Je suis un photographe amateur et passionné. Je passe beaucoup de temps à faire de la prise de vue, et le moins de temps possible à faire du post-traitement (que je qualifierais de mal parfois nécessaire, car on n'a pas toujours la chance d'avoir le bon cadrage ou la bonne lumière suivant les circonstances de prise de vue). Je fais environ 12'000 photos par an, aussi bien du portrait, du paysage que de la macro.
Les logiciels que j'utilise
- iPhoto pour trier mes photos avant la retouche. Simple, lent, peu efficace. J'ai testé iView Media Pro 3, dont la possibilité de renommer des fichiers à la volée m'a beaucoup plu. La table lumineuse aussi.
- DxO pour le traitement du RAW et les corrections liées aux imperfections des objectifs, ainsi que le renforcement de la netteté
- PhotoShop CS pour tout le reste (recadrage, filtres, changement de résolution, bordures)
Alors quand Aperture est annoncé, je tends une oreille curieuse car cet outil, tel le vaisseau Enterprise dans la série Star Trek, semble aller la ou personne n'était allé auparavant. Je ne plagierais pas les prises en main et tests faits avec beaucoup de soins par des gens bien plus compétents que moi. Je pense notamment aux tests de Jean-François Vibert et du site Ars Technica (en anglais), ici et là, que je vous recommande vivement. Je vais juste vous donner un petit aperçu de ce logiciel, pour les néophytes que nous sommes pour la plupart.
Le Workflow
Pour résumer, le logiciel gère la chaîne de production (le workflow en anglais), depuis l'acquisition jusqu'à l'impression. On importe des photos depuis une carte mémoire, un appareil numérique ou un répertoire (ou une bibliothèque iPhoto pour les plus courageux). On peut ensuite trier les photos, leur attribuer des mots clés, un classement en nombre d'étoiles, faire différentes modifications (luminosité, contraste, saturation des couleurs, teintes, recadrage) et mettre les photos en forme (pour des tirages papiers, un livre ou un site Web).
Aperture ne remplace pas PhotoShop
Non, cela me semble clair. Pour la retouche en profondeur
d'une image (les calques de réglages, les filtres), pour le
grand nombre de plug ins disponible, PhotoShop reste
indispensable. D'ailleurs on peut aller éditer une image dans
PhotoShop depuis Aperture et y revenir par la suite une fois
la retouche terminée.
Aperture ne remplace pas vraiment DxO non plus, pour la
correction du vignetage, de la distorsion et des aberrations
chromatiques. Finalement, c'est encore avec iView Media Pro
qu'il me semble être le plus en concurrence.
Le tri sélectif
Le tri en fonction du classement (nombre d'étoiles) comme dans iTunes est pratique pour opérer rapidement une ou plusieurs sélections (le best-of de la soirée en quelques photos ou avec un plus grand nombre de photos). On peut également afficher l'ensemble des paramètres d'une prise de vue de manière simple et efficace. Pratique quand on a plusieurs appareils photos pour s'y retrouver.
Le stack-anovisme
Le mode stacks (piles) ne fait pas référence à Hypercard. En fait, il permet de faire des piles de photo par sujet. Le mode automatique permet de choisir les photos prises pendant un intervalle de temps défini (15s, 30s, une minute). À quoi cela peut-il bien servir, me direz-vous. Hé bien, quand vous faites des portraits, notamment en mode rafale (les propriétaires de Nikon DX2 se reconnaîtront). Prenons l'exemple de portraits pour un mariage ou une fête de famille. Les photos s'enchaînent à la vitesse de l'éclair. Ensuite, il faut tout trier et ne garder que les photos intéressantes. Parfois, les expressions sont proches et il est difficile de faire un choix. Voila l'intérêt des "stacks", qui vont classer les séances rafale ensemble et permettre de hiérarchiser son choix. Ensuite, un coup de table lumineuse, ou on peut afficher jusqu'à 8 images (2 rangées de 4) en même temps pour mieux comparer.
Les réglages
Il y a de nombreux réglages disponibles, sur la palette à
droite de l'écran. Luminosité, contraste, etc. Tout est
accessible en un clic, c'est bien pratique. On peut également
attribuer les mots clés de manière simple et rapide.
Ne loupez surtout pas la Loupe
La loupe est géniale. C'est une des idées phares d'Aperture à mon avis. Ca marche bien évidemment sur l'image principale (celle sur laquelle on travaille) mais également sur les autres images d'un album.
En plus elle apparaît aussi lorsqu'on veut pointer un point
blanc pour la balance des blancs. Ca, c'est rudement
pratique.
