Professeur d’Histoire-Géographie au lycée La Hotoie à Amiens (Amiens, dans la Somme, en Picardie, tout au nord de la France, pour ceux qui sont déjà en train de se pencher sur leur dictionnaire ou autre atlas), je voudrais vous parler ici d’un outil qui a révolutionné ma pratique pédagogique depuis 2 ans, le tableau numérique ou le Tableau Blanc Interactif (TBI).
Je sens déjà certains d’entre vous se raidir en se remémorant toutes ces heures passées dans les cours d’Histoire ou de Géographie, à gratter des copies à l’infini et à apprendre des dates et des principes géographiques qui n’avaient qu’un rapport très lointain avec vos centres d’intérêt d’alors. Détendez-vous! Laissez ces souvenirs au placard! On est sur Cuk!
Le tableau numérique, c’est quoi d’abord?
Pour répondre à cela, il vous faut imaginer un tableau blanc anodin, accroché au mur d’une classe, qui serait en fait l’interface entre vous (et donc la classe) et le contenu de votre disque dur. Une sorte de porte ouverte sur le monde magique du numérique. Pour réussir cette prouesse, les concepteurs de cet outil, les gens de la société Promethean, ont “tout simplement utilisé” le principe de la tablette graphique et de son stylet qu’ils ont poussé au format XXL puisque la tablette est grande comme un tableau blanc scolaire standard.
La tablette graphique qui fait office de tableau blanc. Au fond, le PC à demeure… Derrière le pilier, le rack audio.
Pour le reste, ce Tableau Blanc Interactif se compose d’un videoprojecteur suspendu au plafond par un mât, d’un ordinateur (un bon vieux PC fourni par notre bonne fée Éducation Nationale auquel je préfère mon PowerBook G4) et d’un ampli audio qui alimente des hauts parleurs intégrés dans le plafond de la salle.
Une vue de la salle équipée. Au mur la tablette graphique,
pendu au plafond, le vidéoprojecteur, à gauche, derrière le
pilier, le Mac qui contrôle toute cette installation.
Vous aurez compris qu’au cœur du système se trouve
l’ordinateur, que nous appellerons ici Mac par choix purement
personnel (vous pouvez le remplacer par PC, je ne suis pas
sectaire… ou si peu!). Le Mac, donc, est relié au
vidéoprojecteur grâce à un câble VGA qui court dans le
plafond et à la tablette graphique/tableau par un adaptateur
USB/port série fabriqué par Keyspan.
Mon PowerBook G4 transformé en serveur pédagogique…
L’adaptateur USB/port série
Ces connexions effectuées, l’écran du Mac se trouve projeté sur le tableau et on peut agir directement dessus, après l’avoir calibré, grâce au stylet.
Le stylet fourni. Vous remarquerez le petit bouton orange à la base qui sert à réaliser le clic-droit au tableau. Ils ont pensé à tout!!!
Le tableau devient alors votre ordinateur et vous pouvez ouvrir vos fichiers, agir sur leurs contenus et les exploiter (même l’audio et la vidéo, puisque le Mac peut être relié à l’ampli pour diffuser du son dans toute la classe) comme si vous étiez assis à votre bureau, à la différence que là, vous êtes debout devant 35 paires d’yeux écarquillés, qui se demandent où est le truc, tout du moins les premières 5 minutes, parce que l’adolescent moderne a une tendance à se blaser naturellement très vite…
Premier avantage, et croyez-moi pas des moindres, fini la poussière de craie qui vous recouvre de la tête aux pieds à l’issue de votre cours (assez dérangeant quand votre couleur vestimentaire préférée est le noir, comme moi…) ou les odeurs entêtantes de feutre effaçable. Vous n’utilisez plus qu’un stylet!
