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Le jeu compulsif et une question qu’il pose

Le jeu compulsif me concerne depuis de nombreuses années car afin de s’adonner à sa passion ma mère n’a pas rempli ses responsabilités envers ses enfants. J’ai longtemps eu de la peine à comprendre comment une femme apparemment « normale » avait pu nous abandonner dans deux orphelinats différents : à la mort de notre père Anne avait dix ans, moi six.

Plus tard, nous avons tous les deux admis que si nous étions passés par des moments douloureux, c’est parce qu’elle se vouait au jeu.

Ma sœur a évoqué dans ses livres les difficultés rencontrées dans sa jeunesse, moi j’ai narré les miennes dans d’autres, je ne reviendrai pas là-dessus, mais je tiens pourtant à faire part ici d’une réflexion.

En me penchant sur la question du jeu à travers l’écriture, j’ai compris qu’à l’égal de tous les accros à cette dépendance que j’ai côtoyés, notre mère était une « malade » et que sa responsabilité était limitée, contrairement aux nombreuses personnes qui pensent qu’avec de la bonne volonté elle aurait pu se sortir de ce « vice » (c’est ainsi qu’on nomme souvent la pratique du jeu.)

Dans mon livre « La Joueuse », publié en 2013, dans lequel par la magie du roman je me mets dans la peau d’une joueuse, le narrateur pose la conclusion suivante : pas plus que l’on ne peut attendre d’un paralytique qu’il se lève de son fauteuil, Stella (la protagoniste de mon livre), malgré son envie de se sortir du jeu et ses nombreuses bonnes résolutions en la matière, n’est jamais arrivée à s’arrêter, mais peut-on lui jeter la pierre ? » Je réponds : « évidemment non » et par cette négation je fais preuve de résilience, c’est-à-dire que j’admets que ma mère, à l’égal d’un paralytique, avait toutes les caractéristiques d’une handicapée. Dans ma tête et dans mon cœur, j’ai fini par lui accorder les circonstances atténuantes.

Le temps est passé et il y a deux ans j’ai été mis en contact avec « Rien Ne Va Plus », une Association destinée aux personnes touchées de près ou de loin par le jeu excessif, afin de témoigner en tant que victime collatérale des méfaits auxquels le joueur expose ses proches et j’ai participé à diverses réunions de leurs groupes avec intérêt. À tour de rôle, chacun des présents racontait son parcours : certains parlaient de leur difficulté à se sortir des travers du jeu et d’autres de leur satisfaction d’être sur le chemin de la guérison, tout en craignant toujours la rechute.

Ces rencontres étaient truffées d’histoires incroyables et d’anecdotes significatives du mal-être de ces personnes et de leurs problématiques.

Au vu de ces témoignages poignants, les responsables de l’Association ont cherché des volontaires qui accepteraient de raconter individuellement leur parcours de vie en mettant en évidence les éléments qui les ont amenés à tomber dans le jeu excessif, ainsi que de parler des conséquences dues à cette chute pour eux, pour leur famille et pour leurs proches. L’objectif était de publier leurs récits dans un livre qui pourrait servir d’information et de prévention.

Neuf personnes ont accepté le défi et en relevant les histoires rapportées par les différents joueurs et en y ajoutant celle de ma mère j’ai été chargé de l’écriture d’un recueil.

Dès lors, j’ai traité les témoignages sous la forme de nouvelles, en les modifiant dans leur forme afin d’éviter qu’on reconnaisse les personnes en question, mais en respectant au mot à mot leurs dires quand ils parlaient du jeu.

Dans ce livre, sorti dernièrement sous le titre de « Quand le joueur eut tout perdu… » aux Éditions Socialinfo, avec une préface de Jean-Pierre Fragnière, j’ai transcrit l’enregistrement de ceux qui ont bien voulu nous raconter leur cheminement au jeu sous différentes formes : roulette, poker, machines à sous, loteries, lotos, jeux en ligne, paris sportifs, billets à gratter, courses de chevaux, propositions malhonnêtes d’enrichissement par internet, etc., tentations qui les ont entraînés dans des passages de vie terribles, accompagnés de conséquences désastreuses. Certains, en plus d’y avoir laissé tous leurs avoirs, ont perdu leur conjoint, leurs enfants, leurs parents, leurs amis, leurs proches, leur habitat, et d’autres ont été jusqu’au bord du suicide.

