Comme tous les 3 mois, j'interviens pour vous parler des
finances d'Apple...
La société a annoncé les résultats financiers de son second
trimestre 2005 le 13 avril dernier. Pour rappel, ce
trimestre s'étend du 1er janvier au 26 mars
2005.
Comme toujours, c'est M. Peter Oppenheimer, Chief Financial Officer
(CFO), qui, avec l'aide de M.
Timothy D. Cook (vice-président des ventes mondiales et
des opérations), a présenté ces chiffres via une conférence émise en QuickTime.
Pour ceux qui souhaitent avoir un historique ou une vue
d'ensemble, je les invite à lire mes précédentes humeurs sur
les résultats financiers d'Apple ici (Q1
2004), ici (Q2
2004), ici (Q3 2004), ici (Q4
2004) et ici (Q1 2005).
Cette humeur est subdivisée de la façon suivante:
- Présentation objective des résultats.
- Analyses subjectives des résultats par secteur d'activité.
- Et puis, vous n'y couperez pas, je vais également essayer d'imaginer quels seront les prochains mouvements stratégiques de notre marque préférée.
Pour résumer, Apple a généré un chiffre d'affaires de 3.24 milliards de dollars (+70% comparé à la même période 2004) et un bénéfice de 290 millions de dollars (+630% comparé à la même période 2004)! C'est, encore une fois, un des meilleurs résultats trimestriels de toute l'histoire d'Apple même s'il est un tout petit peu en retrait par rapport au premier trimestre 2005 (normal, Apple fait toujours très fort dans la période de Noël)! Comme référence, il est important de confronter ces résultats avec le passé, soit de faire un saut en arrière 2000 (année extraordinaire pour Apple et l'ensemble de l'industrie informatique):
Six ans ont donc été nécessaires pour atteindre une nombre égal de machines. Cet excellent résultat cache toutefois une anomalie que je développerai tout à l'heure.
Enfin, ce trimestre est le 9e consécutif qui se conclut par un bénéfice avec, de plus, une marge brute 29.8 %!!! Impressionnant lorsque l'on sait que l'iPod dépasse à peine les 20 %... Ce qui me laisse penser que la marge sur les machines doit être d'environ 35 % (Dell est, à titre de comparaison, autour des 19.4 % sur 2005). Dans une note moins drôle, je salue tous les revendeurs qui touchent sur certains produits Apple 2 % de marge.
Analyse des résultats
Voilà, voilà, vous savez que ces chiffres sont un résultat global. Il y a beaucoup à dire sur la mutation qu'Apple est en train de vivre et je souhaite commencer cette analyse par les ventes de machines. Ci-dessous, un graphique qui représente les ventes de machines (iMac/eMac/Mac mini, iBook, Power Mac/Xserve et PowerBook) pour ce second trimestre:
Au delà de ce simple constat, un petit problème apparait tout de même à mes yeux.
Apple omet de détailler les ventes dans un secteur extrêmement important: l'iMac. Dans ce segment, Apple a regroupé les iMac, l'eMac et le tout nouveau Mac mini. Comparé au premier trimestre 2005 qui avait vu ce segment vendre 456'000 machines (Mac), le second trimestre n'a pas fait beaucoup mieux avec 467'000 machines vendues (+2.4%)... et cela, malgré l'introduction du Mac Mini, courant janvier 2005.
Que cela signifie-t-il? Le Mac mini ne se vend-il pas car tout le monde achète des iMac? Ou encore achète-t-on des Mac mini et des écrans d'autres fournisseurs au détriment des iMac? Enfin, le Mac mini est-il arrivé trop tard (fin janvier 2005) pour vraiment influencer les ventes de ce second trimestre?
Je pose ces questions parce que d'après moi, ces ventes auraient dû être meilleures. Le Mac mini et l'iMac sont en effet deux machines extraordinaires qui s'adressent à des clients très différents (tout en un ou éléments séparés). Ci-dessous, un historique, trimestre après trimestre, des ventes du segment iMac (iMac, eMac et Mac mini):
Pour être tout à fait franc, je m'attendais à des ventes beaucoup plus importantes dans ce secteur. Malheureusement, les questions ci-dessus ne trouveront pas de réponses dans le futur car Apple a décidé de changer sa politique d'annonce des résultats.
En effet, Apple ne va plus donner ses résultats en fonction des modèles ou des groupes de machines. Elle va, dès le prochain trimestre, annoncer les résultats sous la forme de 2 familles de produits. La première, les modèles de bureau et la seconde, les portables.
