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C’est déjà demain.

C’est déjà demain

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il me semble que le passage du millénaire, assorti de théories relatives à une soit-disant fin de l'histoire, à masqué d'un nuage de brume numérique une accélération spectaculaire de tout un tas de choses.
Je vais bientôt dépasser le demi-siècle d'existence et mon (notre) quotidien fourmille de détails qui n'existaient dans mon enfance et ma jeunesse que dans les films, les bandes dessinées, les dessins animés et quelques romans du genre (injustement) ostracisé qu'est la hesseffe.
je suis convaincu (et j'aurais ma revanche) que le lien entre cette imprégnation et les innombrables inventions réelles qui ont changé la face du monde est très net, et de plusieurs manières.
En premier lieu, c'est une évidence, de façon toute naturelle, un gamin lit (ou voit, dans un film) une histoire dans laquelle les protagonistes communiquent ensemble et avec un ordinateur, à l'aide d'un accessoire porté au poignet, il va être très déçu de s'apercevoir que cet appareil super génial, déjà, papa n'en a pas, mais en plus ça n'existe même pas pour de vrai ! Et si ça se trouve, ce gamin va se passionner pour le développement informatique, trouver un travail dans ce domaine, et participer à la création de l’Apple Watch. Et il aura enfin la possibilité de s’éclater avec son gadget super génial.
C’est un raccourci, bien sûr, mais je suis certain que c’est une de façon dont le « progrès » passe du domaine de l’imaginaire au monde réel.
Au début, il y a l’idée qui nait, elle se développe sous la plume de son inventeur, et commence son existence, dans un premier temps sous une forme imaginaire, mais bien réelle tout de même, puisque des lecteurs (ou spectateurs dans le cas d’un film) vont la savourer, voire, comme on l’a vu plus haut, s’en emparer pour tenter de lui donner une existence autre que virtuelle.

Quelques exemples qui me viennent à l’idée :

L’iPad, l’iWatch

Dans L’Âge de diamant, paru en 1995 Neal Stephenson (si je vous ai fait un article sur lui il y a peu, c’était pour que vous ne soyez pas trop largués et que je n'en avais jamais parlé, l'ayant découvert récemment : j’avais déjà dans l’idée de vous fournir celui-ci) invente clairement l’iPad, la manière de le produire ne ressemble pas à un processus industriel habituel puisque c’est un synthétiseur d’artefacts qui le fabrique (mais peut-être est-ce le futur des usines : une sorte de machin comme un four à micro-ondes dont tout ce dont on pourrait avoir besoin peut sortir pourvu qu’on l’ai bien programmé : vêtements, outils, nourriture, tout quoi, on n’en est d’ailleurs pas si loin avec le principe des imprimantes 3 D). L’objet fabriqué est une tablette, avec un écran tactile, et il est destiné à l’éducation d’une jeune fille, avec tout un tas d’histoires interactives dedans. Pour l’iWatch, c’est pareil, de nombreux dispositifs communicants se portant au poignet ont été inventés dans de nombreux livres et films de science-fiction avant que finalement… Pour en revenir à Stephenson (mais lisez ses bouquin, ils sont vraiment excellents), le 16 décembre 2014, la société Magic Leap a publié un communiqué de presse indiquant son embauche en tant que "Chief Futurist" (littéralement "Futuriste en chef »), pour dire qu’il n’y a pas que moi qui pense que ce type à des antennes dans le futur.

La course à l’espace privée

Je ne connais pas les motivations profondes de Richard Brandon ou d’Elon Musk, mais ces deux milliardaires se sont lancés il y a déjà quelques années dans le projet (fou ?) de concurrencer les organismes d’état (NASA, ESA, les russes, les indiens, les japonais et les chinois), en vue d’envoyer des choses et des gens dans l’espace. Il s’agit bien évidemment d’entreprises, dont le but premier est donc de faire de l’argent, mais on ne m’ôtera pas de l’esprit que ces deux grand gamins sont en train de réaliser un rêve d’enfant…