Le RAW? Pas testé
Je ne l'ai pas testé pour deux raisons. L'une étant que je suis un adepte de DxO qui s'en occupe très bien. L'autre, la plus bloquante, étant qu'Aperture ne supporte pas le RAW de mon Canon 350D.
Le stockage
Aperture reprend le mode de stockage de photos d'iPhoto. À savoir qu'on lui confie nos photos et qu'il les range à sa manière dans un répertoire spécifique. La ou les choses se compliquent, c'est qu'il stocke dans une sorte de base de données les modifications apportées aux images, ce qui permet de gagner de la place par rapport à un système plus traditionnel. Ainsi 10 versions différentes d'une photo ne rajouteront que quelques Kilo-octets la base, au lieu de multiplier par 10 le stockage nécessaire. C'est plus économique et plus pratique. Cependant, et c'est le revers de la médaille, quand on apporte des modifications à une image dans Aperture, cela reste propriétaire au programme et ne peut pas être exporté (la photo modifiée est bien évidemment exportable, elle). À noter aussi qu'il n'y a pas d'équivalent d'Aperture sur Windows, cela sous-entend que l'on travaille uniquement sur Mac. Par comparaison, PhotoShop et iView Media sont disponibles sur les 2 plateformes.
Do you speak French?
Le logiciel est en Anglais et il n'est pas certain qu'il soit traduit dans l'immédiat, selon Oren Ziv, Directeur Marketing Produit Software d’Apple Europe, dans une récente interview accordée au site Macplus. "C’est quelque chose que nous étudions mais nous ne pouvons rien annoncer pour l’instant.". Traduction "faudrait vraiment espérer en vendre beaucoup en France, Suisse et Belgique francophones (sans oublier le Québec) pour que ça vaille économiquement le coût de le traduire". Pour certaines personnes, l'absence d'une version localisée pourra paraître rédhibitoire, pour d'autres non.
La Question qui tue
Vous vous demandez probablement "Comment ça tourne sur une machine normale ou un vieux Mac?". Il ne faut pas se voiler la face, un Mac rapide est nécessaire quand on se sert beaucoup du logiciel et de toutes ses fonctions. Il apporte un gain de confort et de productivité non négligeable, c'est indéniable.
Qui dit "Mac rapide" ne dit pas forcément "Mac récent". Mon ordinateur est un PowerMac G4 bi 500MHz de Juillet 2000 (un modèle "Gigabit Ethernet"). Il a été sévèrement overclocké avec une carte Gigadesigns bi 1,4Ghz, la RAM est passée à 1,5Go et la carte de vidéo a été remplacée par une ATI Radeon 9000 Pro (qui ne supporte pas CoreImage). Si vous avez 2 écrans, je vous conseille de désactiver l'affichage du bureau sur 2 écrans (et de mettre le mode "recopie vidéo" à la place, car cela permet à Aperture d'être plus réactif.
Sur ma configuration, le logiciel est exploitable, l'interface répond assez bien en travaillant sur un nombre d'images raisonnables. La loupe répond très bien, mais certaines opérations sont un peu moins réactives (la table lumineuse notamment).
Sachez aussi que même si votre machine n'est pas dans la liste des machines supportées officiellement par Aperture, il est néanmoins possible de l'installer grâce à un patch que l'on peut trouver assez facilement sur le web. À mon avis, Apple a volontairement limité les machines pouvant faire tourner ce logiciel afin de ne pas dégrader l'expérience utilisateur sur une configuration moins musclée. Mettre 500 euros dans un logiciel pour s'apercevoir qu'il broute sur un Mac, ça ne fait jamais très plaisir.
Bon alors, ce logiciel il est bien ou pas?
Ce logiciel est bien, dans le sens ou il propose une nouvelle manière de travailler, plus logique et plus conviviale que les autres logiciels. Pour les professionnels, un tel outil peut apporter un gain de productivité appréciable. Pour les amateurs, c'est plus discutable. Un amateur fortuné avec une belle machine puissante se fera très plaisir. Sinon, il existe des solutions moins gourmandes et moins coûteuses, telle qu'iView Media Pro, même si ce dernier ne propose pas une solution de bout en bout pour gérer ses photos. Cette facilité de traitement peut faire oublier la relative lenteur, le stockage au format propriétaire des modifications apportées à un fichier ou l'absence de francisation.
Les différents tests parus sur le Web font état de bugs, plus ou moins gênants, que je n'ai pas forcément rencontrés dans cette prise en main assez brève.
Je pense qu'il faut être indulgent avec cette version 1.0. Comme Final Cut à son époque, cette première version laisse entrevoir un fort potentiel, avec quelques erreurs de jeunesse, qui devraient être réglées en partie ou en totalité dans la version 2.







