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La Postproduction d’un film, comment ça se passe?

Beaucoup d’entre vous apprécient de monter des films sur leur Mac en utilisant le plus souvent iMovie et parfois d’autres logiciels. Quand arrive la mise en place du son (musiques, bruitages, commentaires), cela devient vite fastidieux, voire impossible. Dans les problèmes les plus courants: Le son se décale, l’ordinateur n’avance plus, un fichier disparaît, divers grésillements et autres bruits incongrus perturbent le signal.

Pour une réalisation professionnelle, le son est souvent séparé de l’image et traité à part dans des studios spécifiques. Je vous propose comme exemple la postproduction sonore du film animalier de long-métrage “Beauté sauvage” réalisé par Samuel Monachon.

“Beauté sauvage” est un film tourné en pellicule argentique (avec une caméra Paillard Bolex pour les curieux). Les sons directs ont été captés par un magnétophone numérique au format DAT.

Pour la postproduction sonore (puis, pour les passages en télévision), le film est d’abord numérisé. Les studios (musique et postproduction) reçoivent une copie spéciale dont les images ont été numérotées. Ce sont ces numéros qui permettent un calage précis. Par exemple: Un oiseau claque du bec. On repère le point image, on choisit un son approprié. On le place dans Protool. Dans ce logiciel, on tape le numéro qui a été lu sur l’image, le fichier son va se caler tout seul!

L’image est numérotée. Dans cet exemple, il ne s’agit pas d’un oiseau!

Le son et l’image sont placés sur des ordinateurs différents. Une des causes en est le manque de puissance de ces derniers, même avec des G5! Le son est un gros consommateur de ressources, l’image également.

Pour synchroniser les machines, cela se passe comme ceci:

Voici comment les machines sont synchronisées

Le studio La Cigale utilise un logiciel appelé Virtual VTR pour lire l’image. Il est “esclave”, c’est-à-dire qu’il suit les mouvements de va-et-viens appliqués sur Protool. La synchronisation se fait en Midi Timecode (MTC).

Le studio traite les sons directs ajoute des bruitages (vent, pluie) tirés de sa propre banque sonore. Les sons manquants sont réalisés “à la main” en cabine, avec force branchages, bassines d’eau, etc. Dans le cas de “Beauté sauvage”, c’est le réalisateur lui-même qui a coiffé la casquette de bruiteur. Il est plutôt doué dans ce genre d’exercice!

Fred Kohler dans son studio de La Cigale

Grossissement d’un des écrans (lié à la table de mixage). En bas, le Timecode avec les heures, les minutes, les secondes et les images (25 par secondes pour “Beauté sauvage”)

Le technicien, Fred Kohler, réalise ensuite une copie deux pistes pour le musicien (c’est moi!). Il ajoute un “beep” de synchro qui dure une image (1/25e de seconde) et qui correspond à une image “clé”. Cela permet de vérifier que tout est bien en place.

*

Une image “clé” pour la synchro. Le film a été transféré chez GB studios, d’où le nom en haut de l’image. Le “2” signifie deux secondes avant la première image du film. Pour les chiffres du bas, je pense que vous avez maintenant compris

Le fichier son est placé sur mon Protool, qui lui va être “esclave” de Cubase.

Cela donne maintenant cela :

Circulation de la synchro dans mon studio

J’utilise personnellement Digital Performet (et oui, un logiciel musical) qui, en fait, peut faire exactement le même travail de magnétoscope que Virtual VTR.

Vous observerez que deux modules ne sont pas reliés: la machine à café et la violoniste. Ils ne possèdent en effet pas d’interface Midi!

*

La violoniste, Natalia Madera, assure le violon solo pour le film

En ce qui concerne la musique, je vous renvoie à l’article déjà publié sur CUK.

Les thèmes composés, ils sont envoyés au studio de postproduction sonore sous forme de fichiers directement lisibles par Protool.

Le technicien (toujours Fred) enregistre maintenant le narrateur Eörs Kisfaludy.

Eörs Kisfaludy sous le regard attentif de Samuel Monachon, pendant l’enregistrement

Il ne reste plus maintenant qu’à mixer le tout. Normalement, il y a une bande “inter”

(internationale) contenant la musique et les bruitages, plus une bande “texte” qui peut-être en différentes langues. Le film peut être aussi bien mixé en stéréo (format choisi pour “Beauté sauvage”) qu’en 5.1 ou d’autres normes.

Le sont est enfin posé sur le même support que l’image (par exemple, cassette vidéo)

ou du moins... presque. Pour le film pelliculé, c’est un peu plus compliqué, car il y a plusieurs systèmes, dont un ou l’on place une synchro sur la pellicule et le son sur un CD spécial. Mais ça, c’est une autre histoire.