Et, autant à la lecture des premières informations sur le sujet, au début de leur aventure, j’était plus que sceptique, autant aujourd’hui, je suis épaté de voir que non seulement ils réussissent des lancements, mais qu’en outre, ils innovent, à l’instar de Space-X et sa fusée réutilisable qui se pose sur une barge en pleine mer, on se croirait en plein dans un épisode des Thunderbirds !
Il est certain que le rêve de la conquête spatiale ne date pas d’hier, le dernier ouvrage de Kepler (publié en 1634) est d’ailleurs un des premiers livres de science fiction, dans lequel il imagine un voyage de la Terre à la Lune. Mais quand même, alors que bien peu de pays ont les moyens de jouer avec des fusées, je trouve toujours incroyable que des sociétés privées se lancent dans l’aventure.

Les voitures autonomes

Autre moyen de transport, mais avec un changement important quand même : la ouature qui conduit toute seule. Ce n’est pas parce que j’abhorre ces tas de ferraille puants que je n’en parlerais pas ;o). Et je trouve que ce principe de véhicule sans chauffeur n’est pas sans intérêt (pas pour moi : je n’ai pas le permis, et ne suis pas près de le passer, et je préfère le vélo ou le train, dans lequel on peut lire) : il est certain que si toutes les caisses fonctionnaient ainsi, il y aurait beaucoup moins de victimes de ce fléau, tant pour les occupants (les AYA ne sont jamais bourrées) que surtout pour leurs victimes innocentes (piétons, cyclistes, etc). Et puis surtout, les ramollis du bulbe frémissant au son d’un V8, s’ils ne peuvent pas se montrer maître de leur engin, ils risquent de ne même plus avoir envie de monter dans un de ces trucs, s’il n’y a plus de volant (mon sympathique voisin du dessus est clairement dans ce cas, mais je crois qu'il n'a qu'un V6) ! Nonobstant, je crois que la vraie solution, c’est d’abandonner ce concept idiot (un machin de près de deux tonnes pour déplacer moins de 100 kilos, non mais franchement !).

L’homme augmenté

Alors ça, ça fait flipper ! On pense bien évidemment à la créature du dr Frankenstein ou à l’homme qui valait trois milliards, ça semble encore un futur lointain, mais en fait, on y est déjà : les stimulateurs cardiaques sont implantés depuis 1958, et en 2009, il en a tout de même été posé environ un million de par le monde. Bien plus basique, mais tout de même, les appareils d’amplification sensoriels tels que les sonotones et autres lunettes, lorgnons et lentilles de contact sont une forme (certes, légère, et externe) d’augmentations des capacités de leurs bénéficiaires. Et ça ne va bien sûr pas s’arrêter là, une société belge vient de greffer une puce RFID à certains de ses salariés en vue de remplacer les clés et autres badges d’accès; c’était aussi la démarche de l’artiste Dorothée Smith, qui avait fait la même chose pour l’accès aux locaux du Fresnoy. Et ces puces qui pour l’instant n’ouvrent qu’un porte pourraient se voir dotées de nombreuses autres fonctions. Il y a aussi des systèmes implantés permettant de délivrer des médicaments au meilleur moment, automatiquement. Ou, bien plus prosaïquement, les simples bouts de métal qui servent à réparer une vilaine fracture. J’avoue que l’implant neural qui me permettra d’aller sur internet, ou de discuter avec mon ordinateur interne, régulant mes hormones consciemment tout en ayant un monitoring complet de tout mon organisme imaginé par de nombreux auteurs de SF me tenterait presque (presque, hein, ça dépend s’il est open-source ;o).

L’agriculture

Des fraises en février, qui cela étonne-t-il encore ? Et pourtant, ce n’est pas vraiment la saison. Les techniques agricoles n’ont pas cessé de progresser depuis que nos ancêtres sont passés de chasseur/cueilleur nomade à agriculteur sédentaire. Étonnamment, il apparait que l’homme moderne doive travailler bien plus depuis ce passage à la production (les rares peuples fonctionnant encore sur le système antérieur ne passent que deux à trois heures par jour pour chercher pitance, le reste du temps, à s’occuper des enfants, se promener, se prélasser), c'est que le système actuel est de faire bosser les gens bien plus que ce dont ils ont besoin pour survivre, créant sans cesse de nouvelles envies, ce qui n'a rien a voir avec des besoins).
Malgré le côté assez répugnant de l’idée, des chercheurs arrivent à faire « pousser » de la viande, en culture, sans animal, et franchement, tout bien réfléchi, quand on sait la manière dont est traité le bétail, ça ne serait pas plus mal du point de vue étique, non, un steak de baleine vénusienne juste en faisant pousser une cellule de sa nageoire caudale ?