Je cite, à titre d’exemple, un extrait du témoignage d’une femme d’une trentaine d’années : Linda :

Rapidement, j’ai fini par passer tous mes dimanches, puis tous les soirs de la semaine au Casino, sans jamais parler à mon entourage de cet îlot de bonheur où je restais jusqu’à tard dans la nuit. Peu à peu, je m’épuisais et sans m’en rendre compte j’ai fini par perdre tout contrôle sur moi : je devenais la parfaite esclave d’une mécanique. Par mon travail, j’avais réalisé de belles économies, mais mon compte d’épargne s’épuisait rapidement par mes nombreux retraits. Quand je jouais, l’argent n’avait pas d’importance, il n’entrait pas dans mes priorités, il n’était que le moyen de me sentir bien, d’oublier tout le reste. Mon unique besoin consistait à retrouver le bien-être dans lequel je plongeais avec délice, rien d’autre ne comptait et seule la machine m’apportait ce plaisir. Si bien que je ne cherchais que le moyen de garder le contact avec celle qui était devenue ma grande amie dans laquelle je reconnaissais mon cocon. Parfois, je lui parlais, à d’autres je l’insultais, mais toujours elle était ma complice, mon soutien. Elle seule m’apportait le calme et l’apaisement indispensables à mon bien-être.

Quand l’argent que j’avais pris avec moi s’évanouissait et tant que mon compte restait bien garni, je savais comment parvenir à ressusciter mon rêve : je partais m’approvisionner à ma source proche au moyen de ma carte de crédit. Le jour où je me suis trouvée à bout de mes ressources personnelles, ma colère ne s’est pas tournée contre la machine, mais contre moi seule : étais-je devenue incapable de continuer à me procurer le bien-être indispensable à ma survie ? Afin de répondre à mon inquiétude, puisque mon compte était asséché, j’ai tout naturellement commencé à puiser l’argent nécessaire à entretenir mon rêve dans la caisse de l’entreprise. La chose m’était d’autant plus facile que c’est moi qui en étais responsable et que dans ma tête je considérais que je n’effectuais qu’un emprunt, certaine de gagner suffisamment le soir même pour parvenir à le rendre le lendemain.

Cette femme, qui a été condamnée à l’emprisonnement, exprime parfaitement dans ce passage la dépendance maladive dans laquelle elle était tombée : un non-joueur, par exemple, ne pourrait que difficilement comprendre qu’on puisse traiter une machine de « grande amie » et de « cocon ».

Par ailleurs, dans son récit de vie que j’ai eu à mettre en forme, Denise, qui au bout de plusieurs années de galère est parvenue à sortir de son addiction, a tenu à témoigner de ses dérives, afin d’encourager d’autres joueurs à ne pas baisser les bras et de les tenter d’y arriver à leur tour :

J’ai encore le souvenir de moments où j’allais à Évian et que je repartais ayant perdu mille, deux mille ou même trois mille euros avec une lourde culpabilité sur les épaules et de multiples questions : – pourquoi y suis-je retournée ? Comment allais-je pouvoir faire face ? Que faire désormais ? Parfois, je grelottais dans ma voiture, je tremblais, j’étais en état de choc. Je garde pour moi le réveil du matin : j’avais honte de réaliser là où j’en étais arrivée, honte de ne pas pouvoir parler clairement de mon problème, honte de mentir en permanence et surtout honte de continuer de profiter de l’amour de Jacques. J’en arrivais même à avoir honte vis-à-vis du personnel des Casinos que je fréquentais, si bien qu’il m’arrivait d’aller jouer la même journée dans des endroits différents, le matin à Annemasse, l’après-midi à Saint-Julien, le soir à Évian, afin que les employés ne remarquent pas mon assiduité maladive. Chaque fois que je quittais un de ces endroits, je me disais que je n’y retournerais jamais plus, alors que j’étais en route pour entrer dans le suivant.

