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Lundi 22 janvier 2007
Résultats financiers d'Apple, premier trimestre 2007

Introduction

Comme tous les 3 mois, Apple a annoncé les résultats financiers de son dernier trimestre.

La récente annonce du 17 janvier est la première de l'année fiscale puisqu'elle s'étend du 1er octobre au 31 décembre 2006.

C'est M. Peter Oppenheimer, Chief Financial Officer (CFO), qui, avec l'aide de M. Timothy D. Cook, Chief Operating Officer (COO), ont présenté ces chiffres via une conférence téléphonique émise en QuickTime le 17 janvier dernier.

Pour ceux qui souhaitent avoir un historique ou une vue d'ensemble, je les invite à lire les précédentes humeurs que j'avais écrites sur les résultats financiers d'Apple pour le Q1 2004, Q2 2004, Q3 2004, Q4 2004, Q1 2005, Q2 2005, Q3 2005, Q4 2005, Q1 2006, Q2 2006, Q3 2006 et enfin Q4 2006.

Pour ceux qui sont plus ou moins habitués à lire cette chronique, j'ai apporté une petite modification et cette fois elle se présente comme suit:

  • Présentation objective des résultats
  • Petite réflexion sur les changements qui s'opèrent chez Apple (Computers) Inc.
  • Analyses des résultats par secteur d'activité
  • Conclusions

Les résultats

Alors voilà, j'arrive toujours un peu tard avec mes analyses et généralement, tout le monde connaît déjà largement les résultats de la marque au moment où vous prenez connaissance de ce texte. Toutefois, j'espère tout de même vous apporter un éclairage un peu différent de ce que vous avez pu lire ici ou là.

Bon, les résultats d'Apple sont tout simplement extraordinaires puisque pour le 16e trimestre consécutif, la "pomme" a annoncé son meilleur trimestre de l'histoire.

Au-delà des superlatifs, les chiffres parlent d'eux-mêmes: chiffre d'affaires de 7.115 milliards de dollars (+24% comparé à la même période de l'an dernier) et un bénéfice net de 1.004 milliard de dollars (+77% comparé à la même période de l'an dernier)! De plus, la marge brute s'est arrêtée à 31.2 % sur l'ensemble du trimestre!

Dans le but d'avoir une référence, il est important de confronter et comparer ces résultats avec le passé, soit jusqu'en 2000 (année extraordinaire pour Apple et l'ensemble de l'industrie informatique) :

Historique des premiers trimestres de 2000 à 2007

Sur le front des ventes machines, les résultats sont bons mais ont tout de même un peu déçu puisqu'Apple et des analystes attendaient de meilleurs résultats. Pour résumer, c'est 1.606 million de machines qui ont trouvé preneur sur ces 3 premiers mois, ce qui est un tout petit peu moins bien que le quatrième trimestre 2006 (1.610 million). Ci-dessous, une illustration qui démontre bien ces propos et fait la distinction entre les machines de bureau et les portables:

Historique des ventes par segment et par trimestre

Enfin, difficile de parler des résultats sans parler de l'iPod, ce gadget qui a transformé Apple et qui va encore faire un malheur cette année puisque Steve a déclaré qu'en 2007, Apple en vendrait 100 millions. C'est bien parti puisque pour Noël 2006, c'est 21.066 millions de petites boîtes qui ont trouvé preneur et qui ont rapporté à Apple 3.427 milliards de dollars. Ce dernier exercice porte le total des ventes sur 5 ans à 88.7 millions d'unités. Ci-dessous, un historique qui retrace les 5 premières années de la vie de l'iPod:

Après 5 ans d'existence, l'iPod ne connaît pas vraiment la crise

Comme on peut le voir, c'est avant tout l'introduction de iTunes en octobre 2003 (Q1_2004) pour PC qui a fait décoller les ventes d'iPod.

Réflexions sur le nouveau Apple…

Quand l'année fiscale 2006 s'est terminée, Apple nous avait promis une année 2007 très excitante et pour le moment, on n'a pas vraiment été déçu puisque lors de la dernière Macworld à San Francisco, Steve a présenté deux nouveaux produits qui devraient largement changer l'image d'Apple dans le futur: l'iPhone et l'Apple TV.

Si Steve est resté flou sur les objectifs de l'Apple TV, il a été très clair sur l'iPhone: en 2008, Apple aimerait en vendre 10 millions. Ça devrait représenter à peu près 1 % du marché mondial en 2008. À mon sens, ce chiffre n'est pas surréaliste puisqu'à lui seul, Nokia a vendu environ 300 millions de téléphones mobiles en 2006, dont 40 millions de modèles appelés "multimédia". Si la marque y parvient, ce n’est pas moins de 5 milliards de dollars supplémentaires qui devraient tomber.