La robotique

Encore un domaine assez effrayant si l’on pense à Terminator, par exemple. Le thème a été vraiment très abondamment traité, et il faut espérer que les concepteurs de certaines machines aient lu et accepté les lois de la robotique d’Isaac Asimov :

• Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;
• Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;
• Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Sachant que les plus demandeurs de robots évolués sont les forces armées et de maintien de l’ordre (je ne parle pas là des robots industriels qui posent bien des soucis, ayant un mal fou, pire que les humains, à s'adapter à une nouvelle tâche, à l'heure où les choses vont si vite ;o), j’aurais tendance à craindre le pire sur cette question.
D’ailleurs, Stephen Hawking, Elon Musk ou Bill Gates ont des inquiétudes à ce sujet (quand on voit certaines vidéos sur le net, on a de très légitimes raisons d'avoir peur, heureusement que l'autonomie de ces horreurs est épouvantable, sinon, ça serait vraiment... épouvantable !), et le Bill a tout récemment proposé une taxe sur les robots qui piquent le travail des ouvriers.

Les AYA (Intelligence Artificielle)

Elles ne sont pas toujours aussi retorses que Hall 9000, et sont aujourd’hui devenue réalité avec les Siri and co, je ne les fréquente pas (j’ai vu 2001 Odyssée de l’espace bien trop jeune, et ne parle donc pas aux machines ;o), mais j’ai cru comprendre qu’elle étaient encore un peu simplettes et qu’il ne fallait pas trop en demander, il semblerait cependant qu’elles apprennent vite, très vite, et j’avoue que les AYA bienveillantes et faisant de leur mieux pour le bien-être de l’humanité telles que l’on peut en voir dans le fabuleux cycle de la Culture de Iain M. Banks (ah, mais alors ça, c'est aussi absolument à lire, c'est assez étrange, mais quand on s'est habitué aux noms des vaisseaux spatiaux, ça va un peu mieux ;o) me semblent très attrayantes : supérieurement intelligentes, elles permettent aux citoyens de cette civilisation galactique de vivre un hédonisme total, détaché des considérations matérielles grâce aux machines qui s’occupent de tout, une magnifique société totalement anarchiste, bien entendu. On trouvera aussi une AYA fort sympathique dans la série des MAKHNO initiée par Ayerhal ou encore Peggy Sue, une AYA rebelle apparaissant dans certains romans de Roland C. Wagner elles me semblent une possibilité envisageable, quoique assez optimiste aussi. Ce sont d'ailleurs les AYA qui seraient responsables de problèmes avec les robots, un robot ne pense pas, il agit.

Le cyberspace

Internet est né hier soir, et c’est déjà devenu pour ses usagers tellement naturel qu’on ne sait plus comment on faisait avant. Chez Neal Stephenson, dans Le samouraï virtuel, la moitié de ce roman paru en 1991 se passe dans le cyberspace (en 1991, le truc communicant le plus moderne que je connaissais, c’était le télex ;o). Chez Ayerdhal aussi, on va trouver des connectés tellement branchés qu’une minute même sans être relié au réseau s’apparente à une plongée en apnée… Yenna qui ne sont pas si loin, quand on les voit errer, l’œil hagard, à la recherche d’un chargeur pour leur précieux. Et ça ne fait que commencer !

La politique

Comment ne pas penser à 1984 d’Orwell, au meilleur des monde D’Huxley ou encore à Farenheit 451 de Bradburry à la vue de notre monde actuel ? Le contrôle de la pensée n’a jamais aussi bien fonctionné, et ça n’a pas l’air près de s’améliorer, bien au contraire, enfin, ça dépend pour qui, hein (pouerk !).

