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Livres en ligne: être ou n’être pas?

Vous êtes du genre qui ouvre un livre autre qu’un roman, qui cherche l’index pour ne lire (ou ne repérer) que ce qui l’intéresse, ne le trouve pas, et maudit le sort? Alors, ceci est pour vous. Car bientôt Google Books, Amazon et autres Yahoo vont être devenus votre index - celui de vos rêves les plus fous. À condition bien entendu que le législateur s’abstienne d’invoquer les rigueurs du copyright.

En octobre 2003, l’hebdomadaire américain Newsweek annonçait un événement qui, selon Steven Lacy, l’auteur de l’article, ferait pâlir, lorsqu’on étudierait l’histoire de cette année-là en rétrospective, le fait que les États-Unis avaient envahi l’Irak, et que la Californie s’était donnée pour gouverneur un certain Arnold Schwarzenegger: Amazon.com (US) avait inauguré son système “Search inside this book” (cherchez dans le contenu de ce livre). En effet, lorsque vous faites une recherche sur Amazon US (www.amazon.com) depuis cette date, vous obtenez des références non seulement pour des titres, mais aussi pour des contenus au sujet de l’auteur que vous cherchiez. Ainsi, vous avez sous la main, en plus du titre, bon nombre de livres de critique, qui parlent de l’auteur ou du sujet qui vous intéressaient. En 2003, lors du début de ce “service”, Amazon avait déjà digitalisé 120’000 livres. Pour quelqu’un qui fait une recherche, c’est là un auxiliaire précieux.

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Amazon propose la lecture de livres qu'on a l'intention d'acheter. Le nombre de pages qu'on vous permet de lire varie selon que le livre est copyright ou pas, que l'éditeur a été d'accord ou pas. Le but est de vous permettre de faire un achat aussi informé que si vous étiez allés le feuilleter dans une librairie.

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Vous ouvrez le livre et vous avez le texte en fac simile. Remarquez les liens au-dessus du texte: en plus des extraits, vous pouvez voir la couverture, la table des matières, éventuellement la préface. Amazon n'offre pas les livres en entier. Son but premier reste de vous les vendre.

Précisons qu’Amazon ne fait pas cela par philanthropie: ce qu’on veut, c’est vendre des livres. Cela a été dit d’emblée. En effet, vous pouvez certes lire une ou deux pages autour de la référence que vous cherchiez, mais vous ne pouvez ni copier ni imprimer ces pages, juste les lire, en prendre la référence - après, à vous de voir. La référence que vous avez trouvée vous a suffi (assez rare, tout de même), ou alors vous allez voir à la bibliothèque (c’est sage), ou encore vous avez les moyens et vous achetez le livre. Si vous n’avez pas le temps d’attendre que votre libraire l’ait fait venir d’on ne sait où (cela prend parfois des semaines, même à l’âge d’Amazon.com), vous le commandez séance tenante, avec deux clics de souris. Si Amazon, Chapitre, Borden ou autre vendeur en ligne l’a en stock ou sait comment se le procurer rapidement, il est là en quelques jours.

Depuis peu, Google a institué quelque chose qui ressemble à cela, la vente immédiate en moins. Vous avez sans doute remarqué le lien qu’on trouve désormais au bas des pages de toute recherche Google, genre:

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Systématiquement, au bas de chaque recherche, vous trouvez ce lien. Pour le voir, il faut cependant que vous choisissiez d'afficher Google en anglais. En français, le lien n'existe pas (encore). Mais même en anglais, il y a plein de liens à des livres en français pour autant que votre recherche porte sur un auteur français, Molière par exemple.

Un click pour signifier que vous acceptez, et ça donne ça:

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Voici ce qu'on vous propose: des titres dans toutes les langues sur votre sujet (pour Molière, ça continue comme ça sur plusieurs pages internet)

La chose n’est pas toute nouvelle. Elle date en fait d’il y a un an déjà: Google avait alors signé une convention avec les universités de Stanford, du Michigan, de Harvard, d’Oxford et avec la Bibliothèque publique de New York - elle lui donnait accès à quelques-unes des bibliothèques les plus riches et les plus prestigieuses du monde. Selon les termes de cette convention, Google avait le droit de digitaliser leurs livres.

Voici venir la mythique librairie d’Alexandrie

C’est à cette librairie mythique censée contenir tous les livres du monde, vieux rêve de l’humanité, qu’on a comparé le projet de Google - ou alors on a dit que cela allait être l’équivalent de la librairie de Babel chère à Jorge Luis Borgès. Et le fait est que Google a commencé, en 2005, à scanner les bouquins. Début novembre, il lançait une version bêta du moteur de recherche des livres.

“Notre monde va changer complètement”, s’est exclamée une libraire dans le New York Times le jour du lancement.

Sauf que, tout à coup, le changement se trouve ralenti par des problèmes de copyright. Car lorsqu’on lit un livre en ligne, qui donc en profite? L’information doit être libre, proclamaient les premiers acteurs d’internet. Et si nous étions dans une société où l’argent n’est pas nécessaire pour vivre, ce serait parfait, et légitime. Tout le monde aimerait cela. Mais il y a un mais: de mettre l’information à la disposition de tous de manière efficace et professionnelle, c’est très cher, à plusieurs niveaux, car chacun des livres qu’on digitalise a été écrit et publié.

1er niveau

a) l’auteur doit vivre, qui le paiera?
b) l’éditeur doit prospérer pour continuer à publier, qui le paiera?
c) et l’imprimeur?

2e niveau

a) il faut chercher les livres
b) il faut les digitaliser
c) il faut les mettre en ligne
d) il faut mettre à la disposition des lecteurs des moteurs de recherche efficaces
e) il faut entretenir tout cela, y compris le réseau.

3e niveau

a) qu’adviendront les distributeurs traditionnels?
b) qu’en sera-t-il des libraires?

L’industrie américaine du livre a ainsi mis en avant tous ces arguments pour invoquer les lois du copyright qui stipulent que tout texte quel qu’il soit est protégé pendant 70 ans après la mort de son auteur. On ne peut donc pas en disposer librement comme aimerait le faire Google.