Deuxième avantage, vous avez à portée de stylet toutes les possibilités que vous offre un Mac pour réaliser votre cours, et croyez-moi si vous voulez, ces possibilités sont plus que nombreuses (vidéo, image, son, texte, animation, j’en passe…). Vous voilà transformé en professeur numérique, le Steve Austin des salles de classe…
Le tableau numérique en action…
Il est clair que si les choses en restaient à cette simple
combinaison Mac-Videoprojecteur-surface de projection, tout
cela ne pourrait apparaître que comme un coûteux équipement
tourné essentiellement vers l’amélioration du confort de
l’enseignant et de l’ergonomie de son enseignement. Mais -
vous aviez deviné qu’il y avait un “mais” - le cœur du
système repose essentiellement sur un outil redoutable, j’ai
nommé: “ActivStudio 2 Professional”.
ActivStudio est le logiciel fournit par Promethean et il a
été étudié pour pouvoir exploiter pleinement sur le plan
pédagogique les capacités du Mac (et autres PC… puisque ce
logiciel existe aussi pour les ouindosiens…).
Voici, tout d’abord, l’aspect de la bête.
L’interface du logiciel ActivStudio 2 Professional
À gauche, une palette d’outils, entièrement paramétrable sur laquelle je reviendrai plus loin, associée à un large espace blanc, qui est le tableau proprement dit. Vous pouvez agir directement sur cet espace en écrivant, dessinant ou autre comme sur une tablette graphique. L’esprit revendiqué est celui du paperboard. Vous savez cet engin qui ressemble à un chevalet sur lequel on a appliqué un bloc de feuilles que l’on doit tourner au fur et à mesure en veillant à ne pas déséquilibrer la frêle structure, sous peine de devenir immédiatement ridicule aux yeux de son auditoire…
ActivStudio permet également l’annotation directe sur le bureau du Mac. Très pratique lorsqu’il s’agit d’annoter une page web ou autre image en provenance directe du disque dur.
À droite, une barre verticale dans laquelle on trouve, dans l’ordre de haut en bas, les flèches de défilement des pages du paperboard (avec de multiples possibilités de transitions entre les pages qui provoquent des “oooohhhh” et des “aaaahhhh” des élèves… À éviter si l’on veut préserver une certaine concentration de la part de son auditoire…).
À droite, le sélecteur de page qui permet d’accéder à n’importe quelle page du paperboard par un simple clic sur la miniature de celle-ci.
L’organisateur de pages qui, comme son nom l’indique, permet d’organiser les pages dans l’ordre voulu.
Ensuite, le sélecteur de page qui ouvre une sous-fenêtre où apparaissent toutes les pages de votre paperboard en miniature (pratique pour revenir sur un point précis abordé précédemment), l’organisateur de pages qui permet de réorganiser vos pages dans l’ordre voulu en cas de changement d’avis, le bouton “rétablir” qui rétablit la page dans son état initial et un bouton qui donne accès à une bibliothèque de ressources extrêmement fournie, avec des dessins et autres illustrations utiles pour un cours, mais que je n’ai pas ici puisque j’utilise une sorte de version beta que m’a fourni Prométhean.
C’est ce logiciel qui fait toute la force du TBI. Il va vous fournir des possibilités nouvelles pour votre cours. La première d’entre elles, et non des moindres, est celle de pouvoir enregistrer la trace écrite de tous vos cours (pour les non enseignants, la trace écrite étant tout simplement tout ce que vous écrivez au tableau à destination des élèves), vous permettant ainsi de pouvoir y faire référence lors du cours en revenant directement sur la page concernée grâce au sélecteur de page. Chose tout à fait impossible avec un autre tableau, puisque quand il est “tout écrit”, vous devez l’effacer et, par là même, détruire à jamais votre trace écrite. Quant au paperboard traditionnel, je vous mets au défi de retrouver rapidement une page écrite autre que la précédente…
Les fichiers multimédias peuvent être ouverts directement dans ActivStudio sous la forme de fenêtres propres. De droite à gauche, la vidéo (avec une vidéo tirée du site de France 5 dont je vous parlerai peut-être plus tad), le son et l’image.