L’état de la planète

C’est clair, que ce soit dans Mad Max, ou son contemporain, bien moins connu, l’excellent Spinoza encule Hegel de J.-B. Pouy, la bagnole n’a plus rien à boire, et les rares pollueurs restants sont assez tendus sur l’approvisionnement en super 98. On a aussi Bleue comme une orange de Norman Spinrad (1999) qui nous dépeint une terre où le réchauffement climatique est devenu une réalité. Spinrad est le plus impressionnant, je trouve, dans la manière dont une bonne partie de ses livres semblent branchés sur l’avenir, il a même dû changer une partie de son (très bon) roman Le printemps russe (sorti en 1991) pendant qu’il l’écrivait car l’histoire était en train de le rattraper/devancer (je cite Wikipedia : « L’auteur imagine une Union soviétique régénérée par la Perestroïka de Mickael Gorbatchev, qui aurait pu poursuivre son œuvre de libéralisation dans une URSS communiste, une Union européenne vivante et bloc de stabilité, avec en contrepoint des États-Unis s'enfonçant dans un régime ultra-libéral et semi-dictatorial. L'auteur oppose le dynamisme nouveau de l'URSS et de l'Europe au protectionnisme et au repliement des États-Unis », pour l’âge d’or de la Russie, je ne suis pas sûr, mais pour la partie tazu, c’était sacrément bien vu).

Voilà pour les exemples qui me viennent spontanément à l’esprit, mais je suis sûr que vous en avez aussi trouvé d’autres.

Pour en finir

L’explication que j’ai mise en préambule est forcément une des raisons de ce phénomène, mais je ne peux pas m’empêcher de penser aussi aux champs morphiques de Rupert Sheldrake, dans lesquels l’idée nouvelle crée une nouvelle chréode, toute ténue au départ, puis la répétition et l’habitude vont la creuser, comme l’eau d’un ruisseau érodera le sol, pour finir par créer une vallée ou un cañon qui favoriseront la répétition de la chose. C’est un concept extrêmement simple mais que j’ai toujours beaucoup de mal à expliciter. Une bonne partie de la communauté scientifique est sensible (tant qu'il ne faut rien publier) à ces propositions qui expliqueraient bien des choses, mais les sceptiques parlent facilement de « pseudo-science » à l’encontre des théories de Sheldrake. Pour ma part, j’en ai entendu parler pour la première fois dans un article de Patrice van Eersel dans un Actuel des années 80, et tous les livres de Sheldrake que j’ai lu m’ont totalement convaincu que ses théories sont valides (je suis d'ailleurs sûr qu'il se bride, ne pouvant parler que de ce qu'il arrive à prouver, hélas ses détracteurs lui assènent invariablement, malgré des résultats statistiquement plus que probants, qu'« à théorie extraordinaire, il faut des preuves extraordinaires »). Le fameux inconscient collectif de C. Jung fonctionnerait aussi sur le principe des champs morphiques (ou serait une émanation des champs morphiques), Roland C. Wagner, dans la série des Nouveaux mystères de Paris appelle ça la psychosphère.

Quelque part, les deux se rejoignent, ce qui au début n'est qu'une idée va se propager, plus ou moins rapidement en fonction de si ça dérange ou pas des habitudes déjà bien implantées, ou si au contraire, ça ne fait que creuser une chréode encore plus profondément, comme un torrent impétueux sculpte le paysage. Une idée idiote peut très bien se propager et être la vérité jusqu'à ce que l'on ai prouvé le contraire, c'est la présomption d'innocence pour les dogmes et l'anathème immédiat pour les nouvelles idées idiotes... Je ne sais pas, vous, mais ça me fait furieusement penser à une rubrique à brac du regretté Marcel :

Rubric à Brac Taume 2

la suite (dans l'intégrale, le Taume 2 original n'est plus en état de passer sous un scanner)

 

La très grande différence entre l'époque de Galilée et la nôtre, c'est la vitesse de transmission de l'information, et sa diffusion à une échelle planétaire, avec un nombre de récepteurs de plus en plus important. Une idée, même idiote (qui a dit surtout ?) a une capacité de propagation et donc, de « tracer son sillon » qui est sans commune mesure avec tout ce qui a été auparavant, et le pire, c'est que plus on parle de quelque chose, plus ça facilite sa capacité à exister, sa puissance.

