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Apologie du livre

C'est enfoncer une porte ouverte que d'affirmer que nous vivons le temps de l'éphémère : nos ordinateurs sont changés tous les deux à quatre ans, nos appareils photos suivent le même rythme à moins qu'ils ne soient jetables, même les couples qui tiennent plus de dix ans font figure de phénomènes.

Au milieu de ce provisoire, il reste toutefois encore quelque chose de pérenne : le livre ! Certes, l'objet se décline aussi en version "lite", mais oserai-je vous l'avouer, je n'ai jamais jeté un livre, quel qu'il soit.

Le livre est à l'esprit ce que le pain est à l'estomac : essentiel à notre survie. Et j'applique au livre ce que nos grands-mères (de ma génération) répétaient : on ne jette pas du pain! Par respect pour le travail du paysan qui a fait pousser le blé à la sueur de son front, du meunier qui surveille le moulin dans la poussière et le bruit, du boulanger qui s'est levé bien avant l'aube pour pétrir sa pâte et nous offrir le pain chaud du petit déjeuner.

Certes, les temps ont changé : le paysan a un tracteur et une moissonneuse-batteuse, les moulins n'ont plus d'ailes et le boulanger se contente de surveiller les pétrisseuses automatiques et les fours à tempérteure constante. Qu'importe, je ne jette pas le pain.

Et je ne jette pas de livre : par respect pour l'écrivain. l'éditeur, le typographe, le libraire. Mais surtout parce que le livre est le vecteur essentiel de la culture et de la connaissance. Bien sûr, nous avons l'Internet qui met le monde à notre portée, instantanément. Mais Internet est au livre ce que le fast-food est au repas gastronomique : ça rassasie, mais on l'oublie dès que c'est avalé. Alors qu'un repas chez Rochat, on en parle encore 5 ans plus tard.

Donc j'aime les livres, contenu et contenant. Contrairement à l'ivresse qui se soucie peu du flacon, il se dégage une certaine sensualité à tenir entre ses mains un beau livre. Je vous parle de ces éditions qu'on ne trouve malheureusement plus beaucoup maintenant : couverture épaisse, cuir ou pleine peau, papier vélin ou bible dont le crissement accompagne la progression de la lecture. Trop chers, pas rentables. Pourtant j'ai souvenir (et de nombreux exemplaires) de deux collections qui vous permettaient de ressentir ce frisson à des prix très abordables même à la portée de l'étudiant fauché que j'étais à l'époque: "Les Portiques" du défunt Club français du Livre et "L'Arbre-Lyre" de la Guilde du Livre de Lausanne, également disparue.

Collection

A gauche, un "Portique", à droite, un "Arbre-Lyre"

Tous les livres de la Guilde (édition hors-commerce et numérotée) étaient superbes. Malheureusement, devenue Ex-Libris et absorbée par la Migros, elle a disparu dans les abîmes de notre société de consommation.

Attention, je ne vous parle pas des livres de collection, c'est un autre aspect : le vieux livre qu'on trouve chez le bouquiniste, l'édition originale des "Mystères de Paris" d'Eugène Sue ou du "Contrat social" de Jean-Jacques Rousseau, cela ressort de l'instinct de collectionneur. Ils peuvent être très moches, d'ailleurs et souvent hors de prix.

Mais si l'on n'a plus le plaisir du flacon, du moins nous reste-t-il l'ivresse. Je n'ai pas de statistiques sous la main, mais quand on voit la place que certaines chaînes de grands magasins attribuent au rayon "Librairie", on se dit que le livre est encore rentable. Et c'est heureux.

Mais que lit-on? Je ne sais pas ce vous lisez, mais moi, je lis à peu près tout ce qui me tombe sous la main : du polar à l'essai philosophique, en passant par le roman, la poésie, la science-fiction, la vulgarisation scientifique, les mémoires, etc., j'en passe et des meilleurs.

La pire devinette que vous pourriez me poser est la classique : "Si vous deviez vivre sur une île déserte, quel livre emporteriez-vous?" Seigneur, comment répondre à cela .... mais tous ! Et si vous complétez votre question incongrue en me demandant "Quel est votre livre de chevet?", je vous répondrai que ma table de chevet est couverte de livres, de même que les bibliothèques qui tapissent les murs et même le dessus de l'armoire (qui n'est pas à glace). Cavanna voisine avec Plutarque, Ruth Rendell me tend parfois la main pour m'emmener dans les arcanes de l'âme anglaise, Irène Frain m'apprend qui était Cléopâtre. Tiens, Bill et Hillary Clinton sont l'un à côté de l'autre! Depuis quelques temps, j'aime relire les grands classiques, ceux dont on nous a dégoûtés à l'école et qu'on redécouvre parfois avec émerveillement. Mon dernier achat : Les écrits érotiques d'Ovide, vous savez, ces textes que votre professeur de latin ne vous a jamais fait traduire : "L'Art d'aimer", "Les Amours", avec la version originale à gauche. Bon, attention hein, rien à voir avec Playboy ou le Kamasutra!