Autre possibilité donnée par ActivStudio, sa gestion parfaite et très simple des hyperliens. En concevant votre cours chez vous (et donc en construisant le paperboard de votre cours), tranquillement, vous pouvez y inclure de nombreux liens, que ce soit des liens entre différentes pages (comparaison de traces écrites), des liens avec des fichiers présents sur le disque du Mac ou des liens avec des sites internet. La grande force du logiciel est d’ouvrir les principaux fichiers multimédias dans des fenêtres dédiées dans lesquelles vous pouvez annoter ce que vous voulez. Cela vous évite de jongler entre les applications sans perte de qualité ou d’ergonomie.
Quels sont les outils à disposition?
La palette d’outils d’ActiStudio est extrêmement complète et permet au prof d’une large gamme d’outils pour utiliser l’interface du TBI.
Elle est entièrement paramétrable puisque le nombre couleurs,
sa taille à l’écran et son orientation peuvent être adaptés
par l’utilisateur selon ses besoins. De plus, on peut très
facilement enlever ou ajouter des outils selon ses
besoins.
Le crayon
C’est l’instrument de base, sans doute le plus utilisé, puisqu’il est l’outil essentiel dans la construction de la trace écrite. On peut faire varier sa couleur ainsi que l’épaisseur du trait.
Le surligneur
Tout comme ces crayons qui pullulent sur nos bureaux aujourd’hui, il permet de mettre en évidence des éléments sur la page. On peut faire varier ses caractéristiques (taille et couleurs) et il peut même servir de feutre si l’on choisit une couleur plus sombre.
La gomme
D’autres explications?
Texte
Cet outil permet d’insérer un bloc texte sur la page et
s’accompagne alors d’une palette flottante digne d’un
traitement de texte.
Effacer
L’utilisation de ce bouton correspond à celui de la brosse
sur le tableau traditionnel. Il est particulièrement utile
lorsque le prof s’est emporté dans son explication et se
retrouve avec un document entièrement gribouillé, illisible.
En résumé, il efface tout, que ce soit ce que vous avez
écrit, ou un texte, ou un objet ou, plus radicalement, la
page… Les annotations se dirigent vers une corbeille, qui
apparaît en bas à gauche, le tout dans une animation du plus
bel effet (et hop! À la poubelle!)
Annuler-Rétablir
Comme partout maintenant. Le pomme-Z fonctionne aussi…
Rideau et spot
Gadgets ultimes et donc rapidement indispensables, ils
permettent de mettre en évidence un endroit précis du tableau
(le spot) ou de n’en dévoiler qu’une partie (le rideau). Les
élèves peuvent ainsi concentrer leur attention sur l’objet de
la démonstration sans se disperser ailleurs sur le tableau.
Très pratique pour leur faire décrire une image de façon
rigoureuse et ordonnée.
Caméra
Avec cet outil, on peut capturer n’importe quelle partie de
l’écran pour la conserver dans le presse-papier ou pour la
placer directement sur la page de son paperboard. Pratique
pour capturer une partie d’un site web ou un photogramme
d’une vidéo pour étudier sa composition avec les élèves par
la suite.
Pipette et pot de peinture
Pour remplir des formes fermées avec des couleurs, plein de couleurs…
Clavier
Voici sans doute la réponse à la question que se posent certains d’entre vous depuis le début. Comment fait-on pour taper une adresse dans Safari, ou autres, ou pour remplir un formulaire sans jouer au yo-yo entre le tableau et le Mac? Facile! On utilise le clavier d’ActivStudio qui pousse la coquetterie jusqu’à prendre l’apparence de celui d’un Mac.
La reconnaissance d’écriture
Avant - Après
Autre outil très pratique pour bon nombre d’entre nous, la
reconnaissance d’écriture. C’est sans doute, celui qui est le
plus “magique”. Il va, lorsqu’il activé, transformer
l’écriture la plus difforme d’un prof, ou d’un élève, en
objet de texte, parfaitement lisible, qui peut être déplacé
partout sur la page. Très pratique pour ceux qui ont
l’écriture “douteuse” ou, plus sérieusement, pour construire
une carte avec les élèves et y placer des localisations
(c’est le prof de géo qui parle!). Je précise que je me suis
appliqué pour l’exemple ci-dessus, mais que cela fonctionne
très bien avec mon écriture “normale”…
D’autres outils existent plus dédiés à des usages
“scientifiques”.