Cela explique que les livres que nous trouvons depuis longtemps sur internet sont des textes dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans, et qui sont donc tombés dans le domaine public. Les Essais de Montaigne, La Recherche du temps perdu de Proust (tombé dans le domaine public depuis peu), Les Trois mousquetaires de Dumas, pas de problème.

C’est d’ailleurs à ceux-là que s’est attaqué en premier Google. Et si je peux me permettre une parenthèse, qu’est-ce que c’est pratique de pouvoir télécharger un classique pour naviguer dedans. J’ai même eu tout Shakespeare dans mon Palm!

Le projet Gutenberg (www.gutenberg.org) digitalise des livres depuis des années, il offre actuellement un catalogue de 17’000 titres en 45 langues. Des textes du domaine public uniquement. Et le site www.gallica.fr offre de nombreux titres de la Bibliothèque nationale de France, en fac simile, même - pour ne nommer que ces deux-là.

Copyright ou pas copyright?

Si aujourd’hui la polémique fait rage, c’est que Google, Amazon, MSN (qui appartient à Microsoft, vous pensez bien que Bill ne pouvait pas manquer), les trois acteurs principaux dans cette affaire, veulent faire un pas de plus: mettre en ligne les livres écrits ACTUELLEMENT, dont le copyright existe encore. Et un des responsables de Google, Jim Gerber, est à tel point emporté par l’enthousiasme qu’il proclame: “À l’avenir, les seules choses qui seront lues seront celles qui seront en ligne. Si ce n’est pas en ligne, ça n’existe pas.”

Cela fait bien entendu sourire dans les bibliothèques: certes, internet facilite et accélère la recherche de manière impressionnante. Mais l’écran ne remplace pas la bibliothèque. Les étudiants, les chercheurs et les lecteurs apprennent aussi à chercher ailleurs que sur internet, quelle que soit leur spécialité. Certes, il peut y avoir des branches (l’informatique, par exemple) où on trouve éventuellement tout sur internet. J’accepte volontiers que quelqu’un nous le prouve. Dans bien d’autres domaines, ce n’est pas le cas.

Et si je peux me permettre un jugement personnel, moi qui fais des recherches gigantesques, tous azimuts, pour écrire des romans historiques scrupuleusement documentés, je suis enthousiaste d’internet, je passe des heures à chercher en ligne. Mais la bibliothèque et les livres qu’on feuillette page après page, qu’on peut emprunter et lire n’importe où, ceux qu’on peut acheter pour la même raison, ne peuvent pas être remplacés par une simple lecture en ligne. À un moment donné, pour aller se coucher, par exemple (bon, je sais qu’il y a les inconditionnels qui emmènent leur portable jusqu’au fond du lit), pour aller prendre les transports publics (oui, d’accord, il y a le Palm, mais c’est petit, pour lire) et autres situations de ce genre, on est contraints d’imprimer.

Et là, je ne sais pas vous, mais moi, un livre, je préfère ça à quelques pages imprimées sur papier recyclé; je n’ai rien contre le papier recyclé, je préfère les livres, simplement. Ou pour mieux dire, je préfère que les deux choses coexistent.

Je ne mentionne qu’en passant la panne géante de réseau qui vous contraint, pendant un temps plus ou moins long, à recourir à ces objets que M. Gerber qualifierait sans doute de surannés que sont les livres et les fiches papier. J’ai vécu une telle panne à la Bibliothèque centrale de Zurich: on était assez contents de pouvoir continuer à travailler avec le bon vieux fichier d’autrefois dans ses petits tiroirs.

Mais bon, ne nous attardons pas sur nos goûts, il s’agit ici, en dernière analyse, de droits et de sous.

Car sur le copyright, tout le monde n’est pas d’accord. Pour les associations américaines d’auteurs et d’éditeurs qui se sont élevées contre la pratique, d’après la loi états-unienne Google et autres n’ont tout simplement pas le droit de scanner les livres. Le simple fait de s’y mettre est déjà un crime.

Faux, rétorque Google: il y a une faille dans la loi (américaine) du copyright, qui permet de faire en toute liberté un “usage équitable” des textes - ce que cela signifie doit être assez flou, puisque les avocats s’empoignent en ce moment. Ceux de Google proclament qu’ils font tout simplement usage de cette clause; ceux de l’industrie du livre rétorquent que Google enfreint la loi du copyright. C’est sans doute pour cette raison que si vous acceptez l’invitation de Google et, en attendant la fin de cette procédure (ça va prendre des années, d’après moi), vous allez à la recherche d’un livre, vous n’en trouvez, comme sur Amazon, que trois ou quatre pages impossibles à copier, pour autant que l’éditeur et l’auteur aient accepté.

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Voici l'offre Google pour un livre qui est encore protégé par le Copyright, mais dont l'éditeur a accepté qu'on publie quelques pages. Google insiste lourdement sur le fait qu'on peut acheter le livre, et offre une multitude de liens pour l'achat en ligne. En cliquant sur les flèches bleues, on pourra consulter au moins la page précédente et la page suivante.

S’ils n’ont pas accepté, vous trouverez uniquement quelques phrases sans rapport direct entre elles sauf qu’elles contiennent le mot ou le nom que vous cherchiez: des “snippets” (bribes).

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Ce livre n'est plus sous copyright. Il vous est offert si vous faites une recherche sur Sophocle. Il y a des chances pour qu'il soit épuisé. Google vous offre la possibilité de le chercher en ligne d'occasion, ou de chercher en ligne la bibliothèque la plus proche pour aller emprunter un exemplaire non virtuel de l'œuvre.

Vous ne trouvez le tout que si l’ouvrage n’est plus protégé par le copyright.

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Le cas le plus délicat: les détenteurs du copyright ne sont pas d'accord. Alors Google, invoquant l'“usage équitable” vous donne à voir quelques bribes de phrase, et si vous voulez connaître le texte entier vous n'avez pas le choix: ou vous allez à la bibliothèque le chercher, ou vous l'achetez. L'exemple choisi est celui d'un texte assez spécialisé. Il y a des chances pour que vous ne le trouviez pas dans n'importe quelle bibliothèque. Pas non plus dans n'importe quel vendeur en ligne. Mais Google a déjà fait le tour pour vous, et il vous indique où vous avez les meilleures chances de le trouver

Internet: affameur d’auteurs, d’éditeurs, de libraires?