Lire un livre, c'est toujours aller à la rencontre de quelque chose ou de quelqu'un. A travers ses personnages ou ses situations, à travers ses analyses, l'auteur nous livre sa propre vision du monde. Tiens, rien de plus anodin sans doute que les Agatha Christie : bonne écriture, intrigue souvent passionnante. Pourtant, le vilain (pas le coupable, entendons-nous bien, mais l'antipathique) a toujours la peau olivâtre et vient du Liban ou de Grèce. Un petit relent de racisme ?

J'ai découvert les subtilités de la typographie grâce au "Maître de Garamond" de notre Anne Cunéo; les romans de Grisham nous livrent une réalité américaine souvent mal connue; Cavanna et ses Ritals nous montrent que, malheureusement, les sentiments envers les "étrangers" n'ont pas beaucoup évolué depuis 70 ans.

Mais mon plus grand bonheur, c'est quand mon état d'esprit me donne l'envie de retrouver des poètes. Car, j'aime la poésie. L'ancienne, celle qui faisait rimer chaque vers et se déclinait en alexandrins; la récente, qui ose des images ("La terre est bleue comme une orange") et même la surréaliste, voire la loufoque (petit clin d'oeil à mon ami Alfonso Jimenez, poète trop méconnu du grand public, mais reconnu par ses pairs et ... moi).

Il en est des livres comme de nos repas : on en prend certains sur le pouce, juste pour assouvir une fringale, ou au bistrot du coin et là, ils peuvent être parfois détestables. Enfin, il y a le repas de fête, celui que l'on savoure et dont on demande à repasser les plats.

Deux petites citations pour terminer :

Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux.
Jules Renard

L'amour des livres peut être plus fort que le goût pour une vie qui en serait privée.
Claude Roy

34 commentaires
1)
ogoldberg
, le 12.10.2006 à 00:47
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Je ne peux qu’être entièrement d’accord avec toi. J’adore lire, il y quelques centaines milliers de livres chez moi, et je suis toujours désolé de voir ces éditions de poches qui tombent en lambeaux après à peine une douzaine de lectures.

Longue vie au Livre!

2)
Théodore Besson
, le 12.10.2006 à 00:58
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Vive la lecture!

Mais pourquoi avons-nous si peu de temps pour lire autant d’ouvragres?!

Un livre de chevet est un compagnon sans cesse renouvellé, un bonheur et une découverte!

J’aimerais avoir mille vies pour lire tout ce qui vaut la peine d’être lu… (et quand je pense à tous les bouquins en suspens que j’ai, ça veut dire ce qe ça veut dire…)

Hervé, je te rejoins sur toute la ligne :-)

3)
Okazou
, le 12.10.2006 à 06:28
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L’amour des livres ? Non. Mais l’amour de la lecture.

Qu’un livre soit comme ci ou comme ça m’importe peu, il m’arrive de lire des livres sur l’écran de mon PowerBook, c’est dire… Boire du vin dans un gobelet en plastique est un non-sens mais lire un livre en collection de poche n’enlève absolument rien à mon plaisir. Qu’importe le support ?

De plus, j’ai pour excellente habitude de distribuer autour de moi les livres que j’ai lus (en choisissant mes victimes) avec recommandation expresse de continuer la chaîne. Cela permet de partager avec le lecteur suivant. Et puis il ne faut pas qu’un arbre soit mort pour rien ou presque. Il s’est créé une association dont les membres abandonnent les livres sur un banc, un rebord de fenêtre, la table d’un café… L’idée est belle. Comme est belle l’idée de la bibliothèque publique. Choisir un livre, le conserver le temps de le déguster et le rendre aux dégustateurs suivants est une des plus belles idées du monde. Car le livre doit être vivace autant que vivant.

D’ailleurs, les gros lecteurs ont tout à gagner à distribuer leurs livres. Posséder (ce mot porte en lui quelque chose de malsain et de faux) une bibliothèque de centaines voire de milliers de livres est, à mes yeux, pathologique (au service de quoi sont-ils donc ?) et constitue le signe évident d’un égoïsme morbide. Autant de cadavres que l’on expose quand le livre doit rester vivant ! Autant de livres emprisonnés pour rien sinon pour leur unique gardien ! Autant de livres qui n’auront eu qu’un seul lecteur ! Autant d’occasions de partage social manquées ! Autant de plaisir que l’on n’aura su faire partager.