Dés
On peut lancer de un à cinq dés. Jolie façon d’appréhender les probabilités ou de se faire un 421 à peu de frais entre copains.
Rapporteur
Outils ultime pour tracer précisément des angles, ce
rapporteur indique la valeur de l’angle en son centre et une
fois l’outil enlevé, un superbe secteur apparaît. On peut
utiliser soit un demi-rapporteur, comme sur l’illustration,
soit un rapporteur entier.
Règle
On choisit la taille de l’instrument, son type de graduation (cm, mm ou pouces pour nos amis anglais) et on peut tracer son trait avec une précision diabolique, sa longueur apparaissant sur la règle. En outre, il est possible d’orienter la règle comme bon nous semble sur la page en lui appliquant une simple rotation.
Vous l’aurez compris, au cœur du tableau numérique se trouve ce logiciel parfaitement adapté aux exigences pédagogiques. Sa force est de fournir assez de possibilités et de souplesse pour laisser chacun l’adapter à sa pratique pédagogique. Pour ma part, j’ai choisi de l’utiliser en concevant mes paperboards autour du plan de mon cours et des documents utilisés. Par la suite, le paperboard est projeté au fur et à mesure de l’avancée du cours et reçoit la trace écrite. Il est enregistré à chaque fin de cours et repris au cours suivant. Voici quelques exemples de mes paperboards après utilisation.
Les compléments du tableau numérique
D’autres éléments ont été conçus pour fonctionner avec le tableau numérique. Je ne ferai ici que les présenter rapidement puisque je n’ai pas eu (encore?) l’occasion de les tester en cours.
Tout d’abord, on trouve le système ActivVote qui repose sur l’utilisation de boîtiers de vote reliés au tableau numérique.

Boîtier ActivVote
Ces boîtiers sont des petits appareils qui permettent aux élèves de réagir directement et, surtout, simultanément aux questions du professeurs. S’il le souhaite, le professeur peut faire apparaître immédiatement après le “vote” les résultats pour la classe. Chaque élève peut se voir attribuer un boîtier précis, ce qui permet par la suite au professeur de voir le comportement de chacun et sa capacité à répondre aux questions posées par le professeur.
Autre outil, l’ActivSlate qui est une tablette graphique reliée au tableau par une liaison sans fil qui permet d’agir sur le tableau numérique n’importe où dans la pièce.
Tablette activSlate
L’avantage est de pouvoir déplacer le cours dans la classe et non plus le cantonner exclusivement au tableau qui est cet espace sacro-saint, et un peu effrayant pour l’élève, où le cours se construit avec comme principal serviteur tout puissant: le prof. Avec cet outil, l’élève peut participer au cours sans être au tableau, devant ses camarades et le prof, comme on est devant un peloton d’exécution.
En conclusion
Vous l’aurez compris, le TBI est un outil incroyable qui donne une autre vision de l’enseignement en ouvrant des portes fermées jusque là, ou difficiles à ouvrir. Il m’a permis de diversifier mon enseignement en histoire et en géographie et de l’ouvrir sur de nouveaux supports (improviser en cours de géographie en ouvrant Google Earth afin “d’emmener” les élèves directement dans l’espace géographique étudié, est devenu monnaie courante…).
Dans les autres matières, je sais que mes collègues de
sciences et, surtout, de mathématiques (les précurseurs,
gloire leur soit rendue ici!) utilisent abondamment cet outil
et que les collègues de langues vivantes se penchent dessus
(mon petit doigt m’a dit qu’ils devraient tomber dedans à la
prochaine rentrée, mais chuuutt!). La diversité des matières
qui utilisent cet outil et, surtout, la diversité de son
emploi montrent son étonnante capacité à s’adapter aux
pratiques pédagogiques sans les enfermer dans un schéma qui
serait lié au propre fonctionnement de l’outil.

