Je sais que cet article est un peu brouillon : j’y pense depuis longtemps (en outre, son titre est tout à fait mal choisi pour aujourd'hui, mais c'était un titre auquel je pensais depuis longtemps aussi) et je crois qu’un mémoire universitaire sérieux serait un volume plus approprié (mais je n’ai plus le temps : demain ça ferme !), surtout pour développer la conclusion qui me semble bien faible en arguments. Dans le fantastique (et introuvable) Créateur de mondes, Andreu Solé (prof à HEC, c'est dire si c'est un rigolo) suggère que l’esprit contraint la matière à faire ce qu’il souhaite qu'elle fasse, (pour peu qu'il sache lui parler gentiment), qu’il suffit de vouloir suffisamment quelque chose pour que ça arrive, et je ne suis pas loin de le suivre sur cette voie (« heureusement que ça ferme ici, mais faudrait quand même l'enfermer le zit »). Dans Anama, le tapuscrit d’un roman que j’ai pu lire et que j’aurais tellement voulu vous faire partager s’il avait trouvé un éditeur, on a encore affaire au même genre de processus (son auteur a dit qu’il allait le mettre en ligne pour que l’on puisse lui acheter sous forme électronique, mais ça traine, et ici, ça ferme !).

Mais on ne va pas se quitter déjà, en relation étroite avec les précédentes élucubrations, mais bien plus science que fiction, je voulais vous parler d'un livre que je viens tout juste de finir :

Un super bouquin : Les somnambules d'Arthur Koestler

Il s'agit d'un essai sur l'histoire de la cosmologie occidentale, la manière dont nos ancêtres se représentaient l'univers, de Babylone à Isaac Newton, en passant par Pitagore, Platon, Aristote, Ptolémée, Copernic, Ticho Brahé, Kepler et Galilée.
Ce livre est sorti en 1959, et il n'a pas pris une ride. Assez polémique, il s'en prend à Platon et Aristote, qui avec l'aide zélée de Ptolémée et st. Augustin, ont fait stagner la science : l’univers moyenâgeux était immuable, tout était statique, la terre, tout comme les créatures qui y grouillent, accueillant l’enfer en son cœur, était un truc sale (ne serais-ce que par sa proximité avec l’enfer), et les sphères célestes seules, accueillant anges, séraphins et toute la clique étaient pures.
La partie la plus captivante du livre retrace la vie de Joannes Kepler dont je ne savais vraiment rien, alors que c’est un peu le papa de la photographie : il est le créateur d’une science (à laquelle je n’entend pas grand chose mais qui me procure bien des plaisirs) qui s’appelle l’optique.
Copernic et Galilée ne sont pas épargnés non plus, surtout le toscan, qu’il décrit comme un homme brillant, certes, mais tellement imbu de sa personne qu’il s’aveugle sur de fausses pistes pour prouver qu’il a raison (et que les autres sont des cons).
Le titre du livre vient du fait que les grandes découvertes faites par Copernic, Kepler ou Galilée, il ne les ont pas vues eux mêmes, bien qu'ils aient été obligés de choisir le système héliocentrique (à part Kepler qui disait n'avoir pas eu le choix, et que pour simplifier il fallait absolument introduire les trajectoires ellipsoïdales) ils restaient coincés sur les révolutions circulaires des astres, comme l'avait dit Platon et prouvé Aristote, et ça fonctionnait même pas mal depuis Ptolémée et ses calculs incroyablement compliqués en vue de « sauver les apparences » : il aura fallu un Newton particulièrement clairvoyant pour assembler l’héliocentrisme, les trois lois de Kepler et les travaux de Galilée sur la dynamique afin d'en sortir la théorie de la gravitation universelle, surtout que ces merveilles étaient enchâssées dans un fatras de théories complètement fausses (quoique assez jolies pour certaines).
Et il finit le livre en posant la question de savoir si la science mécaniste du milieu du XXe siècle n’est pas elle-même aussi dans un état de somnambule à essayer de faire cadrer les théories avec la réalité observée, ce qui n’est pas toujours sans accomplir des prouesses dignes des meilleurs trapézistes volants. Près de soixante ans plus tard... ça ne s'est pas arrangé ;o).