“Beauté sauvage” sera visible sous forme de projections-conférences dès le mois de mai et dans toute la Suisse Romande. Puis il entamera sa carrière “télévision” une année plus tard. Un DVD sera également tiré du film et, dans un premier temps, disponible chez le réalisateur (vous pouvez passer par moi si ça vous intéresse, je transmettrai).

Comme vous pouvez le constater, cela ne se passe pas tout à fait comme dans iMovie! Que cela ne vous empêche pas de continuer à monter des films. L’important, c’est d’avoir du plaisir !

11 commentaires
1)
S...Mac
, le 21.04.2005 à 00:12

Très instructif !
Un grand merci et j’en veux encore !!!

2)
jp
, le 21.04.2005 à 08:35

Ahh le travail dans l’ombre, on ne se rend jamais compte de tout ce qui se cache derrière une « simple image ».

Pour me faire une idée, pourrait-on arriver plus ou moins au même résultat avec la suite Final Cut Studio (Final Cut Pro, Soundtrack Pro, Motion, DVD Studio Pro) de Apple ?

3)
Roger Baudet
, le 21.04.2005 à 09:05

La suite final Cut Pro HD est un véritable monstre qui est de plus en plus utilisé dans le monde pro.

Bien sûr, il est possible de monter du son dans Final Cut, mais pas
de manière aussi aisée que dans un Protool par exemple, car il n’est pas fait pout ça. Le monteur bénéficie de 10 pistes simultanément pour poser et écouter ses sons, mais ensuite, il les « sort » en un fichier appelé OMF. Ce fichier est repris pas l’ingénieur du son qui retrouvera
tout les bruitages tels que le monteur les a placés.

Sountrack est un éditeur de boucle qui travaille comme GarageBand, mais sans le Midi. Il permet de composer facilement des fonds sonores
mais n’est pas utilisable pour la postproduction sonore d’un film.

Motion est un éditeur d’effets pour images qui travaille par « couches », un peu comme Photoshop.

4)
Olof
, le 21.04.2005 à 11:58

Pour le son, Logic Audio devrait faire l’affaire, pour rester chez Apple, non ???


Olof (de Neuchâtel)

5)
Roger Baudet
, le 21.04.2005 à 12:24

Logic audio a beaucoup changé et je ne connais pas encore la nouvelle version. Il semble que ce logiciel a pas mal évolué et il réintéresse sacrément les musiciens.

Même si Logic ou Cubase ne sont pas prévus pour la postproduction, ils sont en effet utilisables, mais sont un poil
plus compliqués à manier que Protool, puisque leur vocation première, c’est la création musicale et non le placement de sons sur l’image.

6)
jlmetzker
, le 21.04.2005 à 17:41

Les remarques sur Soundtrack sont correctes, mais elles font référence à la version actuellement en vente. La nouvelle version annoncée cette semaine au NAB à Las Vegas sera un véritable outil de postproduction son et sera parfaitement capable de gérer 24 pistes et d’exporter en OMF. Un outil vraiment pro..qu’on trouvera avec la nouvelle suite Final Cut Studio – dispo en juin.

7)
Sylvain Lelièvre
, le 21.04.2005 à 18:17

Article sympa et instructif mais qui reste ardu pour ceux qui ne sont pas du métier ou qui ont seulement des notions de base.

8)
Roger Baudet
, le 21.04.2005 à 20:09

jlmetzker, merci pour l’info. Pour arriver à un niveau Protool ou Pyramix, Soundtrack va devoir s’accrocher, mais on ne sait jamais.

Sylvain, je te rassure, il y a des articles sur CUK dont je ne comprends qu’un mot sur quatre. C’est ce que j’aime ici. On ne se contente pas d’Humeurs « basiques ». Parfois, il faut s’accrocher, parfois, il faut accepter que l’Humeur évolue dans une sphère qui n’est plus la nôtre. On ne peut « vulgariser » un sujet que jusqu’à un certain point. Mais, promis, si je peux faire encore plus simple, je ne ratterai pas l’occasion.

9)
G4Beige
, le 21.04.2005 à 23:04

Pour ceux qui comptent utiliser Final Cut Studio pour faire leur postproduction, je pense que ProTools sera bien moins cher….

Vous avez vu sur l’Apple Store ?

Ces abrutis proposent la suite pour CHF 12.495 TTC

Ca fait un peu cher…. Vous vous rendez compte que personne d’Apple Suisse n’a encore visité le site depuis dimanche ???

En fait quasiment n’importe quel séquenceur audio-numérique (logiciel de montage son) permet de faire de la post-production. Ce qui va changer, c’est la facilité et la précision du travail… Mais la plupart des logiciels son pro permettent de visualiser une piste vidéo au format QuickTime…

10)
Sylvain Lelièvre
, le 22.04.2005 à 14:35

Roger : rassure-toi, ce n’était pas une critique mais juste un constat de le part d’un amateur :-)

11)
henrif
, le 25.04.2005 à 15:59

Article sympa et original, on en redemande :o)