Avec huit lettres, on peut écrire « posséder » ou « partager ». On a le choix, le libre choix. Un choix de vie. Après…

Le monde n’est pas une marchandise.

4)
Leo_11
, le 12.10.2006 à 07:18
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Oui Okazou tu as raison, le livre doit être et rester vivant… cette idée d’abandonner un livre est intéressante mais moi qui ai souvent envie d’en relire un ou de rechercher un passage… comment faire ? acheter à double exemplaire et n’en “tuer” qu’un seul ?

Très bel humeur… merci Hervé.

5)
François Cuneo
, le 12.10.2006 à 07:19
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Okazou, je te comprends, mais l’autre jour, j’ai commencé un bouquin en livre de poche, eh bien le plaisir n’est pas tout à fait le même. Mise en page lamentable (commence tout en haut, rien pour aérer la lecture), papier carrément dégueulasse, c’est tout de même assez dommage.

Quant à la lecture sur l’écran, Cuk.ch ou des trucs vite lus, d’accord, mais un bouquin, pour moi c’est totalement exclu. Je suis toute la journée devant un ordinateur, et je déteste lire à l’écran.

Au niveau partage, partage-t-on ses amis?

Un livre devient un peu un ami. Je comprends bien qu’on les garde (et ne trouve en aucun cas pathologique une belle bibliothèque bien remplie), mais je trouve assez beau tout de même ta notion de chaîne de lecture, afin que le fruit du travail de l’auteur ne flétrisse pas au moment où tu as tourné la dernière page.

6)
adelhaye
, le 12.10.2006 à 07:29
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Okazou, non seulement je suis d’accord avec toi, mais en plus, tu écris si bien ! M’autorise-tu a réutiliser ton texte ? Merci, merci pour ces belles lignes.

7)
Inconnu
, le 12.10.2006 à 07:37
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Je m’interroge également sur la nécessité de « posséder » des milliers de livres et, sur ce point, je rejoins l’avis d’Okazou.

Toutefois je pense que le support est important et contribue au plaisir de la lecture. Il y a la reliure, le choix du papier et la technique d’impression, qui vont influencer la durée de vie du livre et le plaisir du toucher et de l’oeil. Une mise en page et une typographie bien choisies et réfléchies, apporteront au lecteur un confort de lecture incomparable.

Et puis il y a parfois le sentiment que le graphiste, l’imprimeur et le relieur ont fabriqué un livre en parfaite harmonie avec l’auteur, le sujet ou l’histoire. Et là c’est un réel plaisir avant, pendant et aprés la lecture.

Yvan

8)
Franck_Pastor
, le 12.10.2006 à 08:15
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Comme Hervé, j’aime le “beau” livre, d’autant plus que j’en ai peu, à vrai dire. Quel plaisir de lire un Garnier… Et j’aime aussi relire les livres qui m’ont plu, à tout moment, des dizaines de fois pour certains. Pour cette raison, je prête mes livres, mais je tiens à ce qu’ils me soient rendus. :-)

9)
Okazou
, le 12.10.2006 à 08:25
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« cette idée d’abandonner un livre est intéressante mais moi qui ai souvent envie d’en relire un ou de rechercher un passage… comment faire ? acheter à double exemplaire et n’en “tuer” qu’un seul ? »

Quelle drôle de question ! Si tu es attaché à un livre, rien de plus normal que tu le conserves, bien sûr. Pour ma part, je conserve peu de romans car je préfère découvrir un nouveau livre que d’en relire un. Malgré tout, il est des livres que j’aime relire. Il en est un que j’adore et que je relis tous les dix ans. Je l’ai découvert à 20 ans, relu à 30, à 40 puis à 50. J’attends mes 60 ans avec une patience gourmande pour le lire à nouveau. Il s’agit de ce merveilleux roman épistolaire de Choderlos de Laclos : Les liaisons dangereuses qui me fascine. Un chef-d’œuvre de la littérature mondiale. Eh bien, ce bouquin, je le donne après chaque lecture pour le racheter dix ans plus tard. La dernière fois, je l’ai trouvé chez un bouquiniste.

Le livre que je distribue le plus c’est La déclaration des droits de l’homme. J’en ai d’ailleurs acheté une poignée au supermarché dans la collection Librio (1,52€). C’est incroyable le nombre de gens que je rencontre qui avouent n’avoir jamais lu la Déclaration.