Les avis sont, il faut bien le dire, partagés. Beaucoup de grands éditeurs se plaignent. Surtout ceux qui monopolisent le marché, d’ailleurs. Les petits ne sont pas tous de cet avis: l’autre jour sur France Inter (je n’ai malheureusement pas retrouvé la référence) un petit éditeur racontait que la publication intégrale d’un de ses romans sur internet lui avait valu 80 commandes supplémentaires de ce même roman par rapport à un mois moyen. Il se promettait avec enthousiasme de renouveler l’expérience.

L’éditeur Bloomsbury, qui a découvert et publie entre autres Harry Potter en anglais, craint que la digitalisation ne dilue le contrôle de l’éditeur sur ses livres - après quoi il soupire: “Cela dit, le job d’un éditeur, c’est évidemment d’éditer, y compris sous forme électronique.”

Quant à l’éditeur suisse Bernard Campiche, il pense qu’un système de mise en ligne de romans peut effectivement favoriser les ventes; de toute façon, qui donc irait lire un roman sur son écran? Là où il voit un problème, c’est sur les textes de référence: si on peut lire des livres scientifiques en ligne, ils seront encore moins achetés que maintenant, n’en seront que plus chers, les auteurs et les éditeurs de tels ouvrages auront encore plus de peine à vivre qu’actuellement - bref, le cercle vicieux.

Pour Bernard Campiche il y a un autre problème, et il rejoint là Bloomsbury: si pour les photocopies on a institué une taxe qui est distribuée aux auteurs et aux éditeurs à titre de compensation, rien de tel n’a été prévu par Google, qui a mis tout le monde devant le fait accompli, au lieu de discuter tout d’abord avec les associations d’auteurs et d’éditeurs. Qui donc contrôlera que les auteurs et les éditeurs reçoivent leur dû? Et comment?

La transmission de la culture

Quoiqu’on se plaigne de ce que nous sommes beaucoup plus ignorants que nos ancêtres, tout est relatif. Dans nos pays tout au moins, l’analphabétisme a fortement reculé, au nord des Alpes il a même pratiquement disparu (pas en Italie, Caplan nous le disait l’autre jour). Je dirais plutôt qu’autrefois une élite relativement peu nombreuse était très cultivée, alors que la grande majorité de la population n’avait pas accès aux livres. Aujourd’hui, les livres sont accessibles en masse, il s’en publie plus que jamais, et il s’en vend beaucoup plus que jamais aussi. Mais l’élite cultivée n’a pas augmenté en proportion du nombre de lecteurs, et elle se trouve diluée dans la grande masse des consommateurs plus occasionnels de lecture. Certains éditeurs se plaignent qu’on ne vend “pas assez” - mais souvent c’est dans un raisonnement commercial selon lequel les ventes doivent forcément augmenter pour accroître le chiffre d’affaires (et les bénéfices).

En 2004 l’industrie du livre a pesé, mondialement parlant, 107.5 milliards de dollars, pas mal tout de même. Entre 1999 et 2004, le chiffre d’affaires de cette industrie a augmenté de près de 2 % par année. Une croissance tranquille, sans doute, si on la compare aux gains qu’on peut faire en spéculant en bourse… Autant ne pas oublier qu’il en va du livre comme de l’agriculture: ils se prêtent mal à la spéculation boursière. Ce ne sont pas des marchandises comme les autres. Les ventes de livres par internet ont, elles, augmenté de près de 9 %. Des petites librairies ferment. Alors? Le livre est en crise? Non, si on ne regarde que du côté des auteurs: ils sont plus nombreux que jamais, pas, comme se plaisent à le dire certains, parce que de nos jours tout le monde se pique d’écrire son bouquin, mais parce que l’alphabétisation et l’acculturation ont révélé des talents qui mouraient autrefois dans la misère sans avoir pu s’épanouir. Ce qu’on appelle la crise du livre vient surtout, du moins en Suisse, de ce que certains gros intermédiaires, qui prélèvent la part du lion (plus que l’éditeur, et bien plus que l’auteur) se font une guerre acharnée des prix, qui étranglent ainsi (notamment) les petits libraires et parfois les petits éditeurs, pas de ce que les lecteurs se détourneraient du livre. Ce sujet mériterait une humeur à lui tout seul.

L’intervention d’internet dans la branche ne simplifie pas les choses. Mais je viens de faire une petite enquête (non scientifique), j’ai interrogé des collègues, des caissières de supermarché, des inconnus dans le bus, des jeunes gens à la sortie d’un lycée, mes amis, ma famille: tous disent la même chose - sur un écran, on peut s’informer. Pour LIRE, quel que soit le sujet, il faut tenir un livre dans la main. Ils ne doivent pas être les seuls, parce que le nombre de livres vendus ne diminue pas depuis l’avènement de l’ordinateur - ils sont même plus nombreux que jamais, ne serait-ce que parce qu’ils sont plus faciles et moins chers à publier qu’à l’époque de l’imprimerie au plomb.

L’ignorance des populations n’est pas un problème de carence des supports; c’est un problème politique, dans des pays où le savoir passe après d’autres priorités (on achète des canons au lieu d’engager des enseignants, ou de bâtir des écoles, par exemple - oui, je sais, c’est un cliché, mais c’est tout de même la réalité dans bien des pays du monde, à commencer par les US où on a investi 220 MILLIARDS de dollars pour aller faire la guerre en Irak pendant que les écoles publiques et le reste de l’infrastructure se déglinguent). Certaines de ces populations-là ne connaissent pas non plus internet, d’ailleurs, c’est justement à elles qu’on destine le fameux ordinateur à cent dollars, dont nous avons parlé ici (lien). À propos, vous avez entendu Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, en parler avec enthousiasme à la tribune de l’ONU et manifester son vif intérêt pour qu’il soit distribué dans les pays les plus démunis de la planète? Il avait sûrement lu Cuk…

Non, je ne change pas de sujet. Certes, les premiers usagers d’internet, qui voulaient la liberté d’accès pour tous, étaient des idéalistes. Certes ceux qui ont imaginé Google Books ou autres moyens d’atteindre les livres en ligne indépendamment de leur date de publication (que ce soit en digitalisant les œuvres ou en imaginant l’ordinateur à 100 $ pour les trouver) se sont laissés emporter par leur enthousiasme. Ils ont oublié que derrière ces livres il y avait des gens qui les avaient produits, et qui en vivaient.

