre route en direction de l’Oberland bernois, et nous voici à Rougemont. Ce magnifique bourg, comme toute la région d’ailleurs, a gardé les souvenirs d’un passé agité ! Fondé probablement par les moines de Cluny en 1080, sur un emplacement donné par un Comte de Gruyère, occupé par par les Bernois dès 1536, Rougemont devient vaudois en 1798. La localité a su garder intacts les plus beaux témoignages architecturaux de son passé. En 1905, l’arrivée du chemin de fer au Pays-d’Enhaut a transformé toute la région en permettant au tourisme de se développer. Jusque là, l’élevage et la production laitière étaient les occupations dominantes.

Grue

Le symbole des Comtes de Gruyère est encore présent à Rougemont, comme presque dans toutes les localités de la région.

Technologie d’antan !

Parmi les témoignages du passé, j’ai découvert un “objet” très particulier à Rougemont. La “roue du maréchal-ferrant” (c’est le nom que je donne à cet l’objet destiné à actionner un soufflet de forge) a piqué ma curiosité au plus haut point. Bien que provenant très probablement du Nord vaudois, la roue a parfaitement trouvé sa place parmi les antiquités de Monsieur Claude Rochat qui en est l’heureux propriétaire.

Roue

L’artisan charron qui a construit, il y a bien longtemps, la roue du maréchal-ferrant a fait preuve de belles connaissances techniques. D’abord, il tombe sous le sens qu’une roue composée de quatre secteurs en bois dur “taillés dans la masse”, secteurs ajustés aux bras d’un croisillon, n’offre aucune solidité lorsque les fibres d’un secteur sont transversales.

Secteur

Il faut absolument ceinturer cette roue fragile. Va-t-on le faire à l’aide d’un cercle en fer plat, comme on a “cerclé” longtemps les roues de chars, de carrioles et autres voitures à cheval ? Et bien, non, pas de cercle métallique pour fretter cette roue de base.
DeuxCouches

On ajustera trois couronnes faites en bois tendre, du sapin par exemple. Et là... le génie du charron a fait merveille ! Imaginez des lambourdes d’environ trois par six centimètres de section et de X mètres de longueur !  L’artiste n’a pas eu à multiplier le diamètre de la roue de base par Pi pour obtenir la longueur exacte des lambourdes ; il les a choisies aussi longues que possible, puis il a taillé des encoches en V à distances plus ou moins régulières l’une de l’autre, tout en laissant une “âme” de deux à trois millimètres d’épaisseur pour permettre la courbure de ces pièces de bois. Mais quel angle a-t-il choisi pour les entailles afin que les lèvres des V soient jointives lorsqu’il a enroulé les lambourdes autour de la roue de base puis les unes sur les autres ? La réponse me paraît simple : Il suffit de pratiquer quelques coups de scie perpendiculaires à la base d’une latte de bois de même épaisseur que la lambourde et à même distance l’une de l’autre que les V prévus sur la lambourde. En “enroulant”  cette latte sur l’arc de la roue de base, l’âme contre la roue, les fentes deviendront automatiquement les deux lèvres du V recherché. On mesure alors l’écartement des lèvres pour reporter ensuite cette mesure sur les lambourdes. Il n’y a plus qu’à scier les V avec la précision voulue... Plus vite dit que fait !

Biseaux

Les extrémités des lambourdes sont coupées en biseau afin d’obtenir une roue finale aussi parfaite que possible. Quelques vis sur la périphérie bloquent l’ensemble.
Manivelle

La roue du maréchal-ferrant, qui a souffert lors d’un incendie, est-elle la seule rescapée de son espèce ? Pouvait-elle servir à autre chose qu’à actionner un soufflet de forgeron au moyen de son axe forgé lui-même en forme de manivelle ? Comment était-elle actionnée, directement à la main ou par l’intermédiaire d’une courroie ? Quand fut-elle construite ? Autant de questions auxquelles je ne suis hélas pas capable d’apporter une réponse.

Ce témoin d’un passé lointain qui ne m’a pas laissé indifférent, loin de là, mériterait une recherche approfondie pour tenter de relier la roue du maréchal-ferrant à son environnement de travail, tout autant qu’à la maîtrise des techniques de fabrication d’objets en bois d’une époque bien révolue. Nostalgie ? Non, non ! Simple curiosité d’un admirateur de techniques anciennes.

Albert

14 commentaires
1)
Jer-o-nimo
, le 07.06.2007 à 00:21
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Ô mon beau pays que j’aime!

Ça me fait tout chose de voir ‘ma’ vallée sur cuk. Surtout depuis mon exil en la perfide albion. Allez, plus que deux mois…

2)
François Cuneo
, le 07.06.2007 à 06:06
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C’est une région dans laquelle j’ai passé de nombreuses vacances dans mon enfance.