« Au niveau partage, partage-t-on ses amis? »

Oui ! Un ami n’est pas un esclave en propriété. Enferme-t-on un ami pour « l’avoir sous la main » ?

> adelhaye

À moins que François, pris d’un accès subit de possessionite aiguë, l’interdise :-)))) tu fais ce que tu veux de ma prose.

> Yvan Luccarini

On peut supposer que tu nous parles là de livres d’art. Il est rare que l’auteur utilise ou même demande une typographie particulière. Les surréalistes ont su jouer de la typo. Personnellement, je considère la typographie comme l’orthographe. Elle permet de bien se faire comprendre.

10)
François Cuneo
, le 12.10.2006 à 08:46
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Oui Okazou, j’étais mal réveillé, bien sûr qu’on peut partager ses amis. Je voulais écrire “ne garde-t-on pas ses amis?”.

Et bien sûr que de mon côté, je ne vois pas de quel droit je te retirerai tes droits sur tes commentaires! Je n’ai aucun droit sur rien, sauf éventuellement sur ce que j’écris.

11)
Atypo
, le 12.10.2006 à 09:02
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Oui, le papier est encore ce qu’il y a de plus confortable pour lire. À quand Cuk sur papier ?

J’aime aussi les “beaux livres”, mais je lis souvent des livres de poche, malgré leur piètre qualité, tout simplement pour des raisons économiques. Le Maître de Garamond, je l’ai lu dans l’édition originale, par contre. J’ignorais, à l’époque, qui était Anne Cunéo. ;-))

12)
humptius dumptius
, le 12.10.2006 à 09:30
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Posséder est sans intérêt, soit. Alors, je possède, une voiture, un ordinateur portable (Powerbook 1,25 gHz), un fixe (iMac PPC 20” 2 gHz), un Canon EOS 400, un lit, quelques lampes, une armoire à vin (remplie, et les verres en cristal qui vont avec), 4 radios (toutes sur France-Culture, je sais, c’est bizarre), 2 mètres-cube de caisses diverses avec papiers divers (livres, copies de livres, autres), 200 mètres-linéaire d’étagères avec des livres dessus, 500 CDs et…, c’est tout… Pour les autres ingrédients de la vie, bon j’ai l’heur de partager le logis d’une autre, mais je n’ai effectivement rien d’autre (si, deux hectares de terre agricole que je n’ai jamais vus à 400 kms de la maison). Alors, si on récapitule et estime, ça doit faire 12 000 livres ou environ (je les ai tous commencés au minimum, j’en ai 4 m-l d’avance, j’en ai donné ou échangé aux alentours de 3000, j’en ai emprunté (et rendu) quelques centaines et mes pdf, txt, rtf, etc., divers pèsent 21 Gb. A part ça, je fréquente 3 bibliothèques à fonds ancien, j’ai éclusé environ 6000 cotes d’archives.

Bon, on en déduira que je ne fais que ça, pas faux ! Encore ai-je renoncé à mes pratiques précédentes (près de 30 ans), occuper mes insomnies (perpétuelles) à lire, les yeux fatiguent et tout paraît vain avec l’âge. Il est non moins vrai que c’est mon métier de chercheur en histoire moderne qui me vaut en grande partie tout ça.

Le problème de la lecture, c’est lorsque elle est votre métier (on écrit aussi) et que votre loisir est la continuation en d’autres genres (philosophie, art, polars et même un peu de littérature encore) de votre métier. Je rends raison à mon cher vieux Lichtenberg, « A force de lecture, le sens des mots finit par s’user…» et au même encore, « Bientôt il sera nécessaire de créer des universités pour rétablir l’ancienne ignorance…». Bon, je ne vais pas entrer dans la question du savoir et retourner à la question du livre.

Pourquoi en avoir autant, en partant de rien, réellement rien. La première réponse, c’est que les bibliothèques publiques n’ont évidemment guère de raisons d’avoir des fonds spécialisés (domaine du savoir) ou trop orientés (polars). Donc, on achète pour ne pas avoir à se déplacer. Maintenant, c’est beaucoup plus simple on a Abebooks, ce genre de choses. Si vous sortez 300 € pour un truc qui autrement exigerait de vous, un déplacement de 300 kms et 4 jours de présence sur place pour qu’on puisse parler d’une lecture réelle, vous êtes gagnant en terme de frais (même si le labo, mais c’est tellement de paperasses, de trucs et machins), de fatigue, de conditions de travail (15 heures à la maison, 6 heures sur place). Donc, plus un, et vous pouvez étendre la problématique à tous ces ouvrages qu’on ne trouve même pas en bibliothèques publiques relativement proches (voire pas du tout via BNF-CCF), donc, pour cette année, + 20.

