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Xavier Dolan, un OVNI du monde du Cinéma !

Les lecteurs de Cuk et le cinéma de Xavier Dolan ont un point commun : la langue française et la curiosité pour les relations humaines, parfois compliquées.

J’ai découvert ce jeune réalisateur-acteur complètement déjanté avec « Mommy », film qu’il a tourné en 2014.

Toute l'espièglerie du bonhomme apparaît dans cette photo

Foin des conventions des critiques de cinéma ! Je voudrais faire partager le choc que j’ai ressenti en regardant ce film. Des images splendides, un scénario au scalpel, une violence verbale inouïe, le tout dans une langue étonnante !

Ma découverte du cinéma québécois date de 1988 à Montréal avec « Le déclin de l’empire américain » de Denys Arcand. Les personnages y parlent en excellent français, même s’ils utilisent parfois (rarement) quelques expressions typiquement québécoises. Normal, ce sont tous des universitaires et l’élite québécoise met un point d’honneur à parler français. Il suffit d'écouter le Journal télévisé de Radio Canada pour s’en convaincre.

Dans le film de Denys Arcand, un seul personnage s’exprime dans le langage du cru. C’est une sorte de Redneck (on en reparlera au sujet de « Tom à la ferme »), amant de circonstance de l’un des personnages féminins en manque d'émotions fortes. L’effet est évidemment voulu et son discours est pratiquement incompréhensible, puisque non sous-titré en français.

A contrario, tous les films de Xavier Dolan sont sous-titrés en français de manière à rendre les dialogues compréhensibles à nos oreilles. Langue étonnante que ce québécois dans lequel foisonnent les expressions d'origine anglo-saxonne adaptées parfois de manière très drôle mais toujours très percutantes.

Dans la vie, Xavier Dolan s’exprime lui-même en français et dans une langue choisie. Toutes ses interviews et les bonus présents sur certains de ses DVD le prouvent.

Rétrospective de son œuvre cinématographique en cinq films

J’ai tué ma mère (2009)

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Xavier Dolan avait seize ans lorsqu’il a écrit une nouvelle, « Matricide » dont il revendique l’aspect autobiographique. En 2009, il en a fait son premier film, à l’âge de vingt ans. Après avoir lu le scénario, l’actrice Anne Dorval se montre enthousiaste et jouera le rôle de la mère. Ce sera le début d’une collaboration complice puisqu’on la retrouvera cinq ans plus tard dans Mommy.

Extraits d’une interview de mai 2009 (Mathieu Perreault - La Presse)

« L'époque où je vivais chez ma mère était assez fertile en griefs et altercations. Ça m'a plutôt inspiré. J'ai écrit la nouvelle pour me libérer après avoir abandonné le cégep, alors que j'étais aux prises avec la solitude de mon appart. J'ai voulu faire le film tout de suite, avant qu'il soit trop tard, pendant que l'histoire avait encore une saveur, une raison d'être. »

Le jeune cinéaste est plus discret sur l'homosexualité, abordée pudiquement dans son film. « Je ne vois pas vraiment la nécessité de souligner au crayon rouge des choses qui devraient depuis longtemps être entrées dans les mœurs avec fluidité. »

Les amours imaginaires (2010)

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Synopsis Wikipédia

L'histoire se déroule dans le milieu artistico-estudiantin aisé de Montréal. Francis, 20 ans environ, et Marie, un peu plus âgée, sont deux amis très proches. Lors d'un petit dîner chez Francis, ils éprouvent un coup de cœur simultané pour le même garçon, Nicolas. Chacun des deux amis lui manifeste son intérêt et tente de le séduire. Nicolas, jouant la séduction ambiguë vis-à-vis des deux, ne manifeste pas de réelle préférence. Un étrange trio amoureux se forme.

Bien entendu, l'expérience va tourner au drame…

Laurence anyways (2012)

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Le film, vu par le réalisateur

« C'est l'histoire d'un couple, un Français et une Québécoise, d'un amour passionné bouleversé par la décision de l'homme de devenir une femme et la décision de la femme de le suivre dans sa métamorphose. »

Suzanne Clément y fait son entrée dans le monde de Dolan. Rôle époustouflant d’amour et de haine mêlés au fil du temps puisque l’histoire  se déroule sur une période de dix ans.

Ce film lui vaudra de se faire décerner la Queer Palm, qu’il refusa avec l’argument suivant : « Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais! L'homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir ».