Mais tous ces projets tendent vers quelque chose d’important: car si nous croyons à une humanité juste, d’où la pauvreté est bannie, il faut partager le savoir, sous toutes ses formes. Aussi, le jour viendra, espérons-le, où on trouvera un équilibre qui permettra aux auteurs, aux éditeurs, aux libraires de vivre tout en atteignant un nombre accru de lecteurs potentiels. Le jour où il n’y aurait sur terre plus un seul analphabète, je vous jure que les métiers du livre n’auraient pas vraiment de souci à se faire pour leur survie.

On souhaite que ceux qui se battent actuellement par avocats interposés pour mettre des livres en ligne y pensent. Qu’ils trouvent à l’intérieur des lois sur la propriété intellectuelle des solutions innovantes. S'ils arrivent à s'entendre pour un accès facilité aux textes, cela représentera en tout cas un de ces petits ruisseaux qui pourraient contribuer à la réalisation d’un des rêves des hommes de bonne volonté - que le savoir soit une grande rivière à laquelle toute l’humanité puisse aller se désaltérer.

24 commentaires
1)
GG
, le 09.12.2005 à 01:32
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Humeur passionnante et soulevant de nombreux problèmes de fond. J’avoue que perso, je ne passe pas mes journées dans les bouquins, mais je suis d’accord pour dire que le numérique ne peut pas tuer le papier.

Quand à dire que l’on peut changer le monde avec les bouquins… Ce qui est rigolo, c’est que ce midi même je suis tombé par hasard sur C+ sur une interview d’un très gentil monsieur, Vincent Safrat, dont le but est de proposer des bouquins à la base gratuitement, et maintenant à prix archi-cassé : 70 ct d’euros le livre ! Il propose ses ouvrages aux écoles, principalement. Son association a sa propre méthode de distribution (vente en direct dans les écoles), et une vraie ambition de « changer le monde par les livres ». À voir absolument sur le site de Lire C’est Partir .


Ze GG of Ze Gete.net

2)
Okazou
, le 09.12.2005 à 06:55
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Tout de même, la plupart des livres que j’achète (et j’en achète pas mal), je me les procure chez mes libraires. J’en achète aussi quelques-uns chez les bouquinistes.

Pour les autres, les amis me les prêtent (prêtez ou donnez vos livres, ils ont été écrits pour être lus, pas pour gésir dans la poussière d’une bibliothèque. Faites circuler !) ou je les trouve dans les bibliothèques.

Il ne me viendrait pas à l’idée d’acheter un livre sur la Toile mais cela m’est arrivé, pourtant, pour un livre rare, édité originellement en Suisse en 1964 et épuisé depuis longtemps, que je n’ai pu trouver en occasion que chez un libraire canadien.

Mes libraires, je les aime et ils me le rendent bien par leurs conseils, leurs services ou plus simplement les discussions qu’ils m’accordent. Un lien privilégié m’unit à eux. Une relation qui me manquerait si les libraires venaient à disparaître.

Là où la Toile est intéressante c’est pour les livres que, pour une raison ou une autre (trop anciens, non retirés, censurés à leur époque…) on ne trouve plus nulle part ailleurs que dans les bibliothèques ou chez des particuliers. Pour ces livres, en mort clinique, les droits devraient tomber de facto et ils devraient être mis à la disposition du public via la Toile. Qu’ils restent au moins utiles et qu’ils n’aient pas été écrits pour rien.

Rien ne vaudra jamais un bon livre bien composé fait de bon papier et de bonne encre. L’écran d’un ordinateur ne sied guère à la lecture. Pourtant, j’ai relu au printemps dernier les trois tomes des Trois mousquetaires — Les trois mousquetaires, Le vicomte de Bragelone et Vingt ans après. Pourquoi ? Parce qu’il fallait que je les lise rapidement, qu’ils n’étaient pas disponibles chez mes libraires et que je me suis rendu compte, après les avoir trouvés sur la Toile, qu’il me serait trop pénible d’engager une impression qui me donnerait, au bout du compte, un énorme paquet de feuilles pour chaque volume. Essayez donc d’imprimer un roman de 200 pages et tentez alors, broché ou pas, de le lire. Vous percevrez très vite les qualités de l’objet livre. Le livre est un de ces rares objets utilitaires (ô combien !) parfaitement aboutis.
Malgré tout, ma lecture de Dumas sur l’écran de mon PowerBook avait deux avantages : je pouvais prendre mes notes sur le même support que celui qui me procurait ma lecture et, surtout, je pouvais effectuer des copier-coller puisque je lisais une version non « scannée » de l’œuvre c’est-à-dire un texte totalement numérisé (digitalisé est un terme suisse ?) jusque dans ses caractères, non pas seulement dans sa représentation visuelle. Les pages « scannées » sont souvent très désagréables à lire. Et c’est ça que l’on voudrait taxer !

Les droits du livre sont presque à l’image des droits du disque : ils profitent aux éditeurs plus qu’aux auteurs et les lecteurs sont les vaches à lait car bien que le prix du livre soit tenu (c’est un moindre mal), il reste trop élevé pour profiter à TOUS. Quand on pense que certains éditeurs voulaient faire la guerre aux bibliothèques publiques de prêt, toujours au nom de ces sacro-saints droits d’auteur (il faut lire : droits d’éditeurs cupides et hypocrites), pour que le lecteur paie une taxe sur chaque emprunt d’ouvrage, on ne peut qu’admettre qu’il va bien falloir un jour mettre à bas le système de droits (de tous les types de droits et de brevets) et inventer autre chose qui profite en totale équité aux auteurs et aux lecteurs. Dans ce domaine, comme dans les autres, un autre monde est possible.