Malgré mon désir de sortir de cette emprise, j’étais devenue dépendante au jeu au point que je ne parvenais plus à ralentir ma course effrénée.

C’était plus fort que moi, et les journées où je ne pouvais pas jouer parce que je devais rencontrer des gens ou qu’il fallait absolument que je gagne de l’argent en effectuant des remplacements ici et là, j’y retournais le soir, même fatiguée, parfois sous la pluie, à vélo, j’aurais été prête à faire le chemin à pied.

Je savais que ça allait mal finir, que ça ne pouvait que mal tourner, mais j’y retournais. Au-delà de ma volonté, d’une raison explicite, mon désir de jouer était plus fort que toute autre considération. Jamais je n’ai touché à des stupéfiants, mais j’imagine que mon besoin équivalait à celui que peut ressentir un drogué, quand il est à la recherche d’une dose.

Ici, Denise exprime parfaitement l’état du joueur aux prises avec sa passion. Cette personne a eu la chance de parvenir à s’en sortir grâce à la compréhension et à l’amour qu’a continué à lui prodiguer son compagnon.

Je relève encore des propos de Paul :

Je ne me suis pas fait interdire dans les Casinos, je préfère les machines à sous, il y en a partout, on entre dans un bistrot et quand on trouve une machine libre on peut jouer ce qu’on veut. En une heure, vous pouvez y laisser cinq mille francs, pourquoi aller dans un Casino pour obtenir le même effet ?

J’en connais beaucoup qui sont dans ma situation, ils arrivent avec cinquante ou cent francs, ils s’imaginent qu’ils vont jouer toute la soirée et en cinq, dix minutes, ils ont tout dépensé.

Si vous ne fréquentez pas ces endroits, vous ne pouvez pas vous rendre compte du nombre de gens qui jouent, c’est énorme, oui, je dis bien « énorme », ce sont des millions qui alimentent je ne sais pas trop quelles caisses. Allez à la Jonction, à Saint-Jean dans les bistrots populaires de la ville ; partout, on trouve de ces machines et elles sont occupées sans arrêt. Et pas forcément par des riches, au contraire, ce sont souvent des ouvriers, des employés de bureau ou même de pauvres gens qui n’ont qu’une petite rente et qui espèrent trouver par ce moyen une échappatoire à leur misère, alors qu’ils s’y enfoncent.

Et il continue un peu plus loin :

… on rencontre des machines à jouer dans tous les quartiers et ça ne me facilite pas la tâche… je n’arrive pas à comprendre pourquoi on autorise l’installation de ces engins un peu partout... Je me suis entendu dire que les bénéfices du jeu sont investis dans la culture, le sport, les associations caritatives, ce qui, à mon sens, ne justifie pas que pour aider les uns on appauvrisse les autres, d’autant plus que ce sont souvent les gagne-petit. J’ai lu aujourd’hui, dans un quotidien, une déclaration de notre conseillère fédérale, Madame Sommaruga qui dit, à propos du sujet : — « C’est incroyable ce que des joueurs pathologiques peuvent provoquer comme dégâts dans leur entourage ». — (Tribune de Genève du 11 juin 2016.) Partant du constat que la pratique du jeu excessif appauvrit beaucoup de gens, souvent des personnes qui passent ensuite à la charge de l’assistance publique, le fait de multiplier les occasions de jouer un peu partout est une incohérence qui fait penser au serpent qui se mord la queue...

Cette remarque de Paul m’a interpellé. En écrivant son histoire, je me suis posé une question qui m’implique personnellement en tant que comédien : pour avoir monté des spectacles à plusieurs reprises, j’ai fait appel à la Loterie Romande, initiatrice importante de jeux dans nos régions, qui m’a parfois aidé à faire face aux multiples dépenses qu’un organisateur de spectacles doit assumer, salaires des comédiens, du metteur en scène, du décorateur, de la costumière, des techniciens, du personnel annexe, de la publicité, de la location de la salle, ainsi que d’autres imprévus.

Je connais par ailleurs diverses personnes appartenant à des associations, à des sociétés sportives, ainsi que de nombreux artistes de différentes disciplines autres que le théâtre qui ont bénéficié comme moi de l’appui de ladite Loterie et qui survivraient difficilement sans leur aide.