Tom à la ferme (2013)

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Synopsis Wikipédia

Tom, fraîchement débarqué de Montréal, se rend aux funérailles de son petit-ami, Guillaume, mort dans un accident de la route. Dans une ferme de la campagne québécoise, il rencontre la mère de son amant, Agathe, une femme marquée par les morts récentes de son mari, puis de son fils. Elle est persuadée que Tom n'est qu'un ami de son fils et est désespérée de ne pas voir apparaître Sarah, la petite-amie que Guillaume s'était inventée.

Mais Tom fait aussi la connaissance de Francis, le frère du défunt, qui est, lui, très au fait de la nature de leur relation. Francis est un fermier viril, violent et homophobe – caricature du Redneck québécois – qui prend rapidement l'ascendant sur Tom, et, à force de menaces physiques et psychologiques, l'entraîne dans son mensonge pour le bien de sa mère et l'honneur de sa famille.

Le film aborde le deuil avorté d'un jeune homme emprisonné dans une relation sadomasochiste ambiguë, où Tom devient étrangement fasciné par ce que lui fait subir Francis, dans une forme dérivée du syndrome de Stockholm.

L’avis de Xavier Dolan sur ce film

« Tom à la ferme n’est pas un film sur l’homosexualité ! »

« Dans aucun de mes films, l’homosexualité n’est un thème, précise-t-il. Il représente un fait. Prenez mon long métrage, J’ai tué ma mère. Le personnage est gay, mais l’œuvre traite des relations mère-fils. Pour Laurence Anyways, c’est d’abord une histoire d’amour impossible entre deux individus qui croyaient se connaître. Et pour ce qui est de Tom à la ferme, on parle surtout d’une rencontre entre l’homme de la ville et l’homme des champs. »

Mommy (2014)

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L’avis de Xavier Dolan sur ce film

« À travers un personnage très courageux, très opiniâtre, fier, débrouillard, une sorte de Mère Courage. Elle a la part belle, dans un film où elle est victimisée par plusieurs choses, mais ne se pose pas en victime pour autant. Le sort s’acharne sur elle, mais, elle, elle s’acharne pour survivre, pour être heureuse, pour laisser entrer la lumière dans sa vie, laisser entrer la voisine d’en face. Tout dans ce film fait du personnage incarnée par Anne Dorval une héroïne. Venger la mère, c’est une évidence : vengeance par rapport à la société, vengeance par rapport au rôle souvent un peu obsolète qu’on donne aux femmes au cinéma. Si ça avait été un film américain, la mère aurait été danseuse dans un bar de strip-tease, elle aurait montré ses seins pour que son fils puisse aller à l’école, pour pouvoir payer les factures… L’angle n’aurait pas été féministe, et moi j’avais envie d’un personnage féminin fort. C’est ça que je veux dire par « venger la mère ».

Qu’est-ce qui fait un dialogue efficace ?

« Qu’on ne l’entende pas. Qu’on le retienne, qu’on le savoure, mais qu’on ne le remarque pas. Il faut que l’acteur puisse le dire avec une fluidité irrévocable, qu’il sente que ça coule de source. Ce qui fait un bon dialogue, c’est la sincérité, le détail. Il y a le nombre de pieds aussi. Des fois, tu sens qu’il y a deux pieds de trop dans une ligne, c’est comme ça que le rythme est brisé. C’est pas comme dans la vie. Il y a quelque chose de lassant dans ces grandes prouesses de films ultraréalistes ou même naturalistes où les personnages sont tellement « oh-so-real ». Il y a une musique, un rythme dans les dialogues. Le soin du détail, de la référence aussi. Plus la référence est imagée, plus tu peux provoquer le rire. Un personnage peut dire : « Tu vas porter ce pull, il est tout sale, t’as l’air d’un mendiant », mais il peut aussi dire : « Tu peux pas porter ça, il est tout sale, t’as l’air d’un SDF qui vient de violer une pute. »

Xavier Dolan, un Rimbaud québécois ?

La dernière remarque de Dolan sur le nombre de pieds d’un dialogue nous amène à la comparaison avec Rimbaud, qui écrivit « Le dormeur du Val » à l’âge de seize ans. C’est justement ce poème que Fabrice Luchini travaille le plus dans son spectacle « Poésie ? » actuellement en tournée en France, que j'ai eu la chance de voir à Paris début octobre.