Face à un livre, il y a l’humanité tout entière. Alors, les droits marchands — cette gabelle « moderne » — sont un micro-problème.


Au nom de l’Europe, j’ai voté NON !
… et la gauche libérale aurait tort de l’oublier.

3)
Blues
, le 09.12.2005 à 08:35
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Merci Anne pour cet excellent papier

Finalement l’histoire du MEDIA-livre on-line c’est un peu le chemin qu’à déjà parcouru le MEDIA-musique (en + avec le côté obscur P2P-piratage — pour les bouquins la protection semble plus aisée), sauf que la musique c’est du divertissement, alors que le bouquin c’est de l’instructif-éducatif.

Perso je ne sais qu’en penser, projet génial ou débilité sans nom …. j’espère juste que d’ici 5 ou 10 ans on regrettera pas d’avoir inventé le Web (car malgré tout, je crois : « en une une humanité juste, d’où la pauvreté est bannie et il faut partager le savoir — mais pas à n’importe quel prix)

5)
coacoa
, le 09.12.2005 à 09:23
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Article et commentaires passionnants et véritablement questionnants… Je m’étonne parfois du développement prodigieux de l’internet.

D’un côté, Wikipédia m’hallucine, et même, j’en suis baba d’admiration : sous mes yeux se dessine une encyclopédie universelle rédigée par la communauté bénévole pour l’ensemble de la communauté. Mes espoirs un peu fous d’un monde meilleur trouvent là un réconfort non négligeable.

D’un autre côté, Google, Yahoo ou MSN, qui veulent « offrir le savoir », sans hésiter à spolier les auteurs de leur droit fondamental. Or ce ne sont tout de même pas des Robins des Bois… Ce sont parmi les entreprises les plus côtées sur les marchés boursiers et dont le but ultime est tout de même de se faire un maximum de fric.

Ce qui me révolte, ce n’est évidemment pas d’imaginer une culture partagée par tous, bien au contraire. Ce qui me scandalise, c’est de voir ces énormes pompes à fric distribuer gratuitement du contenu qu’ils ne paient pas histoire de nous vendre en bas de page qui un aspirateur, qui un abonnement, qui une bibliothèque en bois massif.

Au moins, tout cela a le mérite de faire réfléchir sur le statut d’une oeuvre artistique (écrite, jouée, composée, etc…). Je suis d’avis que tout le monde devrait pouvoir bénéficier d’un même accès à la culture. Mais comment faire ? En spoliant les auteurs et en leur plantant un couteau dans le dos ? Ou en partageant, en imaginant avec eux une solution équitable pour tous ?

Cela dit, en parlant de livres en ligne, je m’émerveille devant cette initiative neuchâteloise : permettre à « Artamène ou le Grand Cyrus » de Madeleine et Georges de Scudéry, le plus long roman français (13’095 pages) d’être accessible à tous. Sans brader l’objet puisque toute la navigation a été repensée pour le net. Voilà un exemple, pour moi, de mise à disposition pensé, réfléchi et abouti.

Ah, le lien, le voici : ici .

6)
Inconnu
, le 09.12.2005 à 09:38
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Excellent article qui met bien à plat le problème. Malheureusement, et là mon coté « pessimiste » reprend le dessus, pour le moment la culture reste bien un problème de gros sous et non de bienfait de l’humanité. On a jamais démontré, dans cette civilisation toute entière (dé)vouée au veau d’or, que les intérêts particuliers profitent au plus grand nombre.
Il y a bien une solution…
Allez, je vous la donne en cent comme en mille et elle a déjà été appliquée à différentes époques éclairées de notre histoire : il s’agirait de « fonctionnariser » la culture, c’est à dire que l’Etat (pas le gouvernement, bien sûr) rémunérerait les artistes. On se souvient que certains monarques entretenaient des artistes. On sait que ce furent des époques (toutes proportions gardées) très riches culturellement. C’est un peu aussi ce qui se faisait dans notre belle France du temps de Jack Lang avec le système des subventions acordées généreusement à tout ce qui touchait de près ou de loin à la Culture. Ca a engendré des gaspillages et des injustices probablement, mais il y a eu surtout un foisonnement culturel extraordinaire. C’est aussi un peu (très peu) le principe des intermitents du spectacle, pour ce qu’il en reste…
Il est sûr qu’il faudrait mettre en place une organisation sophistiquée. Mais si l’on veut faire accéder le plus grand nombre à la culture, aussi bien du coté des artistes que du public, ça ne peut qu’être LA solution afin d’éliminer une bonne fois pour toute les marchands du temple.

Quand aux médias, je pense qu’ils sont très secondaires. S’il faut que je lise Alexandre Dumas sur mon écran, je le ferai. Ce qui m’importe, c’est le contenu même et non, là j’entends l’éternelle querelle des anciens et des modernes, le contenant. Maintenant, si l’on a le choix, ce sera encore mieux.
Je vous redonne l’URL de copains qui s’échinent à développer le livre électronique : http://www.bookeen.com

^. .^ GerFaut
=U= Equinoxiale
GerFaut c’est frais, mais c’est pas grave.

7)
Mirou
, le 09.12.2005 à 09:42
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Incroyalbe, cette humeur. Vraiment incroyalbe. Merci Anne.
Elle pose en effet de nombreuses questions et par sa densité de forme même, elle prouve sont point: difficile de vous lire à l’écran Anne. J’ai les yeux tout rouges alors que je passe ma journée devant l’ordinateur. C’est que quand un texte est long, rien à faire, il faut l’imprimer si on veut pas finir aveugle dans la journée.

Si effectivement les Google Book search et autre permettent uniquement de rechercher des références, le principe est utile, et intelligent. (Quoiqu’effectivement, pour une recherche scientifique (en socio, par exemple), la recherche par mots-clés de Google est peu efficace, je lui préfère dans ce cas del.icio.us.)

Je ne pense pas que le livre va « disparaître », ni que les auteurs vont cesser d’être rémunérés à cause de Google. Mais effectivement les modes d’accès à l’information vont changer et de nouveaux modes de lecture apparaissent.

