Résultats financiers d'Apple, second trimestre 2006
Introduction
Comme tous les 3 mois, Apple a annoncé les résultats financiers de son dernier trimestre. Pour rappel, l'année fiscale pour Apple s'étale du 1er octobre au 30 septembre.
C'est M. Peter Oppenheimer, Chief Financial Officer (CFO), qui, avec l'aide de M. Timothy D. Cook, Chief Operating Officer(COO), ont présenté ces chiffres via une conférence téléphonique émise en QuickTime le 19 avril dernier.Pour ceux qui souhaitent avoir un historique ou une vue d'ensemble, je les invite à lire les précédentes humeurs que j'avais écrites sur les résultats financiers d'Apple ici (Q1 2004), ici (Q2 2004), ici (Q3 2004), ici (Q4 2004), ici (Q1 2005), ici (Q2 2005), ici (Q3 2005), ici (Q4 2005) et ici (Q1_2006).
Histoire de changer un peu les habitudes, j'ai subdivisé l'humeur de la façon suivante:
- Une stratégie risquée
- Présentation objective des résultats
- Analyses des résultats par secteur d'activité
- Le modèle "musical" Apple ne me convient pas
- Conclusions
Un choix stratégique qui fait peur…
Dans la vie, il faut parfois prendre des risques. Bien sûr, on calcule au plus juste, on fait des pronostics, des évaluations, des spéculations mais à un moment donné, il faut sauter le pas et prendre un risque.
Le 5 avril dernier, c'est exactement ce qu'Apple a fait; prendre un des plus gros risques de sa carrière en mettant à disposition du monde entier un petit utilitaire appelé Boot Camp. Comme vous le savez tous (puisque même les médias en général en ont parlé), cet outil vous permet de démarrer votre Mac avec Windows XP… (de Microsoft pour ceux qui ne suivent pas).
Non, non, ce n’était pas une blague de 1er avril qui serait arrivée en retard. Après les Intel, on a droit aux produits 100 % certifiés Microsoft. Comme si l'architecture de nos Macs ne commençait pas à ressembler méchamment à un PC, on nous remet une couche en somme.
Que penser de cette annonce?
Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai participé à aucun débat sur le sujet car je souhaitais avant tout laisser passer du temps… Il faut dire qu'après le choc et le traumatisme, il a bien fallu se reconstruire avec des "médecins spécialisés" (c'est le nom que je donne aux barmans… salut Sandro!).
Mais j'ai quand même survolé les articles et commentaires ici et là et force est de constater que tout le monde trouve ça cool. Combien d'articles ou de commentaires ai-je lu qui disaient, en substance: "C'est cool, je vais pouvoir faire tourner des softs pour Windows!"
C'est vrai, c'est cool. Au lieu d'attendre des semaines, des mois, voire des années pour que notre soft favori soit porté sur Mac, il suffira de démarrer sous Windows et lancer le truc de nos rêves.
Mais attendez, le truc de nos rêves, ce n’est pas le Mac et les applications développées pour lui? Qui épousent ses formes comme le ferait une tenue de plongée sur un plongeur? Je veux dire, je croyais que le bonheur c'était ça: utiliser un Mac avec ses applications!
Là, on dirait que tout le monde est heureux de retrouver Windows avec ses dll, virus, problèmes et interfaces qui font peurs tellement elles sont ergonomiques comme une planche de Fakir.
Pourtant, il y a quelques mois, lors de l'annonce de la transition PowerPC à Intel, M. Timothy D. Cook avait déclaré que: "Les gens pourront probablement démarrer Windows sur ces nouvelles machines, mais Apple n'offrira aucun support." Et quelques mois plus tard, nous voici à l'opposé de cette affirmation.
Remarquez, je commence à me méfier de ce que ce type dit puisque la dernière fois qu'il a affirmé qu'Apple ne ferait jamais de Mac "petit prix", le Mac mini sortait 3 mois après!
Je vous entends déjà: "Mais où est le problème? C'est quoi le risque? Les gens vont encore plus facilement switcher de PC à Mac puisqu'ils auront les deux systèmes sur la même machine."
Oui, c'est possible et j'imagine que c'est bien ce processus qu'Apple imagine en mettant en ligne cet utilitaire.
Toutefois, le revers de la médaille ou le risque, c'est que les éditeurs ne se fatigueront plus à porter des applications sous Mac car elles seront disponibles sous Mac si vous avez Windows… et là, d'après moi, c'est le début de la fin. Dois-je rappeler à tout le monde que OS/2 ou BeOS sont morts pour ces mêmes raisons?
Pour le moment, tous les développeurs crient à l'unisson: "Bonne nouvelle, on va continuer de développer pour Mac!"