Bien sûr, beaucoup se sont plaint que ce téléphone n'était pas abouti. C'est vrai, il ne permet pas de faire de la plongée sous-marine, il ne tient pas 42 ans en veille et par-dessus tout, il ne rend pas plus intelligent et ne permet pas de communiquer avec l'au-delà.

Pour le reste, le prototype que Steve a présenté paraît aller bien au-delà de tout ce qui existe aujourd'hui et c'est ça qui compte à mes yeux.

Je l'ai dit et je le répète, ce prototype est à la téléphonie mobile ce que le Macintosh fût à l'informatique en 1984. Il représente la quintessence de ce que des développeurs, architectes logiciels et graphistes peuvent créer quand ils n'ont qu'un objectif: offrir la meilleure expérience possible à l'utilisateur.

Est-ce que cette déclaration est péremptoire? Je n'ai pas cette impression car depuis des mois, j'ai évalué une série de téléphones dits "intelligents" (smartphones en anglais). Que de déceptions et d'incohérences. J'ai fini par me laisser convaincre et ma boîte m'a donné un Sony Ericsson P990i et sincèrement, après quelques mois d'utilisation, je n'ai que des critiques à faire tant l'interface de ce téléphone manque de logique et d'inspiration.

Vous pouvez avoir des milliards de dollars et des milliers d'ingénieurs, mais ça ne vous garantira pas de créer un fantastique produit! Par exemple, des entreprises comme Nokia et Microsoft ont investi 3.8 milliards d'euros et 6.2 milliards de dollars dans leur département Recherche et Développement en 2005.

Résultat? Ces deux sociétés se battent pour garder la place de numéro 1 dans leur secteur mais pour ce qui est de l'innovation, c'est le néant. Au mieux, ils copient les autres et tout le monde sait que quand on copie, le mieux que l'on puisse faire, c'est d'égaler les autres mais pas de les dépasser ou de faire mieux.

Enfin, l'année débute à peine et Apple doit encore sortir d'autres produits phares comme Mac OS X version 10.5 qui, je l'espère, apportera plus de nouveautés que le passage de la 10.3 à la 10.4.

Analyse des résultats

Dans le but de mieux comprendre l'extraordinaire résultat de ce premier trimestre, je vous soumets un premier graphique qui compare le chiffre d'affaires de ce dernier trimestre (3 mois!) aux résultats annuels (12 mois) des années précédentes:

Le dernier trimestre comparé aux 20 dernières années

Comme on peut le voir, la ligne rouge permet de facilement comparer le chiffre d'affaires sur ces trois derniers mois en bleu avec le résultat annuel de ces 20 dernières années en vert. En seulement 3 mois, Apple a fait mieux que 12 années sur 20, y compris 2003 (c'était il y a 3 ans à peine!).

Mais j'aimerais revenir sur un point important que beaucoup occultent parce qu'on parle d'une marque qu'ils aiment bien: les 31.2 % de marge!

Avec un milliard de dollars de bénéfice, des analystes ont demandé pendant les "questions/réponses" liées aux résultats financiers s'il ne serait pas opportun de réduire une peu le coût des Mac? Absolument pas! Je cite: "Pas de raison de changer!"

Cela a au moins le mérite d'être clair. Pour ceux qui associent les mots comme innovant, cool ou sympa pour Apple, ils devraient aussi ajouter le mot "capitaliste".

Personnellement, je pense que si Apple révisait la politique tarifaire de ces machines, on verrait encore plus de Mac dans notre paysage.

Enfin, pour clore le sujet, je trouve qu'il manque un chaînon important dans la gamme actuelle d'Apple puisqu’entre un Mac mini à CHF 869.- (619 euros) et un Mac Pro à CHF 3'599.- (2'499 euros), il n'y a rien. Aucun modèle sans écran entre ces deux extrêmes…

Pour la suite et dans le but de comprendre les bons résultats de la marque, les revenus générés par la vente des machines doivent être comparés au reste des ventes d'Apple, soit les périphériques (iPod notamment) et les logiciels. Ci-dessous, une illustration faisant la comparaison des premiers trimestres entre le segment machines de bureaux (iMac, Mac mini et Power Mac), portables (iBook et PowerBook), iPod, périphériques (Airport, Cinema HD Display, etc.), logiciels (Mac OS X, iLife, iWork, etc.) et l'iTunes Music Store:

Revenus générés par premier trimestre de 2000 à 2007

Comme on le voit, la progression est globale année après année. Toutefois, ce qui n'apparaît pas clairement, c'est la progression des ventes Mac et ci-dessous, je propose une vision focalisée sur les ventes de ceux-ci:

Machines vendues par premier trimestre de 2000 à 2007

Comme on peut le voir, les ventes de machines sur le premier trimestre sont bonnes comparées aux 5 dernières années… mais elles font à peine mieux qu'en 2000 (+229 mille ou 16 %).