En persistant un peu, il y a le problème des acquisitions des bibliothèques publiques. Au fil des parutions, tout Christine Angot, tout…, bref, tout ce dont on parle. Dans ma locale proche (30 000 h.), il n’y a pas un seul ouvrage du suisse de dernière extrémité, Robert Musil (j’ai tout), rien de Joseph Roth (là, il y en a trop), ni Lichtenberg, ni Grimmelshausen, pas de Thomas de Quincey, seulement des éditions expurgées (simplifiéées) de Lewis Caroll ou du Tristram Shandy de Sterne, etc.

La lecture sur écran, je rejoins François Cunéo, c’est au-delà de l’horrible quand on n’y est pas obligé.

Quant à l’édition, il est évident que c’est assez de plus en plus ?) lamentable. Les défuntes PUF éditaient sur leur fin des ouvrages qui n’étaient même plus corrigés, les fautes sont innombrables, les mises en page sont lamentables (tout pour tirer du papier en trop), le papier lui-même, les calibrations de couleurs dans les ouvrages d’art…

Concluons avec posséder, ce n’est pas un but, ce n’est même pas une envie, mon rêve est d’arriver à mon dernier jour en n’ayant plus rien. La prochaine fois que je déménage, je vire ce qui ne m’intéresse plus. Là, j’en ai 500 en caisses dans le garage, mais c’est de la camelote à tous points de vue (ces trucs qu’on achète dans les gares pour passer le train, ces daubes pour conjurer l’insomnie). Avant je les donnais à un ami qui avait une boutique, il est passé à la vente sur eBay où je ne mets pas les pieds.

Un peu long, ça fait confessions d’un book-junkie sur le retour d’âge qui, malgré tout, aime sa dépendance. En parodiant Deleuze, « Lire, c’est tout faire pour arriver à la dernière ligne…» Désolé.

13)
ogoldberg
, le 12.10.2006 à 09:34
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Okazou, moi, je garde presque tous mes livres. D’abord parce qu’à la maison, on est pour le moment 3 à les lire à peu près tous. Ensuite parce que souvent, je les relis. Par exemple les génialissimes ouvrages des époux Eddings, que je lis 2 ou 3 fois par an depuis 10 ans, avec chaque fois le même plaisir. Et oui, j’ai principalement des livres au format poche, malgré la mauvaise qualité du papier et de la présentation, mais je préfère me payer 5 poches qu’une seule “belle édition”. Mais peut-être que quand je gagnerai plus de sous, je pourrai m’offrir plus de ces beaux objets.

14)
Nishisawa
, le 12.10.2006 à 09:41
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Je vous trouve bien pessimiste. Mon mac classic et ma stylewriter II font toujours aujourd’hui ce qu’ils faisaient il y a plus de dix ans, même si je vous écris sur un Ibook. Mon leica M6 malgré ses 25 ans passés, n’a pas pris une ride… Mon couple a allègrement passé le cap des 20 ans de mariage… Et bien sûr, les livres m’accompagnent quotidiennement depuis maintenant plus de 40 ans. Personnellement je suis peu attaché aux livres, par contre j’avoue un penchant immodéré pour les bibliothèques et les surprises fertiles qu’on y fait. J’affectionne tout particulièrement déambuler dans les rayonnages et me laisser aller au choix instinctif, guidé par un dos, un mot sur ce dos, une typographie…

15)
alec6
, le 12.10.2006 à 09:53
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Belle apologie que je partage totalement à l’instar de nombreux intervenants, lecteurs, mais aussi auteurs de ces interventions qui font le sel de ce site. A ce propos, le plaisir d’écrire n’est pas moins grand que celui de lire et pour avoir commis une centaine de pages il y a qq années, j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à me triturer les méninges, à jeter des idées en vrac, à les classer, à les organiser, à les mettre en forme, à relire, à corriger, à réécrire, à faire lire, relire et recorriger… Quand je vois (lis) la qualité des interventions sur ce site, je me dis que ce travail d’écriture est vraiment à la portée de tous !

16)
Caplan
, le 12.10.2006 à 10:00
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Je trouve souvent des livres aux puces. Je ramène ensuite là où je les ai pris certains romans que j’ai lus. C’est une sorte de cycle.

Mais quand je trouve des livres photo comme la Banlieue de Paris, édité à la Guilde du Livre en hélio, je les garde, je les chéris et je les parcours de nombreuses fois. Quel plaisir aussi de faire un petit tour à Belleville-Ménilmontant avec Willy Ronis ou aux Hébrides avec Paul Strand! (en hélio toujours)

Pour rien au monde je ne me séparerais de ces livres!