Cette dernière a d’ailleurs fait appel à ses quémandeurs quand il a été question d’interdire l’installation de machines à sous dans les établissements publics. Nous sommes nombreux à avoir soutenu sa cause pour que ces machines y restent.

Mais revenons encore sur le raisonnement de Paul :... les bénéfices du jeu sont investis dans la culture, le sport, des associations caritatives, ce qui, à mon sens, ne justifie pas que pour aider les uns on appauvrisse les autres, d’autant plus que ce sont souvent les gagne-petit. Ça correspond à : « déshabiller Pierre pour habiller Paul »…

À partir de là, je pose la question du jour : est-ce que je crache dans la soupe en remettant en cause la légitimité d’un de mes bienfaiteurs dans un livre que je signe ? Ai-je tort d’adhérer aux propos de Paul, tout en sachant que de nombreuses personnes, moi y compris, bénéficions (ou avons bénéficié) de leur aide ?

Autre point important qui m’interroge : doit-on prendre des mesures pour protéger les individus en danger de courir à leur perte ? On nous oblige bien à mettre la ceinture de sécurité en voiture ou un casque en moto, par exemple...

Je dois dire que la suite du raisonnement de Paul m’a encore ébranlé :

… ces personnes sont souvent des gens qui passent ensuite à la charge de l’assistance publique et le fait de multiplier les occasions de jouer un peu partout est une incohérence qui fait penser au serpent qui se mord la queue...

Alors, qu’en pensez-vous, est-ce juste, pour reprendre son expression, d’accepter de « déshabiller Pierre pour habiller Paul » ?

15 commentaires
1)
Renaud LAFFONT
, le 19.01.2017 à 06:33
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Roger, merci pour cet article. J’ai longtemps pensé que le jeu ne pouvait pas être aussi addictif que les drogues ou l’alcool. Mais je l’ai réalisé lors d’une soirée dans un casino à côté de chez moi. C’était la salle des machines à sous et mes amis et moi étions ravis quand la machine nous donnait un gain de 10 fois la mise (des pièces de 50 centimes), cette décharge d’adrénaline quand la machine sonnait « victoire » et le bruit des pièces tombant dans le réceptacle. Et autour de nous, je voyais pas mal de joueurs qui me semblaient immunisés, blasés, face aux gains accumulés dans leurs parties. Ils mettaient les pièces mécaniquement dans la machine, le regard vide, absent. Une dame gagne 200 fois la mise et rien, aucune réaction de satisfaction….

Au sujet de la protection des joueurs, je sais que certaines personnes se font volontairement interdire de casino pour éviter de craquer. Pas facile de voir comment mettre en place un tel système pour des loteries. A part quand c’est sur internet, ou on peut verrouiller ou restreindre son compte.

2)
ysengrain
, le 19.01.2017 à 07:22
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Le jeu, tel qu’évoqué ici, est une addiction. L’addiction est une maladie.
Je transmettrai à ceux qui me le demanderont – demandez le moi par e mail, l’intégralité d’un cours universitaire très accessible sur l’addiction au jeu.

3)
Roger Cuneo
, le 19.01.2017 à 10:02
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Bonjour ysegrain, je suis très intéressé par L »addiction est une maladie, peux-tu me l’envoyer ? Merci.

4)
ToTheEnd
, le 19.01.2017 à 11:44
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Comme le dit notre doc local, l’addiction est un problème qui peut survenir dans tous les domaines… le jeu n’est qu’un cas. L’alcool, l’achat (qui ne connait pas un acheteur compulsif?), manger, etc.

Alors, qu’en pensez-vous, est-ce juste, pour reprendre son expression, d’accepter de « déshabiller Pierre pour habiller Paul » ?

Encore une fois, on peut pousser cette réflexion dans bien des domaines… est-ce que la collectivité devrait prendre en charge une maladie qui découle du tabac chez un fumeur? Ca fait tout de même 40 ans si ce n’est pas 50 qu’on sait que le tabac tue. Idem avec les obèses, toutes les maladies qui découlent d’un surpoids devraient-elles être prises en charge par la communauté alors que toutes les études montre qu’il ne faut pas être en surpoids ou obèse?