On écrit pas une page web de la même manière qu’un livre, on ne la lit pas pareil. C’est très rare de lire une page web en intégral, alors qu’on manque rarement des lignes dans un livre.

Anne, Google gagne tout son argent par la publicité contextuelle qui finance des projets « autres », tels le book search ou google earth. Je me demande d’ailleurs comment ils comptent gagner de l’argent avec book search. Probablement qu’ils vont finir par ajouter un lien « Acheter le livre » en lien avec e-bay ou amazon à côté de chaque résultats de la recherche.

Une question, que je me pose depuis longtemps, notamment parce qu’un amie à moi c’est mis dans la tête de devenir écrivain et qu’elle n’arrive pas trouver d’éditeur. Sur un bouquin à, disons, 10 francs chez Payot ou la FNAC, combiens reviens à l’auteur, combiens à l’éditeur, etc ?

(Ouille désolé, c’est long, c’est vendredi….)

mirou
mirou.blogs.com

8)
Fabien
, le 09.12.2005 à 09:46
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Livre et musique, même combat. On a toujours dit que le piratage et le magasins de musique en ligne allaient tuer le CD et on constate que ce n’est absolument pas le cas. Pour le livre c’est pareil, rien ne remplacera jamais un vrai bouquin, même un livre scientifique ou de référence.

Par exemple: j’ai du pour mon boulot lire une pléthore d’articles scientifiques, tous accessibles en ligne. Et bien, je les ai tous imprimés. La lecture sur papier est tellement plus agréable ! Par contre, j’ai également conservé tous les PDF sur mon disque dur, et grâce à Spotlight, je peux retrouver en moins de deux n’importe quel article qui parle d’un sujet précis.

Finalement, ce que propose Google, c’est simplement un Spotlight universel et je pense que rien de mauvais ne peut sortir de cela.

9)
alec6
, le 09.12.2005 à 10:29
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Gerfaut, je rejoint tout à fait ton pessimisme et ne me fait pas beaucoup d’illusions sur les visées des éditeurs en ligne.

Dans un autre domaine il n’est qu’à voir l’engouement pour les shows caritatifs médiatiques (Téléthon et autres), quand la solution passerait par l’Etat, donc la redistribution, donc la solidarité, donc l’impôt. Quelques micro-taxes sur les bénéfices, les spéculations et autres profits mirobolants procureraient des ressources financières aptes à éradiquer mucovisidose, SIDA, pauvreté, analphabétisme, inculture, superstitions…

Mais on préfère aujourd’hui la charité qui se voit, se vend et glorifie chacun d’entre nous alimentant la sébille à la solidarité via la redistribution et l’impôt sur les revenus.

Accessoirement comme le fait remarquer Anne on préfère investir des milliards de dollars dans une guerre que dans le développement des écoles publiques pour les pays pauvres.

Alexis… tous les défauts !

10)
Mirou
, le 09.12.2005 à 11:03
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Finalement, ce que propose Google, c’est simplement un Spotlight universel et je pense que rien de mauvais ne peut sortir de cela.

J’ai aussi tendance à penser que Google c’est des gentils. Du moins leur communication le laisse penser: méthode de management novatrices (chaque employé passe 20% de son temps sur des projets persos – c’est obligatoire), tout ce qui est mis online fonctionne bien, même estampillé « beta, » services novateurs, etc.

Pourtant, sur la toile, de nombreuses voix mettent en doute la « gentillesse » de Google et le compare de plus en plus à M$. (On constate pourtant que c’est toujours M$ qui copie les autres en faisant moins bien (cf windows live local lancé hier )

Tout ca est difficile à dire, l’important étant que les auteurs (comme tous les créateurs d’ailleurs) puissent vivre de leur travail.

mirou
mirou.blogs.com

11)
Saluki
, le 09.12.2005 à 12:11
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Anne, quel beau style.

Alec6
J’ai passé dix-huit heures le week-end dernier derrière un téléphone dans un centre d’appel du Téléthon, Madame Saluki itou…et je pense pourtant exactement comme toi et c’est bien pour celà que je le fais!
Nous n’étions pas seuls: rien qu’à la Mairie de Paris, il y avait 150 postes installés.
Cependant, puisque l’Etat ne prend pas suffisamment en compte, devrait-on rester les bras ballants? De plus le Téléthon est le bel arbre qui cache une forêt de maladies réellement orphelines pas ou peu prises en charge par la Sécurité Sociale.

Les « clubs service » tels les Rotariens qui viennent de fêter leur centenaire ou les Lions Clubs, à l’origine du Téléthon avec l’AFM, et sont des nonagénaires gaillards, ont donc répondu à un besoin qui n’est donc pas nouveau et n’a rien à voir avec la mondialisation.
Il s’agit simplement de la désagrégation de la responsabilité sociale qui perdure.

Edit: pour l’anecdote, nous avons reçu nombre d’appels qui voulaient voter pour « Miss France ». En effet, simultanément au « show » Téléthon sur A2, TF1 diffusait de temps à autre un appel aux dons sur le 3637 et certains se trompaient !


Du MacPortable à l’Alubook, en quinze ans je suis devenu plus sage.

12)
zitouna
, le 09.12.2005 à 12:36
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Merci Anne, super « papier » et merci aussi aux commentateurs du débat, vive cuk, vive la culture et vive(nt) les livres.

13)
alec6
, le 09.12.2005 à 13:47
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Oui, Saluki tu as raison, ce n’est pas une raison pour se croiser les bras, ce n’est pas le don en soi que je critique, tu l’as bien compris. J’abondais simplement dans le sens de l’intervention de Gerfaut avec une digression dont je suis spécialiste.

J’ai fais un concert à la Madeleine il y a 2 semaines environ (je ne suis qu’un humble choriste) avec au programme « die Krönungsmesse » de WAM, le tout organisé par la BNP. Le concert était gratuit, en partenariat avec notre orchestre l’association caritative « Espoir Sans Frontière » a fait une quête à l’entr’acte…
Je n’était pas le seul à trouver la pilule amère quand on connait les bénéfices de ces organismes financiers.