Et on finit sur une magnifique image :

 

La lumière enfin révélée sous sa forme duale onde/particule (source).

 

 

5 commentaires
1)
Radagast
, le 28.02.2017 à 14:03
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Que de lectures en perspective !!! Personnellement, je repense souvent au film Soleil vert.

2)
Argos
, le 28.02.2017 à 14:32
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Cher Zit – vous me permettrez, je l’espère, cette familiarité au moment où hélas Cuk est sur le point de disparaitre – je ne partage guère votre vision du progrès. Une bonne part des inventions que vous citez ont-elles réellement contribué à un plus grand bonheur? Il est indéniable que certaines d’entre-elles ont prolongé les vies et procuré de bien meilleures conditions. Je mentionnerais parmi elles le Stent, qui a permis de prévenir efficacement l’une des principales causes de mortalité, l’infarctus, les anesthésiques ou l’amélioration des interventions dentaires. L’horreur d’une amputation est indescriptible. Progrès qui ont leur indéniable revers : Plus la médecine progresse, plus la surpopulation augmente.

La prolifération humaine représente le plus grand danger pour la planète. Non seulement pour ses ressources mais aussi pour tous ses habitants. L’espace concédé aux animaux se réduit chaque jour et seules les espèces domestiquées ont encore une change de survie. L’esturgeon de la Caspienne a disparu en moins de dix ans et toutes les espèces sauvages sont menacées C’est vraiment ça le progrès ?

Que m’importe de pouvoir me rendre en une heure à Venise, si c’est pour me trouver confronté à des hordes de touristes sortant de paquebots géants contenant plusieurs milliers de passagers. J’avais le plaisir de m’y rendre lentement en wagon-lits, et de rejoindre mon hôtel dans un vaporetto où il ne fallait pas échanger des coups pour embarquer puis aborder. Et, juste en passant, les prix restaient abordables et la malbouffe n’avait pas envahi la Lagune.

Infimes détails en regard d’autres éléments, mais constitutifs d’une difficulté de plus en plus grande de profiter des joies de l’existence.

Les multiples conseils pour rester dans le droit chemin m’horripilent. J’ai la sensation d’être renvoyé aux temps de l’Inquisition dont l’islamisme est le dernier avatar où seul un comportement licite était autorisé. Oser s’en prendre aux cyclistes qui foncent silencieusement derrière vous sans avertissement quitte à vous bousculer devient hautement répréhensible. J’aime le foie gras, dans certains magasins on me regarde avec horreur si j’ose en demander. Pourquoi pas demain le pilori ? Pourtant, canards et oies ne sont pas, eux, menacés.

La montre connectée ne m’intéresse en rien, je préfère ma Longines et j’ai un MacBook Pro 17 pouces datant 2011, le dernier à avoir été produit. Je ne vois pas mieux depuis. Mais parlons un peu littérature

Moi aussi j’aime beaucoup Koestler, que j’avais eu la chance de rencontrer. Mais dans Le Zéro et l’Infini, il s’est arrêté avant d’expliquer réellement la raison des aveux des grands dirigeants bolchéviques. Non, ce n’était pas une espèce de sacrifice pour l’avenir de la Cause mais tout simplement la torture affreuse, bestiale, ordonnée par des esprits criminels, qui les a tous brisés. Quant à La Treizième Tribu, sur ces Khazars qui ont opté pour le judaïsme, il a permis aux négationnistes d’affirmer que les juifs n’étaient pas originaire de la Palestine.