Mais attendez que les chiffres de ventes baissent et on entendra une tout autre rengaine. Pourquoi est-ce que les ventes de logiciels Mac devraient baisser?L'informatique est un environnement qui évolue vite et génère parfois des comportements qui sont difficilement imaginables. Par exemple, ça fait plus de 6 mois que Civilization IV est sorti sous PC et franchement, je l'attends avec impatience sous Mac. Aspyr Media, qui s'occupe du portage de l'application, nous promet le jeu depuis des semaines et pour ce qui est de Civilization III, les patchs de mise à jour pour Mac se sont arrêtés à la version 1.21g (décembre 2002!) alors que sous PC, on en est à la 1.27f.
Ce n’est pas grand-chose me direz-vous mais pourtant, c'est des centaines de modifications qui ont été appliquées entre les deux versions que sous Mac, nous ne connaîtrons jamais. Alors, quand j'aurais mon prochain Mac avec une puce Intel, je me demande bien si je vais encore avoir la patience d'attendre des mois, voire années (suivez mon regard chez Adobe), pour pouvoir bénéficier des derniers logiciels!
Voilà, pour moi, où se trouve le risque… et ce jour-là, je ne pense pas que rendre Mac OS X disponible pour n'importe quel PC de la planète inversera la tendance. Souvenons-nous que NeXT, en son temps, avait lui aussi raté l'exercice avant d'être sauvé par Apple.
Les résultats
Une fois de plus, pour le 13e trimestre consécutif (plus de 3 ans), Apple nous a annoncé d'excellents résultats. En bref, notre marque préférée a généré un chiffre d'affaires de 4.359 milliards de dollars (+31% comparé à la même période de l'an dernier) et un bénéfice net de 290 millions de dollars (+41% comparé à la même période de l'an dernier)! De plus, la marge s'est arrêtée à 29.8 sur l'ensemble du trimestre.
Dans le but d'avoir une référence, il est important de confronter et comparer ces résultats avec le passé, soit jusqu'en 2000 (année extraordinaire pour Apple et l'ensemble de l'industrie informatique) :
Ce n’est pas que je cherche à provoquer, mais j'aimerais bien que ceux qui sont toujours prêts à mettre un commentaire quand Swisscom - ou je ne sais quelle boîte - annonce de monstrueux résultats se fassent entendre…
Analyse des résultats
Sur ce dernier trimestre, les ventes de Mac subissent très clairement un ralentissement (voir tableau ci-dessus) que Timothy D. Cook attribue à l'attente dont les gens font preuves pour passer sur un Mac Intel.
Apple fait tout de même mieux que la même période l'année dernière mais de pas grand-chose (+4%):
Comme d'habitude, la progression générale est énorme à l'exception du Mac! C'est avant tout l'iPod et l'iTMS qui ont activement participé à la progression du chiffre d'affaires.
Pour le second trimestre consécutif, Apple gagne plus d'argent avec un autre produit que le Mac puisque ce n'est pas moins de 1.71 milliards de dollars qui ont été gagnés au travers des iPod contre 1.57 milliards pour l'ensemble des Mac.
Enfin, la vente des iPod a pour la première fois reculé si on peut dire. Après les 14 millions d'exemplaires des fêtes de Noël, la marque fait moins bien avec "seulement" 8.5 millions de modèles écoulés. Bon, il y a quand même pratiquement 51 millions d'iPod dans la nature:
Une histoire de format
Ce qui a fait le succès de l'iTMS, c'est qu'Apple a été un des premiers à offrir un ensemble d'éléments cohérents qui ont permis aux clients d'acquérir sans trop de mal des morceaux musicaux en toute l'égalité et de les écouter.
Bien que je n'aie craqué que pour un seul morceau, je n'achèterai plus de musique au travers de ce biais tant que les choses resteront ainsi, et franchement, je me demande si je suis le seul dans ce cas, puisque depuis le début, je suis insatisfait par une série de points essentiels.
Évidemment, si vous êtes fan d'émissions comme Be A Looser ou Sing Like a Monkey, ces points devraient vous paraître futiles… mais un des premiers reproches que je fais à Apple, c'est le format et intrinsèquement la qualité des morceaux qui sont mis à disposition des clients.
Je sais, beaucoup de tests ou comparaisons ont été publiés pour dire que le codec Advanced Audio Coding (AAC) utilisé par Apple est bon… mais par rapport à quoi? Pour bien comprendre le problème, il faut faire une analogie simple: les pizzas surgelées Findus sont meilleures que celles de chez Igloo… mais moi je n'appelle pas ça des pizzas. Je n’en donnerais même pas une à mon chien! Et ce, bien qu'Apple affirme (bas de page) que selon Dolby Labs, on ne peut pas faire la distinction entre l'original et la version compressée.