À la question de savoir si l’abandon du Grec et du Latin dans l’enseignement français posait un problème, Luchini avait répondu à David Pujadas « Croyez-vous que Rimbaud ait pu écrire « Le Dormeur du Val » à seize ans sans une solide maîtrise de la langue française et de son vocabulaire ? »

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On peut faire la même remarque quant au talent de Xavier Dolan, qui avoue ne guère goûter la culture qui est proposée à la Génération Y.

Xavier Dolan serait-il narcissique ? Certainement, et comme le dirait Fabrice Luchini « C'est du lourd ! ». Mais il n’y a que les critiques sans talent pour le lui reprocher…

En octobre 2015, le clip qu’il a réalisé pour « Hello » de la chanteuse Adèle a pulvérisé tous les records en étant vu 27,7 millions de fois dans les premières 24 heures de sa publication sur Internet. Est-ce une preuve de son talent ou un accident médiatique ?

Hommage et reconnaissance du travail nécessaire à la perfection d'une œuvre, Xavier Dolan s'est fait tatouer, sur la jambe droite, une citation de Jean Cocteau : « L'œuvre est sueur ». Au hasard de certaines scènes de ses films, on peut constater que ce tatouage n'est pas le seul faisant référence à Cocteau puisqu'il me semble avoir repéré une célèbre esquisse du maître sur une de ses omoplates.

Décidément, ce garçon n'est pas commun.

Si j’ai pu donner envie aux lecteurs, on peut trouver ICI et pour pas cher un coffret des cinq films que j’ai présentés.

5 commentaires
1)
Franck Pastor
, le 02.11.2016 à 11:50
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« Je ne vois pas vraiment la nécessité de souligner au crayon rouge des choses qui devraient depuis longtemps être entrées dans les mœurs avec fluidité. »

« Ce film lui vaudra de se faire décerner la Queer Palm, qu’il refusa avec l’argument suivant : « Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghettoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir ».

Comme je suis d’accord avec lui. Avec ce genre de logique qu’il dénonce, on pourrait tout aussi bien décerner une sorte de «Straight Palm», tant qu’à faire. Quoi de plus ridicule ?

2)
Ange
, le 02.11.2016 à 22:05
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Le dernier Dolan sorti récemment (en France) : Juste la fin du monde que j’ai vu la semaine dernière : une sorte de huis clos filmé de façon intimiste avec des acteurs filmés souvent en gros plan. Perso, je n’ai pas trouvé génial, simplement bon, mais avec un super jeu d’acteurs. Et malheureusement pour moi qui adore les accents, sans accent (faut dire que les acteurs sont français bien que cela soit tourné au canada d’après les rares images d’extérieur…)

3)
M.G.
, le 02.11.2016 à 22:40
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Toutes les scènes que j’ai pu voir du dernier Dolan ne m’ont pas convaincu et c’est pourquoi je me suis bien gardé d’en parler dans mon article.

Mais oui mais c’est bien sûr ! Des acteurs français jouant en français ! La tentation était grande pour Dolan mais c’est peut-être là qu’il a trouvé ses limites ?

Je n’avais pas trop aimé le personnage de Nathalie Baye dans « Laurence Anyways » sans pouvoir expliquer pourquoi. Trop lisse, trop banale face à Suzanne Clément qui crevait l’écran.

Je note en tout cas sur la page d’AlloCiné que Nathalie Baye le traite d’OVNI. Je ne suis donc pas le seul ;-)

4)
tibet
, le 02.11.2016 à 23:25
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Je reste impressionné par « j’ai tué ma mère » et encore plus par « les amours imaginaires », beaucoup moins par la suite « momy » et « Tom à la ferme ». Je n’ai pas vu « Laurence anyway » mais ça me tente un peu.
Je peux comprendre ou imaginer la relation avec Rimbaud mais sans la partager, peut-être à cause de ma propre relation avec le poète. Il est quand même vrai qu’avec X. Dolan aussi, « je » est un autre.
Je me suis décidé à aller voir le dernier et en suis sorti très déçu. Distance trop grande entre lui et les acteurs à mon goût. Défaut aussi de direction d’acteurs peut-être du à son expérience de metteur en scène pourtant déjà énorme.

Autre « note » très personnelle, Luchini fait pour moi parti d’une petite liste de personnages que je ne supporte pas, sous aucune aspect, avec son énormité Depardieu tout en haut du panier.

5)
François Cuneo
, le 08.11.2016 à 19:03
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Les lecteurs de Cuk et le cinéma de Xavier Dolan ont un point commun : la langue française et la curiosité pour les relations humaines, parfois compliquées.

Quoi relations humaines compliquées ! QUOI?’😁