Cette annonce a été mal reçue dans la communauté financière qui suit la marque et ce, pour une raison simple. Apple est une société très suivie pour ses nouveautés et ses résultats financiers parce qu'elle donne parfois le "tempo" à l'industrie informatique dite de "loisirs". Par conséquent, cacher le succès ou non du Mac mini ou autres modèles n'aide pas à comprendre les tendances actuelles ou futures de ce marché spécifique.
Je suis personnellement aussi déçu et fâché par cette décision. Tout d'abord parce qu'elle m'empêchera dorénavant de vous faire une humeur aussi détaillée que d'habitude. Ensuite, j'ai aussi l'impression que, pour avoir moins de "pression" dans le développement de ses activités (ou pour mieux "tester" certaines voies?), Apple cache des données qui permettraient de mieux comprendre sa stratégie à moyen et long termes.
Par conséquent, sans annoncer la mort de cette "chronique", j'ai peur qu'elle ne soit plus exhaustive à l'avenir.
Analyse des résultats, suite
Le tableau récapitulatif des ventes ne nous apporte pas que des bonnes nouvelles. En effet, on peut encore remarquer un fort ralentissement des ventes au niveau des Power Mac G5 (qui incluent les serveurs Xserve).
Ce produit ne semble plus être en phase avec les besoins du marché mais la raison en est difficillement compréhensible car s'il est un fait qui est indéniable, c'est bien que les ventes de cette superbe machine sont systématiquement en baisse depuis des années. Pour étayer un peu cette affirmation, je vous propose un tableau édifiant:
Je sais déjà ce qu'on va me dire: les gens achètent toujours plus de portables "professionnels" au détriment des grosses machines de bureau.
C'est vrai, mais ça ne répond pas directement à la question car les iMac et autres qui sont également des machines de bureau se vendent bien.
Serait-ce parce qu'Apple perd toujours plus de parts de marché dans son segment "art graphique"? Depuis 2001 en effet, les ventes sont irrémédiablement en baisse malgré des soubresauts liés aux nouveautés. Je ne pense cependant pas que la puissance des machines doive être remise en cause (quoique pour des nouveaux acheteurs le mythe du MHz est peut être encore un argument).
Une nouvelle machine pour de nouveaux besoins
Plus j'y réfléchis, plus je me dis que le problème est dans le prix. Un petit peu à l'image de mon essai sur le Dell d'il y a quelques jours, je pense que certains utilisateurs "switchent" vers d'autres machines. C'était un peu à prévoir avec l'introduction de ce nouvel iMac, voire du Mac mini, pour des possesseurs d'anciens Power Mac G4 qui sont cadencés sous le GHz.
Alors que devrait faire Apple devrait faire pour relancer les ventes d'une machine professionnelle avec un coût plus agressif?
Se poser cette question, c'est tout d'abord se demander ce dont les professionnels ont besoin. Or, aujourd'hui, la gamme des Power Mac G5 a des fonctionnalités chères et qui restent peu utilisées. Des exemples? Les slots PCI. Qui, encore aujourd'hui, a besoin d'autant de ports PCI? Il y a quelques années, quand il fallait chaîner 12 disques durs, un lecteur DVD, un scanner et je ne sais quoi, ça avait un sens.
Mais aujourd'hui, chez les possesseurs de Power Mac, qui utilise plus d'un port PCI? Et qui, en investissant un peu, pourrait n'en utiliser qu'un?
D'après moi, ça concerne pas mal de personnes et je me demande si Apple ne devrait pas lancer une machine du type mini-tower ou quelque chose de ce genre-là avec sans doute moins de possibilités d'extensions mais surtout un coût moindre.
Que veulent les professionnels? Une machine puissante, silencieuse, extensible à 4GB de RAM (OK, peut être 8GB), une carte graphique sur port AGP 8x, un lecteur-graveur CD-DVD, des ports USB 2, des ports Firewire 2, un port PCI-X, une sortie/entrée son et une baie d'extension interne pour un disque dur ou un autre lecteur de CD-DVD.
Que coûterait une machine de ce type totalement repensée?
Je n'ai pas de réponse à cette question. Par contre, j'ai une réponse à un problème très simple: ce n'est pas en annonçant une nouvelle gamme professionnelle tous les 12, voire 15 mois, qu'on arrivera à satisfaire les besoins des clients professionnels. Ce cycle d'annonce est tout simplement trop long, beaucoup trop long (dernier update en date des Power Mac: juin 2004... le délire).