Parallèlement je venais d’apprendre que le ministère de la Culture (entre autres) envisageait sérieusement de reconstruire le palais des Tuilleries (celui là même qui fut brûlé par les Communards en 1870)… mon voisin de pupitre berlinois d’origine me racontait la même chose concernant Berlin et je ne sais quel château… (coût total ? hum ?).

Et pendant ce temps là, les baisses d’impôts continuent ! Et notre « subtil » Chirac fais voter une taxe sur les transports aériens histoire de stigmatiser une fois de plus le consommateur… après avoir désigné du doigt ceux et celles qui se lavent les dents en laissant couler le robinet ou qui oublient des lampes allumées dans les chambres… On pourait aussi digresser sur le tri selectif, entre autres…

Désolé d’insister et de passer éventuellement pour un salopard, mais dans une société riche comme la nôtre, la charité m’emm…

Qui proposera un jour de transformer l’ONU en assureur mondial de risques naturels ? en fonction du PIB tout Etat contribuerait à son financement et l’ONU organisme démocratique (si si ! comparez avec une World Cie quelconque) déciderait de l’usage de ces fonds : reconstruction, recherche, éducation, exploitation des ressources naturelles bien commun de toute l’humanité…

Mais la solidarité ne fait rêver personne…
Un acteur ou chanteur célébre qui donne son obole fût-elle conséquente, sert d’abord sa propre image et qu’importe ensuite qu’il élise domicile dans un paradis fiscal quelconque afin d’échapper au fisc.

Alexis… tous les défauts !

14)
Inconnu
, le 09.12.2005 à 13:53
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@ saluki : merci pour le rappel des autres handicaps… Il est certain que pas mal d’autres gamins aimeraient voir l’effort du téléton déployé vers leurs propres problèmes… Mais on se débrouille à notre échelle.

@ Mirou : sur 10 €, c’est très peu… surtout quand tu as un co-auteur :-) Arrff…

15)
benoit
, le 09.12.2005 à 14:03
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Internet, c’est facile, tous les gamins, à commencer par les miens savent s’en servir dès qu’ils arrivent à tenir une souris dans les mains. C’est tellement fascinant cet accès facile à ce que l’on croit être tout le savoir du monde qu’on en oublie de chercher ailleurs parce que l’on est persuadé de tout trouver.
Et le jour ou Google, ou un autre, choisira les livres qu’il veut bien mettre en ligne, ou même présentera des vrsions expurgées de ces oeuvres pour pouvoir rester dans le politiquement correct ou en accord avec la ligne de pensée de leur actionnariat principal…

Benoit

16)
Inconnu
, le 09.12.2005 à 14:45
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Un sujet fort intéressant, Anne, qui me touche d’autant plus que je viens d’une famille d’imprimeurs.

Je lis en toute circonstance, dans le train, dans mon bain, parfois pendant la pause repas, sur un télésiège quand je suis aux sports d’hiver. Il me faut du papier. L’électronique, l’eBook a ses limites. Trop cher, trop volumineux (ou alors on peut lire sur son Palm mais il n’y a guère que les opthalmos qui militent pour ce genre de produit). A la rigueur, pour des livres rares, qui ne sont plus ré édités pour des raisons économiques, pourquoi pas?

Par contre, j’ai bien envie de me laisser tenter par les audiobooks sur l’iTunes Music Store. Pouvoir « lire » un livre pendant que je fais autre chose, ca me plait bien comme idée. Un peu comme ces livres d’enfant, qui étaient livrées avec une version audio sur K7.

17)
fxprod
, le 09.12.2005 à 17:00
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Google des philantropes, cela m’étonnerait, j’ouvre dashboard,
170 dollars l’action en fevrier 2005, 428 dollars l’action en déc 2005, cela fait froid dans le dos, une telle plus value en si peu de temps…..

18)
Fabien
, le 09.12.2005 à 18:34
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Je ne dis pas que Google sont des philantropes, je dis juste que je ne crois pas au succès du livre électronique. Rien ne remplacera le confort d’un vrai bouquin.

19)
Jean
, le 09.12.2005 à 19:39
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Réponse à Mirou

Le prix public d’un livre à 10 CHF se divise (en moyenne) pour un livre produit en Suisse au niveau de la répartition de la chaîne du livre (voir entre parenthèse pour les livres importés – 80% du marché du livre en Suisse):

1. auteur-e: 0.80 à 1.- (8% à 10% jusqu’à 5000 ex, puis 10% à 12% au-delà);

2. diffuseur/distributeur: 1.-/1.50 à 2.-/2.50

(a. 10%/15% à 20%/25% de marge – celle-ci dépend du contrat avec l’éditeur dont la fourchette se situe entre 50% et 60% dont sera déduite la marge du libraire;

b. mais cela se complique en Suisse car les diffuseurs/distributeurs pratiquent une « tabelle » qui augmentent les prix public des livres importés de 20% (12.-) à 40% (14.-) – justifié par le fait que le niveau de la vie est plus cher qu’en France p.ex – cela donne donc 1.20/1.80 à 2.80/3.50, mark up dont ne bénéficient pas les auteur-e-s et dont on estime qu’il est trop élevé, il devrait se situer autour des 20 %);

3. librairie: 3.50 à 4.00 (35% à 40% de marge – 35% de marge est un minimum pour survivre; pour les livres importés ce sera: 4.20/4.80 à 4.90/5.60);

4. éditeur: 3.- à 4.70 (l’éditeur étranger ne bénéficie pas de la tabelle à moins qu’il ne possède aussi la structure de diffusion/distribution)

Jean Richard (Ed. d’en bas)

20)
zitouna
, le 09.12.2005 à 19:57
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Benoit, je partage ta vision que certains pouraient trouver paranoïaque.

Alec6, c’est quoi cette taxe sur le transport aérien? Pasque si c’est pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est un premier pas qui parait indispensable, à en croire certains .