Ouais, c'est pas de ma faute si Dolby Labs emploie des malentendants ou que les mecs écoutent de la musique à travers la sono de l'ascenseur de leur travail (et je vous parle même pas de la sono pourrie qu'on trouve dans les Laguna)!
Et puis vient le point crucial, voire fondamental: la propriété de son bien. Quand vous achetez un CD, vous pouvez l'écouter sur n'importe quel lecteur de CD! Dans votre Laguna pourrie (heu, mais qu'est-ce qu'il a T contre ces bagnoles), la platine de la maison, chez un pote, sur votre ordinateur au boulot ou à la maison, etc.
Avec Apple, quand vous achetez un morceau, vous devez obligatoirement passer par un produit Apple pour l'écouter et ça, ça me gêne beaucoup!
"Pourquoi?" me demanderez-vous.
Et bien parce que je ne veux pas être lié à une marque pour écouter un bien que j'ai acquis, tout simplement. Si vous avez encore des vinyles, vous pouvez les écouter sur n'importe quel pick-up. Même chose pour un CD et ce, même si Sony venait à faire faillite demain.
Je me vois mal investir des dizaines de milliers de francs pour dans 5, 10 ou 20 ans entendre de la part d'Apple: "Ah, désolé, mais on ne supporte plus ce format… mais vous avez 5 % de rabais sur les nouveaux formats de ces morceaux… merci de contacter le service CLIENTS d'Apple."
"Mais ça n'arrivera jamais!" me direz-vous.
Ah oui? Vous voulez que je vous présente des responsables IT qui ont abandonné le Mac parce que les applications qu'ils avaient achetées ou développées pour des milliers de francs ne marchent plus aujourd'hui? (Bonjour à ceux qui utilisent encore Mac OS Classic)
Alors oui, Apple domine de la tête et des épaules ce marché et gagne plein d'argents mais pour moi, c'est au détriment des consommateurs et ça, vous voyez, en tant qu'ultra-libéral de base, ça ne me va pas et je ne pense pas que le modèle soit bon.
Et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, c'est toute cette industrie qui a le mauvais système, pas juste Apple (les DRM de Microsoft ne sont pas meilleurs).
Les magasins…
Heu… un commentaire? Oui, Apple est présent au travers de 141 magasins dans 4 pays… mais ici, en Suisse et en France, on a toujours le chiffre astronomique de 0 magasin.
Parfois des petites phrases (ou des petits chiffres) valent mieux que des grands discours.
Conclusions
Ces derniers mois, je m'attendais à de grandes surprises de la part d'Apple pour fêter dignement les 20 ans du Mac ou encore mieux, les 30 ans de la marque… mais non. Steve doit être allergique aux anniversaires et franchement, je trouve ça dommage de tous les points de vue, car il est pratiquement certain que les médias en général (radio, télévision, journaux, etc.) auraient massivement relayés l'information… une opportunité manquée en somme.
Apple est en train de grandir à nouveau, comme dans son heure de gloire et c'est bien même si ce n'est pas vraiment lié au Mac. Avec environ 15'000 employés, la boîte commence à se sentir à l'étroit dans ses bureaux et prévoit de construire de nouveaux bâtiments à côté de son siège à Cupertino, aux USA, histoire d'accueillir 3'000 à 3'500 collaborateurs supplémentaires dans les années qui viennent.
Comme d'habitude, je vous soumets une ultime illustration qui représente la différence entre les segments Mac et autres:
Alors que le Mac représentait pour Apple 90 % des revenus il y a seulement 5 ans, ce pourcentage est tombé pour le 6e trimestre consécutif à moins de 50 % des revenus (36 % sur le dernier trimestre).
Avec plus de 8.1 milliards de dollars cash, une marge de 30 %, 87 % de parts de marché dans la musique en ligne et une gamme qui aura totalement migré sur Intel d'ici à la fin de l'année, tous les voyants sont au vert pour Apple.
Toutefois, il faudra tout de même observer quelles sont les réactions du marché vis-à-vis de l'arrivée de Windows sur Mac et surtout, comment les développeurs majeurs réagiront sur le long terme.
Enfin, j'ai reçu quelques e-mails concernant l'action Apple (AAPL) parce qu'en trois mois, on est passé de 86 dollars en janvier à 59 dollars à la fin mars. Je pense qu'à l'occasion, je ferai peut-être un article sur la bourse - quitte à me faire incendier - qui expliquerait les principes de bases parce que là, j'ai l'impression que ça ne serait pas de trop pour certains.