J'aimerais bien avoir l'avis d'utilisateurs Power Mac à ce sujet dans les commentaires (je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que je vais en avoir).
Analyse des résultats, encore la suite
Et j'enchaîne immédiatement avec un graphique qui représente les revenus liés aux ventes d'Apple tous secteurs confondus. Ci-dessous, les revenus par secteur (iMac/eMac/Mac mini, Power Mac, iBook, PowerBook, iPod, périphériques et softwares):
Toutefois, malgré plus d'unités vendues durant ce second trimestre 2005 (5.31 millions contre 4.58 pour le premier trimestre 2005), les revenus ont baissé. Ce n'est pas très surprenant: alors que le prix moyen par iPod vendu tournait depuis deux trimestres aux alentours de 265 dollars, on est tout d'un coup descendu à 190 dollars... À vue de nez, je pense que les ventes de l'iPod Shuffle ont représenté 20 % à 30 % des ventes d'iPod.
N'empêche, le succès des iPod ne se dément pas. Trimestre après trimestre, Apple vend toujours plus de petites boîtes blanches... même si on ressent un léger ralentissement des ventes (on n'est plus dans une ascension "verticale" des ventes, la courbe commence à s'aplanir). Mais bon, pour le plaisir des yeux, une petite courbe ne fait jamais mal:
Beaucoup de gens (dont moi) se demandent si Apple arrivera à tenir ce rythme parce qu'à ce jour la marque a déjà vendu plus de 15 millions d'iPod. Beaucoup font le parallèle avec Sony qui a vendu plus de 340 millions de Walkman à travers le monde. Mais faire ce parallèle pour projeter les futures ventes d'iPod serait, d'après moi, biaisé par le fait qu'on ne parle pas de la même technologie et que, surtout, Apple est encore aujourd'hui relativement seul avec son iTunes Music Store et les iPod qui vont avec.
Toutes les marques concurrentes essaient de développer leur propre système, et pour le moment, elles n'arrivent pas à la cheville d'Apple. Mais comme tout dans cette industrie, il faut être extrêmement vigilant car les choses peuvent changer très rapidement. Pour l'instant, tout va bien parce que l'iPod Shuffle est passé, selon les dernières statistiques de février 2005, de 0 % de parts de marché à 43 % tout en continuant de largement dominer les lecteurs MP3 basés sur disque dur (plus de 70 % de parts de marché).
D'ailleurs, en parlant de l'iTMS, lui aussi se porte bien avec un chiffre d'affaires en hausse à 216 millions de dollars contre 177 pour le trimestre précédent. Avec plus de 350 millions de morceaux vendus et plusieurs rumeurs qui font état d'ouverture prochaine dans de nouveaux pays (sauf la Suisse bien sûr), tout devrait aller pour le mieux.
Enfin, on voit aussi que les nouvelles suites iLife 05 et iWork 05 ont également permis de réaliser de jolis résultats pour la partie software et périphériques (735 millions contre 634 au trimestre précédent en incluant l'iTMS). Bientôt, Tiger aussi apportera de l'eau au moulin...
Voilà, tous les résultats sont bons malgré le ralentissement des ventes dans certains segments. Et pour ceux qui attendent le G5 dans un portable, je pense qu'il faudra encore s'armer de patience parce que M. Timothy D. Cook a dit que l'intégration du G5 dans un portable restait "un sujet chaud"... À suivre.
Et les Stores Apple? On attend toujours!
Je sais, je suis pénible avec ce sujet, mais je suis repassé récemment devant deux revendeurs Mac, et à part des cartons vides en vitrine, il n'y avait pas grand-chose à voir.
Comme vous le savez, l'été dernier certains revendeurs nous ont annoncé de grandes choses pour la fin de l'année 2004. Mais à voir, il y a de l'eau dans le gaz... À part Londres, rien a été ouvert en Europe! C'est tout de même rageant.
Juste pour dégoûter tout le monde, il y a, à l'heure où j'écris ces lignes, 100 magasins aux USA, 3 au Japon et un en Europe. La vieille Europe, c'est vraiment une seconde zone pour Apple. Je rappelle juste que la vieille Europe, c'est la seconde source de revenus pour Apple...
Et je n'en veux pas particulièrement aux revendeurs parce qu'ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'Apple leur laisse (et elle ne leur laisse pas grand-chose).