Donc, bien qu'Apple et d'autres sites pro Apple crient à qui veut bien l'entendre que cet aspect est sensationnel, il ne l'est pas tant que ça!

Le principal stimulant au succès financier d'Apple, c'est l'iPod bien sûr. Avec les 21 millions de modèles qui ont trouvé preneur, la marque franchit de nouveaux sommets.

Il est difficile de savoir quel modèle se vend le plus mais grâce au graphique ci-dessous, on peut se rendre compte du prix moyen par iPod, trimestre après trimestre, et donc en déduire lequel a le plus de succès:

Le coût moyen par iPod a encore baissé à 163 dollars

Il ne fait donc aucun doute que la plupart des modèles vendus, trimestre après trimestre, sont des iPod shuffle et il est probable que cette tendance s'accentue encore dans les trimestres à venir.

Enfin, bien qu'Apple annonce avoir vendu 2 milliards de chansons depuis l'introduction de l'iTunes Store, les chiffres ne sont pas si délirants que ça:

Revenus par trimestre de l'iTunes Store depuis 2003

J'en avais déjà parlé la dernière fois mais ce chiffre, si on le compare au premier trimestre 2006 qui affichait 491 millions de dollars, ne représente qu'une progression de 29 % alors que dans le même laps de temps, Apple a fourgué plus de 46 millions d'iPod… soit la moitié du contingent.

De plus, il ne faut pas oublier que ce chiffre n'englobe pas seulement les ventes de l'iTS, mais également les ventes des accessoires d'iPod fabriqués par Apple et par d'autres et les services iPod.

Conclusions

Il y a pratiquement 3 ans jour pour jour, j'avais prédit dans une de mes analyses qu'Apple pourrait se passer de vendre des Mac et focaliser sur ce qu'ils savent faire de mieux, le software.

On m'a souvent dit que j'avais tort et que le Mac restait un modèle unique dans sa conception. Mais depuis, Apple a opté pour une architecture Intel et a même rendu ces derniers compatibles avec Windows. Un Mac d'aujourd'hui ressemble à 99 %à un PC.

De plus, les ventes de Mac se portent mieux et donc, il n'y a pas vraiment de raison de changer puisqu'il y a assez de gogos dans le monde qui sont prêts à mettre 20 à 40 % de plus pour acheter un PC estampillé Apple.

C'est ici que j'apprécie la contradiction de Steve car dernièrement, à la Macworld, il a cité une phrase de Alan Kay prononcée il y a 30 ans que je traduis comme ceci: "Les gens qui sont vraiment sérieux à propos de logiciel devraient construire leur propre machine."

C'est vrai et c'est la raison pour laquelle Apple sort son propre téléphone et c'est logique.

Toutefois, pour le Mac, ça reste un pur exercice de style car toute la machine est en fait un PC.

Où est-ce que je veux en venir?

Tout simplement sur le fait que l'anecdotique changement de nom d'Apple est lourd de conséquences. L'avenir n'est plus dans le Mac pour la simple et bonne raison qu'il n'y a plus rien à inventer au niveau de la machine de bureau (pour les portables c'est différent).

Steve a déclaré que la gamme de produits qu'Apple développait et vendait ne contenait plus beaucoup d'ordinateurs au sens propre. Qu'au moins 3 autres produits représenteront dans les mois et années qui viennent un très large pourcentage des revenus de la marque.

C'est une façon douce de dire que dans le fond, le combat n'est plus là et ça fait des années que ce changement est en train de s'opérer:

Le Mac compte pour moins de 34 % des revenus d'Apple

Le combat de demain, ça va être à quel point tous nos appareils électroniques communiqueront ensemble.

Hier encore, vous pouviez avoir un téléphone, une TV, un ordi, un baladeur musical, un enregistreur vidéo, etc. qui fonctionnaient tous en vase clos.

Demain, tout ce petit monde communiquera ensemble et ceci, pas forcément au travers d'une plateforme Apple, mais au travers de logiciels Apple.

Je suis donc heureux de voir Apple se lancer sur des marchés comme la téléphonie mobile ou l'enregistreur vidéo que des concurrents squattent maladroitement depuis des années. Cela va stimuler l'innovation et surtout, nous offrir des produits qui sont pensés pour nous faciliter la vie digitale…

Enfin, avec 11.8 milliards de dollars à la banque et un titre au plus haut historique, Apple peut même se planter, ça ne sera pas très grave.

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