21)
Franck_Pastor
, le 10.12.2005 à 12:04
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Comme les autres : je n’arrive pas à lire plusieurs pages d’affilée d’un article/livre à l’écran, il faut que je l’imprime ou sinon mes yeux me font mal. Pis un « ebook », on ne peut pas le jeter sur son lit ou sur la table quand on a fini de le lire ;-)

Partant de là, je ne vois pas vraiment l’intérêt d’un livre entier sur Internet, à moins de l’imprimer pour soi-même lorsqu’il est introuvable ailleurs. Mais même alors, à moins d’être un pro de l’impression, le résultat n’atteindra jamais le niveau de qualité d’un livre bien fait, et ce sera toujours frustrant…

Je continuerai à être un rat de bibliothèque !

22)
Soleil
, le 12.12.2005 à 12:40
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Merci Anne pour cet article intéressant et stimulant, comme sont d’ailleurs chacune de vos interventions. Votre « Garamont » figure en bonne place sur la liste des livres que je me promets de prendre un jour en vacances ou tous les jours dans le tram, les seuls lieux et les seuls moments que mon travail me laisse pour m’adonner à l’activité dont il est question ici.

Je voudrais juste apporter une nuance au débat que votre article n’a pas manqué de susciter.

Tout le monde est d’accord pour dire que la lecture à l’écran fatigue les yeux, que le livre électronique est lourd et encombrant et que le livre de papier demeure irremplaçable. En même temps, chacun reconnaît l’intérêt de la recherche sur Internet de même que la souplesse et la richesse d’ un outil électronique bien conçu (c’est, après tout, ce qui nous réunit ici). Mais vouloir à tout prix comparer et opposer ces deux mondes n’est-ce pas se limiter à leur état présent et oublier que, si le premier de ces média est déjà riche d’une longue histoire, le deuxième en est encore à sa préhistoire? Même si — ou plutôt parce — que les griefs exprimés contre lui sont justifiés, je suis convaincu que le livre électronique finira tôt ou tard par ressembler au livre imprimé. La fonction crée l’outil et celui-ci devra nécessairement s’adapter à l’usage auquel nous le destinons.

Les recherches entreprises par Philips ou Siemens (et par d’autres encore je suppose) pour mettre au point un écran souple et imprimable (tapez ces mots sur… Google) laissent facilement imaginer ce que la technique de demain permettra de réaliser: un livre blanc que l’on pourra « charger » à loisir de toute une bibliothèque, à l’image de ce livre imaginé par Borges dont le nombre de pages est infini et dont on chercherait en vain la page du milieu.

J’extrapole sans doute, mais pas tant que ça. Laissons-nous aller à rêver. Ce livre aurait un nombre de pages suffisant pour afficher un roman, on pourrait le feuilleter et le lire comme un livre ordinaire, un menu ou une table des matières permettrait de choisir l’ouvrage ou la partie d’ouvrage que l’on désire afficher, mais il offrirait également tout ce que l’ordinateur nous donne comme possibilités de recherche et de travail: des liens hypertexte, la consultation d’un dictionnaire (combien de fois, lisant dans un bus ou dans un tram n’ai-je pas regretté de ne pas avoir un dictionnaire sous la main), la possibilité de prendre des notes, etc. Tout cela me paraît réaliste, en tout cas réalisable. Le meilleur des deux mondes est possible.

Quant à ce qu’il adviendra du monde de l’édition, je ne me risquerai pas à faire des pronostics hasardeux. Un éditeur est un découvreur de talents, une référence et une garantie pour ceux qui le connaissent et qui lui font confiance. C’est un rôle qu’il peut et doit continuer d’assumer même si le support doit un jour changer de nature et de forme. Publier ses textes sur Internet c’est à peu près aussi efficace que de jeter une bouteille à la mer. J’en sais quelque chose, j’ai moi-même jeté ma bouteille sous la forme d’un site auto-édité — une adresse assez peu visitée, et sur laquelle je doute que vous tombiez un jour par hasard. Pour l’instant le monde de l’édition et celui de l’Internet paraissent inconciliables. L’avenir est là pourtant, je n’en doute pas. Mais quand je veux en parler les mots se dissipent… comme font la plupart de nos rêves au réveil.

Soheil
tchengwang.com

23)
DomreiRoam
, le 14.12.2005 à 13:19
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Un petit peu off-topic mais voici un site d unconstructeur chinois qui propose un appareil qui permet de lire du texte sur du ‘papier electronique’ j essaie de m en procurer un mais je ne sais pas ou.

Il existe des appareils equivalents chez des constructeurs japonais.

24)
Anne Cuneo
, le 20.12.2005 à 11:25
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Tout le monde est d’accord pour dire que la lecture à l’écran fatigue les yeux, que le livre électronique est lourd et encombrant et que le livre de papier demeure irremplaçable. En même temps, chacun reconnaît l’intérêt de la recherche sur Internet de même que la souplesse et la richesse d’ un outil électronique bien conçu (c’est, après tout, ce qui nous réunit ici). Mais vouloir à tout prix comparer et opposer ces deux mondes n’est-ce pas se limiter à leur état présent et oublier que, si le premier de ces média est déjà riche d’une longue histoire, le deuxième en est encore à sa préhistoire? Même si — ou plutôt parce — que les griefs exprimés contre lui sont justifiés, je suis convaincu que le livre électronique finira tôt ou tard par ressembler au livre imprimé. La fonction crée l’outil et celui-ci devra nécessairement s’adapter à l’usage auquel nous le destinons.

Je vois un peu tard cette intervention, ces jours derniers j’ai couru de droite et de gauche sans beaucoup de temps pour me connecter.
Je voudrais juste dire que nulle part dans mon article, ou dans ma tête, je n’OPPOSE livre électronique et livre imprimé. La recherche sur internet, le plus souvent sur écran, permet de récolter une riche documentation pour écrire ou comprendre un livre imprimé. Pour moi, ces deux manières de lire sont complémentaires – d’autres pensent que le livre électronique “tuera” le livre imprimé. Je ne les ai jamais crus. Que l’électronique nous offre un jour des livres proches de l’imprimé, je ne demande pas mieux. On en reparle quand cela existera vraiment – j’ai toujours été une consommatrice de pointe pour tout ce qui est électronique, c’est un dada. Comptez sur moi pour être une testeuse beta (ou alpha).

Anne