17)
Saluki
, le 12.10.2006 à 10:35
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La qualité d’écriture est liée à la qualité de lecture. Il suffit de parcourir les commentaires ci-dessus pour en voir l’effet.

La chaîne de transmission est une idée non seulement généreuse mais intelligente. J’ai eu un réel plaisir à “prendre” sur un siège de métro de la Gare de l’Est le “Charles le Téméraire” de Jean-Pierre Soisson. Je ne l’aurais jamais acheté (ni le bouquin, ni le politicien…) mais je l’ai lu goulûment et…j’ai remis l’ouvrage en place au même endroit. Gageons qu’il a fait un autre heureux/déçu, peu importe le ressenti, qui, je l’espère a agi de même.

“Posséder” des livres ne me semble ni normal ni anormal: je redécouvre souvent des ouvrages un peu oubliés avec autant de plaisir voire une meilleure compréhension. C’est sans doute égoïste. Tant pis.

18)
Inconnu
, le 12.10.2006 à 10:57
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Rien à voir, mais puisqu’on parle de lecture, vous connaissez ça?

le blog de Monsieur le chien

Je vous conseille, c’est très drôle, il faut le lire depuis le premier pour rentrer dans l’univers de ce fonctionnaire un peu déprimé, un peu obsédé, et qui sait dessiner (ça rime).

19)
zitouna
, le 12.10.2006 à 11:33
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Oui, Oui, Oui, formidable la lecture. Par contre, à l’usage, je préfère le poche, qui justement, tient dans la poche (d’ailleurs, si je dois acheter une parka ou un blouson, la première chose que je fais, c’est de vérifier qu’un livre rentre bien dans les poches, quelle horreur, ces petites poches en biais avec zip!), le “beau” livre est trop beau pour moi, j’aurais peur de l’abimer en l’utilisant! En plus, c’est lourd, quand on lit assis ou au lit… Il y a bien l’élégante solution du lutrin (évoqué dans ces colonnes par Saluki), mais je n’en possède pas… Et puis cher, très cher le livre. Heureusement que j’ai Jean-Luc, “mon” bouquiniste du marché du dimanche, entre le fromager et le boucher, il vends pas cher, reprend moitié prix et surtout, il donne de bons conseils. Une bibliothèque bien pleine? Bien sûr, pour pouvoir mieux et plus prêter! Et puis avec, à la maison, un grand ado infecté par le virus de la lecture, faut qu’il puisse sortir un peu de Nitsche…
Hervé, j’ai relu récement un Agatha Christie, et j’ai eu la nausée, effectivement, c’est assez fétide comme parfum! beuarck!
z (je viens de comencer un Redmond O’Hanlon, sur les conseils de JCC, très drôle, effectivement;-)

20)
Bigalo
, le 12.10.2006 à 11:43
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La peste soit de ceux qui par désinvolture

Conservent les bouquins qu’ils vous ont empruntés.

J’ai perdu tous les miens dans semblable aventure.

Il ne me reste que ceux que l’on m’a prêtés.

 

Je ne connais pas l’auteur, malheureusement.

21)
Bigalo
, le 12.10.2006 à 11:49
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J’ai du modifier mon message précédent, car un simple passage à la ligne lors de la rédaction n’était pas respecté à l’arrivée.

Y a-t-il un moyen de provoquer un saut de ligne sans que ce soit un nouveau paragraphe ? Option + retour peut-être ?

22)
alec6
, le 12.10.2006 à 11:54
[modifier]

Quel bonheur ! je viens de retrouver mon vélo en réparation depuis trois semaines maintenant (la pièce commandée étant enfin parvenue à mon réparateur…), mais quel malheur ! ne prenant plus le métro, devrais-je attendre les pluies menaçantes pour profiter de quelques pages en quelques stations et d’un ticket violet comme onglet ?

23)
Bigalo
, le 12.10.2006 à 11:55
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Magnifique, la balise ”<br>” est reconnue :

La peste soit de ceux qui par désinvolture
Conservent les bouquins qu’ils vous ont empruntés.
J’ai perdu tous les miens dans semblable aventure.
Il ne me reste que ceux que l’on m’a prêtés.

Peut-on utiliser toutes les balises du HTML dans les commentaires de version 3 ?

24)
zitouna
, le 12.10.2006 à 12:16
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Magnifique, la balise “ ” est reconnue :

Et comment celà fonctionne-t-il?

z (soif d’apprendre)

25)
Bigalo
, le 12.10.2006 à 12:33
[modifier]

Et comment comment celà fonctionne-t-il?