Se poser ces questions, c’est très vite tomber dans le jugement de ce que les gens ont le droit de faire ou non sous le sempiternel jugement du « bien de tous ».

Je joue parfois au poker et c’est vrai que là encore, les sensations lors de grosses mises sont assez excitantes et je comprends très bien que certains puissent se laisser entrainer… toutefois, malgré le plaisir (d’être avec des potes) et l’excitation (de gagner parfois) ne me fait pas basculer dans l’addiction. Je pense que c’est également parce que je suis très rationnel avec ce genre de truc et je sais que malgré quelques victoires, ce n’est pas une voie viable. Je me limite donc à une somme fixe et je m’y tiens… que je gagne ou perde.

Ceci dit, l’effet de groupe peut également être un catalyseur puisque les effets sont démultipliés et les gens réagissent parfois d’une façon totalement irrationnelles dans ces circonstances.

T

5)
Pierre A Cordier
, le 19.01.2017 à 12:06
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Vaste et complexe sujet que celui de l’addiction en général, je comprends les propos tenus ici mais je crains que ce soit trop complexe pour que le simple mortel que nous sommes puisse y faire quoi que ce soit pour arriver à son extinction.

Tant que intérêts divers y seront associés tels que argent et pouvoir par exemple, la tendance n’est pas prête de s’arrêter.

Aussi longtemps que la macabre comptabilité entre ce que ça rapporte et ce que ça coûte à la collectivité ne s’inverse pas, nos autorités ne voient pas, à tort, les raisons qu’il y a de réagir.

D’un autre côté, notre société est basée sur la responsabilisation et la liberté de chacun, bien entendu pour les victimes il y a différents moyens d’agir basés sur l’information, la prévention, le soutien et les soins. Ce qui n’est pas rien mais doit-on aller au-delà?

En interdisant? Par quoi commencer? Le tabac? L’alcool? Le sucre? Le gras? Les jeux d’argent? Pas simple comme je vous disais, tellement d’intérêts divers y sont imbriqués qu’il est difficile de trouver une solution.

Et encore une fois tant que cela concerne une minorité, dans le cas des jeux par exemple, c’est malheureusement pas demain que ça va changer. Ne disait-on pas, « du pain et des jeux », deux éléments essentiels de la vie.

Faut juste pas sombrer dans les extrêmes mais ça c’est valable pour tout et l’époque que l’on vit, ainsi que les leçons du passé, sont là pour nous le rappeler.

Pierre A Cordier
Pour la planète
Ici et maintenant

6)
Jean-Yves
, le 19.01.2017 à 14:20
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En plus d’être troublant, ce billet m’a poussé à m’informer.
N’étant pas joueur, je me demandais:
Quelles sont les probabilités de gagner aux jeux de hasard?

Ce blog québecois y répond très sérieusement.
(Essayez le test. Un seule bonne réponse pour moi!)
Peut-être intéresserait-il les membres de “Rien Ne Va Plus”.

7)
Roger Cuneo
, le 19.01.2017 à 14:46
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Je réponds ici aussi bien à ToTheEnd qu’à Pierre A Cordier, j’entends bien ce qu’ils disent, et on pourrait de satisfaire de la situation telle qu’elle est. Pourtant, dans la Tribune de Genève du 11 janvier (il y a quelques jours. donc) je lis « Que le produit brut du jeu d’argent dépassait les 1,5 milliards de francs en 2015. Ce pactole profite en partie à l’AVS et à de très nombreuses associations et institutions, à travers la redistribution des bénéfices des loteries. Mais cette médaille a son revers, l’addiction au jeu génère des coûts sociaux évalués à plus de 600 millions de francs par année, selon lune étude de l’Université de Neuchâtel publiée en 2012.
Entre 75’000 et 120’000 personnes sont directement concernées. Les jeunes de 15 à 20 ans seraient deux fois plus touchées que les adultes… »

Ça pose une question un peu plus complexe que de dire que la liberté individuelle prime.
C’est vrai, comme dit Pierre A Cordier que « Tant que des intérêts divers y seront associés tels qu’argent et pouvoir par exemple, la tendance n’est pas prête de s’arrêter. », mais c’est un peu court si on en reste là.
Si on continue, comme le disent les témoignages que j’ai transcrits dans mon livre, à semer un peu partout des machines à sous dans des cafés, les bureaux de tabac, où l’on vend des billets de loterie et autres à gratter, si on multiplie l’ouverture des Casinos comme autour de Genève, par exemple, sans parler de la possibilité de jouer depuis chez soi en ligne, la « liberté » des joueurs est relative, je dirai même fortement réduite.