Je n’avais jamais vu cette roue. Et si je l’avais vue, je ne me serais jamais posé toutes ces questions, je serais passé à côté. Pourtant, c’est vrai qu’elle est incroyable de complexité. Il y a des artisans génies là…

Merci Albert, et merci Hervé.

3)
THG
, le 07.06.2007 à 06:18
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Ca ravive des souvenirs heureux et douloureux à la fois. En effet, il y a une quinzaine d’années, j’ai passé des vacances dans le chalet qui appartenait à la famille de ma petite amie de l’époque, au-dessus de Chateau d’Oex. Il fallait prendre les télécabines pour s’y rendre. La famille avait aussi un chalet au Col des Mosses. Elle est décédée, avec ses parents et sa soeur, dans un accident de voiture, en 93, et je n’ai plus jamais remis les pieds dans ces endroits magnifiques…

Gilles.

4)
fxprod
, le 07.06.2007 à 06:22
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une ballade en pays d’enhaut, un régal pour les yeux( les photos) un peu dur à comprendre le matin au réveil (explication de la roue en bois) heureusement qu’il y a les images.

merci Hervé

F-X. un habitant du plat pays d’en haut

5)
Benoit29
, le 07.06.2007 à 06:39
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Magnifique région que j’espère bien redécouvrir cet été.

6)
François Cuneo
, le 07.06.2007 à 08:21
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Elle est décédée, avec ses parents et sa soeur, dans un accident de voiture, en 93, et je n’ai plus jamais remis les pieds dans ces endroits magnifiques…

J’imagine que le souvenir est douloureux, oui. C’est terrible…

7)
THG
, le 07.06.2007 à 10:05
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Au fait, y-a-t-il encore des compétitions de montgolfières à Château d’Oex ?

Ca me fait penser qu’il serait judicieux d’expliquer à ceux qui ne connaissent pas le coin comment on prononce “oex”.

;-)

Gilles.

8)
François Cuneo
, le 07.06.2007 à 12:06
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Château d’é

:-)

Eh oui!

C’est comme Chexbres, c’est Chèbre.

Et oui bien sûr, il y a encore des compétitions chaque année. C’est très beau.

9)
Atypo
, le 07.06.2007 à 13:48
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Sympa, comme petit coin. En plus, ça me rappelle que j’ai appris la menuiserie et la charpente chez un charron-forgeron. Sa forge avait une petite turbine électrique, il roulait ses clopes, gardait les mégots, les faisait sécher sur la forge avec la petite pelle qu’il utilisait pour le charbon et réutilisait le tabac pour s’en rouler d’autres. Ça devait être plein de goudron, mais bon, c’était avant le cancer. ;-)

J’ai gardé en souvenir le son de l’enclume…

10)
fxprod
, le 07.06.2007 à 18:39
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C’est comme Chexbres, c’est Chèbre.

avec les moutons, les vaches et tout et tout…

11)
zitouna
, le 07.06.2007 à 20:31
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Magnifique!
z (le travail du bois c’est beau, ahh, je répêêête: le travail du bois c’est beau, ahh)

12)
zehouai
, le 08.06.2007 à 11:47
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J’ai passé une bonne partie de mon enfance dans cette vallée. Sur les Monts Chevreuil. Quelle joie de revoir les paysages qui m’ont redonné la vie et le courage d’affronter la vie citadine ! Du coup, les souvenirs reviennent en pagaille dans ma tête et mon cœur. C’est bien loin, tout ça mais c’est tellment bon d’avoir pu s’en rapprocher un peu.

Je me demande si je ne vais pas y retourner cet été, tiens !

13)
Zallag
, le 10.06.2007 à 01:33
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François, tu dis (en 8) qu’on prononce Château d’Oex comme on dirait d’é, et c’est ce que j’ai toujours entendu en effet. Mais à Genève, Loex se prononce comme Loi. Quel distingué linguiste nous dira l’origine et le sens de ce petit mot bizarre, Oex?

14)
Menalb
, le 20.07.2007 à 08:38
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Avec mes excuses pour le retard apporté à la question de Zallag, voici ce que m’a écrit Monsieur Henry Suter à propos de “Oex” :

“Château d´Oex était Castrum in Ogoz en 1040, il faut donc vous reporter à l´entrée “Ogoz” dans mon glossaire. Le Oex de Château d´Oex n´a donc rien à voir avec le Oex variante de olca.”

Le site de Monsieur Suter, à l’adresse http://henrysuter.ch, est une mine d’informations, notamment sur les termes régionaux, les noms de lieux de Suisse romande et de Savoie.