Tu as lu mon commentaire trop tôt ;-((

J’étais en train de faire des tests. Après avoir vu le résultat, j’ai réussi à modifier mon commentaire, devenu lisible.

Il s’agit de la balise “br” utilisée en HTML pour provoquer un passage à la ligne au sein d’un paragraphe. Il faut écrire successivement ”<”, “br” et ”>”, le tout sans guillemet.

Toutefois, comme il s’agit d’une balise, cela provoque le résultat attendu (saut de ligne), mais la balise n’est pas lisible dans le commentaire. Je suis allé dans GoLive que j’ai utilisé pour faire mon site, ce qui m’a permis de trouver que ”<” s’obtenait avec « &lt; » et ”>” avec « &gt; » (sans guillemet dans les 2 cas).

J’ai également fait une recherche avec Google sur textile (rien avoir avec les tissus), où j’ai trouvé qu’en entourant un texte de 2 fois le signe égal, il n’était pas interprété.

J’ai donc écrit &lt;br&gt; en rédigeant mon commentaire, pour pourvoir faire apparaître la balise, <br>, là où tu n’avais vu que du vide ;-)).

NB – Textile est un outil de mise en forme de texte utilisé dans la V3 de Cuk. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était dans l’humeur du 4 septembre, qui annonçait cette V3.

En espérant avoir été relativement clair.

29)
6ix
, le 12.10.2006 à 12:50
[modifier]

Sauf que dans ce cas, il serait mieux d’utiliser ”<br />” au lieu de ”<br>” question de standards xhtml.

Pour Textile, regardez ici.

30)
M.G.
, le 12.10.2006 à 13:36
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S’il y a une prophétie sur laquelle McLuhan s’est lourdement trompé, c’est bien la disparition du papier ! Dieu merci, Gutenberg et les typographes sont toujours bien vivants !

La lecture à l’écran ? Jamais ! J’imprime tout ce que je trouve d’intéressant et je le lis en voiture (c’est bien d’avoir un chauffeur dans les embouteillages monstrueux de Dakar), en salle de réunion en attendant que tout le monde soit là ou le soir avant de m’endormir. J’ai toujours un surligneur fluo dans ma poche :-)

Pourquoi suis-je entouré de livres ? Je préfère vivre seul en compagnie de mes chers bouquins que de subir la présence d’importuns qui rendent ma solitude encore plus pénible.

Jeter un livre ? Jamais ! Il y a suffisamment de bibliothèques d’écoles ou autres centres culturels qui pourront en profiter. J’ai d’ailleurs remarqué que c’est souvent lorsque j’ai donné un livre que j’en ai brusquement besoin pour retrouver une référence :-(

Prêter un livre ? Jamais ! En revanche, on a le droit de le consulter chez moi et de repartir avec les références ISBN ;-) Pourtant, si le lecteur ou la lectrice me tient à coeur, il m’arrive souvent de commander l’ouvrage et de le lui offrir. Peut-être pourrons-nous en discuter plus tard pendant des heures.

Livre de chevet ? J’ai toujours au moins deux livres en cours de lecture sur ma table de chevet et jamais de garde-page. Je fais tout pour mémoriser le numéro de la page où j’en étais, de manière à obliger ma mémoire à faire son boulot ;-)

Livre de poche ou pas ? J’ai souvent dit que ce qui m’importait, c’était le texte, non sa présentation. J’ai donc des rayons entiers de bibliothèque garnis de livres de poche. Aujourd’hui, les années passant, le temps et les déménagements les ont sérieusement dégradés et je passe mon temps sur Amazon ou Chapitre.com à retrouver des éditions originales de certains de mes auteurs préférés.

La reliure ? Nous avons la chance d’avoir à Dakar un excellent relieur Sénégalais dont l’art est apprécié jusqu’en France. Avoir entre les mains une belle reliure en cuir double le plaisir de la lecture. C’est physique !

31)
Okazou
, le 13.10.2006 à 06:49
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Avis à la population !

Il semble que le texte Okazou-3, pourtant à mes yeux bien imparfait, plaise et l’on demande la permission de l’utiliser.

Alors, une bonne fois pour toutes, qui veut s’emparer de la prose d’Okazou s’en empare ! Ceci est valable pour les textes passés, présents et à venir. Okazou n’existe pas mais on peut supposer que s’il existait, les droits, comme ils sont aujourd’hui compris et appliqués, ne seraient pas à sa convenance. Il aurait certainement une autre vision de la disponibilité de ce que les hommes produisent pour les hommes.