Si bien que si on a trouvé comme moyen de protéger l’automobiliste en l’obligeant à un certain nombre d’obligations, on pourrait au moins protéger nos jeunes gens d’entrer dans une spirale qui peut les amener à leur perte.

8)
Roger Cuneo
, le 19.01.2017 à 15:07
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Jean Yves, je suis pressé, je n’ai donc jeté qu’un coup d’oeil à ton lien que je conseille à tout le monde. Je me permets de mettre ici sa fin pour d’autres gens pressés :

« La phase de gain. L’individu joue régulièrement et ne vit pas de difficulté particulière. Le joueur remporte souvent une somme d’argent importante et plus élevée qu’à l’habitude. Confiant en ses habiletés et développant l’illusion qu’il peut reproduire ce gain, il augmente considérablement sa fréquence de participation au jeu. Les gains lui apportent du pouvoir et de la reconnaissance sociale, et il est très généreux envers sa famille et ses amis.
La phase perdante. L’individu joue régulièrement et augmente ses mises, convaincu de l’impossibilité de perdre. Pourtant, il s’appauvrit peu à peu. Il attribue ses pertes à des conditions extérieures (par exemple, la piste de course était en mauvais état ou le croupier du casino était contre lui). Il nie la réalité, tant il est certain qu’il retrouvera sa forme d’antan. Dans ses tentatives de récupérer l’argent perdu au jeu (« se refaire »), le joueur s’enlise dans un cercle vicieux, s’endette et ment à son entourage au sujet de ses absences prolongées, de ses pertes et de son manque d’argent.
La phase de désespoir. Pendant cette période, le joueur croit encore pouvoir gagner, mais perd presque toujours. Le jeu devient progressivement tout ce qui importe dans sa vie. Il subit une véritable perte de contrôle dans laquelle se renforcent les comportements typiques des problèmes de dépendance.
Un individu en phase de désespoir n’aura pas d’autres choix que de consulter. Il est souvent dit que les joueurs doivent atteindre le « fond du baril » avant d’aller chercher de l’aide. Les gens qui consultent sont souvent dans cette situation. Malgré tout, de plus en plus de gens vont voir un spécialiste de la santé mentale avant d’être en phase de désespoir, ce qui les aide à repartir du bon pied avant d’avoir tout perdu. »

9)
cukaboudesoufle
, le 19.01.2017 à 17:28
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Nous sommes nombreux à avoir soutenu sa cause pour que ces machines y restent.

Ca c’est la phrase qui fait le plus mal de l’article. La victime indirecte de l’addiction au jeu se retrouve à défendre le bourreau.
Cela renvoie à la position éthique que l’on veut défendre au sein d’une association.
Certes les chemins de l’argent sont complexes et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver ou d’échapper aux agents financiers douteux (pour ne pas dire véreux), surtout quand ils cherchent à blanchir leur image, et leur argent au passage.
Mais parfois un peu de résistance ou de désobéissance fait bouger les choses.

10)
Roger Cuneo
, le 19.01.2017 à 17:42
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cukaboudesoufle dit : Certes les chemins de l’argent sont complexes et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver ou d’échapper aux agents financiers douteux (pour ne pas dire véreux), surtout quand ils cherchent à blanchir leur image, et leur argent au passage.

Oui, en ce qui concerne le jeu on certains se font passer même pour des philanthropes…
un comble.

11)
ToTheEnd
, le 19.01.2017 à 22:18
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Petit détournement mais lié à l’obésité qui touche 10% des suisses… soit 800’000 personnes:

Si on continue, comme le disent les témoignages que j’ai transcrits dans mon livre, à semer un peu partout de la malbouffe dans des cafés, les bureaux de tabac, où l’on vend des hamburgers et autres autres frites, si on multiplie l’ouverture des fast-food comme autour de Genève, par exemple, sans parler de la possibilité de réchauffer des plats surgelés chez soi, la « liberté » de manger seinement est relative, je dirai même fortement réduite.