C'est tout simplement lamentable et me traiter d'enfant gâté ne changera rien à ça: aujourd'hui, on obtient plus rapidement un objet Apple par le Store que chez son revendeur où les délais sont souvent "fluctuants" parce qu'Apple privilégie son canal de vente/distribution.
Conclusions
Encore une fois, il y a une grosse différence entre l'Apple de 2000 et l'Apple de 2005. Pas seulement en terme de revenus, mais également sur la nature des revenus et c'est ça qui a mes yeux est très important. Trimestre après trimestre, Apple passe d'un simple constructeur d'ordinateurs à une entreprise "multimédia". Pour preuve, mon habituel petit graphique qui illustre le ratio entre les ventes Mac (iMac/eMac/Mac mini, iBook, Power Mac/Xserve et PowerBook) et le reste (iPod, périphériques et logiciels):
Pour le second trimestre consécutif de son histoire, Apple vend plus de "choses" (54 %) que de Mac (46 %).
Mais qu'est-ce qu'Apple souhaite faire à moyen et long terme?
Cette question, ça fait des mois que je me la pose au travers de rumeurs que j'ai pu lire ici ou là et en fonction des résultats que la société obtient. À ce jour, il m'est très difficile de comprendre si Apple considère encore l'ordinateur et son système comme le centre de ses préoccupations ou si la musique est devenue son nouveau cheval de bataille.
Oui, je sais, la musique et l'iPod sont considérés par beaucoup comme le cheval de Troie d'Apple pour conquérir des clients qui sont basés depuis peu ou toujours du côté "obscur de la force" (sur des PC quoi).
Mais est-ce qu'une stratégie comme celle-ci peut fonctionner si on est seul? Apple, pour le second trimestre consécutif depuis longtemps, a vendu plus d'un million de machines... Si la marque continue sur cette lancée, elle vendra un peu plus de 4 millions de machines cette année.... Mais ça reste peu face aux 27 millions de machines vendues par Dell ou aux 170 millions de PC qui sont écoulés chaque année par tous les constructeurs.
C'est avec les petites rivières qu'on fait les grands fleuves il parait. Je suis d'accord et je pose cette question: ne serait-il pas temps pour Apple de créer d'autres rivières avec des partenaires de poids? Je pense à Sony notamment qui est en concurrence que sur la musique et les portables avec Apple...
On peut aussi parler de cet accord avec HP qui ne fonctionne pas si mal puisque l'iPod d'HP a contribué à 3 % des ventes totales (ce qui représente tout de même 150 mille unités). Comme quoi, travailler avec un constructeur "ennemi" est possible et peut être payant.
Enfin, est-ce qu'Apple rêve d'être le prochain "Microsoft" de la diffusion d'images, de musiques et de films numériques avec son système PlayFair à travers Internet? Le DRM (Digital Right Management ou la gestion digitale des droits) d'Apple pourrait assez facilement être implémentée sur des images, voire même des films. Avec nos connexions toujours plus puissantes, il ne manque pas grand-chose pour pouvoir acheter des films au format numérique directement à travers le web... Je parle de télécharger un film, pas juste de commander le DVD.
Bref, dans cette humeur, je pose plus de questions que je n'apporte de réponses. C'est parce qu'Apple est en train de changer profondément et ça, c'est "nouveau"... Mais est-ce un changement profond? Est-ce que notre marque préférée n'est pas tout simplement en train de surfer sur une vague tout en sachant qu'elle retombera?
Pendant la conférence, M. Peter Oppenheimer a déclaré que les investisseurs (ou les marchés financiers en général) ne devaient pas s'attendre à voir Apple progresser autant dans l'avenir, que ces excellents résultats successifs étaient beaucoup basés sur l'iPod et que celui-ci n'aurait peut-être pas toujours autant de succès.
Ce genre de petites phrases anodines ne passe pas inaperçue sur un marché qui a beaucoup encensé la marque ces derniers mois et a anticipé d'excellents résultats (pour rappel, le titre AAPL est passé de 12.75 dollars en mai 2004 à 45.44 en février dernier). Ce qui devait arriver arriva, dans le jargon boursier, le titre a été corrigé ou "sanctionné".
Depuis le 13 avril, date de l'annonce des résultats et de cette petite phrase, le titre a perdu plus de 10 % de sa valeur.
Mais il n'y a pas trop de soucis à se faire. Si Apple arrive à tenir le cap et qu'elle ne trébuche pas, le titre reviendra à ses niveaux les plus hauts d'ici à juin 2005.