Je doute fortement des capacités visionnaires de certains auteurs de SF. Effectivement, Spinrad s’était complètement planté sur la Russie. Il se trouve que j’ai vécu toutes les années de la Perestroïka en faisant de fréquents séjours à Moscou où je partageais un appartement avec mon amie russe. S’il y régnait une extraordinaire atmosphère de liberté. impossible à imaginer peu d’années auparavant, il s’agissait bien du bonheur de Février rapidement brisé par la chape de plomb instauré en Octobre. Mais on savait tous ce qui était en train de se passer

Le deux plus grands moments de bonheur en Occident ont peut-être été représentés par la Renaissance à Florence et la bourgeoisie d’Amsterdam. Deux mouvements parfaitement opposés, et pourtant tous les deux créatifs.

Certaines de mes remarques se veulent sans doute provocatrices. Mais il se trouve qu’un hachis parmentier pris dans un vieux bistrot parisien derrière Saint-Germain à l’orée des années soixante a infiniment plus de prix pour moi que tous les gadgets connectés proposés ces trente dernières années.

3)
M.G.
, le 28.02.2017 à 18:35
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Personnellement, je repense souvent au film Soleil vert.

Un grand moment de cinéma, qui m’avait laissé une impression bizarre et inquiète sur l’avenir de l’Homme… L’action se déroule en 2022 !

5)
zit
, le 09.03.2017 à 08:28
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Bon, j’ai bien attendu pour répondre que plus personne ne se manifeste, devrait pas trop déranger ;o).

Soleil vert, oui, un drôle de gout, encore un film que j’ai vu très jeune et qui m’a inconsciemment détourné de toute nourriture de provenance industrielle.

Cher (très cher) Argos, je crois qu’il y a un malentendu : je ne possède ni iPad ni ne porte une quelconque montre au poignet, et, bien que légèrement atteint de geekitude, je ne suis pas un thuriféraire du progrès, je serais plutôt dans un état d’esprit à la limite du luddisme, et en tout cas, vraiment très décroissant : tous les appareils électroniques que j’achète depuis des années sont de seconde main : l’iMac sur lequel je tape est un mid 2010 du refurb, mon ordinateur de poche ayant une fonction cartographie, bloc note, appareil photo, scanner et qui peut éventuellement servir de téléphone, un 6 tout court, a aussi été acquit d’occase, tout comme mes appareils de prise de photographie et leurs optiques (et l’immeuble ou j’habite aussi), mon ampli doit avoir 35 ans.

Je ne suis pas particulièrement optimiste pour l’avenir de la civilisation telle que l’on la connaît : que Babylone crève, ce n’est un secret pour personne, et j’aurais plutôt tendance à m’en réjouir, le soucis, c’est que ça risque de très mal finir pour une très grande majorité des espèces vivantes à la surface de notre planète (c’est déjà fini pour un très grand nombre d’espèces, comme tu le dis si bien), dont évidemment la nôtre). Quel gâchis !

Je suis complice, certes : je n’habite pas dans une hutte, et il m’arrive encore de manger de la viande que je n’ai pas chassée, mais j’essaye d’en faire le minimum en terme d’empreinte, mon seul luxe, c’est les chaussures de vélo… et des pneus neufs un peu trop souvent ;o).

Et donc, si les écrits peuvent d’une manière ou d’une autre influencer l’avenir, il est intéressant de connaître un maximum de possibles, en vue de pouvoir choisir l’avenir qui nous paraît souhaitable. Le problème de la Hessheffe, c’est que les bons auteurs ont du mal à envisager des futurs positifs (les mauvais, les plus nombreux, c’est encore pire), et on peut se demander si ils n’auraient pas aussi une influence sur la trame du champ morphique de l’avenir de la Terre (et des créatures qui y grouillent de partout).

Il est donc urgent d’imaginer des avenirs positifs pour tout le monde, ce qui est bien difficile de part notre condition de mortels conscients de l’être : « après moi, le déluge, j’en ai bavé, y’a pas de raison que mes enfants n’en bavent pas aussi, et il est hors de question que je ne m’empiffre pas comme mes parents ont pu le faire… ad nauseam… ».

z (demain, ça peut aussi être super, demain, je répêêêêêêêêêêêêêête : mais il faut pas mal d’imagination ;o)