Qu’on se le dise et qu’on n’y revienne pas !

Le monde n’est pas une marchandise.

32)
Blues
, le 14.10.2006 à 19:32
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Dieu merci, Gutenberg et les typographes sont toujours bien vivants

J’ai justement bien lu l’Okazou-3, et comme il me correspondait “si bien”, je me suis dit que je me ridiculiserais en postant un commentaire, du moins pour les habitués de Cuk qui connaissent mon job.

Car j’ai honte ;-) oui, j’ai honte qu’un type comme moi, un typographe de l’ancienne école (plomb, héritier de “Gut”), un gars qui sait comment confectionner un livre de A à Z, et qui se doit normalement d’aimer les beaux livres et de les collectionner…. … eh bien, NON je ne collectionne pas les livres et n’ai pratiquement aucun livre de référence (belle édition typo, reliure cuir, etc..) et n’en achète pas. J’adore lire, OUI, mais pas collectionner, une édition “de poche” me convient souvent aussi bien que la “normale” (mais les lunettes en plus, vu le corps réduit du format poche) … une fois qu’un bouquin a circulé parmis les intéressés de ma famille, nos livres souvent disparaissent chez d’autres amis lecteurs (encore hier, je cherchais “l’île des gauchers” de A. Jardin pour le prêter… Ben non, il est plus là.. et personne ne se rappelle chez qui il est).

Deux exceptions : les BD que nous collectionnons, et les DVD que nous évitons de prêter.

Alors voilà …. désolé d’avouer que je fonctionne idem avec tout ce qui est matériel (à part ma guitare à laquelle je suis attaché depuis 27 ans)

33)
Okazou
, le 15.10.2006 à 06:32
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Eh bien tu vois, Blues, on pourrait nous prendre pour des vieux cons qui fonctionnent à l’ancienne alors que je suis persuadé, au contraire, que nous sommes les précurseurs d’un monde à venir. D’aucuns, contre toute évidence, refusent de l’admettre mais nous vivons déjà les prémisses d’une autre civilisation c’est-à-dire d’une autre manière de vivre, sur une autre approche de la vie.

Cela dit, comme toi, j’aime la typographie même si je ne la pratique pas à ton niveau, j’aime sa logique et son efficacité. Je m’intéresse au talent des typographes et m’émerveille de la typographie à travers les âges, de sa mise en place et de ses évolutions. Comme je m’intéresse à l’orthographe et à ses curiosités. Et j’enrage de voir les libéraux, méprisant la culture qui ne rapporte pas, casser l’Imprimerie nationale. Mais je suis d’abord un lecteur de livres, c’est-à-dire que lorsque je tiens un bouquin (particulièrement un roman) dans les mains, je me branche sur un auteur et sur ce qu’il cherche à me dire. Ensuite, il a une façon de me le dire, ensuite encore, l’imprimeur choisit une typographie qui lui semble adaptée au travail de l’auteur et à la fluidité de ma lecture.

Le sens vaudra toujours mieux que l’apparence.

Le monde n’est pas une marchandise.

34)
Anne Cuneo
, le 15.10.2006 à 20:53
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L’Imprimerie nationale française est une des raisons pour lesquelles j’ai fait tout ce que je pouvais pour écrire le roman d’un alphabet de plomb (“Le maître de Garamond”), le Garamond et son origine, pour enthousiasmer les gens à son sujet. J’ai bêtement pensé que cela réveillerait ceux qui voulaient démenteler l’imprimerie nationale. Oui, les franco-français, j’ai MILITE pour votre Imprimerie nationale, même si je ne suis pas française – de quoi je me mêle, hein? Mais j’ai raté mon coup, de ce point de vue-là, l’Imprimerie nationale est dispersée, on ne fait pas plus indigne par rapport à un patrimoine nationale qui est un trésor de l’humanité. Je suis d’accord avec toi, Okazu qui n’existes pas – et nous autres, est-ce qu’on existe, alors? – paradoxalement, parce que nous souvenons d’un grand principe du progrès (qu’on ne crée qu’à condition de ne pas vouloir oublier d’où l’on vient, de quel socle, de quelle base, de quel passé enfin), nous sommes en avance, et non en retard sur l’ordres des choses, comme certains disent. Je ne sais pas quel est le coup de frein qui va venir – par le climat, la guerre, ou par une explosion de sagesse collective? – mais ce qui est certain c’est qu’il va venir. Je n’ai jamais cru à la disparition du livre, même lorsque je me suis enflammée pour le Mac. Et moi non plus, je ne jette pas les livres. Tout au plus je les prête sans espoir de les revoir.