Je comprends que ce problème ait eu des conséquences néfastes (désastreuses) et que cette liberté de jeux te paraisse dangereuse. Ceci dit, je ne suis pas expert dans le domaine et je serais étonné qu’il y en ait ici… je souligne simplement qu’il y a des difficultés profondes à vouloir légiférer ou limiter cette « liberté » de jeux car on pourrait faire de même avec la bouffe et demain, les loisirs au sens large qui font des milliers de morts et blessés par année.

T

12)
Tom25
, le 19.01.2017 à 22:47
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J’ai des défauts, mais j’ai su me mettre des coups de pieds de cul pour ne pas fumer quand tous les copains/copines s’y mettaient, pour ne pas boire (à en être saoul), etc. . Pareil pour certains jeux. J’ai parfois répondu de manière agressive à des sollicitations.
Je suis rentré quelques fois dans des casinos, même si je n’ai jamais été attiré par les jeux d’argents, je me préparais mentalement. Ça m’inquiète de voir ces personnes, ça me fait la peine et je les plains autant que leur entourage.

Ce serait inenvisageable d’obliger une personne jouant plus de x €/mois d’avoir un entretien avec un psy ? Ce dernier bloquerait l’accès au jeu en cas de problème. Je ne sais pas mais les cas que tu décris ne seraient pas compliqués à diagnostiquer, si ?

13)
M.G.
, le 20.01.2017 à 00:56
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Dans son témoignage « Un oursin sur les tapis verts », Philippe Bouvard aborde le sujet en connaisseur.

Pour avoir longtemps fréquenté les tables de roulettes jusque fort tard dans la nuit, j’ai assisté à de nombreux drames humains, allant jusqu’à la prostitution de certaines grandes dames de la Cité. Oui, le jeu est une addiction redoutable. La peste étant que l’on reste persuadé que l’on va se refaire au coup d’après.

14)
Pierre A Cordier
, le 20.01.2017 à 11:39
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Quoi dire de plus? Je comprends très bien que vous avez été profondément touché par cette problématique particulière liée aux jeux d’argent. Certes on peut toujours demander aux autorités d’en faire plus.

Il est assez difficile de trouver le juste milieu, de contenter tout le monde dans chaque domaine. Dans une démocratie il y a une règle immuable, la majorité l’emporte sur la minorité. Sans pour autant mettre de côté cette dernière. En Suisse, j’ose estimer que l’on en fait souvent bien plus qu’ailleurs. Après il est évident que si certains ont l’impression que ce n’est pas suffisant, il existe plusieurs voies qui peuvent venir compléter l’action étatique. Notamment par les milieux associatifs ou initiatives privées.

Encore une fois, l’addiction sous quelques formes que ce soit est un sujet que personne ne maîtrise vraiment car il touche au mental, à l’émotionnel des personnes concernées. Et comme chaque personne est sensée être différente avec un cerveau particulier, l’on ne pourra malheureusement jamais régler le problème dans sa globalité à l’aide d’une quelconque interdiction mais par une approche personnalisée basée sur plusieurs piliers : l’éducation, l’information, la prévention, le soutien, la thérapie. Non sans avoir l’assurance d’une guérison durable et définitive au premier essai ni les suivants d’ailleurs. Parfois l’instinct de survie peut faire la différence et/ou se dire que la vie est belle, aussi.

15)
M.G.
, le 22.01.2017 à 09:28
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Il est souvent dit que les joueurs doivent atteindre le « fond du baril » avant d’aller chercher de l’aide.

Les Alcooliques Anonymes ne disent pas autre chose. Je crois d’ailleurs que c’est le point commun de toutes les addictions : la prise de conscience et l’acceptation de son état n’interviennent que lorsque l’on est au fond du trou, après avoir subi toutes les avanies imaginables.

Sur l’alcool, on peut lire ou relire « Un anniversaire ! Un espoir ? ».